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La Chambre Spectrale

Sorti le 21/01/2011, compilé dans le Volume 17

Histoire :

Un léger vent s’est levé en fin d’après midi, et il balaie présentement les tentures étirées au dessus des portions calcinées de la maison en ruine qu’occupait le maître assassin Laï, de son vivant. Un état auquel il pouvait encore prétendre quelques heures à peine auparavant. Si la culpabilité semblait avoir étreint, ne serait-ce qu’un peu, le cœur de Mortis au moment de son crime, toute présence de ce sentiment semble avoir disparu à présent. Il se tient nonchalamment devant le bâtiment, la tête légèrement penchée sur le côté. Phrysin est à ses côtés, son air éternellement blasé se posant sur ces ruines comme s’il s’ennuyait à mourir face à l’objet de ce détour.

(Phrysin) : C’est dans ce palace pour chat de gouttières que nous sommes supposés trouver quelque chose d’intéressant ? Excuse-moi du peu, mais cet endroit a dû être pillé depuis longtemps, s’il a un jour contenu quelque chose.

Mortis tourne vers lui son masque blanc et Phrysin est persuadé que derrière celui-ci, l’assassin lui lance un regard excédé.

(Mortis) : Il n’est inhabité que depuis très peu de temps. Rentrons.

Et le duo se met en marche, franchissant les murs de la maison en ruines pour pénétrer sur la scène du crime. Immédiatement, Mortis se fige, tendant son bras vers l’arrière pour stopper le mouvement de Phrysin qui marche à sa suite.

(Mortis) : Attends, quelqu’un est venu ici depuis la dernière fois.

Et Mortis se précipite dans la pièce, semblant s’y repérer comme s’il y avait vécu toute sa vie. Phrysin, laissé en retrait, ne manque pas de remarquer, d’un œil avisé, la forme sombre qui repose au sol, quelques mètres plus loin, dans l’ombre d’une vieille étagère poussiéreuse. Il n’a pas non plus manqué de sentir l’âcre odeur du sang et de la mort. Restant d’un marbre glaçant, mais quelque peu interdit face à cette vision macabre, il se fige sur le pas de la porte, semblant refuser d’entrer plus avant dans la maison.

(Mortis) : Bon sang !!

L’attention de l’archéologue se pose sur son nouvel allié qui se tient penché en avant, les deux mains appuyé sur le rebord d’une vieille et massive table de bois où reposent des piles de bouquins visiblement assez anciens.

(Mortis) : Quelqu’un est venu le prendre. Ce livre dont je te parlais.

(Phrysin) : Comment ça ?

L’assassin se redresse dans un mouvement rapide où se lit toute sa frustration. Il se retourne vers Phrysin, pointant de sa main gauche un emplacement vide sur la table, l’endroit précis où se trouvait le vieux grimoire, dernière lecture du vivant de son maître.

(Mortis) : Ce bouquin était là il y a moins de deux heures. J’ai même hésité à l’emporter.

Phrysin affiche une grimace de déconcertement. Se frottant le bras droit de son autre main valide, il jette un nouveau coup d’œil vers le cadavre qui repose dans son sang à l’autre bout de la pièce.

(Phrysin) : Je suppose qu’il s’agissait de « l’affaire » que tu avais à régler tout à l’heure ?

Mortis croise les bras sur son torse, visiblement étonné de la gène de Phrysin face aux faits.

(Mortis) : Tu m’as recherché précisément, moi, un individu cherchant par-dessus tout à vivre dans l’anonymat, à se défaire de toute forme d’identité, et tu veux me faire croire que tu ne savais rien de mes activités ?

(Phrysin) : Je ne te mentirai pas sur ce point. Je ne connaissais rien de toi hormis ton nom et le lieu où je pourrais éventuellement te trouver.

L’assassin hausse les épaules avec dédain.

(Mortis) : Quelqu’un t’a forcément orienté, sinon tu ne m’aurais jamais trouvé, crois moi. Et si cette personne ne t’a pas prévenu que le type que tu recherchais était un assassin, tu le sais maintenant.

(Phrysin) : Je n’ai rien contre ça. Je n’aime pas trop les corps pour autant.

(Mortis) : D’accord, j’en prends note. Toujours est-il qu’il y avait ici ce livre qui semblait fasciner plus que tout les gens qui y posaient les yeux… même moi je me suis senti attiré. Pourtant, je peux t’assurer que mon genre de lecture n’est pas de ce style.

Phrysin prend une grande bouffée d’air avant de se décider à pénétrer plus avant dans la pièce, évitant au maximum de porter son regard sur le cadavre gisant plus loin.

(Phrysin) : Tu ne penses pas que la personne qui t’a embauché pour ce contrat était en fait plus intéressée par ce fameux bouquin que par la mort de son possesseur ?

(Mortis) : C’est exactement ce que je pense. On a attendu que je mette fin aux jours du vieil homme pour pouvoir venir se servir sans risques.

Phrysin écarquille légèrement les yeux à l’idée qu’on puisse embaucher un assassin pour tuer un vieillard et ne manque pas de manifester oralement son étonnement à la suite d’un léger ricanement.

(Phrysin) : Un vieil homme, hein ? Ils auraient pu se passer de toi, dans ce cas.

Mortis pousse un léger soupir en jetant un regard forcé vers le corps gisant de Laï.

(Mortis) : Non, crois moi… n’importe qui d’autre que moi serait ressorti de cette maison avec quelques membres en moins… ou pas du tout, d’ailleurs.

A cette idée, Mortis baisse légèrement la tête, comme s’il venait de penser à quelque chose.

(Mortis) : Un professionnel aussi, d’ailleurs…

(Phrysin) : Comment ça ?

Mortis met un moment avant de répondre. Il semble perdu dans ses pensées et ne pas apprécier du tout de s’être fait, d’une certaine manière, manipulé.

(Mortis) : La personne qui m’a confié le contrat devait savoir qu’il n’y avait que moi qui serait à même de « libérer » le vieil homme. Cette personne devait en savoir suffisamment long sur moi pour planifier son coup. Je n’aime pas ça du tout.

Phrysin laisse l’assassin à ses pensées encore un instant, n’osant pas mettre fin de manière trop abrupte à sa volonté de participer activement à la quête de mise en déroute de l’Apocalypse. Au bout d’un moment, il se décide tout de même à reprendre la parole.

(Phrysin) : Ce livre était certainement rare, et à ce que tu m’en as dit, il pourrait s’agir d’un ouvrage Alpha.

(Mortis) : C’est quoi ça ?

(Phrysin) : Eh bien pour résumer simplement, on nomme « Alpha » tout héritage direct provenant de l’ancienne civilisation pré-Apocalypse.

Mortis hoche doucement la tête, faisant mine de s’intéresser à tout ça, mais Phrysin n’est pas sûr, au demeurant, de la sincérité dudit intérêt. Il est en fait persuadé que ce mouvement est plus ironique qu’autre chose, ce qui se confirme par les paroles de l’assassin.

(Mortis) : Un simple livre qui aurait survécu à un Apocalypse et à neuf cent ans d’Histoire pour finir dans un état certes vieillissant mais toutefois acceptable ? Oui, oui…

(Phrysin) : Ne sous-estime pas l’héritage de cette ancienne civilisation. Elle n’était certes pas aussi technologiquement avancé que la nôtre, loin de là même, mais au niveau magique, elle n’avait rien à nous envier…

(Mortis) : Si tu le dis.

Devant l’incrédulité et le dédain manifeste de l’assassin, Phrysin se contente de hausser les épaules.

(Phrysin) : Je ne compte pas te convaincre par des mots, alors puisque ce que nous sommes venus chercher ici a disparu, autant que je t’apporte d’autres formes de preuves. Cela améliorera tes connaissances en la matière.

(Mortis) : Eh bien si je dois entendre parler de toutes ces histoires d’Apocalypse pendant les six prochains mois, autant que je sois au courant, pas vrai ?

(Phrysin) : Parfait. Alors en route.

Phrysin tend sa main vers l’assassin, mais ce-dernier semble de prime abord ne pas comprendre ce que veut l’archéologue. Phrysin lui fait un signe du menton pour lui indiquer qu’il doit saisir sa main. Mortis semble hésiter un instant puis, d’un geste sec et méfiant, il attrape le poignet de son nouvel allié, celui-ci saisissant le sien dans un même mouvement. Phrysin fait alors apparaître de son autre main les particules noires annonçant l’apparition de sa sphère de téléportation et derrière son masque Mortis ferme les yeux. Les deux hommes sont bien vite englobés dans la sphère de matière noire qui éclate ensuite en une nuée de particules vaporeuses et impalpables, effaçant toute trace de leur présence dans la pièce.

A l’extérieur, sur les passerelles supérieures tissant leur toile au dessus du dédale des ruines incendiées, un homme en costume noir observe la maison dévastée de Laï d’un regard terne. Les cheveux noirs et luisants, il tient coincé sous son bras droit le fameux grimoire que Mortis souhaitait récupérer. Au côté de l’homme au costume, assit dans son fauteuil roulant, se tient Théophile, les yeux effacés derrière ses fines lunettes de verre, dans lesquelles se reflète l’éclat du soleil. Son homme de main à la chevelure sombre, Arikado, se retourne vers lui en lui tendant le grimoire. Le scientifique s’en saisit d’une main délicate avant de le déposer sur ses genoux.

(Arikado) : Ils ont disparus… aussi étrange que cela puisse paraître.

(Théophile) : Peu importe, cela ne nous concerne plus. Avec ce livre, nous nous rapprochons sans doute d’avantage de la vérité.

Lorsque Mortis rouvre les yeux, c’est à la fois un profond soulagement et un étonnement sans faille qui le gagnent. Soulagé d’être en vie, mais très étonné de l’endroit où il se trouve. L’environnement dans lequel il vient d’apparaître est extrêmement sombre, mais il distingue nettement la structure environnante, comme si elle était éclairée par une pâle lueur lunaire. Au dessus de lui, pourtant, aucun astre, aucune source lumineuse, seulement un vide noir, sans fond, aussi dense et obscur que l’idée qu’on pourrait se faire du néant. Il se tient sur une large dalle de pierre circulaire d’environ cinq mètres de diamètre. La roche est lisse, uniquement griffée en sa surface d’un motif en courbes, sorte de spirale légèrement tracée dont la profondeur ne dépasse certainement pas un centimètre. Visiblement ancienne, la dalle est fissurée par endroits, craquelée, mais visiblement solide, néanmoins. Encadrant celle-ci, une série d’arcs de pierre s’élèvent les uns à côté des autres, ouvrant des sortes de passage vers l’inconnu. Les arcs sont maintenus par des colonnes à doubles-têtes, servant de supports centraux entre eux. Mortis a le sentiment de se trouver au centre d’une structure antique, et se demande sur quoi elle peut bien reposer. Il jette un œil par endroits, observant l’aspect érodé de cette pierre grise qui façonne l’intégralité du lieu où il se trouve. Par delà les arcs, c’est le même vide intense, noir et profond, qui sert également de voute céleste à cet endroit inconnu. L’assassin ne sait pas sur quoi repose la structure circulaire sur laquelle il se trouve, mais il a le sentiment étrange de flotter, grâce à elle, au milieu d’un vide absolu, outrepassant totalement les lois physiques universelles. Tandis qu’il se dit que ce lieu onirique pourrait également devenir la plus affreuse des prisons, il sent une présence derrière lui et se retourne vivement, l’arme à la main. Face à lui se tient Phrysin, qui semble un peu surpris de l’accueil que lui réserve son compagnon de route.

(Phrysin) : Ton arme ne te servirait à rien ici, de toute manière.

Semblant croire sur parole son interlocuteur, et de toute manière rassuré de constater qu’il ne s’agit que de Phrysin, Mortis se détend et dirige la pointe de sa lance vers le sol.

(Mortis) : Et c’est où « ici », exactement ?

Phrysin hausse les épaules en affichant un sourire énigmatique.

(Phrysin) : J’appelle ce lieu la Chambre Spectrale.

L’assassin jette un coup d’œil de droite à gauche, semblant apprécier une nouvelle fois l’environnement étrange et flottant de cette architecture perdue dans un océan de ténèbres insondables.

(Mortis) : Un nom qui lui va à ravir.

(Phrysin) : Je te remercie. C’est un point de passage interne, au-delà de l’espace et du temps. Lorsque je me téléporte, je me retrouve toujours ici.

(Mortis) : Comment ça ? Tu n’atterris donc pas où tu le désires ?

Phrysin pousse un petit ricanement, comme pour remettre en cause l’efficacité indiscutable que semble avoir sa technique de téléportation aux yeux de Mortis.

(Phrysin) : Ce serait trop facile, je suppose. Je ne peux me téléporter que dans des lieux que j’ai déjà arpenté, que j’ai déjà mémorisé. Ca fonctionne comme une sorte d’empreinte mentale archivée ici même, dans la Chambre Spectrale… lorsque je me téléporte, je compulse ces archives et je me rends là où je désire.

(Mortis) : Ca signifierait que nous nous trouvons actuellement…

Phrysin hoche la tête tout en se tapant l’index contre la tempe.

(Phrysin) : Oui, nous sommes là. Dans mon esprit. Du moins je pense que c’est la meilleure manière de nommer ça. Nos corps se sont dématérialisés et nos esprits se sont liés, rejoignant cet espace mental où il semble que j’ai tout contrôle… je ne pourrais t’expliquer comment cela fonctionne, je n’en sais rien… Je suis né avec cette capacité, personne n’a jamais pu me l’expliquer.

(Mortis) : Je commence à comprendre pourquoi Otonoh-Mah voulait te garder dans ses murs.

(Phrysin) : Le monde est vaste, je ne suis qu’une curiosité parmi tant d’autres.

(Mortis) : Oui, mais là tu fais quand même très fort.

Phrysin pousse un nouveau ricanement et s’avance lentement vers l’arc qui se trouve face à lui, juste derrière Mortis. L’assassin suit son mouvement, tout en poursuivant la conversation.

(Mortis) : Je suppose que dans le monde physique, le déplacement est instantané ?

(Phrysin) : En effet. Le temps que nous passons ici n’a pas court dans le monde extérieur. Nous réapparaîtrons en un autre lieu à l’exacte seconde où nous avons quitté le précédent.

(Mortis) : Je vois. Et où nous emmènes-tu ainsi ?

Pour toute réponse, Phrysin se contente de passer sa main contre la colonne droite de l’arc qui lui fait face. Une sorte de vague d’air à l’apparence faussement liquide jaillit de sa structure interne, se joignant en un point central avant d’éclater dans un flash blanc aveuglant. Mortis plisse les yeux, légèrement surpris, avant de les cligner plusieurs fois pour s’assurer que ce qu’il voit n’est pas un rêve. Au-delà de l’arc, comme une image filmée, se trouve un lieu vaste : un désert ouvert sur un ciel d’azur. Les couleurs sont vives, le vent balaie les grains de sable en des nuages poussiéreux, écume jaillissant au dessus des vagues de dunes. L’espèce de liquide indéfinissable et translucide, formant l’écran de séparation entre la Chambre Spectrale et ce lieu désertique, ondule lentement au rythme d’un souffle pourtant inexistant dans cet espace de vide. Mortis s’avance aux-côtés de Phrysin, continuant à observer avec attention l’ouverture faite sur le monde au cœur de l’arc de pierre. Par delà, le vide noir et intense, devant lui, une image fixe d’apparence artificielle mais respirant une réalité qui l’attire intensément, comme si son propre esprit avait un besoin vital de retrouver le monde physique.

(Mortis) : Il suffit de franchir cet écran pour apparaître instantanément à cet endroit ?

(Phrysin) : C’est exact.

(Mortis) : Et où allons nous ?

Phrysin se place à ses côtés pour observer le désert apparu au milieu du vide, encadré de chaque côté par les immenses colonnes de l’arc. Ces-dernières semblent former une sorte de cadre à ce tableau de réalité.

(Phrysin) : Là où tout a commencé… et où tout devra finir.

Chapitre 147 Chapitre 149

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