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.:: Chapitre 14 ::.
Le crash

Sorti le 09/05/2007, compilé dans le Volume 2

Histoire :

      Privé d’un conducteur capable de maintenir la pression électromagnétique tout au long de la structure de l’aérotrain, celui-ci amorce une chute vertigineuse vers l’avant, les wagons de tête, décrochés du rail supérieur, entraînant le reste de la structure vers le sol. Le dispositif antigrav apparaît visiblement hors-service, étant donné que les commandes ont été détruites par le tir du terroriste.
     Vladimir se redresse tant bien que mal, malgré les turbulences qui secouent l’appareil de toutes parts. Il jette un coup d’œil angoissé par la fenêtre pour constater que l’aérotrain perd peu à peu son antigravité et qu’il pointe lentement vers le sol. Les passagers hurlent sans oser bouger, se crispant aux accoudoirs ou cherchant les masques à gaz sous leurs sièges dans des mouvements paniqués.

(Vladimir) : Un peu de calme, s’il vous plaît ! Nous ne sommes pas si haut !

     Mais le professeur parle à des sourds. Les gens sont terrifiés. Ils n’ont pas envie d’être rassurés. Almee se redresse en essuyant son avant-bras couvert de sang contre le textile recouvrant la banquette du fauteuil. Il pose sa main sur l’épaule de Morlan, se baissant vers lui pour lui chuchoter à l’oreille.

(Almee) : Vous mentez mal, prof. On est peut être pas haut, mais une chute à cette vitesse… on va tous finir en purée.

     Vladimir lui lance un regard en coin pour lui faire comprendre qu’il en est parfaitement conscient, mais qu’il essaie juste de maintenir un minimum de calme.

(Vladimir) : Je le sais bien, mais que veux tu que je leur dise ?

     Il saisit le réploïde par l’épaule et lui indique du doigt la cabine du conducteur tandis que l’appareil penche de plus en plus vers l’avant. Les objets se mettent à rouler au sol, allant s’accumuler vers le nez de l’aérotrain.

(Vladimir) : Vois si tu ne peux rien faire sur le tableau de bord. Et n’attire pas l’attention de cet inspecteur de malheur.

(Almee) : Je ferai ce qu’il faut pour sauver nos vies… et même si je dois dévoiler mon identité pour cela.

     Il part en courant, laissant Vladimir derrière lui. Le professeur tente de le retenir comme il peut en affichant une expression rageuse mais il ne dispose pas du même équilibre que le réploïde. Il chute sur le côté, retombant sur un siège occupé par une vieille dame affolée qui hurle deux fois plus fort à ce contact.
     Almee dépasse toutes les rangées de sièges et arrive dans la cabine de contrôle où Telziel tente de manœuvrer, visiblement au petit bonheur la chance, les quelques appareils encore en état de marche. Une grosse étincelle éclate au milieu d’un cadran qui se fend en deux. L’altimètre baisse progressivement. Telziel constate la présence d’Almee derrière lui et tente de lui barrer l’accès aux contrôles.

(Telziel) : Hey, gamin… qu’est ce que tu fais ?

     Almee pousse un soupir de lassitude en voyant l’inspecteur sur son chemin.

(Almee) : J’essaie de vous sauver la vie.

     Il repousse Telziel sur le côté comme s’il n’était pas plus résistant un enfant. L’inspecteur ne peut rien faire face à la surprenante force du jeune homme. Il écarquille les yeux devant tant de puissance physique.

(Telziel) : Bordel… c’est quoi ça ?

     Telziel recule dans le couloir de jonction entre le compartiment et la cabine, scrutant avec circonspection ce que fait le réploïde. Ce dernier se retourne vers Telziel, affichant un sourire peu convaincant sur son visage.

(Almee) : Je fais des études de mécanique.

     Telziel manque d’éclater de rire face à ce mensonge éhonté, malgré la situation alarmante.

(Telziel) : Je doute que ça soit utile ici, mon gars.

(Almee) : Détrompez-vous.

     Il se retourne alors vers le tableau de bord, cherchant du regard les commandes encore fonctionnelles. Au passage, il remarque d’un coup d’œil quelque peu paniqué que l’appareil se rapproche de plus en plus rapidement du sol, même si la chute est encore ralentie par quelques liens électromagnétiques avec le monorail supérieur. Il reste sans doute peu de temps avant que le poids de l’aérotrain n’entraîne l’ensemble de la structure vers une chute nettement plus définitive.

(Almee) : Ça va bientôt lâcher et nous serons réduits en bouillie si je ne fais rien…

(Telziel) : C’est un charmant programme… si tu peux nous l’éviter, j’en serai ravis.

     Almee regarde intensément tous les appareils et voyants clignotants qui s’affichent face à lui dans un maelstrom fumant et chaotique. Visiblement, il en recherche un bien particulier, mais ne parvient apparemment pas à le trouver. Il repère une large manette noire coincée qu’il tire violemment vers lui. Dans un bruit sec, elle se rabat contre son torse, amorçant une remontée du nez de l’appareil vers le rail supérieur. L’aérotrain subit un grondement sourd avant de se stabiliser lentement, ce qui n’arrête cependant pas sa chute, la connexion électromagnétique étant toujours rompue.

(Almee) : J’ai réalimenté les panneaux antigrav, maintenant il faudrait simplement pouvoir  les reconnecter au monorail.

     Telziel écarquille les yeux en voyant ce qu’Almee est parvenu à faire en l’espace de quelques secondes. Il leur a certainement fait gagner un temps précieux. Néanmoins, ce qui semble turlupiner l’inspecteur est d’une toute autre nature.

(Telziel) : J’ai tenté d’abaisser cette manette avant, rien n’y a fait !! Elle était totalement coincée, et j’y ai pourtant mis toute ma force.

     Almee affiche une expression gênée face au mouvement d’incompréhension de l’inspecteur, se décidant finalement à lui mentir une nouvelle fois.

(Almee) : C’est juste que vous n’avez pas la bonne technique.
 
     Telziel lance un regard suspicieux au jeune homme, mais celui-ci se détourne de lui, ne voulant pas avoir à supporter son jugement. Le réploïde jette un regard par le cockpit pour constater l’éloignement progressif du monorail au dessus de l’appareil, signe que l’aérotrain continue éperdument sa chute.

(Almee) : Bon, on est trop bas pour se raccorder avec le monorail…

(Telziel) : Quoi ??! On va se crasher ??!

     Almee baisse la tête, tentant d’ignorer le mouvement de panique de son associé de fortune pour se recentrer sur les commandes.

(Almee) : Oui… mais pas comme vous le pensez.

     Almee manipule quelques uns des boutons encore valides sur le tableau de bord. Une étincelle jaillit du dernier d’entre eux au moment où il retire son doigt, le poussant à afficher une grimace de circonstance.   
     Malgré tout, il semble être parvenu à son objectif : les panneaux antigrav présents sur le toit se réactivent en bourdonnant avant d’amorcer une descente latérale le long des parois des différents wagons. Ils achèvent leur course au dessous de l’appareil, s’y fixant dans un bruit tonitruant accompagné de nombreuses secousses qui font hurler les voyageurs. Almee, pour sa part, pousse un soupir de soulagement, son visage affichant un sourire un peu plus serein.

(Almee) : Ouf… ça a marché… y avait une chance sur deux que ça plante. Héhé.

(Telziel) : Et ça te fait rire ?

     Almee fait pression sur un ultime bouton, réactivant les lasers antigrav en les poussant au maximum de leur potentiel. Les faisceaux électromagnétiques éclatent alors virulemment depuis les panneaux, prenant l’apparence d’éclairs blancs dansant au rythme d’un balai déstructuré. Ils se déchargent automatiquement vers le centre de polarité le plus proche, à savoir le sol, ralentissant radicalement la chute de l’aérotrain qui se redresse peu à peu puis finit par se poser presque délicatement au sol, projetant juste les passagers vers l’avant dans un choc somme toute assez anodin. Aucune victime, quelques blessés légers. Les gens se regardent les uns les autres, ébahis de se savoir toujours vivants. Laissant éclater leur joie, ils se mettent à applaudir en hurlant de bonheur et de soulagement.
     Almee pousse un dernier soupir victorieux puis se retourne vers le compartiment, prêt à retourner auprès de Vladimir sans faire de vague. Néanmoins, Telziel fait barrage au niveau de la sortie de la cabine du conducteur. Adossé contre le mur adjacent, les bras croisés, il affiche un air plus que suspicieux à l’attention de son jeune sauveur.

(Telziel) : J’aimerais assez m’entretenir avec toi et ton… « père ».

     Almee pousse un soupir et baisse la tête. Vladimir arrive immédiatement à l’entrée de la cabine pour s’assurer que tout va bien pour son réploïde.

(Vladimir) : Bravo, Almee !!

     Voyant la tête d’enterrement affichée par Almee, Vladimir tourne les yeux vers l’inspecteur Telziel qui lui offre un sourire de circonstance où transpire une évidente mauvaise foi.

(Telziel) : J’ai pas besoin de vous montrer ma carte, je suppose ?

(Vladimir) : Et qu’est ce que vous essayez de prouver ?

     Telziel se détache du mur pour se rapprocher d’Almee. Le réploïde recule prudemment d’un pas, visiblement effrayé par l’attitude de l’inspecteur à son égard.

(Telziel) : Votre « fils », hein ?

     Vladimir se place automatiquement entre le réploïde et l’inspecteur, croisant calmement les bras tout en affichant un air à la fois neutre et détaché. Almee semble moins détendu que son créateur, et il a de quoi : si on prouve qu’il est un réploïde, il est bon pour la désactivation définitive.

(Telziel) : Vous savez que les expériences biomécaniques sur des être humains sont totalement interdites par la loi, n’est ce pas professeur ?

     L’expression de Vladimir reste imperturbable, il se contente d’hausser les yeux au ciel avant de pousser un léger soupir.

(Vladimir) : Je ne vois vraiment pas de quoi vous voulez parlez…

(Telziel) : Vraiment ? C’est fâcheux…

     L’inspecteur croise à son tour lentement les bras, continuant à plonger son regard inquisiteur dans celui du professeur. Au bout de quelques secondes d’un silence insoutenable, il pivote lentement les talons, finissant par se retourner complètement pour s’engager vers la sortie de l’appareil. Sans se retourner vers ses interlocuteurs, il reprend la parole à leur attention.

(Telziel) : Vous savez que je ne peux rien faire… Hydrapole est hors de ma juridiction. Au final, c’est une chance pour vous que vos N-Kar aient si bien marchés dans le coin… car s’il y avait encore eu une Brigade Inquisitoriale digne de ce nom à Hydrapole, il y aurait quelques têtes qui seraient tombées…

     Vladimir ne répond rien, laissant Telziel quitter le couloir d’accès à la cabine du conducteur, et ne s’autorise pas le moindre mouvement jusqu’à avoir la certitude que l’inspecteur soit définitivement sorti de l’appareil. Une fois cela fait, Almee pousse un soupir de soulagement.

(Almee) : J’adore la façon dont il exprime sa gratitude…

     Vladimir se retourne vers son réploïde, hausse les épaules en affichant un sourire narquois puis prend à son tour la direction de la sortie, suivit en ce mouvement par son garde du corps. Une fois dehors, ils remarquent qu’ils se sont posés au beau milieu d’une sorte de plaine sèche qui s’étend loin vers le Nord. La sortie Nord d’Hydrapole est visible à quelques centaines de mètres derrière eux. Les autres rescapés sont pour la plupart assis par terre, attendant les secours que Telziel est en train d’appeler en beuglant comme un veau dans son comtalk. Vladimir montre du doigt une agglomération sombre que l’on aperçoit à l’horizon.

(Vladimir) : Idlow est à un ou deux kilomètres dans cette direction. On va finir à pied.

     Almee hoche la tête et les deux acolytes commencent à marcher calmement vers leur destination, laissant derrière eux l’épave de l’aérotrain.
Chapitre 13 Chapitre 15

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