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.:: Chapitre 13 ::.
La Ligue Noire

Sorti le 01/05/2007, compilé dans le Volume 2

Histoire :

     Un homme d’une quarantaine d’années, le visage crispé dans une expression de douleur insoutenable, s’écroule lentement au sol, les jambes réduites en charpie, dégoulinantes de sang. Il vient de se faire tirer dans les genoux pour avoir tenté de se rebeller contre les terroristes. La barre d’acier qu’il tenait entre les mains rebondit plusieurs fois au sol, emplissant l’espace muet d’effroi d’un tintement sinistre. L’homme gémit de douleur, tentant de retenir ses cris. Le pied du chef des terroristes se place sur le dos de la victime avant d’y exercer une certaine pression en vue de l’écraser au sol.

(Chef) : Vous avez compris le message maintenant ? Pas d’acte héroïque.

     Il retire violemment son pied en jetant un regard dégoûté au blessé, qui n’a même plus la force de se redresser sur les coudes. Le chef des terroristes fait alors un signe de la main à l’un de ses subordonnés, attirant son attention avant de désigner le corps gémissant du doigt.

(Chef) : Débarrasse-moi de ça.

     Le subordonné se saisit d’un mouvement rapide du corps inconscient et le balance sans états d’âme par l’ouverture pratiquée dans la carlingue de l’aérotrain. On entend quelques hurlements de stupeur et d’effroi, mais lorsque le chef pointe à nouveau son fusil vers les passagers, le silence retombe.
     Telziel, assis juste en face du chef, hésite à intervenir. Il se pince les lèvres pour retenir sa langue et se maintient fermement crispé au siège pour retenir son envie de se lancer à la gorge de son ignoble opposant. Il ne veut pas dévoiler son arme de service, ce qui signifierait qu’il est membre de la Brigade Inquisitoriale et ne laisserait sans doute aucune chance de survie au reste des passagers. Il préfère jouer la carte de l’anonymat pour le moment. Cependant, il ne peut se retenir d’interroger le chef des terroristes, tout en plaquant bien ses mains sur sa tête pour ne témoigner aucune volonté agressive.

(Telziel) : Que voulez vous ?

     Le chef tourne la tête dans sa direction en lui lançant un regard mauvais, mais voyant que l’homme qui lui fait face ne semble pas vouloir entraver ses plans, il répond d’une voix forte afin que tout le wagon puisse l’entendre.

(Chef) : Ce train transporte des artefacts magiques à son bord, à destination d’un laboratoire d’étude, au Nord d’Idlow.

     Telziel baisse la tête en poussant un soupir de lassitude : la lutte entre technopartisans et mages est à nouveau à l’origine d’une situation qui dérape totalement.

(Chef) : Vous, qui êtes pour la plupart habitants d’Hydrapole, comment pouvez-vous supporter que notre ville, fleuron de la techno-industrie, se penche sur des stupidités pareilles ? L’étude scientifique de la magie… un moyen barbare et antique de se battre ! Non, vous, vous voulez simplement vivre au jour le jour, avoir des croissants chauds quand ça vous chante et prendre le train tranquillement. Mais aujourd’hui, ça ne sera pas le cas.

     Un nouveau cri d’effroi s’empare des passagers alors qu’ils se demandent s’ils retoucheront un jour la terre ferme vivants.
     Vladimir, qui s’est contenté de hausser les yeux au ciel à l’audition de ce discours à la platitude indigeste, tourne discrètement la tête vers Almee dont le poing s’ouvre et se referme de plus en plus vite, provoquant un léger bruit de pression à chaque mouvement. Le professeur fronce les sourcils, inquiet de l’état de stress dans lequel semble être plongé son garde du corps.

(Vladimir) : Arrête ça.

(Almee) : Prof, mon rôle n’est pas de vous protéger ?

     Vladimir fini par poser sa main gantée sur celle de son acolyte, stoppant son mouvement agressif. Il répond par la négative en hochant la tête de droite à gauche, tentant de se montrer le plus détendu possible pour initier un comportement identique chez son interlocuteur.

(Vladimir) : Je ne veux voir personne mourir par ma faute. Je connais bien la Ligue Noire.

     Almee affiche une expression surprise et arrête de chauffer les muscles artificiels de sa main pour s’intéresser de plus près à ce que vient de lui dire son créateur.

(Almee) : Comment ça ?

(Vladimir) : Je n’ai pas toujours travaillé à Techma-1, tu sais. À l’époque j’ai fondé… disons… un groupe de recherche un peu illégal… et j’ai eu à travailler en collaboration avec la Ligue Noire, ce qui m’a finalement décidé à me ranger.

     Un demi-sourire se dessine sur le visage d’Almee lorsqu’il imagine Vladimir en chercheur pirate, ce qui est bien entendu une image très éloignée de la réalité.

(Almee) : Cette collaboration a été si terrible que ça ?

     Les yeux de Vladimir s’assombrissent.

(Vladimir) : Disons que j’ai perdu le contrôle.

     Le chef des terroristes hausse alors la voix pour se faire entendre des passagers du fond. Visiblement, son interpellation vise principalement Almee et Vladimir.

(Chef) : Silence au fond !

     Vladimir se redresse subitement, un peu agité de s’être fait ainsi repéré. Mû par son stress, il ne se rend compte que trop tard de la bêtise qu’il vient de faire.

(Vladimir) : D… désolé.

     Le chef affiche alors une expression des plus surprises. Un rictus mauvais apparaît sous sa cagoule, plissant légèrement ses yeux dans un mouvement sadique.

(Chef) : Professeur Morlan ?

     Vladimir écarquille les yeux et se met à trembler. Il n’a visiblement pas pensé, ou du moins bien trop tard, que l’un des terroristes pourrait le reconnaître. Le chef de l’équipe d’intervention de la Ligue Noire s’avance alors rapidement entre les rangées de banquettes jusqu’à arriver au niveau de celle d’Almee et de Vladimir. Le professeur s’est bien évidemment rassis, tentant de se faire oublier du mieux qu’il peut.

(Chef) : Mais oui, c’est bien vous.

     Vladimir tourne lentement la tête vers le chef des terroristes qui éclate d’un rire gras en voyant ses suppositions confirmées.

(Chef) : Ohoho ! Ça alors, si je m’y étais attendu…

     Vladimir tente d’afficher une mine aimable, mais sa pâleur et l’expression sombre de son regard réduisent son effet pacifiste à néant.

(Vladimir) : Bonjour… euh… vous êtes ?

(Chef) : Bien tenté professeur ! Toujours aussi malin, n’est ce pas ? Vous croyez que je porte cette cagoule pour faire joli ?

(Vladimir) : Non, bien sûr que non… je vous prie de m’excuser.

     Vladimir se tasse au fond de son siège, tentant de se détacher de l’attention que lui porte le chef des terroristes. À ses côtés, Almee regarde droit devant lui, ne tournant même pas la tête vers cet étranger qui stationne pourtant juste à côté de lui. Il reste impassible tandis que son maître tremble de plus en plus, gagné par une panique grandissante.

(Chef) : Alors… que devient l’ancien dirigeant de l’Aritark ?

     À l’audition de ces paroles, le visage surpris de Telziel se tourne vers le fond du wagon. Il a visiblement été piqué par un intérêt tout particulier. Il lance un regard curieux à Vladimir qui ne le remarque pas, trop anxieux de la situation qui se trame à quelques pas de lui et qui l’implique directement. La plupart des autres gens présents dans le wagon ont, eux aussi, écarquillés les yeux à l’audition du mot « Aritark ».

(Chef) : Votre successeur à la direction, monsieur Lexus, est bien plus coopératif que vous. C’est triste que vous soyez parti comme ça, du jour au lendemain. Mais notre supérieur nous a demandé de ne pas chercher à vous retrouver pour vous… punir.

     Vladimir affiche un sourire forcé sur son visage pâle, laissant son interlocuteur parler sans oser placer le moindre mot.

(Chef) : Cependant, il n’a pas précisé ce que nous étions censé faire si jamais on vous retrouvait, comme ça, par hasard.

     Le faux sourire de Vladimir disparaît alors de son visage. Il vient de comprendre quelque chose. Il tourne ouvertement son regard vers le chef des terroristes. Une lueur de provocation inattendue s’y lit.

(Vladimir) : « Par hasard » ?

     L’expression du chef se fait tout d’un coup moins dolente.

(Vladimir) : Dalan est toujours à mes trousses, c’est ça ? Je suppose également qu’il n’y a aucune artefact magique dans cet aérotrain… ce n’est qu’un faux prétexte pour…

     Le chef des terroristes interrompt soudainement les paroles de Vladimir en redressant son fusil vers lui.

(Chef) : Vous êtes perspicace, professeur Morlan…

     Vladimir baisse la tête, entendant le déclic signifiant que le fusil est armé et paré à faire feu. Il pousse un soupir, tournant les pupilles en direction d’Almee, qui apparaît toujours aussi calme et détaché de la situation.

(Vladimir) : Almee…

(Almee) : Compris.

     Le bras d’Almee se débloque violemment dans un claquement mécanique. L’arme du chef des terroristes tombe au sol au milieu d’une flopée de sang qui s’écoule en cascade de son buste ravagé. Le bras d’Almee lui traverse le ventre de part en part, la puissance de son assaut imprévisible ayant transpercé ses chairs comme du papier. D’un mouvement brusque, le réploïde retire vivement son bras, envoyant une nouvelle giclée de sang aux alentours. Certains passagers se mettent à hurler d’effroi, masquant la vue à Telziel qui n’a rien pu distinguer de ce qui vient de se passer.
     Le corps inanimé du chef s’effondre au sol dans un mouvement pathétique. Vladimir se cache alors derrière son siège tandis qu’un autre terroriste ouvre le feu sur Almee, déboulant depuis le wagon arrière. Le réploïde se cache également comme il peut, encaissant deux balles dans l’épaule qui provoquent un petit bruit de tintement en se fichant dans sa chair. Le jeune-homme ne semble pourtant pas ressentir la moindre douleur, restant calme et concentré. Un homme d’affaire assis deux rangées plus loin s’écroule sur le côté, touché en pleine tête par une balle perdue. Le terroriste grommelle en tentant de réapprovisionner son chargeur, la panique rendant ses mouvements imprécis.
   
(Terroriste 1) : Et merde !

     La porte du compartiment s’ouvre alors à la volée, laissant apparaître un second terroriste, qui contemple le carnage d’un air surpris.

(Terroriste 2) : Bordel, le chef !

     Son acolyte se retourne vers lui, abandonnant l’idée de replacer correctement son chargeur dans son arme.

(Terroriste 1) : Qu’est ce qu’on fait ? On exécute tous les passagers ?

     Les dits passagers poussent un hurlement de terreur à l’audition de cette proposition, se camouflant comme ils peuvent derrière les rangées de sièges.

(Terroriste 2) : Non, on n’a pas le temps : on se conforme au plan.

     Sans ajouter le moindre mot, il saute alors par la porte ouverte du wagon. Vladimir se penche vers la vitre pour constater qu’il ne s’agit pas là d’un suicide imprévu : un parachute noir s’ouvre au dessus du terroriste et six autres sont déjà en train de planer un peu plus bas. En gros, il ne reste qu’un seul terroriste dans le train. Ce-dernier se retourne vers le compartiment que vient de quitter son collègue et l’ouvre d’un coup de pied. C’est le bureau du conducteur qui, tremblant, essaie de maintenir au mieux le contrôle de son appareil.
     Un déclic se fait entendre, le chargeur retrouvant finalement sa place. Dans une salve de nombreuses balles, le terroriste exécute froidement le pilote tout en réduisant en pièces le tableau de contrôle. Laissant les passagers céder à la panique, il se dirige vivement vers l’ouverture béante pratiquée dans la coque, s’apprêtant à bondir hors du train comme l’ont fait ses camarades avant lui. Mais un coup de feu retentit depuis l’autre bout du wagon, venant le toucher en pleine poitrine. Le terroriste pousse un cri de souffrance avant de rouler contre la carlingue, tentant de diriger son arme vers l’origine de cette attaque. Cependant, déstabilisé par la douleur, il glisse par l’ouverture et chute en dehors de l’aérotrain, poussant un long hurlement qui ne se solde qu’au moment où son corps se fracasse le long de la paroi d’un building.
     Telziel se redresse de derrière son siège, rangeant son arme de service encore fumante dans son étui, avant de se précipiter vers la cabine pour prendre le pouls du conducteur. Il baisse la tête en constatant le décès de ce-dernier. Une étincelle émanant du tableau de bord manque de peu de lui enflammer le visage, attirant son attention sur les commandes totalement ravagées.
     L’aérotrain subit soudain un vrombissement, sa connexion magnétique le décrochant du rail supérieur. Il commence  à chuter lentement vers l’avant.


(Telziel) : Heu… on se crash !!

Chapitre 12 Chapitre 14

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