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Fin de chasse

Sorti le 10/11/2010, compilé dans le Volume 16

Histoire :

Oy est à présent vêtue. Elle porte un fin corset noir lacé de lanières épaisses, ajusté sur une chemisette blanche légèrement bouffante. Couvrant une partie de ses jambes, une jupe noire finement brodée s’arrête juste au dessus de ses genoux. En dessous, ce sont de longues bottes noires, bouclées de larges sphères en métal, qui habillent ses mollets et ses pieds. Elle est assise sur un tabouret, prêt des restes de la cuve où elle a vu le jour au travers de ses nouveaux yeux d’un vert brillant, magnifiques perles de jade au milieu d’un visage jeune et tellement humain. Elle contemple d’un air inquiet Vladimir, qui s’affaire après un ordinateur. Celui-ci a une apparence misérable, négligée. Ses yeux sont cernés, son teint blafard, et il y a un moment qu’il ne s’est pas rasé, tant et si bien qu’une fine barbe, toutefois nettement visible, envahit la moitié inférieure de son visage. Il ne se rend pas compte qu’Oy l’observe depuis un moment avec une attention toute particulière. Le regard du scientifique n’arrive pas à se concentrer sur l’écran où se trouve l’essentiel de son travail actuel, son attention se focalisant, bien malgré lui, sur le boîtier électronique affichant les données, à présent nulles, d’Almee.
Samantha arrive finalement entre Oy et Vladimir, rompant le lien visuel de l’ancienne machine avec son « père ». Elle tourne un regard doux vers Oy et lui caresse doucement la joue.

(Samantha) : Ca va, tu ne t’ennuie pas trop ?

(Oy) : M’ennuyer ? Je… ne suis pas sûre de…

Samantha secoue la tête, comme pour signifier que tout ceci n’a aucune espèce d’importante.

(Samantha) : Ne t’en fais pas, ça viendra en son temps. Tu n’as aucun problème particulier duquel tu voudrais qu’on parle ?

Oy affiche alors un sourire clair et enjoué vers Samantha, auquel la scientifique ne peut s’empêcher de répondre en l’imitant.

(Oy) : Tu t’occupes si bien de moi… merci, maman.

(Samantha) : Je suis là pour ça, non ?

Et l’ancienne machine hoche vivement la tête avant de se redresser sur ses jambes. Physiquement, elle semble avoir dix-sept, dix-huit ans, le corps d’une jeune femme entrant à peine dans l’âge adulte. Mais mentalement, le tout est indéterminable, car elle ne cesse d’apprendre, chaque jour un peu plus, tant et si bien que son comportement apparaît parfois en contradiction avec son apparence. Tantôt elle est une enfant, tantôt la voilà devenue adulte. Elle serre Samantha de ses bras maigrelets, et enfoui sa tête sous son menton. Calme, elle murmure alors, pour s’assurer qu’elle n’est entendue que d’elle.

(Oy) : Pourquoi ne se remet-il pas ? La mort est une épreuve difficile, mais naturelle. La peine est normale, mais elle passe avec l’acceptation. Il a eu tout le temps de l’accepter… alors pourquoi ?

Samantha ferme calmement les yeux et pousse un long soupir. Visiblement, elle n’apprécie pas tellement quand Oy fait preuve d’une telle perspicacité.

(Samantha) : Ca fait si peu de temps que tu es parmi nous et te voilà déjà arrivée à un tel niveau de conceptualisation ?

(Oy) : Je n’aime pas quand tu parles comme ça, maman.

(Samantha) : Je sais, je sais. Pardon. Excuse moi ma chérie.

Oy se détache légèrement de sa « mère » et porte à nouveau son attention sur Vladimir, qui peine toujours à concentrer la sienne sur ce qu’il devrait être en train de faire. Samantha comprend parfaitement ce regard et se décide à répondre à la première question d’Oy.

(Samantha) : S’il ne l’accepte pas, c’est sans doute parce qu’il se sent coupable… à de nombreux niveaux.

(Oy) : Pourquoi ? Qui était ce garçon qu’il a perdu ? Lui, il l’aimait…

(Samantha) : Ne dis pas ça. Tu crois qu’il  ne t’aime pas ?

Oy hoche vivement la tête, tout en restant impassible. Visiblement, l’acceptation du rejet de Vladimir ne la perturbe pas, ce qui déplaît quelque peu à Samantha. Tout n’apparaît pas totalement naturel dans le comportement de cette jeune fille si spéciale.

(Oy) : Il ne veut pas que je l’appelle papa, et il m’évite. Et il te dispute lorsque tu t’occupes trop de moi. Il voudrait peut être que je ne sois pas… comme ça ?

(Samantha) : De quoi est ce que tu parles ?

(Oy) : Il voulait un garçon. C’est pour ça qu’il est triste pour l’autre et qu’il ne m’aime pas.

Malgré la gravité de ce que vient de dire Oy, Samantha ne peut s’empêcher d’éclater de rire face à ce raisonnement tiré de réflexions si enfantines, pourtant couplées à des analyses de la situation on ne peut plus adultes.

(Samantha) : Alors là, je te rassure, ça n’a rien à voir. En réalité, je crois qu’il n’a rien contre toi… peut être qu’il ne veut pas s’attacher à toi parce qu’il juge que ça a été une erreur de le faire avec ce garçon, tu comprends ?

(Oy) : Je comprends. Mais alors ça voudrait dire qu’il m’aime, même s’il ne me le montre pas.

Samantha hoche la tête en souriant doucement. D’un geste délicat, elle caresse les cheveux bruns-roux de la jeune fille qui plisse les paupières de contentement à ce contact.

(Samantha) : Il n’y a rien que je ne souhaite plus que ça…

Et alors qu’elle lâche ces mots, une alarme sonore et stridente se fait entendre dans tout le laboratoire, tirant Vladimir de sa léthargie. Ce dernier se redresse vivement, tournant un regard affolé vers Samantha et Oy, comme pour s’assurer que ce ne sont pas elles qui sont à l’origine de ce bruit. Samantha se dirige vers lui en plissant les yeux tant l’alarme est forte. Elle doit hurler pour se faire entendre.

(Samantha) : Qu’est ce qui se passe, Vladimir ?

(Vladimir) : Je ne sais pas ! Il doit y avoir un moniteur de contrôle, je vais vérifier.

Il se détourne d’elle pour aller vers la console de sécurité, placée en retrait, contre le mur adjacent à la porte d’entrée du labo, qu’ils ont prit le temps de réparer depuis le transfert d’Oy. Il pianote sur la console, mais il n’a pas besoin d’afficher l’image pour se rendre compte que l’alarme ne vient pas d’une défaillance du système : un violent choc s’abat contre la porte, la déformant sous le choc. Vladimir opère un mouvement de recul avant de se remettre à pianoter sur le clavier de la console de sécurité.

(Vladimir) : Activation du mode de sécurité maximum.

Un double sas renforcé remonte alors du sol vers le plafond, barrant l’entrée qui se déforme encore plus sous le coup d’un nouveau choc terrible.

(Samantha) : Qu’est ce que c'est?

(Vladimir) : Je n’en sais rien, je t'ai dis! Je n’ai pas encore trouvé comment activer le visuel.

La main d’Oy vient se refermer sur celle de Samantha. Celle-ci croit que la jeune fille a peur et vient trouver refuge auprès d’elle, mais il apparaît clairement à son expression qu’elle a opéré ce mouvement en vue de la rassurer. Vladimir finit d’entrer une combinaison de touches et l’écran supérieur s’allume alors, affichant la caméra de sécurité intérieur. Il fait défiler les images, montrant divers coins du labo filmés par autant de caméra, jusqu’à ce qu’il parvienne à l’imagerie externe.

(Vladimir) : Merde…

A l’écran, on voit une dizaine de membres armées de la Ligue Noire se tenir en retrait d’un homme grand et mince, engoncé dans un manteau aussi noir que ses cheveux en bataille. Il redresse un regard glacial vers la caméra, comme s’il devinait que Vladimir était en train de l’observer à travers elle.

(Vladimir) : C’est ce type de la Ligue Noire… Quicksilver !! Ils m’ont retrouvé !

Alors qu’il se détourne de la console, l’image montre la main de Quicksilver s’étirer et s’allonger tout en prenant la forme d’une immense lame argentée qu’il abat contre la porte d’un coup vif et rapide. Plus besoin d’image pour constater de l’effet de cet assaut sur l’entrée du laboratoire : le bout de la lame a transpercé la porte principale, ainsi que le sas de sécurité blindé. Le teint de Vladimir, déjà fort pâle, devient absolument livide. Il se retourne vers Samantha, l’air paniqué.

(Vladimir) : C’est moi qu’ils veulent. Ils ne savent peut être pas encore que vous êtes ici toutes les deux.

(Samantha) : Qu’est ce que tu racontes ? Hors de question que l’on file sans toi.

(Vladimir) : On n’a pas le temps pour ça. Il faut que quelqu’un les retienne un minimum… et ils ne me tueront pas, du moins je crois. Emmène la, s’ils la trouvent… tout ça n’aura servit à rien.

Et pour la première fois depuis longtemps, son regard croise celui d’Oy et il lui offre enfin ce qu’elle y recherche depuis qu’elle a ouvert ses yeux verts sur le monde : de l’affection. La main d’Oy se resserre sur celle de Samantha et ses yeux se figent alors soudainement prenant une expression glaciale de machine, dénuée de toute impression de vie.

(Oy) : Téléchargement depuis le réseau local des plans complets du bâtiment. Recherche active d’une issue de secours praticable. Recherche en cours.

Samantha tourne vers elle un visage frustré, indiquant qu’elle n’aime vraiment pas quand sa « fille » laisse parler ses attributs mécaniques. Elle ne s’attarde pas dessus plus longtemps que ça, étant donné l’urgence de la situation. Elle tourne alors un regard suppliant vers Vladimir, mais celui-ci fait « non » de la tête et détourne son attention sur la porte principale, qui se voit percée une nouvelle fois comme si elle n’était constituée que de vulgaire carton.

(Oy) : Détection d’une navette de secours Icarus Volta au deuxième sous-sol du laboratoire. Véhicule personnel de Yunda-Oy, praticable.

(Vladimir) : Parfait, vas-y vite, je vais essayer de les retenir le temps que tu puisses le faire démarrer. Si j’y parviens, je vous rejoindrais… mais ne prends pas le moindre risque en m’attendant, d’accord ?

Alors qu’il prononce ces recommandations, il s’applique à enfiler la combinaison de combat qu’il avait précédemment éprouvé à l’encontre d’Almee, au CREAE. Samantha ne manque pas de remarquer comme les mains de son compagnon tremblent.

(Samantha) : Dépêche toi de nous rejoindre, s’il te plaît.

Mais Vladimir ne tourne même pas le visage vers elle pour lui répondre et enfile son manteau par-dessus la combinaison avant d’activer celle-ci, faisant entendre le léger sifflement strident significatif de son bon fonctionnement. Samantha se laisse alors entraîner par Oy, qui pour fuir ses élans de sentimentalité, est resté en mode « machine ». Elle l’entraîne à l’arrière du laboratoire et ouvre la porte de service derrière laquelle elles disparaissent toutes les deux. Vladimir se retourne alors face au sas de sécurité au moment où l’épée de mercure perce pour la troisième fois le blindage d’un mètre d’épaisseur. Mais cette fois, la lame ne bouge plus. Au contraire, elle se met à osciller légèrement sur elle-même, semblant prendre une consistance plus liquide. Elle se met alors à couler le long de la paroi jusqu’à atteindre le sol où elle forme une flaque de plus en plus abondante. Vladimir comprend soudain que son poursuivant s’est attaqué plusieurs fois à la porte afin de creuser un espace suffisamment large pour laisser passer la totalité de son corps liquéfié. Le professeur n’a même pas le temps de penser à une stratégie qu’une forme longiligne et ondulante jailli de la flaque pour prendre peu à peu la hauteur et la forme d’un homme. Le visage de Quicksilver se dessine au sommet de l’appendice, signifiant sa restructuration corporelle imminente. Dans un hurlement de rage, Vladimir pousse les capacités de sa combinaison au maximum et place un coup de poing surpuissant dans ce visage naissant. La masse éclate sous le choc, éclaboussant la porte blindée située juste derrière elle. Vladimir affiche un sourire de contentement qui ne tarde pas à s’effacer lorsqu’il se rend compte que les éclaboussures se dirigent d’elles-mêmes vers la flaque de mercure principale et qu’une épaisse membrane chromée est en train de lui entourer le poignet, le maintenant fermement immobilisé. Bien vite, son poing tout entier disparaît à l’intérieur du composé argenté, et malgré tous ses efforts, il ne parvient pas à s’en déloger. Deux bras humains formés de métal liquide jaillissent alors du tronc principal et se contractent avant de lancer en même temps deux violents coups de poing, droit dans le ventre de Vladimir, qui ne peut reculer pour les éviter. Le souffle coupé, le professeur se laisse tomber à genoux, le bras tendu vers le haut, la main toujours lovée dans la partie supérieure de la masse de mercure. L’un des bras disparaît à nouveau dans le tronc et c’est la partie entourant le poignet de Vladimir qui prend la forme d’une main, le reste de la masse se recomposant progressivement depuis ce point en un Quicksilver à la couleur totalement argentée. Le visage se dessine en dernier, faisant face à celui de Vladimir et lui offrant un sourire mauvais, totalement à propos.

(Quicksilver) : Le chasseur et sa proie : fin de l’acte.

Chapitre 138 Chapitre 140

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