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Un autre éveil

Sorti le 02/12/2010, compilé dans le Volume 16

Histoire :

La nuit tombe sur Eidolon lorsque Samantha et Oy, à présent à pieds, arrivent enfin à l’entrée du quartier de White Scar. Partout, ce n’est que banderoles, danses et rires. Sur tous les murs sont affichés des slogans anti-technologiques. Les mages cabriolent, jetant des sorts étincelants qui illuminent les rues. Samantha lance des coups d’œil anxieux et fascinés de droite à gauche. Elle et Oy se sont revêtues pour l’occasion de deux ponchos de voyage recouvrant leurs vêtements, afin de passer plus inaperçues dans ce quartier où un simple style vestimentaire déviant pourrait leur coûter cher. Oy, loin de se douter des risques qu’elle pourrait encourir en ces lieux, si jamais sa nature venait à être découverte, s’émerveille de l’ambiance de fête régnant dans le quartier. Elle se retourne vers sa « mère », le sourire aux lèvres.

(Oy) : C’est si amusant tout ça, alors que le reste de la ville semblait calme et morose.

Samantha se force à sourire en hochant doucement la tête. Partout ailleurs dans la ville, en effet, les gens lui ont semblé se terrer dans leurs maisons, et les patrouilles militaires lui sont apparues très présentes et inquiétantes.

(Samantha) : Je suppose qu’ici, on doit voir le remaniement politique de la ville d’un œil plus enjoué.

(Oy) : Ah. Alors ça j’y comprends rien.

(Samantha) : Chaque chose en son temps, ma puce.

Tout en prononçant ces mots, elle sort de sa poche un papier sur lequel est gribouillée une adresse. Elle repère un panneau de bois où est gravé le nom d’une ruelle adjacente et attrape doucement Oy par la main pour prendre cette direction. Le jet brûlant d’un cracheur de feu illumine un instant la ruelle, permettant à Samantha de clairement apercevoir le numéro de la maison correspondant à l’adresse dont elle dispose. Elle toque vivement à la porte, attend une réponse, et commence à manifester des mouvements d’impatience. Elle craint d’attirer l’attention de la foule alentours sur elle.

(Oy) : Chez qui on va ?

Samantha ne lui répond pas, frappant plus vivement sur le bois de la porte. Comme aucune réponse ne se fait entendre et que le cracheur de feu semble commencer à être attirée par son comportement, elle se décide à entrer sans y être invitée. Heureusement pour elle, la porte est ouverte, et elle s’engouffre à l’intérieur, attirant Oy à sa suite. Celle-ci fait un signe de la main au cracheur de feu avant de disparaître derrière le cadre de la porte et il lui offre en retour un clin d’œil innocent avant de se mettre à jongler, ne montrant pas le moindre signe de suspicion ni de danger. Samantha referme la porte derrière elle et pousse un profond soupir.

(Samantha) : Pfou… on l’a échappé belle.

(Oy) : On ne risquait rien, tu sais.

(Samantha) : Comment peux tu en être sûre ? Ces gens là nous couperaient la tête s’ils savaient qu’on vient d’Hydrapole.

Oy hausse les épaules, visiblement incrédule.

(Oy) : Tu exagères.

(Samantha) : Ce n’est pas le moment d’avoir cette conversation.

Oy est surprise de voir sa « mère » si piquée au vif par cette réponse. Elle décide de ne pas insister sur le sujet, s’attardant à observer l’environnement composant l’intérieur de la maison. Capharnaüm est le mot correspondant le mieux à l’état de la pièce… pièce dont il leur serait totalement impossible de définir la fonction : salon, entrée, chambre, débarras ? Tout est tellement sans dessus dessous que cela pourrait être le tout à la fois. Un lit traîne dans un coin, recouvert de bouquins poussiéreux et de linge sale, tandis que de l’autre côté traîne une table débordant de vaisselle dégoûtante, de parchemins, de carnets. Les chaises elles-mêmes sont détournées de leur utilité, car servant de porte-manteaux, de bibliothèques, où de support à un bocal rempli de poissons luminescents. Des bibelots étranges et abracadabrantesques traînent dans tous les coins, et Samantha serait bien incapable d’en définir la fonction, ou même le nom. Les volets sont totalement fermés, plongeant la pièce dans une obscurité étouffante que seules viennent combattre deux vieilles lampes à huile brûlant dans les coins du fond. Plusieurs tapis se superposent au sol, et à chaque pas, les deux intruses soulèvent de petits nuages poussiéreux. Samantha plisse les yeux d’un air moqueur.

(Samantha) : Ça manque d’une présence féminine dans le coin.

Oy étouffe un petit rire, ne semblant pas s’inquiéter de ne pas savoir chez qui elle se trouve. Elle attrape la main de sa « mère », qui se dirige vers la seule porte donnant visiblement sur une autre pièce. Elle pousse celle-ci, ouvrant l’espace sur un couloir étroit et long, aux murs très rapprochés. Il y a cinq portes de chaque côté, donc dix pièces différentes à visiter.

(Oy) : C’est un vrai labyrinthe.

(Samantha) : Oui, et si toutes les pièces sont à la hauteur de celle qu’on vient de traverser, je sens que notre périple va être fastidieux.

(Oy) : On ferait bien de commencer à chercher par là.

Et elle tend le doigt vers la troisième porte sur la droite qui, en plus d’être légèrement entrebâillée, laisse filer un rayon de lumière jaunâtre. Samantha passe devant et pousse légèrement le battant, ouvrant l’espace sur une pièce éclairée par plusieurs grosses bougies. Dans un angle de celle-ci, Engal, torse nu, se tient debout sur le bord d’un fauteuil rongé par les mites. Il tourne un regard plus que surpris et très gêné vers Samantha, qui écarquille les yeux en voyant ce qu’il est en train de faire. Entre ses mains il tient une corde fixée au plafond, avec laquelle il était en train de nouer un nœud coulant. Un long silence gêné s’installe, Samantha contemplant son ami d’un air hagard, la bouche toujours ouverte dans une expression de consternation terrifiée. Engal vient finalement rompre le blanc d’un sourire en coin.

(Engal) : Euh… c’est pas du tout ce que tu crois.

(Samantha) : Et… qu’est ce que… je suis sensée croire ?

Engal hausse les épaules en riant.

(Engal) : J’en suis pas encore là !! En fait, je m’apprêtais à faire quelques exercices physiques.

(Samantha) : En te balançant au bout d’une corde ?

(Engal) : Pas par le cou, ne t’en fais pas !!

Voyant que Samantha reste toujours aussi atterrée, il se décide à descendre calmement de son promontoire improvisé.

(Engal) : Je me pends par les pieds, pour travailler mes abdominaux et les muscles de mes jambes.

(Samantha) : Je n’ai jamais rien entendu d’aussi stupide.

(Engal) : Content de te voir en tout cas… je me suis fais du souci, pour toi et Vladimir.  

Samantha quitte finalement son air pincé, sentant la culpabilité remonter et empourprer ses joues. En effet, Engal s’était trouvé sans aucune nouvelle d’eux suite à leur séparation forcée au CREAE… il s’était sans doute fait beaucoup de souci, sans doute les avait-il cherché partout. Peut être les avait-il cru mort…

(Samantha) : Je… je suis vraiment désolée, il s’est passé énormément de chose depuis la prise d’otages… on n’a dû quitter la ville précipitamment et…

(Engal) : Ne t’en fais pas, ce n’est pas grave… vous avez bien fait. C’est la folie en ville depuis cette histoire. Vous deux, vous auriez pu vous retrouver dans un camp si vous étiez resté là. Je suis content de savoir que vous allez bien.

Engal se laisse tomber dans le vieux divan, ce qui soulève un impressionnant nuage de poussière. Samantha hésite à lui dire d’emblée que tout ne va pas si bien pour tout le monde, mais son interlocuteur ne semble pas avoir remarqué l’absence de Vladimir comme inquiétante pour le moment… finalement, elle se décide à employer quelques détours avant d’en venir aux faits.

(Samantha) : Je pensais plutôt que cette situation te satisferait. Tu soutenais le mouvement magique d’une manière assez… extrême, n’est ce pas ?

Engal fait une légère moue à l’audition de cette déclaration, mais ne semble pas s’en offusquer. Il se contente de hausser les épaules.

(Engal) : J’ai toujours souhaité assister à la domination du département magique sur la cité d’Eidolon… mais pas comme ça. Tout le monde rit et chante dans les rues, mais je n’ai pas goût à la fête, tu vois. Quand on pense à la façon dont tout ceci est arrivé…

Un tremblement parcourt l’échine du mage alors qu’il se remémore l’épisode du CREAE, la perte du contrôle de son corps, l’activation des bombes. Il ferme les paupières, retenant difficilement ses larmes, mais Samantha remarque immédiatement la pâleur de son visage et les cernes sous ses yeux.

(Samantha) : Qu’est ce qui s’est passé, Engal ?

(Engal) : On a de nombreuses choses à se dire…

Il tourne alors son regard vers Oy, qui est restée à demi-cachée derrière sa « mère » depuis le début de cette scène de retrouvailles. Il lui offre un petit sourire, auquel elle ne répond pas, se crispant d’avantage au poncho de Samantha. Elle semble étrangement effrayée.

(Engal) : Qui est cette jeune-fille ?

Samantha tourne son visage vers Oy, entrouvre la bouche en hésitant un instant, avant de reporter son attention sur Engal.

(Samantha) : On a effectivement de nombreuses choses à se dire…

En une autre partie de la ville, dans le quartier du marché, au Nord, tout au fond des anciennes rues industrielles, abandonnées depuis des années, se trouve une très vieille cave. Elle devait très certainement être reliée à une maison autrefois, mais celle-ci ne semble pas avoir résisté aux ravages du temps. Les murs de la cave sont faits de pierre sombre, son plafond rempli de crevasses est humide, laissant écouler de l’eau croupie et nauséabonde. Les insectes grouillent de partout, entrant et sortant par les multiples orifices présents dans les murs et le sol spongieux. Dans un coin de la cave un peu moins sale que les autres, Mortis dort sur une pile de cartons dépliés, enroulé sur lui-même à la manière d'un chat. A côté de lui se trouve sa fidèle lance, ainsi que le morphéoscope, dont les rouages complexes et les mécanismes multiples produisent un bruit cyclique, mécanique et entêtant. Au bout de quelques secondes pourtant, le bruit s’estompe totalement et il ne reste plus que le crissement des pattes de quelques insectes pour insuffler une impression de vie à cette scène. Puis un tintement étrange s’enclenche, ni aigu, ni assourdissant, un bruit léger et sourd, répétitif, provenant du plus profond du morphéoscope. Derrière le masque d’un blanc immaculé de Mortis, deux yeux s’ouvrent sur le monde éveillé. Semblant ressentir ce retour à la conscience, tous les insectes s’activent bruyamment pour disparaître dans les trous, ne laissant pas la moindre trace de leur présence. Chaque membre du corps de l’assassin est lourd et ancré dans sa position. Un léger tremblement parcourt son être et il pousse un gémissement de douleur en relevant son bras droit, très lentement. Une épaisse couche de poussière se soulève à ce mouvement, figeant Mortis dans sa pose. Il semble se demander depuis combien de temps il est là, endormi. Un craquement terrifiant se fait entendre tout le long de son bras, ses os répondant à son premier mouvement d’une manière bien désagréable. Le corps endolori, il pèse chacun de ses gestes, les accompagnant à chaque fois d’une myriade de craquements et de légers gémissements de souffrance. Il se retrouve finalement sur ses jambes, l’air un peu pantois. Il chancèle un moment avant de s’agripper au mur pour ne pas tomber et perdre l’équilibre. Immédiatement, son corps se rappelle à lui et son ventre gargouille dans un tourbillonnement atroce qui le plie littéralement en deux. Prit de hoquets, manquant de peu de vomir, Mortis attend de longues secondes avant de se reprendre, pour être sûr que son mal de l’éveil s’est calmé. Il se décide à faire quelques pas dans la pièce, pour remettre son corps en état, lentement, précautionneusement. Au bout de quelques minutes de ces calmes exercices, il se livre à des flexions rapides, puis sautille et trottine sur place, récupérant visiblement ses capacités sans trop de mal. Essoufflé par cet effort pourtant minime, il se laisse retomber assit sur les cartons moisis qui lui ont servi de couchette, et attrape le morphéoscope entre ses mains pour le tourner vers son visage masqué. Il contemple un instant le cadran, visiblement médusé par ce qu’il y voit.

(Mortis) : On est pas passé loin d’un mois de sommeil total… pas étonnant que mon corps soit un peu rouillé.

Il range le morphéoscope dans le vieux sac de toile vide qui traîne à côté de sa paillasse de fortune délogeant quelques scolopendres qui y avaient trouvé refuge. L’assassin se saisit ensuite de sa lance et s’appuie sur elle afin de se relever, faisant craquer sa colonne vertébrale en poussant un petit gémissement extatique. Il se dirige finalement vers les escaliers le séparant de la surface, et regagne le monde conscient après 28 jours et 6 heures d’un sommeil profond et artificiel.
Sa première destination est une taverne banale à laquelle il s’attable sans la moindre hésitation et sans même en avoir regardé le nom ou le menu. Il commande le plat le plus copieux du coin et le dévore à pleine main, à peine l’a-t-on servi, se repaissant avec extase à chaque bouchée. Le tenancier de l’auberge lui jette un regard suspicieux avant de s’éloigner de lui d’un air alerte pour regagner son comptoir. Un homme s’y tient assit dans l’ombre, sirotant un verre rempli d’une sorte de liqueur ambrée. Il tourne son attention vers le tenancier et le siffle.

(Homme) : Qui est cet individu en noir, portant un masque ?

(Aubergiste) : Je ne sais pas… sans doute un de ces mercenaires, non ?

(Homme) : Il a l’air de trouver votre nourriture à son goût.

L’individu pousse un léger ricanement, laissant l’aubergiste retourner à ses activités. Mortis, de son côté, ne fait pas la fine bouche, récupérant la moindre gouttelette de sauce présente dans l’assiette avec son doigts en faisant preuve d’une voracité à la hauteur de son jeûne. Il sent une présence passer juste derrière lui, subrepticement, et quitter l’auberge sans qu’il ait eu ne serait ce que le temps de la distinguer… et c’est seulement à ce moment là qu’il ressent le léger picotement d’une piqure qu’on vient de lui faire dans le bras, sans même qu’il s’en rende compte. Mortis, loin de s’inquiéter de cet évènement, hausse les épaules et se retourne en levant le bras.

(Mortis) : Aubergiste !! La même chose, avec une grosse miche de pain… et des saucisses !!

L’aubergiste lui fait un signe de main en hochant la tête avant de se diriger vers la cuisine. Au comptoir, l’homme dans l’ombre a disparu…

Chapitre 142 Chapitre 144

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