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Ideus Ombra

Sorti le 02/06/2010, compilé dans le Volume 15

Histoire :

Rufus, les yeux écarquillés, a un mouvement de recul face à aux émanations malsaines qui s’échappent du gantelet Ideus Ombra. Ikher le tient sans sourciller d’un air satisfait, souriant de toutes ses dents avec un air carnassier un peu fou. Pecha est resté stoïque, même après l’apparition des flammes impalpables, ce qui n’est pas le cas d’Almee, chez qui la stupeur a prit le pas sur la colère. Il se redresse d’un air suspicieux, barrant son ventre meurtri de son bras gauche, la main droite refermée sur la garde de son katana.

(Ikher) : Merveilleux, n’est ce pas ? Cet artefact maudit a été inscrit sur la Liste Noire de Verogeias il y a plus de deux siècles. Il était maintenu scellé dans les sous-sols du manoir Van Reinhardt… mon propre père ne le prenait que pour une babiole sans valeur.

Ikher le regarde d’un air presque gourmet, et ne peut s’empêcher de le rapprocher de son visage, ses yeux grossissant d’admiration et d’adoration à la vue de cet objet dégageant ses vapeurs fantasmatiques.

(Ikher) : Grâce à Shinzu, le sceau qui le maintenait enfermé a été rompu !

Le rire triomphant qu’Ikher prononce à la suite de sa phrase, levant les bras en l’air d’un geste majestueux, ne l’empêche pas de remarquer les mouvements que Rufus a opérés dans son dos. Le chef de l’Ordo Arakis a descendu les marches, affichant une expression fascinée et un peu effrayée à la vue de l’artefact.

(Rufus) : Ideus Ombra t’a toujours fasciné… mais j’étais le seul de nous deux à avoir découvert dans les registres familiaux le moyen de briser son sceau.

(Ikher) : Tu as toujours refusé de me le révéler. Tu avais peur de l’usage que j’en ferai.

Rufus hoche la tête, laissant tomber au sol quantité de pluie qui s’était agglutinée dans ses cheveux suite à son immobilisme prononcé des dix dernières minutes.

(Rufus) : Et à juste titre.

(Ikher) : Ne me fais pas rire. Si tu avais été moins orgueilleux, si tu avais eu une once de respect pour moi, ton propre frère, le seul à t’avoir jamais respecté… tu serais à mes côtés aujourd’hui…

Ikher se retourne vers Almee d’un mouvement brusque, le pointant de son doigt métallique autour duquel flotte une fumée violacée duveteuse et ondulante.

(Ikher) : … et son frère serait toujours en vie.

L’expression meurtrie qu’affiche Almee à l’attention de Rufus ne trouve pas son écho chez celui-ci qui, imperturbable, a stoppé sa marche quelques mètres derrière son frère, une main toujours resserrée sur la rambarde des escaliers métalliques menant à la cabine principale.

(Ikher) : Laisse moi te montrer à présent ce qu’il en coûte.

Ikher ramène le gantelet vers lui, semblant par ce mouvement concentrer l’énergie diffuse qui en émanait jusqu’à présent sous la forme de cette brume spectrale à la couleur indéfinissable. Celle-ci se concentre dans le noyau de l’artefact, illuminant d’une couleur brûlante le globe de verre incrusté sur sa partie supérieure. Almee laisse tomber un genou au sol, sentant tout se refroidir autour de lui, avec la détestable impression que le rappel de cette énergie éparse au sein du cœur de l’artefact est en train de pomper toute la vie qui se trouve autour de lui. La légère grimace qu’affiche Rufus prouve que cette sensation désagréable est perçue par toutes les personnes en présence, excepté Pecha qui, depuis le temps, s’est sans doute habitué. D’un mouvement brusque, Ikher tend à nouveau le bras devant lui, relâchant l’énergie qu’il venait d’accumuler. Un violent flash à la teinte glaciale vient illuminer l’espace, semblant parvenir à immobiliser même la pluie. Les doigts camouflant ses yeux, Almee plisse les paupières, aveuglé par cette lumière violacée absolument insupportable. Il voit une sorte d’énergie pâle s’extraire de son corps tout entier, prenant lentement le chemin de la source de lumière à la manière de petits canaux alimentant une rivière plus vaste, et plus sombre. Lorsque l’intensité lumineuse diminue, Almee reste d’abord totalement interdit face à la vision qui se trouve devant lui. Immatériel, constitué uniquement de cette espèce de fumée violacée parcourue de sombre énergie, Shinzu se tient devant Ikher. Le vent soufflant disperse sa silhouette qui se reconstitue presque instantanément, ondulant tel le spectre qu’il est. Courbé vers l’avant, les yeux dénués d’expression, la bouche scellée en un éternel mutisme, Shinzu fait face à son frère, qui peut le contempler dans toute sa majesté mortuaire. Des larmes se mettent à couler des yeux du réploïde, dont l’expression est restée figée.

(Ikher) : Ce n’est pas une illusion, Almee. C’est réellement son âme.

Mais Almee est bien incapable de réagir à cette révélation. Rufus, par contre, a fait un pas en direction de son frère, l’air intéressé, bien que son regard reste braqué en direction de l’esprit de Shinzu, autant effrayé que fasciné.

(Rufus) : Tu es devenu le faucheur. Alors tout était vrai.

Ikher ne peut s’empêcher d’émettre un petit rire à l’audition de cette phrase, rire bientôt rendu inaudible sous le cri de rage qui provient de l’autre côté. Hurlement tonitruant. Almee se jette en direction d’Ikher, son katana pointé vers l’avant. Les larmes qui coulent de ses yeux ne peuvent altérer la fureur brutale, quasiment animale, qui détermine à présent son expression. Pecha intervient immédiatement, se plaçant entre le réploïde déchaîné et Ikher. Le choc est d’une violence rare. Almee n’a même pas cherché à user de son sabre son adversaire, car il semble ne même pas l’avoir vu. Par chance, la lame de Pecha n’a pas touché son adversaire, mais la collision entre les deux est un éclat brutal qui fait écho au tonnerre. Almee roule au sol sur le côté, projetant tout autour de lui des déjections de pluie.

(Ikher) : C’est la nature d’Ideus Ombra qui te perturbe ? Cet artefact est l’incarnation même de la Mort. Il prend les âmes des morts, les collecte, permet de les manipuler, de les redistribuer comme un bon jeu de cartes, et de tirer profit de leurs capacités.

Almee se redresse sur ses coudes, haletant.

(Almee) : Comment… Comment peux-tu traiter Shinzu de la sorte ? Tu disais avoir de l’affection pour lui ? Ça ne fait que me prouver que tu n’es qu’un enfoiré de menteur !!

Almee veut se redresser, mais Pecha est plus rapide. De son pied, il plaque son adversaire au sol, lui faisant goûter le solide matériau qui compose le Vindicare. Ikher reste impassible aux attaques verbales d’Almee. Mieux encore, il fait pivoter l’Ideus Ombra vers lui, amenant le spectre de Shinzu à suivre son mouvement et à se placer devant Almee.

(Ikher) : Est-ce qu’il est sensé te léguer un dernier message ?

Ikher fait s’avancer le spectre à quelques centimètres à peine du visage d’Almee, qui se retrouve véritablement nez à nez avec son défunt frère. Le souffle enragé du réploïde vient dissiper à plusieurs reprises le visage immatériel de Shinzu, qui se recompose inlassablement, dans la même expression de neutralité absolue. Le fantôme entrouvre finalement les lèvres, laissant échapper des paroles glaciales qui résonnent en écho tout autour, comme si elles provenaient de partout et de nulle part à la fois.

(Shinzu) : Je… te… hais…

De nouvelles larmes s’écoulent des yeux d’Almee, qui ne peut réprimer sa frustration à se trouver dans cette situation. La vérité relatée par Ikher, l’état dans lequel se trouve son frère, ces mots qu’il prononce. C’est trop pour lui. Il laisse retomber son visage au sol, comme pour effacer de sa vue le visage spectral de son frère.

(Almee) : Toutes ces années à m’entraîner avec acharnement dans le but de te venger… la punition horrible dont j’ai écopé pour cette tentative de vengeance… je suis devenu un réploïde… on m’a congelé… on m’a prit ma vie… mais tout ça n’avait aucune importance tant que je le faisais pour toi… Shinzu.

Le masque imperturbable du spectre ne se fend d’aucune forme d’expression, même face à ces aveux entrecoupés de sanglots. Almee ose finalement redresser le visage vers celui du fantôme, ravaler ses larmes pour tenter de reprendre une certaine forme de domination sur la situation psychologique.

(Almee) : Je ne peux pas croire que tu m’aie menti pendant tout ce temps.

Ikher retire l’esprit de Shinzu du regard d’Almee, le rabattant à ses côtés. Une expression indescriptible est imprimée sur le visage du contrôleur d’Ideus Ombra… mais Almee y lit une détestable forme de pitié.

(Ikher) : Une fois qu’Ideus Ombra laisse parler ses instincts de collectionneur acharné, il devient extrêmement difficile pour moi de l’empêcher d’aller au bout de ses envies. Cet artefact a sa volonté propre. Il obéit à ses propres lois.

Ikher retourne son visage vers Rufus, lui offrant un regard froid et détaché.

(Ikher) : Tu as vu ce que tu voulais voir ?

L’absence de réponse de Rufus semble suffire à Ikher, qui pousse un ricanement sombre en indiquant Almee d’un vague mouvement de la main.

(Ikher) : Ramasse ton réploïde et disparais avec lui, avant qu’il ne se mène lui-même à sa perte.

Ayant lâché ces mots, Ikher se détourne de Rufus d’un pas lent, faisant un signe de la main à Pecha pour lui indiquer qu’il peut relâcher la pression qu’il exerce sur sa proie. Almee sent le pied de son adversaire se détacher de son dos, le laissant libre de ses mouvements. Cependant, le réploïde reste rivé au sol, son souffle court envoyant gicler quelques gouttes de pluie depuis le sol. Rufus s’approche d’un pas lent du jeune homme. Son expression neutre est plus glaciale que jamais. Il veut tendre la main pour aider Almee à se redresser, mais le réploïde le repousse violemment, prenant lui-même appui sur ses bras pour se remettre debout.

(Almee) : Que me reste-t-il ?

Rufus, ne prenant pas la question pour lui, s’abstient de toute réponse. Almee tourne le visage vers Ikher, s’éloignant. La silhouette violacée de Shinzu est encore nettement perceptible, bien que visiblement, l’artefact soit en train de le rappeler à lui. La main d’Almee se resserre sur son katana, tandis que les paroles prononcées par Opitz au moment de sa réactivation au CRTN lui reviennent en mémoire. Il ne peut s’empêcher de les prononcer à haute voix, d’un air mécanique.

(Almee) : Personne ne doit se retrouver sous l’autorité de quoique ce soit… pas même du destin !!

Ayant lâché ces mots, Almee part d’une course plus que rapide en direction d’Ikher, saisissant son sabre à deux mains pour en tirer toute sa puissance. Rufus tend la main vers lui, désireux de le rattraper, mais ses doigts se referment sur du vide.

(Rufus) : Almee, ne fais pas ça !!

La course folle d’Almee est dénuée de discrétion, de réflexion : son attention est toute basée sur le coup qu’il veut porter, sur la mort qu’il veut apporter.

(Almee) : *Ce n’est plus Shinzu que je venge. C’est moi. Moi et seulement moi.*

Ikher se retourne, un regard sombre en direction du réploïde qui est reparti à l’assaut, incapable d’accepter la vérité, de digérer les réelles motivations de son frère, et la manipulation dont il a été victime, tout comme lui.

(Almee) : *Le seul qui ait tiré son épingle du jeu, au final, c’est toi. Toi et seulement toi. Elven… Brad… Ikher… qui que tu sois…*

Le katana d’Almee part d’un mouvement circulaire à la précision et à la force impressionnante. Son cri de rage est à la hauteur de la puissance de ce geste d’une technicité magnifique.

(Almee) : …SOIS MAUDIT !!!

Ikher fait un mouvement de son gantelet, et le spectre de Shinzu s’abat en direction d’Almee, coupant son mouvement en plein milieu. Le réploïde voit le visage de son frère fondre sur lui avant qu’il ne lui passe au travers du corps, fusionnant totalement avec lui. Almee se sent alors transporté, comme tiré par l’arrière. Le monde défile au ralenti sous ses yeux, tandis que l’impression horrible de sentir ses propres forces l’abandonner le tiraille d’une manière atroce. La douleur est si terrible qu’il ne trouve même pas la force suffisante pour hurler. Aux yeux de Rufus, le spectre n’a fait que traverser Almee, mais celui-ci est ressorti de ce contact comme au ralenti, achevant son mouvement dans une célérité qui touche quasiment à la léthargie. Et soudain, tout s’arrête. Un éclat. Le tonnerre. La pluie. Le sang. Almee tombe à genoux au sol, l’air hébété, son regard porté sur l’étrange excroissance qui lui passe au travers du torse, finissant sa course en une pointe métallique tâchée d’une sombre couleur rouge. Il ne parvient pas à ressentir la douleur de la lame de Pecha, qui le transperce de part en part, l’homme de main se tenant juste derrière lui, la main refermée avec force sur la garde de son épée. De légères palpitations plasmatiques d’une couleur rosâtre parcourent encore le corps du réploïde lorsqu’il redresse son visage vers celui d’Ikher, qui le domine d’un air sombre et presque peiné.

(Ikher) : Ainsi donc… tu me contrains à mettre fin à la lignée Natar. Ce n’était pas mon intention première, mais c’est la volonté d’Ideus Ombra. Je t’avais prévenu.

Le spectre de Shinzu tournoie lentement autour de son frère agonisant, mais qui ne peut plus ressentir la moindre douleur ni sensation depuis qu’il lui est passé au travers. La face fantomatique se place juste devant celle d’Almee, effaçant l’image d’Ikher comme un masque qui serait venu s’appliquer sur son visage. Les lèvres du fantôme s’ouvrent, comme s’il voulait prononcer quelque chose. Mais c’est la voix d’Ikher qui lui parvient, servant de mots presque chuchotés par cette ultime vision.

(Ikher) : Pardonne moi.

La main d’Ikher fait alors son apparition, traversant l’ectoplasme en le dissipant comme s’il n’était qu’un vulgaire nuage de fumée. D’un geste rapide et puissant, Ikher arrache la batterie d’Almee dans un bruit sombre. Rufus, resté en arrière, immobile, contemple la scène d’un regard froid et désincarné. Le visage du réploïde se fige, et sa tête retombe mollement vers l’avant tandis que la vie le quitte. Ikher laisse retomber la batterie au sol et pose sa main gantée d’Ideus Ombra sur le crâne de sa victime. Alors qu’il opère ce mouvement, il croise les yeux de Rufus, qu’il assassine du regard. Ce-dernier reste de marbre, gagnant le duel psychologique contre son frère. Lorsqu’Ikher remonte sa main vers le haut, les doigts crispés comme s’il tenait fermement quelque chose, c’est l’âme d’Almee qui s’extrait alors de son corps, prenant la texture volubile et violacée qui caractérisait également celle de Shinzu. Ikher referme ses doigts sur sa paume, et les âmes des deux frères sont brusquement ravalées dans un tourbillon fantomatique qui les fait disparaître à l’intérieur d’Ideus Ombra.

Chapitre 128 Chapitre 130

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