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Le Rouge

Sorti le 25/11/2010, compilé dans le Volume 16

Histoire :

Vladimir, toujours inconscient, atterrit avec fracas à l’arrière du véhicule noir de la Ligue Noire. Quicksilver se redresse alors, claque la portière, laissant les vitres teintées faire disparaître toute image repérable du professeur. Il pousse un léger soupir en soulevant son poignet pour consulter sa montre. Un courant d’air passe, ébouriffant sa fine chevelure noire, et il tourne la tête pour suivre sa direction, comme s’il s’imprégnait de son essence. Immédiatement, ses sourcils se froncent et une légère tension semble le gagner. Il se retourne, pour servir de barrière à la portière qu’il vient de refermer, et une expression d’incertitude, mêlée de suspicion, vient marquer les traits de son visage. Il tend sa main devant lui et commence à l’agiter mollement, à la manière dont il l’employait pour détecter les émanations magiques laissées par Engal au moment où celui-ci était venu au secours de Vladimir. Il produit ce mouvement pendant quelques secondes avant de tourner immédiatement la tête vers le toit d’un hangar avoisinant, sur lequel se trouvait précédemment l’ombre qui semblait observer la scène. Mais le regard de Quicksilver se porte sur du vide : il n’y a rien sur le toit, ni aux alentours, pas la moindre présence, ni même un son particulier pouvant se détacher de la cacophonie lointaine de la ville. Observant sans doute l’expression méfiante de son supérieur, un homme de la Ligue Noire resté en station sur le côté du laboratoire se risque à approcher d’un pas prudent.

(Garde) : Il y a un problème, monsieur Quicksilver ?

Celui-ci ne tourne pas la tête vers lui, si bien que le garde finit par se demander si son interlocuteur l’a seulement entendu. Mais finalement Quicksilver semble se détendre, et porte finalement son attention sur lui.

(Quicksilver) : Non, rien. Une fausse impression. Allez, en route.

L’autre salue d’un mouvement rapide et précis avant de se diriger de l’autre côté du véhicule pour se mettre au volant, laissant le temps à Quicksilver de prendre la place du passager. Avant de refermer la portière, il lance un dernier regard vers le coin de toit sur lequel venait juste de se porter son attention, comme pour tenter une ultime fois sa chance. Mais rien ne transparaît dans la pâle lueur du crépuscule. Il referme alors la porte de la voiture et celle-ci démarre immédiatement, disparaissant rapidement au coin de la rue. Une ombre jusqu’alors immobile, que l’on aurait facilement pu prendre pour une gaine de sortie d’air, s’agite alors mollement sur le bord du mur adjacent au toit. Des griffes de métal acérées se détachent du béton dans lequel elles s’étaient fichées et un corps long et maigre se déplie, s’extirpant de la position improbable qu’il avait prise pour disparaître aux yeux de tous dans les ténèbres nées du soleil couchant. Sans produire le moindre bruit, il retombe au sol, sur le toit où il tenait précédemment sa position. Son apparence se distingue alors dans la lumière orangée. C’est un homme d’une grande finesse, tout en courbes et en muscles tendus. Sa peau a un teint halé, comme s’il avait passé trop de temps sous le soleil d’Adra’Haar, qui est probablement son pays d’origine, étant donné le sigle officiel qui orne le tabard noir retombant, déplié, le long de ses jambes. Il a les cheveux mi-longs, d’une couleur châtain clair, et des mèches retombent ça et là, virevoltant devant son visage émacié et osseux. Il est torse nu, laissant apparaître toute la magnificence de son corps rôdé aux exercices physiques, sculpté comme dans un écrin de perfection. Ses longs bras sont gainés de bandes de cuir et de pièces de métal se concentrant de plus en plus jusqu’à ses doigts. Ceux-ci sont engoncés dans des excroissances métalliques en formes de longues griffes acérées et inquiétantes, à l’aspect aussi tranchant que mortel. Mais le plus singulier reste la couleur de ses pupilles, d’un rouge brillant et humide. Son expression témoigne d’un calme et d’une sérénité admirables étant donné la position inconfortable qu’il vient de quitter. Sans attendre un instant de plus, il bondit jusqu’au toit voisin comme si cela ne lui demandait pas le moindre effort. Il se met alors à courir à une vitesse impressionnante, semblant diriger sa course à la perfection, sans la moindre hésitation. Il bondit de toits en toits, suivant l’itinéraire de la voiture noire tout en restant à une distance suffisamment raisonnable pour n’éveiller aucun soupçon. Les sens aiguisés de Quicksilver semblent avoir rendu ce zélé acrobate méfiant. D’un geste vif, il extrait d’une sacoche fixée à sa ceinture de combat un comtalk qu’il porte à son oreille, mouvement qu’il produit tout naturellement en poursuivant sa course effrénée. Il se met alors à parler dedans sans que sa voix ne témoigne d’un quelconque essoufflement résultant de l’activité physique intense qu’il est pourtant en train de produire.

(Le Rouge) : Ici Le Rouge. J’ai trouvé Vladimir Morlan, mais l’approcher risque de ne pas être aussi simple que je l’imaginais.

Une voix semble alors lui répondre quelque chose au travers du comtalk.

(Le Rouge) : Je ne sais pas. Une sorte d’organisation. Aucun signe distinctif, leurs véhicules sont totalement neutres. Peut être la Ligue Noire.

Nouvelle réponse de l’interlocuteur. Le Rouge hoche doucement la tête, semblant accorder du crédit à ce qui lui est dit.

(Le Rouge) : D’accord. Je suis le professeur Morlan jusqu’au lieu où ils l’emmènent et je te recontacte une fois que j’aurais pu mieux évaluer la situation.

Il détache le comtalk de son oreille et le range dans sa sacoche, tout en continuant à courir et à bondir de toits en toits, scrutant la voiture en contrebat. Finalement, celle-ci arrête sa course devant le centre de recherche principal de l’Aritark, là où Vladimir avait déjà été emmené la dernière fois. Une bâche se trouve d’ailleurs en lieu et place de la grande baie vitrée qui ornait auparavant le bureau de Lexus… avant qu’Engal n’arrive pour faire quelques réaménagements. Le Rouge cesse alors sa course et s’accroupit derrière l’une des grandes cheminées qui habille le toit d'une usine de robotique, jouxtant le bâtiment de l’Aritark.
Lexus apparaît immédiatement à l’entrée et marche d’un pas rapide et pincé vers la voiture. Quicksilver descend de celle-ci, le toisant du regard, et sans lui adresser le moindre salut, se contente d’ouvrir la portière arrière.

(Quicksilver) : Voilà le colis.

Lexus y jette un œil rapide, feintant un désintérêt que le mince sourire satisfait ornant son visage vient immédiatement ruiner.

(Lexus) : Parfait. Monsieur Dalan a donné des instructions ?

(Quicksilver) : Il ne vous a pas contacté directement ?

(Lexus) : Si, mais je préfère être sûr.

Quicksilver hausse les épaules et agrippe Vladimir par le dos pour l’extraire du véhicule, comme s’il était un vulgaire paquet.

(Quicksilver) : Faites ce qu’il vous a demandé, je n’ai pas à jouer les intermédiaires.

Lexus grimace légèrement à l’audition de ce ton glacial et sans concession. Il décide de ne pas répondre, se contentant de faire un signe de la main pour autoriser deux scientifiques, restés en retrait, à s’avancer. Ils poussent tous les deux un grand brancard sur lequel Quicksilver balance littéralement le professeur inconscient, manquant de peu d’envoyer le tout valser par terre.

(Lexus) : Faites attention, voyons.

(Quicksilver) : Quoi ? Il est en sucre ? Foutez-moi la paix et dégagez.

Lexus fronce les sourcils, bombant presque le torse pour tenter de s’imposer et faire figure d’autorité devant ses deux subordonnés qui, de toute manière, ne lui prêtent déjà plus la moindre attention, trop affairés qu’ils sont à vérifier l’état de santé de Vladimir et à le sangler au brancard dans l’hypothèse où il se réveillerait. Quicksilver se détourne de Lexus, totalement désintéressé. Ce-dernier porte alors son attention sur Vladimir et les deux scientifiques qui finissent de l’attacher.

(Lexus) : Vous lui retirerez cette combinaison et procéderez à une désinfection complète. Nous pratiquerons la première étape d’expérimentation immédiatement après. Ce serait parfait s’il ne se réveillait pas entre-temps. En route, messieurs.

Les deux scientifiques acquiescent et poussent le brancard jusqu’à l’entrée du bâtiment, suivis de près par Lexus, qui tente de concentrer son attention sur sa tâche pour oublier le traitement que vient de lui faire subir Quicksilver. Celui-ci s’adosse au véhicule et recommence alors à scruter tout autour de lui en fronçant les sourcils, comme si la méfiance qu’il avait témoigné au laboratoire n’avait été mise qu’en suspend et qu’elle le reprenait maintenant avec force. Le Rouge, au premier mouvement de tête de Quicksilver, se plaque derrière la cheminée et s’immobilise totalement, allant même jusqu’à cesser de respirer. Au bout de quasiment une minute, il finit par relâcher ses muscles et lance un regard en biais par-dessus son épaule, comme s’il était capable de sentir l’agitation de Quicksilver au travers du béton composant son abri de fortune. Dans des mouvements lents et mesurés, il s’éloigne alors de la cheminée, restant à son couvert, jusqu’à atteindre le bord du toit d’où il se laisse tomber pour atterrir dans une petite ruelle en contrebat. Il reprend finalement son souffle, doucement, tout en jetant de brefs coups d’œil de droite à gauche, méfiant, comme s’il s’attendait à voir Quicksilver jaillir dans ses angles morts pour l’attaquer. Il s’éloigne finalement d’un pas rapide dans la direction opposée au QG de l’Aritark et lorsqu’il estime être à une bonne distance de sécurité, il s’arrête et s’adosse au mur, soupirant légèrement.

(Le Rouge) : Cet homme… il va falloir s’en méfier.

Puis il reporte son comtalk à son oreille et appelle son contact.

(Le Rouge) : C’est de nouveau moi. Il va être très difficile d’approcher le professeur Morlan sans causer de grabuge. Il a l’air d’avoir quelques soucis, d’ailleurs…

Une réponse inaudible dans les légers grésillements, mais à laquelle Le Rouge répond d’un hochement de tête rapide.

(Le Rouge) : Oui, c’est bien ce que je comptais faire.

De sa main libre, il sort de sa sacoche une liste de noms dont la plupart sont déjà barrés.

(Le Rouge) : Il me reste encore quelques autres personnes potentiellement compatibles au signe du Penseur. Je garderai le professeur Morlan pour la fin, s’il s’avère qu’il est le bon… et si jamais de l’action est nécessaire pour le sortir de là, tu te doutes bien que ce n’est pas ce qui m’effraie le plus.

Quelques secondes s’écoulent où Le Rouge écoute ce que son contact lui dit, après quoi il décolle son dos du mur et fronce les sourcils d'un air légèrement inquiet où se lit aussi une part de colère.

(Le Rouge) : Tu l’as vraiment vu ? Je savais que la garde rapprochée de l’Archimage me filerait le train, mais je ne me doutais pas qu’ils me localiseraient aussi vite. Ne t’inquiètes pas, si mon vieil ami essaie de m’arrêter, je ne me laisserai pas faire. Notre mission est trop importante pour que je verse dans le sentimentalisme nostalgique. Je te laisse.

Ayant lâché ces mots, il coupe la communication et range le comtalk dans son sac, après quoi il se précipite furtivement dans une ruelle avoisinante, disparaissant dans les ténèbres de la nuit naissante.

Filant comme le vent au-dessus de la grande route traversant les Steppes Sèches, qui mène de la frontière d’Hydrapole jusqu’à la capitale Eidolon, la vieille navette de transport de Yunda Oy semble tout à coup avoir rajeuni. A la fenêtre latérale, Oy colle son visage contre la vitre, fascinée par le paysage lunaire qui compose l’environnement extérieur. Samantha, aux commandes, lui jette de temps en temps quelques regards inquiets. Ses yeux sont rouges de fatigue et d’inquiétude, là où l’ancienne machine radie de bonheur et de surprise. Finalement, la scientifique se racle la gorge, attirant l’attention de sa « fille ».

(Samantha) : Oy, il faut qu’on parle de ce qui s’est passé là-bas.

La jeune-fille fait une légère moue et hoche doucement la tête, acceptant sous la contrainte la conversation.

(Samantha) : Pourquoi… pourquoi te donnes-tu l’autorisation de te comporter encore de manière robotique ? Pourquoi avoir conservé ton armement ? Pourquoi as-tu fais preuve d’une telle violence ?

(Oy) : Je voudrais te répondre de manière logique, maman… mais il faudrait que je fasse appel à ce côté « mécanique » de ma personnalité, et je ne veux pas te mettre en colère.

Samantha ne peut s’empêcher de pousser un petit rire chaleureux.

(Samantha) : Je ne veux pas que tu me répondes de manière logique. Justement, c’est de là que vient le problème, je pense. Tu dois t’en rendre compte par toi-même, mais des fois il est nécessaire de faire taire la logique, de réagir de manière spontanée.

(Oy) : Je voulais te protéger. Si je ne l’avais pas fait, on se serait faites capturées nous aussi

Samantha hoche la tête, et une larme coule sans prévenir de son œil gauche à l’idée de savoir Vladimir entre les mains de la Ligue Noire.

(Samantha) : Je sais, je sais. Tu as bien fait mais… Roh ! Je ne sais pas comment exprimer ce que je ressens.

Oy contemple sa « mère » d’une expression attentive et curieuse, attendant qu’elle trouve ses mots pour pouvoir réagir en conséquence.

(Samantha) : Je veux dire que le rêve de Yunda est un peu devenu le mien… car tu es très précieuse à mes yeux. Et je redoute que tu aies plus de mal à prouver ton existentialité si tu conserves des attributs de ton… ancienne forme.

Oy baisse les yeux, ne trouvant rien à répondre. Un long silence se fait entendre, que la jeune-fille vient finalement briser d’un soupir suivi d’une tentative d’explication.

(Oy) : Je conçois ce que tu ressens, ce que tu veux dire. Pour toi, c’est facile de t’imaginer ce à quoi je dois prétendre. Mais de mon côté, il n’y a ni expérience, ni précédent, ni vécu. Je n’ai pu me baser sur aucun ressenti antérieur pour fonder au mieux cette enveloppe que je dois à présent acquérir comme mon nouvel organisme. Il ne me reste quasiment plus aucun souvenir de mes anciens attributs, de mes modes de fonctionnement… tout est nouveau pour moi, et si étrange. Ces aptitudes que j’ai montré, que tu trouves décevantes… je les emplois de manière naturelle, et cela va dans le sens où j’évolue.

Samantha se pince les lèvres, montrant une certaine culpabilité face aux reproches qu’elle a pu faire à cette jeune créature pour qui tout semble étranger, fascinant et peut-être dangereux.

(Oy) : Je suis supposé devenir humaine ? Je ne sais pas ce qu’est être humain. Et lorsque j’étais une machine, je n’avais pas conscience de n’être qu’un programme. Que suis-je devenue en réalité ? Je l’ignore complètement, et ça me fait peur…

Et alors qu’elle lâche ces mots, des larmes se mettent à couler de ses grands et beaux yeux verts. Et lorsqu’elle sent le liquide chaud mouiller ses joues, elle y porte une main hésitante et tremblante.

(Oy) : Qu… qu’est ce que c’est… ? Je…

(Samantha) : Ce sont des larmes, ma chérie. Tu pleures.

Et tout en souriant de bonheur face à cette vision, Samantha se met elle-même à pleurer, comme si toute la pression accumulée au court de ces derniers-jours, depuis la nouvelle de la mort d’Almee jusqu’à l’attaque surprise de la Ligue Noire, devait éclater ici et maintenant. Au bout de quelques secondes, elle est obligée d’arrêter le véhicule, car elle n’est plus en mesure de le piloter tant ses yeux sont embués de larmes. Elle agrippe Oy par les épaules et la serre contre elle, sentant les pleurs de la jeune-fille mouiller son t-shirt. Et elles restent ainsi pendant plusieurs minutes, se serrant l’une l’autre, sans dire un mot, jusqu’à ce que la crise cesse et que leurs tensions respectives retombent. Oy affiche un sourire un peu traînant, les yeux encore mouillés de larmes.

(Oy) : C’est nul de pleurer.

(Samantha) : Voilà un raisonnement totalement illogique… et très humain.

Oy lui répond par un sourire chaleureux où transparaît toute l’honnêteté de ses émotions. Samantha se sent rassurée face à cette seule expression venant faire table rase de tous les comportements déviants dont à pu témoigner l’ancienne machine au court des dernières heures.

(Samantha) : On va reprendre la route.

(Oy) : Où est ce qu’on va ?

Samantha redémarre le véhicule qui se met à vrombir en décollant légèrement du sol.

(Samantha) : On va essayer de retrouver un ami à Eidolon, quelqu’un qui se fait certainement du souci pour nous depuis trop longtemps et qui pourra nous protéger… et peut être même nous aider à sauver ton père.

Chapitre 141 Chapitre 143

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