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Albertus Dalan

Sorti le 17/11/2010, compilé dans le Volume 16

Histoire :

Presque sauvage, clairement coléreuse, l’expression de Vladimir est d’autant plus intensifiée dans la hardiesse que ses joues s’empourprent du manque d’oxygène : à la vue de son agitation, Quiksilver semble avoir augmenté la pression. Les sourcils du professeur se froncent, et ses dents serrées laissent échapper le nom du nouvel arrivant, presque comme un sifflement.

(Vladimir) : Dalan !!

L’homme qui surplombe à présent Vladimir accuse déjà un certain âge, mais malgré les quelques rides marquées qui ornent son front et la commissure de ses lèvres, il semble faire preuve d’une constitution étonnante. Ses cheveux, noirs et épais, sont camouflés sous un chapeau typé western, d’une couleur brun-crème, auquel sont accrochés quelques grigris et constructions perlées. En guise d’habillement, il est vêtu d’un très beau costume sombre, distingué par sa sobriété et la netteté de sa coupe. Pourtant, par-dessus, il porte une longue veste de cuir marron, assez sale et bardée de boucles et de lanières de cuir pendouillant mollement, fripées. Dans son dos est fixé un holster en peau ouvragée, lacé de broderies fines, et maintenant fermement accroché un fusil de chasse à l’apparence antique, conçu dans une pièce de bois vernie, à l’allure aussi vénérable que menaçante. Les yeux fins et d’un brun brillant de Dalan scrutent Vladimir sous toutes les coutures. Un fin sourire déchire alors les traits du chef de la Ligue Noire.

(Dalan) : Excellent travail, Quicksilver.

Il s’est adressé à lui sans détourner son attention du professeur, comme s’il était pris d’une forme de fascination.

(Quicksilver) : Devrais-je voir ma peine réduite suite à ce succès ?

(Dalan) : Qui parle d’une peine, voyons ? Notre accord n’est-il pas équitablement profitable ?

Vladimir sent la pression sur ses bras se relâcher un instant, et ses yeux s’écarquillent alors qu’il a l’impression claire et précise que Quicksilver va le relâcher ici et maintenant, lui laissant une chance inespérée de s’en sortir. Son regard se tourne vers l’homme-mercure et la rage qui sculpte son expression semble être un écho au précédent visage précédemment affiché par le professeur. Mais finalement, après de longues secondes de silence, Quicksilver raffermit sa prise sur Vladimir, et ferme les yeux, semblant tenter de se raisonner lui-même. Pour toute réponse à Dalan, qui de toute manière n’avait pas l’air d’en attendre, il se contente de se redresser silencieusement, imprimant un mouvement identique, mais contraint, à sa proie. En une seule prise rapide, Vladimir se retrouve debout, quasiment nez à nez avec son nouvel interlocuteur.

(Dalan) : Quel plaisir de vous revoir, professeur Morlan.

(Vladimir) : Plaisir non partagé, assurément.

(Dalan) : Assurément, oui, je m’en doute. Et m’en félicite, d’ailleurs. Ce serait un comble que vous soyez en joie de vous retrouver face à moi, maintenant que je détiens l’intégralité de vos possessions.

(Vladimir) : Ex-possessions. Et si elles vous plaisent tant, grand bien vous en fasse : cadeau de la maison.

Dalan hausse les épaules en esquissant un léger sourire emprunt de moquerie.

(Dalan) : Ce n’était pas par plaisir d’offrir à l’époque, n’est ce pas ? Mmmh… c’était le bon temps.

(Vladimir) : Je suis vraiment désolé de briser la réminiscence de vos jolis souvenirs de vacancier, mais si vous pouviez demander à votre gorille génétiquement modifié de me lâcher la bride, je me sentirais plus disposer à tailler le bout de gras avec vous.

Dalan hoche la tête de droite à gauche de manière franche, annihilant dès à présent les faux espoirs que pouvaient se faire Vladimir quant à la suite des opérations. Le chef de la Ligue Noire pointe alors un doigt réprobateur sur la combinaison de renforcement que porte Vladimir sous sa veste.

(Dalan) : Je ne peux prendre le moindre risque lorsque vous trichez de la sorte. C’est bien la combinaison de combat Emperding Véga que vous aviez mis au point quelques mois avant de quitter l’Aritark ?

(Vladimir) : Quelques semaines pour être exact. Un des petits bijoux que j’ai préféré emmener avec moi, d’ailleurs… et que j’ai bien amélioré depuis.

(Dalan) : Sans mes subventions ? C’est fâcheux.

(Vladimir) : Celles de monsieur Opitz valaient bien les vôtres.

Dalan fronce les sourcils à l’audition de ce nom et agite vivement la tête d’un tic nerveux, un peu comme si Vladimir lui avait filé une petite gifle.

(Dalan) : Opitz, oui… mais maintenant, cette combinaison me revient, ainsi que tout le reste, n’est ce pas ?

(Vladimir) : Et que vous vaudrait cet honneur ?

Le chef de la Ligue Noire laisse échapper un rire sombre et fait un geste de la tête en direction de Quicksilver. La gorge de celui-ci se met alors à onduler légèrement, prenant une teinte d’acier autour d’un point central émergeant sous la forme d’une tige rectiligne au bout pointu et tranchant. Ce cône de mercure solidifié vient se loger à la base de la nuque de Vladimir, suffisamment près pour que celui-ci face une grimace de douleur mêlée d’angoisse.

(Dalan) : Ca répond à votre question ?

(Vladimir) : On ne peut mieux. Mais vous savez bien que me menacer physiquement ne vous mènera à rien… je sais très bien que vous ne voulez pas m’abimer, vous avez trop besoin de moi.

Les yeux de Dalan luisent alors de malice tandis que ses lèvres se fendent en un sourire inquiétant.

(Dalan) : Ne soyez pas si présomptueux, professeur Morlan. Je vous rappelle que je suis, moi aussi, un scientifique affirmé… et j’ai su m’entourer de gens très talentueux.

(Vladimir) : Des tâcherons comme Lexus ?

(Dalan) : Lexus est plus important pour moi par ce qu’il possède.

(Vladimir) : C'est-à-dire ce que je possédais avant ?

(Dalan) : Vous aimez avoir le dernier mot, Morlan, ça n’a pas changé. Mais figurez vous que le champ de vos anciennes possessions s’est réduit à un rien face à ce qu’il est parvenu à acquérir au cours de ces dernières années. Ce simple acte a fait de lui une pièce de choix dans mon camp.

Vladimir ne peut s’empêcher de refreiner un gloussement avant de se résorber en sentant la lame de mercure lui caresser l’épiderme.

(Vladimir) : « Une pièce », hein ? C’est bien vous, Dalan : vous vous attribuez tout ce sur quoi vos yeux se portent et vous n’acceptez pas quand les choses vous échappent. C’est pour ça que vous n’avez jamais digéré ma désertion et que vous vous acharnez à tenter de me récupérer, même des années après.

(Dalan) : Pour le cours de psychologie bas de gamme, on repassera. Pour ce qui est du reste, ce n’est pas une simple question de rancune. Si je tenais à vous récupérer, c’est parce que vous avez des aptitudes pour m’aider à venir à bout de certains de mes grands projets.

(Vladimir) : Quoi ? Des armes ? Des bombes ? Des chars ? Vous n’avez jamais été intéressé par quoique ce soit d’autre.

Dalan hoche doucement la tête, comme pour souligner la justesse des propos de son interlocuteur.

(Dalan) : Des armes, oui, mais d’un genre tout nouveau… vous souvenez vous de mon projet « Rehok », Vladimir ?

Et le professeur se fige à la simple audition de ce mot, à un tel point que Quicksilver est contraint de réduire rapidement la taille de sa lame pour ne pas que sa prise ne se la plante d’elle-même dans la nuque.

(Vladimir) : Vous ne l’avez pas mené à terme, n’est ce pas ? Vous n’avez pas pu trouver des volontaires pour ça.

(Dalan) : Des volontaires, oui. Et mené à bien, oui. Mais pas à terme. C’est là que vous rentrez en jeu.

Vladimir se penche alors en avant, éclatant d’une colère nouvelle, plus forte encore que celle qui semblait l’animer au moment où Albertus Dalan faisait son apparition au dessus de lui, quelques minutes auparavant.

(Vladimir) : Hors de question !! Je refuse, sale malade !!

(Dalan) : Vous vous offusquez de si peu de choses…

(Vladimir) : Aller à l’encontre de la nature, ce n’est pas rien. Transgresser les lois élémentaires, le patrimoine génétique humain, ce ne sont pas « peu de choses ».

(Dalan) : Et c’est le concepteur des réploïdes qui me fait la morale sur ce point ?

La remarque de Dalan semble faire mouche quasi instantanément. La colère de Vladimir disparaît et laisse place à un profond silence. Son expression se décompose peu à peu tandis que le souvenir d’Almee remonte, bien malgré lui, à la surface.

(Dalan) : Aurais-je touché la fibre sensible ?

Dalan affiche un sourire satisfait en se baissant pour scruter, par-dessous, le visage penché et défait de Vladimir, qui ne trouve plus rien à répondre. Le chef de la Ligue Noire se détourne alors de lui comme s’il n’avait pas la moindre importance et s’approche d’un pas sûr des écrans de contrôle du laboratoire de Yunda.

(Dalan) : Et que m’apprendraient les vidéos de sécurité des derniers jours passés en ces lieux par le célèbre Vladimir Morlan ? Le scientifique à l’éthique si intouchable ?

Vladimir semble se réveiller un peu et tourne un visage médusé vers Dalan. Celui-ci lui tourne le dos, faisant mine de commencer à toucher à la console de sécurité.

(Vladimir) : Non, laissez ça. Ca ne vous mènera à rien…

Dalan se retourne alors doucement vers Vladimir et croise ses bras sur son torse, prenant une allure de shérif conquérant au regard d’acier.

(Dalan) : Vous croyez que j’ignore ce qui s’est déroulé ici ? Techma-01 marchait main dans la main avec l’entreprise de robotique qui employait Yunda Oy. Ces vieux laboratoires sont encore sous contrôle, malgré ce que vous pouviez croire. Aussitôt qu’ils ont su ce qui se passait ici, ils m’ont contacté. Ca n’a pas été si dur de retrouver votre trace… il semblerait bien que votre ancien employeur vous ai vendu, vous voyez.

Cette nouvelle n’est qu’un léger coup supplémentaire au moral de Vladimir, qui se contente de laisser retomber sa tête sur le côté, pour détourner le regard de son triomphant interlocuteur. Néanmoins, celui-ci, semblant savourer sa domination sur la joute verbale, ne semble pas en avoir encore tout à fait fini.

(Dalan) : Cette idée de convertir un programme robotique en substrat corporel générateur d’esprit est vraiment ambitieuse, mais elle n’a aucun intérêt pour moi. Je ne fais pas dans l’humanisme, ce n’est pas mon style. Ni le vôtre d’ailleurs. Aussi, si vous me promettez d’être sage, je vous garantis que nous ne ferons pas de mal à votre charmante fiancée ni à votre créature de Frankenstein, ça vous va ? 

Vladimir ne répond rien. Dalan revient face à lui et lui soulève la tête de sa main gantée de cuir noir. Le professeur hausse alors les épaules, lui offre un sourire dédaigneux, avant de lui cracher brutalement au visage, sans prévenir. Dalan ne réagit même pas à cette provocation corporelle et laisse retomber la tête de Vladimir avant de faire un signe à Quicksilver qui semble n’attendre qu’un ordre pour agir. Le coup est rapide et violent. Vladimir est jeté au sol, littéralement assommé d’un coup de tête si brutal qu’il lui a entaillé toute la partie droite du front. Le chef de la Ligue Noire s’essuie rapidement le visage puis retire son chapeau pour passer sa main dans ses cheveux d’un noir de jais.

(Dalan) : Cette absence de collaboration ne m’étonne guère. Puisqu’il est incapable de faire preuve de bon sens, privons-le de bon sens. Emmenez-le et une fois en route, contactez Lexus pour qu’il prépare la salle d’intervention Delta.

Quicksilver affiche une expression un peu surprise en ramassant le corps inconscient de Vladimir, qu’il soulève comme s’il ne pesait rien pour la passer sur son épaule à la manière d’un vulgaire paquetage de l’armée.

(Quicksilver) : Vous voulez tester le projet Renaissance sur lui ?

(Dalan) : Pourquoi pas, après tout ? C’est un moyen comme un autre de le rendre utile tout en conservant pour nous ce qui nous intéresse réellement : son savoir.

Quicksilver n’attend pas plus de détails pour quitter la compagnie de Dalan sans autre forme de procès. En franchissant le pas de la porte, il lance un dernier regard légèrement haineux vers l’homme au chapeau qui lui tourne le dos, puis se détourne de lui pour se rendre vers les véhicules noirs stationnés quelques mètres en amont du laboratoire.
Sur le toit d’un immeuble adjacent, une ombre svelte et alerte observe la scène avant de disparaître dans les ténèbres nées du crépuscule.

Chapitre 140 Chapitre 142

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