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Visite au temple des Signes

Sorti le 29/01/2011, compilé dans le Volume 17

Histoire :

(Mortis) : Eh bien, on peut dire que tu as le sens de la formule.

Mortis vient de réapparaître, sans trop savoir comment, au beau milieu d’une dune. Ses jambes sont enfoncées jusqu’aux mollets dans le sable brûlant, ce qui lui procure une délicate sensation de picotements. Le vent est sec et violent, balayant le désert sans rencontrer le moindre obstacle, emportant avec lui les grains irritants qui s’infiltrent déjà dans tous les replis des vêtements de l'assassin. Phrysin se tient à côté de lui, les yeux plissés en raison du soleil, mais aussi pour éviter les désagréments du sable virevoltant au gré du vent aride.

(Phrysin) : Nous ne sommes pas loin. La région est toujours très venteuse.

Mortis jette un rapide coup d’œil aux environs, essayant de déterminer la présence d’un quelconque édifice.

(Mortis) : Nous sommes dans le désert Arkonen, non ?

(Phrysin) : A quoi as-tu pu le reconnaître ? Tous les déserts de l’Archimancie se ressemblent.

(Mortis) : Au goût du sable et à l’odeur du vent. C’est un désert assez humide, j’y ai passé suffisamment de temps pour m’en approprier l’atmosphère.

Phrysin se contente de hocher la tête, tentant de camoufler un léger mouvement du nez visant à humer le vent pour en déterminer une quelconque odeur particulière.

(Phrysin) : J’y ai passé des années et pourtant…

(Mortis) : Peu importe, je ne sais toujours pas où tu m’emmènes, et ma curiosité est à son comble. Quoique je doute que tu puisses me proposer une expérience plus attrayante que ce petit passage par la Chambre Spectrale.

Pour toute réponse, Phrysin fait un geste de la main pour demander à l’assassin de le suivre. Ils marchent pendant environ quatre minutes avant de faire le tour d’une énorme dune balayée par une rafale de vent. La bourrasque soulève le sable en son sommet, lui donnant l’image d’une vague écumeuse. De l’autre côté de la dune, un très grand assemblement de tentures, liées entre elles par de solides câbles d’acier maintenus par d’énormes poids figés dans le sable, forme une sorte de prolongement, comme un auvent artificiel devançant une structure de sable. L’archéologue ne fait pas le moindre commentaire, soulevant le battant virevoltant de l’une des tentes principales pour se mettre à l’abri du vent. Une fois passé cette frontière, Mortis se retrouve dans un véritable petit laboratoire archéologique perdu au milieu du désert : des tables pliantes recouvertes de cartes, d’écrits, de matériel dont il ignore jusqu’à la fonction mais aussi deux trois ordinateurs ancestraux connectés à une batterie solaire, un vieux lit de camp à moitié défoncé et un coin cuisine auquel est rattaché une pompe à eau visiblement en fin de vie.

(Phrysin) : Tout ceci est un peu vétuste, mais c’est mon matériel personnel.

(Mortis) : Je suppose que dans ce coin, tu ne crains pas beaucoup les voleurs.

Phrysin ne peut retenir un rire clair face à cette remarque.

(Phrysin) : Non, en effet, tu peux le dire. On est au beau milieu du vortex de Nestheri. Les matériaux de détection dernière classe ne fonctionnent même pas ici… finalement, je ne suis pas si mal loti avec ces vieilles babioles.

(Mortis) : Et tu travailles seul sur ce projet ?

Phrysin hausse les épaules, ne sachant visiblement pas qu’elle est la meilleure réponse à adopter.

(Phrysin) : En ce qui concerne le site de fouilles, oui, même si quelques amis m’ont filé un coup de main… ils sont maintenant trop occupés à courir après les autres Signes. De toute manière, nous avons découvert ce qu’il y avait de plus important.

(Mortis) : Vraiment, tu as le chique pour me faire attendre.

Phrysin lève le doigt en hochant la tête, comme s’il venait de se rappeler que l’assassin n’est au courant de rien, pas même de l’endroit qu’il est supposé visiter. Il lui fait un signe de la main pour l’attirer jusqu’à une grande tenture située tout au fond de la pièce. Un léger courant d’air fait doucement onduler la toile, mais Mortis ressent immédiatement qu’il ne s’agit pas du vent extérieur : celui qui glisse à présent le long de sa nuque est froid… et ancien. Phrysin soulève la tenture, révélant un mur de pierre poli par le sable du désert. La structure de l’ensemble semble avoir subi les ravages du temps : la roche est lissée, mais légèrement graveleuse, elle a prit une couleur rougeâtre, synonyme de son extrême sécheresse. Le sable insidieux se retrouve en deux tas symétrique, encadrant la façade qui émerge de la dune en ce point unique. Le reste de la structure, entièrement ensevelie, ne permet pas de déterminer à quoi peut bien ressembler l’édifice antique qui lui fait face. Ce qu’il voit n’est autre qu’une entrée dégagée : deux colonnes de pierres recouvertes d’étranges glyphes encadrent une ouverture aussi haute que large, ouvrant le passage sur un abîme de noirceur. Le courant d’air frais et antique provient de là. Étrangement, Mortis se sent presque appelé, attiré par lui.

(Phrysin) : Bienvenue au Site Alpha. Je l’appelle personnellement le temple des Signes.

(Mortis) : Fais moi voir.

(Phrysin) : Eh bien, quel enthousiasme. Pas de soucis, on va y aller. Mais ne touche à rien, s’il te plaît… le sable a rendu les hiéroglyphes quasiment illisibles par endroits et de fait extrêmement fragiles.

Mortis se contente de lever les mains pour signifier qu’il en gardera une parfaite maîtrise. Phrysin hoche la tête et se saisit d’une vieille torche qui traîne contre le mur d’enceinte. Il l’extirpe du sable et l’époussette un instant avant de l’allumer, éclairant immédiatement l’ouverture sombre vers l’intérieur du temple. Le duo s’engage à l’intérieur, avançant dans un long corridor d’accès, en pente douce. Au bout d’une vingtaine de mètres, Mortis se rend compte qu’ils sont sans doute à présent en dessous du niveau de la partie émergeante de la dune. Le couloir d’accès débouche sur une pièce circulaire de large envergure, faite de pierre rugueuse et encadrée de plusieurs colonnes d’une sobriété absolue. La pièce en elle-même est des plus austère, il n’y a pas de hiéroglyphes au mur, ni de sculptures, rien d’enthousiasmant ni de mystérieux.

(Phrysin) : Nous sommes dans l’Antichambre. Il apparaissait courant dans la culture des fondateurs de cet édifice de maintenir une certaine sobriété architecturale… du moins en surface. C’était un symbole d’humilité. Ce qui nous intéresse se trouve ici.

Mortis se place aux côtés de Phrysin pour poser son regard sur une plaque circulaire d’environ un mètre cinquante de diamètre, découpée en dix portions sur lesquelles sont gravés des symboles incompréhensibles, sans doute des mots. Au milieu se trouve une sorte d’encoche, de forme circulaire elle aussi, avec en son centre un petit carré creusé plus profondément. Phrysin extirpe de sa sacoche une pièce rocheuse de forme ronde, avec un prolongement longiligne semblant s’adapter parfaitement à la forme de cette encoche.

(Phrysin) : La clé de l’Arthus… qu’on a rebaptisé clé Alpha, bien entendu. C’est à partir de cette trouvaille, faite à Otonoh-Mah, que mes recherches ont débuté.

Sans attendre la moindre réaction de la part de Mortis, Phrysin insère la clé dans l’orifice auquel elle est destinée, complétant ainsi la dalle de pierre. Une fois cela fait, il fait tourner la clé avec force, entraînant un léger mouvement de la dalle gravée. Les rayons de celle-ci se séparent alors et les portions gravées disparaissent sous le sol, laissant une ouverture béante vers une pièce située en contrebat.

(Phrysin) : Ils y descendaient avec une échelle, je suppose, mais elle a dû pourrir depuis longtemps. J’ai donc installé la mienne.

Et effectivement, une échelle de corde rudimentaire est fixée par des rivets au plafond de la salle inférieure, juste au niveau de la dalle de pierre. L’archéologue passe le premier en prenant la torche entre ses dents. Il descend bien de quinze mètres avant de toucher le sol, éclairant quelque peu la salle alentour. Mortis distingue déjà une profusion de hiéroglyphes sous les pieds de Phrysin, et sans prendre la peine de descendre à l’échelle, se laisse tomber en contrebat avec une grâce féline. Il ne fait quasiment pas le moindre bruit en atterrissant d’une manière si légère qu’on le croirait tombé d’une dizaine de centimètres à peine.

(Mortis) : Tu m’excuseras de gagner du temps… tu aurais pu nous téléporter directement ici depuis le début.

(Phrysin) : Je voulais que tu aie une vue d’ensemble, mais visiblement c’est raté.

(Mortis) : Du tout, mon intérêt est piqué au vif.

(Phrysin) : Très bien, alors entrons dans le vif du sujet.

Phrysin fait quelques pas en avant et plonge sa torche dans un bac en brique rouge, creusée en son intérieur pour contenir une vasque flasque d’huile. A la lueur de l’énorme flamme produite, la salle s’illumine beaucoup plus largement, dévoilant sa taille impressionnante et son étrange architecture gothique. La structure est maintenue, du sol au plafond, par d’énormes voutes de pierre basées sur des colonnades gravés de milliers d’écritures incompréhensibles. La pièce, d’une large forme ovale, est surchargée d’étranges sculptures, représentant majoritairement, pour celles dont il est encore possible de distinguer les détails, des être minces, élancés, encapuchonnés et engoncés dans de longues capes virevoltantes. On les croirait engagés dans une danse inquiétante, ou bien un combat mortel. Leurs visages ont été lissés par le temps et le sable, qui malgré la profondeur à priori inaccessible de cet espace, a réussit à s’infiltrer, s’entassant dans les coins, entre les frontons et les colonnes, en de véritables petites dunes jaunâtre à l’aspect parfaitement lisse. Les murs et le sol de la pièce sont recouverts de hiéroglyphes. Certaines portions se sont effondrées, d’autres ont été totalement effacées. Des câbles d’acier fixés à l’aide de vérins encadrent certaines parties des murs et des sortes de lampes à néons y sont fixés. Mortis pense comprendre qu’il s’agit de matériel que l’archéologue a installé lui-même, sans doute pour pouvoir révéler les traces, imperceptibles à l’œil nu, d’inscriptions effacées par le temps et les conditions climatiques. 

(Phrysin) : C’est un système d’écriture excessivement complexe, et même si je suis capable de le comprendre dans sa globalité, la qualité de mes traductions est très loin d’être parfaite.

(Mortis) : Peut être que tu as mal traduit en ce qui concerne l’Apocalypse, dans ce cas ?

Phrysin lance un regard légèrement douteux à son interlocuteur. Visiblement il n’apprécie pas que ses compétences d’archéologue soient remises en question.

(Phrysin) : Ce qui nous intéresse plus particulièrement se trouve par là.

L’archéologue ouvre la marche, bien vite suivi par Mortis, qui n’a pas besoin d’attendre longtemps pour distinguer ce vers quoi ils se dirigent. Ce qui lui fait face est une sorte d’énorme damier de pierre, surélevé d’environ vingt centimètres par rapport au sol. De forme circulaire, il est découpé en dix portions, exactement comme l’espèce de sas d’entrée par lequel ils ont pénétré dans cette salle enfouie. Sur chaque dalle, de forme triangulaire, est représenté un symbole à l’intérieur d’un cercle de pierre gravé. Au centre de la structure se tient une sorte de petit puits bordé de créneaux. Peu profond, Mortis arrive à distinguer la spirale gravée en son fond. Sans qu’il comprenne pourquoi, un frisson lui parcourt l’échine à cette vision.

(Mortis) : C’est quoi ce truc ?

Phrysin le rejoint sur l’énorme dalle circulaire d’un pas délicat, comme s’il craignait de l’abîmer d’une quelconque manière, soulignant par ce geste son importance toute particulière.

(Phrysin) : Nous nous trouvons sur la clé du salut de l’humanité.

(Mortis) : Rien que ça ?

(Phrysin) : D’après les hiéroglyphes que j’ai pu traduire dans le temple et d’autres éléments Alpha que nous avons retrouvés au cours de nos recherches, on a pu établir que cette salle était le lieu d’un rituel visant à contrecarrer l’Apocalypse. Les textes parlent de dix mages extrêmement puissants qui seraient apparus auprès des hommes afin de les sauver d’un péril grandissant. Chacun d’entre eux était natif d’un signe du zodiaque Alpha et leurs pouvoirs combinés devaient permettre l’éradication de la menace.

Mortis jette un coup d’œil autour de lui et hausse les épaules.

(Mortis) : Visiblement, ça a raté.

(Phrysin) : Peut être pas, car l’humanité a tout de même survécu… nous ne sommes pas les héritiers de rien. Mais une catastrophe a tout de même eu lieu, d’une manière ou d’une autre… celle qu’on nomme depuis « l’Apocalypse ».

Phrysin s’accroupit au sol, caressant d’une main légèrement tremblante la plaque de pierre sur laquelle il se trouve.

(Phrysin) : Regarde, il s’agit de ton Signe…

Mortis porte son attention sur la portion de pierre triangulaire où se trouve l’archéologue. Le cercle de pierre gravé encercle un symbole qui lui fait froid dans le dos : un masque sur lequel seuls deux yeux rieurs sont apparents, et au travers des quels un long serpent s’enlace. A peu de chose près, ce masque est identique au sien.

(Mortis) : C’est… c’est grotesque.

(Phrysin) : Nous avons la preuve génétique que tu es l’héritier du Signe du Masque. Et il y a d’autres personnes comme toi dans le monde, qui correspondent chacune à un autre Signe Alpha. Si nous parvenons à toutes les rassembler ici et que vous prenez place sur la dalle qui vous correspond… normalement, le rituel devrait se réactiver, empêchant l’Apocalypse de se déchaîner.

Mortis ne peut s’empêcher de laisser échapper un rire froid et laconique de sous son masque.

(Mortis) : Allons mon pauvre ami, ce n’est que de la pierre.

Et ajoutant le geste à la parole, l’assassin pose sa main sur la pierre où se trouve le symbole de son Signe. Un bourdonnement sourd se fait alors entendre, et une douce lueur bleutée, chatoyante, se met à rayonner au fond des gravures, illuminant la fresque et le symbole du masque. Mortis associant un mouvement de recul à son effroi, se jette en arrière, libérant la pierre de son contact. Immédiatement, la lueur disparaît, absorbée par la pierre, qui redevient une vieille stèle oubliée au fond d’un temple perdu en plein désert. L’assassin tourne la tête vers Phrysin, qui a visiblement eu la même réaction que lui : les yeux écarquillés, le souffle court, il a quitté la pierre d’un bond, comme si celle-ci avait menacé d’exploser.

(Phrysin) : Incroyable…

(Mortis) : Je suppose que ça ne t’était jamais arrivé avant ?

(Phrysin) : A ton avis ?

Les deux se regardent un moment, légèrement interdits, puis un sourire d’excitation folle naît bientôt sur le visage de Phrysin.

(Phrysin) : Touche la encore, je t’en prie !!

Mortis, affichant d’abord une attitude méfiante vis-à-vis de cette requête, semble finalement se laisser aller au jeu de la découverte et approche sa main de la pierre gravée. A son contact, la même lueur bleutée refait son apparition, illuminant le symbole du masque et le serpent qui l’enserre.

(Mortis) : D’où peut provenir cette réaction ?

(Phrysin) : Comment pourrais-je le savoir ? Une stèle enchantée… celle qui te correspond, la seule qui s’anime à ton contact. Tout se tient. Tu es bien l’héritier du Masque.

Mortis se redresse, quittant le contact de la stèle qui redevient une simple pierre morte. Il croise les bras sur son poitrail dans une attitude de défiance.

(Mortis) : Tu vas un peu vite en besogne, non ?

(Phrysin) : Peut être bien, mais nous sommes pris par le temps alors je préfère prendre cette expérience comme une confirmation de mes théories.

(Mortis) : Ton Apocalypse est-il si imminent ?

Phrysin fronce les sourcils, prenant un air grave assez surprenant venant de lui.

(Phrysin) : La comète de Lorston, ça te parle ?

Chapitre 148 Chapitre 150

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