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.:: Chapitre 133 ::.
Lobo

Sorti le 07/07/2010, compilé dans le Volume 15

Histoire :

Telziel pousse un soupir de lassitude après avoir vu Krokador disparaître à l’angle de la rue. La vivacité de la jeune fille le laisse pantois, cependant la situation n’a pas l’air de le rassurer. Il s’approche finalement de la femme qui est toujours assise lamentablement par terre, choquée de s’être faite voler son sac avec tant de brutalité. L’ancien inspecteur attire son attention en débouchant sur l’avenue et elle le dévisage d’un air méfiant. Telziel n’y prête aucune attention.

(Telziel) : Avez-vous vu par où est partie la jeune fille ?

Sans prendre la peine de répondre, la femme se contente d’indiquer vaguement le côté sur lequel se situe la ruelle où Krokador vient de s’engouffrer. Telziel hoche la tête, n’insistant pas pour obtenir plus de détails, sachant bien que c’est inutile.

(Telziel) : Le QG de la Brigade Inquisitoriale n’est pas loin, allez attendre là bas.

Sans attendre la réponse de la femme, Telziel se lance vers l’avant, essayant de déterminer dans quelle embouchure Krokador s’est précipitée à la suite du voleur. Son regard perplexe se pose sur plusieurs petites ruelles similaires, partant de tous les côtés. Impossible pour lui de savoir dans laquelle il faut continuer la course poursuite.

(Telziel) : Cette partie de la ville est un vrai labyrinthe…

Krokador s’enfonce avec difficulté dans l’étroite ruelle dont les murs semblent se rapprocher toujours plus, rendant l’atmosphère étouffante. Elle entraperçoit l’ombre du voleur qui avance au devant, et qui semble avoir encore plus de mal qu’elle à se mouvoir. Son corps est plus imposant que celui de la jeune fille, il doit donc avancer en crabe. Au moment où Krokador s’apprête à agripper le vêtement du voleur, celui-ci finit par déboucher sur un espace plus large dans lequel il se jette avec vivacité, échappant une nouvelle fois à sa poursuivante. Il pousse un léger cri de triomphe avant de se détourner et de reprendre sa course. Malheureusement pour lui, il se trouve dans une arrière cour entièrement entourée par de hauts et vieux bâtiments. La seule issue se trouve derrière lui, et il vient justement d’en sortir. Au moment où Krokador s’extrait de la ruelle étroite, le voleur remarque la présence d’un balcon auquel il pourrait s’accrocher en prenant appui sur les caisses de bois qui reposent juste en dessous. D’un pas leste, il se dirige vers elles, prend appui du pied sur les caisses et agrippe habilement les barreaux du balcon, auquel il commence à se hisser. Mais une masse vient le percuter sur le côté, l’enserrant totalement pour l’entraîner jusqu’au sol. Il fait plusieurs tonneaux avant de s’immobiliser sur le dos, Krokador maintenant fermement sa proie immobile d’une prise habile.

(Krokador) : T’vas rendre le sac !!

(Voleur) : Sale morveuse, de quoi tu te mêles ?

Krokador hausse les sourcils en souriant de manière effrontée, après quoi elle resserre sa prise, faisant légèrement craquer le bras du voleur. Celui-ci hurle de douleur avec une exagération si perceptible que Krokador ne peut s’empêcher de pouffer de rire.

(Krokador) : Rends le sac, où j’casse le bras c’te fois !

(Voleur) : Mais prends le ton foutu sac, j’m’en fous !! Mais lâche-moi, bordel !!

Satisfaite de l’ascendant qu’elle a prise sur le voleur, Krokador agrippe le sac de sa main libre et se redresse rapidement, laissant sa proie se remettre debout d’un mouvement vif, signe qu’il est toute de même d’une sacrée agilité. La jeune fille n’a cependant pas le temps de faire le moindre geste que le voleur a déjà sorti un cran d’arrêt et la menace avec agressivité.

(Voleur) : P’tite pute, tu veux faire la maligne ? Repose ce sac à terre et je serais peut être assez magnanime pour pas trop t’abîmer !

Krokador continue cependant à sourire, semblant ne pas se soucier du danger dans lequel elle se trouve.

(Krokador) : Tu t’fous d’moi ?

(Voleur) : Je bluffe pas, t’entends ? Fais pas la conne où je t’écorche.

(Krokador) : Pff… essaie seulement.

Répondant directement à la provocation, le voleur se jette vers l’avant, la lame en pointe. Krokador se contente de faire un pas sur le côté pour esquiver le coup, tout en tendant la jambe pour faire un croche-patte à son assaillant. Le voleur s’effondre de tout son long, battu dès son premier assaut.

(Krokador) : T’as pas encore compris ?

(Inconnu) : Je crains qu’il ne soit long à la détente.

Krokador se retourne vivement vers la voix qui a jailli de derrière elle. Une voix froide et hautaine. Sans qu’elle comprenne réellement pourquoi, elle sent que la chair de poule la gagne. Son instinct sur-développé la met en garde.

(Krokador) : Qui est là ?

Face à elle, il n’y a qu’un mur sale et décrépi, qui grimpe sur près de quinze mètres de haut, sa surface brunâtre n’étant bariolée que de quelques fenêtres si étroites qu’on ne pourrait pas même y passer la tête. Mais son regard se porte jusqu’en haut, et elle voit une silhouette noire se découper dans le ciel nocturne, quasiment imperceptible. Comme pour affirmer que la voix provenait bien de lui, l’inconnu bondit du haut du toit pour atterrir avec une grâce ahurissante deux mètres à peine devant Krokador. L’individu se redresse, laissant finalement apparaître sa personne. C’est un homme mince, voir maigre, mais tout en muscles, qui fait face à Krokador. Il a des cheveux d’un blond intense, qui ne retombe que d’un côté de son visage sur une certaine longueur, l’autre partie étant maintenue plaquée sur sa tête par deux broches noires, et tirée en arrière pour former une très longue natte qui lui tombe presque jusqu’au bas du dos. Ses yeux sont fins et froids, mais on peut y lire une certaine malice. La pâleur de son teint ne ressort qu’avec plus de force en opposition à la noirceur de son habillement : une sorte de tenue moulante d’un noir de geai qui s’élargit au niveau de son bassin en une longue tunique sur laquelle est brodé un magnifique dragon doré, qui louvoie tout autour du vêtement. Seules les épaules de cet étrange personnage sont à nu, un tissu noir, collant à la peau, de la même nature que le reste de son habillage, recouvrant ses avants bras jusqu’au bout de ses doigts. A la taille, il porte une ceinture étrange à laquelle est suspendue une paire de cisailles géante. Dernier signe distinctif, sur son épaule gauche est tatoué un symbole étrange : un œil duquel part une ligne courbée, avec au dessous trois petites pointes. L’homme penche la tête sur le côté, dévisageant Krokador l’espace d’une seconde avant de lui offrir un sourire effrayant qui lui fait faire, bien malgré elle, un pas en arrière.

(Inconnu) : Excuses-moi, ce n’est pas toi que je suis venu voir. Je m’occuperai de toi après, si tu veux bien.

D’une main leste, il repousse doucement Krokador sur le côté. Sans même savoir pourquoi, la jeune fille se laisse faire et obéit au mouvement que lui fait opérer l’inconnu. Elle est mise à l'écart sans violence, laissant le nouvel arrivant faire face au voleur qui tente de se relever. Ce-dernier redresse la tête pour constater l’apparence de ce nouveau venu qu’il dévisage d’un air mauvais.

(Voleur) : Qu’est ce que tu me veux, toi ?

(Inconnu) : Tu es bien Salzer Howarh, n’est ce pas ?

(Salzer) : Comment tu connais mon nom, hein ?

L’inconnu croise ses bras sur son torse, prenant un air de supériorité que personne ne serait en mesure de lui contester dans cette arrière cour malfamée.

(Lobo) : Je me prénomme Lobo… j’agis au nom d’une organisation appelée DERIBEDO. Mais je n’ai pas envie de me perdre en explications avec quelqu’un comme toi. Passons donc immédiatement à la phase pratique, si ça ne te dérange pas ?

(Salzer) : Hein ?

Le voleur en a profité pour se redresser, son cran d’arrêt toujours fermement maintenu entre ses doigts. Il se rend compte qu’il tremble, sans réellement comprendre pourquoi. Lobo le dévisage d’un air sournois, avant de porter sa main dans son dos, semblant vouloir décrocher quelque chose de sa ceinture. Salzer perd son sang froid, et plaque son couteau directement sous la gorge de Lobo. Ce-dernier n’effectue pas le moindre mouvement de recul, semblant ignorer complètement l’agression.

(Salzer) : Tu t’prends pour qui, hein ? Je m’en tape de tes conneries de DERImachin ! Je vais te faire la peau, et à la gamine aussi !!

(Lobo) : Un truand de bas étage au sang potentiellement beaucoup plus noble. C’est amusant…

Lobo pousse un petit ricanement qui décontenance Salzer. Cependant, celui-ci reste ferme et maintient son couteau sous la gorge de sa probable future victime.

(Lobo) : Un vrai téméraire, n’ai-je pas raison ?

(Salzer) : … quoi ?

Salzer n’a même pas le temps de réagir que Lobo lui agrippe le bras, lui projette un coup de genou dans le ventre, le fait pivoter sur lui-même et le bloque au sol, maintenant son bras tendu, prêt à le briser au moindre geste.

(Salzer) : Argh… AAH !! Arrête, tu vas me péter le bras !!

Krokador observe la scène d’un air interdit, ne pouvant s’empêcher de regarder, fascinée, mais trop abasourdie pour faire le moindre geste. Lobo extrait finalement de sa ceinture ce qu’il voulait y prendre avant de se faire « menacer » par Salzer : un petit boîtier orné d’un écran à cristaux liquide et d’une aiguille. D’un geste précis, mais dénué de délicatesse, Lobo plante l’aiguille dans le bras de Salzer qui pousse un hurlement de surprise.

(Salzer) : Qu’est ce que tu fais, enfoiré ?! Sale psychopathe !!

L’écran du boîtier se teinte immédiatement en rouge et un message d’erreur y apparaît, clairement visible. Lobo hausse les sourcils d’un air déçu avant de ranger le boîtier.

(Lobo) : Dommage Salzer, tu as perdu au grand jeu de la sélection naturelle.

Salzer tend l’oreille, entend crisser la lame des cisailles géantes que Lobo vient de saisir entre ses doigts gantés de noir. Krokador écarquille les yeux, choquée.

(Krokador) : Hé… hé… attendez… !!

(Salzer) : Qu’est ce que… qu’est ce que tu fais ?!!

Lobo pouffe entre ses dents avant de faire tournoyer le ciseau géant autour de son index.

(Lobo) : Je fais le ménage.

Les deux lames des cisailles s’écartent dans un crissement sinistre. Salzer essaye de tourner la tête comme il peut, malgré sa position douloureuse, pour tenter de voir ce que fait Lobo derrière lui. Il sue à grosse goutte, comme si son corps venait de comprendre toute la dangerosité de la situation dans laquelle il se trouvait.

(Krokador) : NON !!

Krokador se jette alors contre Lobo, qui venait de lever sa paire de cisailles, prêt à l’abattre sur sa victime. Le membre de la DERIBEDO lui lance un regard de travers avant de réceptionner le choc, se protégeant de son bras valide. Cependant, il lâche Salzer dans ce mouvement. Le voleur roule au sol et se redresse avec peine en pleurant, le bras cassé.

(Salzer) : Sale malade !!

Le voleur ne demande pas son reste et sans prendre le temps de s’inquiéter pour Krokador, qui a pourtant risqué sa vie pour le sauver, il court aussi vite qu’il peut en direction de l’étroite ruelle, seule issue envisageable pour s’en sortir vivant. Lobo le regarde se démener en souriant d’un air absent. Il lève alors la main en direction de la ruelle et tend les doigts.

(Lobo) : Black wall !

Une matière noire et étrange se met alors à bourdonner au niveau du sol, son aspect liquide tourbillonnant sur lui-même, prenant de la hauteur, jusqu’à obstruer totalement l’accès à l’étroite ruelle. Salzer se cogne violemment à ce mur qui vient de se former en un instant sous ses yeux. Le liquide s’est solidifié, semblant à présent plus dur que de la pierre. Salzer et Krokador lancent le même regard terrifié vers Lobo, qui continue à sourire d’une manière détachée. Visiblement, il semble bien s’amuser. La main toujours tendue, il s’apprête à enfoncer le clou, si l’on peut dire.

(Lobo) : Black spear !!

Un léger bourdonnement se fait entendre, et une membrane noire, prenant la forme exacte d’une lance de chevalier, s’extrait à une vitesse folle du faux mur, transperçant Salzer en plein poitrail comme s’il avait été composé de carton pâte. Le voleur n’a le temps que de voir le manche de la lance lui traverser le corps avant de pousser son dernier soupir dans un gargouillement ensanglanté. Ses jambes se dérobent sous lui, le laissant pendouiller pathétiquement sur cette lance qui ressort entre ses deux omoplates comme une excroissance terrifiante, d’un noir aussi pur et glacial que la mort. Krokador écarquille les yeux, choquée, le teint pâle : c’est la première fois qu’elle voit un mort… et surtout un meurtre.

(Krokador) : Vous… vous êtes fou…

Lobo tourne la tête vers elle, ses pupilles se rétrécissant au minimum, lui donnant un air encore plus inquiétant.

(Lobo) : Si peu.

Le bras pendant, Lobo pointe alors le sol à côté de lui, comme il avait précédemment pointé l’embouchure de la ruelle pour faire apparaître le mur noir.

(Lobo) : Black wolf !

La même masse noire se met alors à jaillir du sol, semblant apparaître de nulle part, s’élargissant et se modelant d’elle-même pour prendre peu à peu la forme de ce que Lobo a commandé. En quelques secondes à peine, un loup parfaitement constitué fait son apparition, à l’exception près qu’il n’est qu’une forme noire à la texture lisse et luisante. Jaillissant de sa gueule pleine de crocs aussi sombres que le reste de son être, un grognement sourd se fait entendre. On jurerait celui d’un vrai loup.

(Lobo) : A présent, je suis disposé à t’accorder de mon temps, jeune fille. Qu’en dis-tu ?

Chapitre 132 Chapitre 134

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