Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 144

.:: Chapitre 144 ::.
Phrysin

Sorti le 10/12/2010, compilé dans le Volume 16

Histoire :

Le jour se lève à peine sur Eidolon, mais Mortis est déjà sur le qui-vive. Alerte et équipé, il surplombe un toit aux tuiles humides, s’agenouillant pour tourner son masque inexpressif vers le soleil naissant. Il pousse un léger soupir avant de porter son attention sur une sorte de petite boîte aux lettres, fixée à une palissade bancale encadrant une porte usée par le temps qui donne accès à la maison depuis le toit. L’assassin soulève le loquet retenant verrouillée ladite boîte, laissant tomber entre ses mains une sorte de missive blanche, sur laquelle ne sont affichées que deux choses : un nom et un montant. Mortis reste un moment pensif et silencieux, contemplant ces brefs écrits comme s’ils étaient porteurs d’une révélation mystique, bouleversante. Finalement, il ramène sa lance en avant et la saisit par l’extrémité arrière, afin d’agripper de sa main libre le petit flacon brun qui y est accroché par une cordelette de cuir lacée. Il le secoue ensuite d’un geste qui laisse transparaître l’habitude, puis le débouchonne délicatement. Le bouchon s’avère finalement être une sorte de tampon à son verso, et le flacon, en réalité rempli d’encre, l’a largement humidifié. L’assassin applique son sceau contre le papier de la missive, y imprimant l’icône d’un masque fort ressemblant à celui qu’il porte constamment sur son visage. Une fois cette signature apposée, il replace la missive dans la boîte et referme le loquet par-dessus, avant de soulever un petit bordereau en forme de drapeau rouge, sans doute destiné à signaler son passage, à la manière d’un facteur aux agissements macabres. Mortis contemple encore un instant la boîte, comme s’il parvenait à visualiser la missive, et surtout ce qui y est inscrit, au travers de la fine paroi de bois.

(Mortis) : Ca devait fatalement arriver, n’est ce pas ?

Ayant lâché ces mots mystérieux, Mortis bondit avec grâce du toit pour retomber sur une petite étable en contrebat, lui servant uniquement de tremplin vers la ruelle commerçante adjacente, qui commence à peine à s’éveiller.
Quelques minutes plus tard, Mortis se trouve au cœur du quartier commercial d’Eidolon, là même où il avait assassiné l’immense technopartisan, il y a si longtemps de ça à présent. Les marchands sont fidèles à leurs postes, et les clients affluent déjà. L’assassin se fraie sans difficulté un chemin au travers de la foule, l’excentricité de sa tenue ne dépareillant pas avec celle de bon nombre de personnes en présence. Rien d’exceptionnel dans cette partie de la ville, massivement peuplée de mages. Alors qu’il s’apprête à quitter l’artère principale pour prendre une rue plus dégagée, une main ferme saisit le bras de l’assassin, sans que celui-ci parvienne à clairement établir à qui elle est reliée, dans le tumulte de la foule.


(Inconnu) : Hey, toi, je voudrais te parler.

Mais Mortis ne semble pas avoir l’envie ni la patience de discuter, car il se déloge d’un mouvement vif, décrochant sans mal la prise, devenue légèrement hésitante, de son interlocuteur inconnu.

(Mortis) : Je n’ai pas le temps, viens me voir un autre jour.

Dans l’angle étroit des ouvertures visuelles de son masque, Mortis entraperçoit uniquement une manche d’un tissu totalement blanc, et un visage baissé, se tournant déjà et s’effaçant dans ce mouvement pour ne plus laisser apparaître qu’une masse de cheveux aussi blanche que le reste. Puis la silhouette disparaît dans la foule, et Mortis n’y prête plus la moindre attention, achevant son mouvement d’avancée sans regarder plus longtemps en arrière.
Le quartier du marché apparaît être une véritable œuvre et un labyrinthe architectural. Les rues sont étroites et sombres, mais certaines artères plus dégagées laissent profiter aux promeneurs de la lumière de ce soleil matinal. De nombreuses passerelles murales, évoluant en ponts de bois peints et gravés de symboles étranges et mystiques, découpent le ciel au dessus des rues, donnant à ce coin de la ville un aspect entrelacé, bizarre, et tout à la fois esthétique, caractérisant son charme si spécial. Les gens évoluent dans tous les sens, et à diverses hauteurs. Des escaliers longent les maisons, donnant accès à des commerces surélevés. Les toits deviennent des trottoirs, des passerelles se dressent entre les immeubles, on monte, on descend, on ne cesse de changer de point de vue. Mortis évolue dans ce décor avec l’aisance caractéristique des habitants de longue date de ce quartier, célèbre dans le monde entier pour son architecture déstructurée et loufoque. La destination de l’assassin s’avère être l’aéroport, espèce d’immense structure de bois en forme d’anneau, bardé d’habitations fixées à sa propre structure comme d’étranges excroissances. Plusieurs passerelles pénètrent en divers points d’accès vers l’intérieur de ce grand bâtiment ouvert sur le ciel. Mortis emprunte la porte basse, celle-ci s’ouvrant directement au niveau du sol de l’avenue menant à l’aéroport. De nombreuses personnes s’amassent à d’autres niveaux, mais le chemin qu’emprunte l’assassin est assez dépeuplé. Visiblement, le batair qu’il désire prendre ne va pas vers une destination des plus populaires.
Un batair, ce n’est ni plus ni moins qu’une sorte de bateau qui serait passé des embruns de la mer à la voute céleste. Voyez plutôt celui qui amorce justement sa descente vers l’aéroport. Un mat élevé, des voiles gonflées par le vent, rattachées à des cordes les reliant au système de navigation et de flottaison complémentaire : d’énormes ballons gonflés à l’air chaud jusqu’à en tendre la toile blanche qui les compose, fixés sur chaque côté de l’énorme coque gondolée, découpée précisément dans une esthétique aérodynamique. Mais le plus important, ce sont les runes de magie céleste et de magie du vent qui sont gravées dans le bois de la quille et de la proue, soutenant la structure dense du batair pour la rendre plus légère que l’air, et plus mobile que n’importe quel antigrav. Inutile de préciser que ces moyens de transport populaires sont tenus, et soutenus, par des mages accomplis.
Mortis se dirige tout naturellement vers un batair en bout de quai, le véhicule flottant dans l’air, à cinq mètres au dessus du niveau du sol, pour se maintenir aligné avec la passerelle surélevée. L’assassin redresse la tête pour contempler le reste de la structure interne de l’aéroport. C’est un immense cercle ouvert sur le ciel, bardés de passerelles et de ponts reliés entre eux pour mener à des quais auxquels sont parfois amarrés d’autres batairs. L’ensemble du bâtiment donne une impression colossale et témoigne d’une activité dense et constante. Des drapeaux flottent au vent, embrumés par les fumées des grillades provenant des divers snacks qui bordent les quais, car le quartier commercial ne connaît pas la frontière des murs, le marché s’étendant intramuros.
Mortis voit alors un jeune mousse dénouer les cordes reliant son batair au quai, et lui crie d’attendre avant de se précipiter d’un pas léger jusqu’au bord de la jetée pour finalement bondir à bord. Le mousse, l’air un peu hagard, et surtout très surpris, contemple le drôle d’individu qui vient de grimper sur le pont.


(Mousse) : M… monsieur, ce n’est pas un batair de transport public, nous acheminons uniquement les marchandises. Vous avez dû vous tromper.

(Mortis) : Ne t’en fais pas, le propriétaire de ce vaisseau est un vieil ami à moi.

Et il sort de sa sacoche une petite carte rectangulaire, apparemment en plastique fin, présentant une unique teinte rouge, recto-verso. Le mousse hoche alors la tête, comme s’il comprenait tout à fait ce dont il s’agissait, et s’empresse de s’excuser auprès de Mortis.

(Mousse) : Ah d’accord, dans ce cas je vous laisse ! Profitez bien du voyage, monsieur.

Et il s’en va sans demander son reste, faisant hurler une sorte de sifflet indiquant le signal du départ. Immédiatement, le batair se met à grincer légèrement et s’élève dans les airs, suivant une direction verticale totalement improbable selon les lois naturelles, mais que la magie céleste vient contrebalancer. 
Alors que Mortis s’apprête à s’asseoir sur le bord de la palissade de sécurité, démontrant par ce choix d’assise qu’il n’a certainement pas le vertige, un appel tonitruant se fait entendre depuis la passerelle en contrebat, attirant son attention malgré le tumulte des activités. Il ne peut en avoir la certitude à une telle distance les séparant, mais l’assassin est quasiment sûr que cette personne qui le hèle d’en bas, dont il ne peut pourtant distinguer aucun trait, est celle qui lui a saisi le bras au marché, quelques instants plus tôt.


(Inconnu) : Hey, toi, j’ai à te parler, alors redescends s’il te plaît !!

(Mortis) : Tu te fiches de moi ?! Allez, vas à ton chemin et laisse-moi en paix !

Il n’est visiblement pas dans les habitudes de Mortis d’hurler si fort en public, lui qui préfère vivre de manière discrète. Il plisse alors les yeux pour mieux distinguer son lointain interlocuteur, mais voit alors foncer sur lui une sorte de masse noire se rapprochant de plus en plus près, et à une vitesse étonnante. L’assassin a juste le temps de se jeter en arrière qu’un épais filet noir lui frôle le masque et va s’enrouler avec vigueur autour des cordes de nouages reliant les voiles aux ballons. 
L’assassin n’a pas le temps de comprendre réellement ce qui se passe qu’une voix se fait entendre juste à côté de lui, là, sur le pont du batair où il était seul encore une seconde auparavant.


(Inconnu) : Hey, le Masque, j’ai fort mal visé, n’est ce pas ?

Mortis, gardant un calme assez incroyable malgré l’enchaînement inattendu et très rapide des situations, se tourne calmement vers son interlocuteur, pouvant enfin découvrir pleinement l’apparence de celui qu’il n’avait jusqu’alors qu’entraperçu. L’individu est uniquement vêtu de blanc, dans la majeure partie de son habillement. Une sorte de pull moulant et serré en tissu de couleur blanche recouvre son torse, et ses jambes sont engoncées dans un pantalon à la coupe large, lui aussi d’un blanc écarlate, mais décoré, sur le côté, de quelques rosaces noires. Il porte également à sa taille une large ceinture de cuir noir, bardée de clous et de médailles à laquelle est fixée, du côté droit, une sacoche de voyage visiblement bien remplie, et du gauche, deux fourreaux contenant des épées courtes à larges lames. Une sorte de linge molletonné, d’un orange criard, est coincé sous la ceinture et maintenu en diagonale pour former une sorte de barrière colorée entre les masses blanches composant les parties supérieures et inférieures de ses vêtements. Cet orange vif se retrouve d’ailleurs en une excentricité vestimentaire supplémentaire : l’homme porte sur ses épaules une très longue étoffe en tissu, d’une couleur orange unie, très violente à l’œil, provoquant un contraste agressif avec le reste de sa tenue. Il maintient cette sorte de « cape » contre lui en y enroulant ses avants bras, le reste retombant dans son dos en une longue traîne, quasiment jusqu’à un mètre derrière lui. D’apparence, l’homme apparaît être plutôt jeune, et a un visage très beau, d’une grande finesse, bien qu’il soit d’une assez courte longueur. Cette impression est rattrapée par son front dégagé, ses cheveux fins et d’un blanc pur étant maintenus en arrière par un bandeau noir à la teinte luisante. Cependant, ils apparaissent assez récalcitrants, car ils repartent vers l’avant de chaque côté de son visage, encadrant celui-ci de quelques mèches à la couleur de neige.

(Inconnu) : Hey, dis moi le Masque… ça ne te dirait pas de me suivre ?

Les yeux noirs aux pupilles larges de l’individu affichent une expression d’une neutralité absolue, pour ainsi dire blasée. Il incline légèrement la tête, essayant de deviner l’impression de Mortis derrière son masque impénétrable.

(Mortis) : Qui es-tu ?

(Phrysin) : Je m’appelle Phrysin, j’appartiens à une organisation nommée DERIBEDO. Alors, tu me suis ou pas ?

Mortis croise lentement les bras sur son torse. Le batair est à présent en train de survoler Eidolon, l’aéroport témoignant encore de son imposante présence dans le dos du véhicule, qui se laisse porter par les vents magiques. L’assassin hausse finalement les épaules d’un air détaché, mais s’emploie à répondre avec la plus profonde courtoisie.

(Mortis) : Vois tu, mon enfant, je viens de me réveiller d’un sommeil magique de presque un mois entier. Alors je ne suis pas trop au courant des dernières nouvelles. Ta Derbidouze-machin-truc, ça ne me dit rien du tout. Et il s’avère qu’en plus, là, j’ai des choses à faire, donc pour ce qui est de te suivre… pour le moment, c’est non.

Phrysin, les cheveux au vent, a écouté avec attention toute la tirade, à peine teintée d’ironie, de l’assassin, le dévisageant d’une légère moue apathique.

(Phrysin) : Oui, je suis au courant pour le morphéoscope… ça faisait un moment que je t’avais localisé. Très bonne cachette d’ailleurs, tu m’as donné du mal. Enfin bon, je n’ai pas provoqué ton réveil à ce moment là. Il paraît que tirer quelqu’un d’un sommeil magique peut le tuer.

(Mortis) : C’est exact. Je te suis gré de ne pas l’avoir fait.

Phrysin continue alors avec le même visage vidé d’expression, l’air endormi, désintéressé de tout.

(Phrysin) : Et pour ce qui est de la DERIBEDO, tu aurais pu dormir un an que ça n’y aurait rien changé : tu n’aurais pas eu vent de notre existence.

(Mortis) : Dans ce cas, pourquoi te présenter à moi par le biais de ton organisation ? Ca ne risque pas de me parler.

Phrysin se sent légèrement piqué au vif par cette remarque, mais ne le témoigne pas physiquement, continuant à maintenir cet air blasé qu’il affiche depuis son entrée en scène. Mortis tourne alors son masque vers le filet enroulé autour de l’épaisse corde de maintien et fait un léger signe du menton en sa direction.

(Mortis) : Et ça ? Tu pensais vraiment m’attraper comme un singe ?

(Phrysin) : Disons que je voulais juste vraiment t’attraper.

(Mortis) : Eh bien je ne sais pas comment ça se passe à Derbidelo-land, mais par chez moi, ce ne sont pas des manières.

Au même moment, le batair commence à amorcer sa descente sur le quartier Nord de la ville. Il ne lui a pas fallu plus de trois ou quatre minutes pour être en vue de sa destination. Mortis se penche au dessus de la barrière de sécurité en bois poli et jette un coup d’œil en contrebat.

(Mortis) : Ils risquent de m’amener trop loin, donc c’est ici que je descends. Salut !

Et sans ajouter le moindre mot supplémentaire à ce dialogue de sourds, où aucun des deux partis ne semblait réellement engagé dans la conversation, Mortis prend appui du plat de la main sur la rambarde et saute par-dessus bord. Phrysin a du mal à camoufler sa surprise et son effroi face à ce geste, le batair se trouvant tout de même encore à vingt mètres au-dessus des toits. Il se précipite à la rambarde et se penche, s’attendant déjà à voir le corps désarticulé de Mortis en contrebat… mais au lieu de ça, il voit l’assassin atterrir sur les tuiles du clocher d’une église dépassant largement, de par sa hauteur, le reste des habitations environnantes. La petite silhouette noire bondit ensuite de gargouilles en gouttières avant d’atteindre des hauteurs plus accessibles à un déplacement « commun ». Phrysin affiche alors un léger sourire.

(Phrysin) : Joli masque.

Phrysin redresse alors son bras droit et produit un léger mouvement des doigts. Une sorte de craquement se fait entendre dans l’air et se concrétise physiquement par une fracture concrète de la réalité. Sous n’importe quel angle observable, l’air semble « coupé net », tranchant le paysage en une ligne noire à la présence irréelle. Un véritable paradoxe dans l’environnement du réel. Cette escarre se propage alors rapidement en une sphère parfaite et obscure, qui englobe totalement Phrysin, le faisant disparaître en une fraction de seconde. Finalement, la réalité semble reprendre ses droits, la sphère noire se dissolvant dans l’air comme une légère fumée à demi-opaque, s’avalant elle-même.
Mortis semble savoir exactement où il va, se déplaçant au travers d’une foule plus hétéroclite, moins typée « magie » que celle du quartier marchand. De ce fait, son apparence semble plus préoccuper les riverains, qui lui jettent quelques regards gênés, voir effrayés. L’assassin semble savoir qu’il n’est pas à sa place et qu’il ne convient pas pour lui de rester longtemps en compagnie des gens « normaux ». Il se détourne alors pour emprunter une ruelle étroite et sinueuse, où il se retrouve enfin seul, libre d’adopter un rythme de déplacement plus à son aise. Il se met à courir vers sa destination, mais est bien vite obligé de freiner dans son élan : une sphère noire jaillit devant lui, apparaissant de nulle part, comme si elle avait été vomie par le néant lui-même. Immédiatement elle se décompose en cette légère brume noirâtre pour laisser apparaître la blancheur immaculée des vêtements de Phrysin. Celui-ci affiche un air plus sérieux que sur le batair, et barre clairement le chemin à Mortis, écartant les bras de chaque côté pour lui faire comprendre qu’il ne le laissera pas passer.


(Mortis) : Tu vas m’ennuyer encore longtemps ?

(Phrysin) : Pas si tu acceptes de me suivre.

Mortis croise les bras sur son torse tout en saisissant le bas de son masque de ses doigts, singeant une pose réflexive.

(Mortis) : Mmmh… je ne suis pas intéressé.

Phrysin ne réagit aucunement à la provocation de son interlocuteur, gardant un air fermé, avec toujours ce petit air légèrement blasé. Les bras écartés, il reste immuable, figé au milieu du passage. Mortis hausse les épaules, et d’un pas décidé, dénué de la moindre inquiétude, il commence à contourner son interlocuteur. Une fois passé, l’assassin avance tranquillement, sans même jeter un regard en arrière. Il entend alors le crissement d’une épée qu’on tire de son fourreau, et instinctivement il se retourne, tout en faisant un moulinet de sa lance. Un choc de métal se fait entendre, et les deux armes qui se sont rencontrées sont repoussées chacune de leur côté. Phrysin plonge son regard impassible dans l’abîme blanc qui compose le masque de Mortis, tendant la lame courte, mais large, de son épée droit vers lui.

(Phrysin) : Je n’ai pas dis que je te laissais le choix…

Chapitre 143 Chapitre 145

- Haut de la Page -

Valid XHTML 1.0 Strict