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Le complot Natar

Sorti le 27/05/2010, compilé dans le Volume 15

Histoire :

Almee baisse légèrement la tête et pose son regard sur le sol, dans un mouvement témoignant de sa tentative à rationnaliser les évènements. Un instant de silence s’écoule ici, uniquement perturbé par la pluie battante qui se montre de plus en plus torrentielle. Finalement, Almee redresse la tête, les yeux écarquillés, une lueur de furie imprimée dans leur expression.

(Almee) : ARRÊTE DE TE FOUTRE DE MOI !!

Ikher hoche la tête de gauche à droite d’un air de dépit et hausse lentement les épaules.

(Ikher) : Il avait toujours dit que tu serais incapable de comprendre, que tu étais trop naïf… trop gentil.

(Almee) : Arrête de parler de lui comme s’il avait toujours trempé dans tes combines.

Le poing d’Almee s’emplafonne violemment dans la partie haute du pavois, l’enfonçant complètement, comme s’il s’agissait d’un vulgaire bout de carton pâte. Ikher ferme les yeux, affichant un sourire torve face à l’énervement de son adversaire. Pecha se tient sur ses gardes, la main resserrée sur la garde de son épée.

(Ikher) : Tout ceci te dépasse forcément. Tu n’as jamais été mis dans la confidence.

(Almee) : Et que crois tu être en mesure de m’apprendre sur mon propre frère ?

Ikher rouvre les yeux, plongeant directement son regard sombre dans celui d’Almee, l’immobilisant sur place.

(Ikher) : Ton frère était un assassin. Tout jeune, ton père l’a placé sous la tutelle de la famille Aubanne, qui fit de lui, dès son plus jeune âge, un tueur implacable et un espion confirmé.

(Almee) : Arrête de déblatérer de telles inepties !!

(Ikher) : Et où crois tu que ton frère a acquis une telle maîtrise de l’épée ? Pourquoi penses-tu qu’il s’absentait si régulièrement ?

Almee baisse la tête, visiblement touché par ces paroles même s’il ne semble pas être en mesure de leur accorder du crédit.

(Almee) : Il… il faisait des études pour reprendre l’entreprise de notre père.

(Ikher) : Ton père n’a jamais eu l’intention de léguer l’entreprise à Shinzu. Il voulait en faire son protecteur, son bras armé. C’est toi qui devais en hériter.

[Flashback]

Ikher, jeune, les cheveux plus courts, est accoudé au bord de la fenêtre de la maison familiale des Natar. Son regard se perd sur la vaste plaine qui lui fait face, au bout de laquelle brillent les lumières d’Eidolon en cette nuit tombante. Il pousse un soupir et se détourne de l’encadrement de la fenêtre, portant son attention sur Shinzu, assit sur son lit, adossé au mur, les bras croisés et la tête basse.

(Ikher) : Alors si je comprends bien, tu devras devenir le garde du corps de ton frère.

(Shinzu) : Un homme de l’ombre. Son protecteur, son conseiller, son outil vivant. Une tradition familiale, paraît-il.

(Ikher) : Mais monsieur Natar n’a pas un tel garde du corps, il me semble…

Shinzu hoche la tête et se détache du mur, saisissant au passage l’étui à katana posé à côté de lui sur son lit.

(Shinzu) : Mon père est fils unique… ou bien alors son frère est mort depuis longtemps. Je ne sais pas.

(Ikher) : Almee est au courant ?

Shinzu retire son sabre du fourreau d’un geste sec, le pointant droit devant lui d’un mouvement expert qui fait froid dans le dos lorsque l’on pense à l’âge de celui qui opère ce geste d’une précision parfaite. L’œil mi- clôt, il observe la netteté de la lame et l’équilibre parfait de l’arme.

(Shinzu) : Non. Père ne veut pas le brusquer. Il semblerait qu’il soit trop jeune. Etrange… je n’étais pas « trop jeune » lorsqu’il s’est agit de me faire subir un entraînement aussi horrible chez ces dingues d’Aubanne, ou pour m’annoncer que jamais je n’aurai les rennes de cette société.

(Ikher) : Tu… tu es jaloux de ton frère ?

Shinzu range sa lame dans son fourreau d’un geste aussi rapide qu’expert et tourne un visage sombre vers Ikher qui se raidit en croisant ce regard beaucoup plus vieux et terrifiant que le corps de celui qui le porte.

(Shinzu) : Mon frère est un gamin. On l’élève comme tel. Je ne peux être jaloux de lui, qui ne peut rien comprendre.

(Ikher) : Alors pourquoi te confier à moi ?

Shinzu se redresse et s’approche lentement de son interlocuteur, le fourreau à la main. Ikher a un mouvement de recul face à ce geste, et se retrouve coincé contre le mur. Finalement, Shinzu le serre calmement dans ses bras, mais Ikher reste de marbre : la froideur et le mécanisme de ce mouvement semblent le tétaniser. Le regard fixe, il contemple le vide au dessus de l’épaule de son « frère ».

(Shinzu) : Parce que j’ai senti que toi et moi, nous étions pareil.

[Fin du Flashback]

(Ikher) : Au fur et à mesure, ma crainte s’est transformée en admiration, mon admiration en amitié, mon amitié en fraternité.

Almee semble totalement effaré. Sa peau a viré à un pâle si palpable qu’il transfigure au milieu de la pluie battante, comme un spectre désincarné. Son expression complètement close ajoute encore plus à la dramatisation de son attitude.

(Ikher) : Shinzu devenait plus fort de jour en jour, plus rapide, plus doué. C’était un espion d’un talent inouï, et un assassin d’une discrétion mortelle. Je voyais en lui ce frère que j’avais perdu dans mon ancienne vie.

Rufus ferme les yeux de son côté, toujours stoïque près de la sortie de la cabine. On ressent presque un sentiment de culpabilité sous la froideur de son attitude.

(Ikher) : J’avais un grand projet, qui me travaillait depuis que j’étais tout petit. Je rêvais de le partager avec mon frère… mais ce frère m’avait abandonné. Shinzu ayant gagné ma confiance, en lieu et place de ce frère qui jamais plus ne serais le mien, je décidais de faire de lui mon confident et mon allié, quant à l’exécution de mes plans.

Rufus fronce les sourcils, ouvertement plus attentif. Visiblement, cette partie de l’histoire, qu’il ignorait jusqu’alors, l’intéresse tout particulièrement.

(Ikher) : Shinzu s’est montré… plus qu’intéressé.

[Flashback]

(Shinzu) : Tu es sérieux ? Ca marche vraiment ce truc ?

Shinzu tient Ikher par les épaules, un éclat euphorique imprimé sur le visage. Ils sont tous les deux dans ce qui ressemble à un garage. La pièce est sombre et remplie de diverses pièces mécaniques et d’outils variés. Il ne fait nul doute que les deux amis se sont réfugiés ici pour discuter librement, à l’abri des oreilles indiscrètes. Ikher hoche doucement la tête. Ses cheveux ont nettement poussé, et ils commencent à noircir, reprenant leur couleur originelle.

(Ikher) : C’est l’héritage le plus précieux de la famille Van Reinhardt. L’usage que l’on peut en tirer est aussi dangereux que surpuissant. Avec ça, il ne fait aucun doute que nous pourrons obtenir tout ce que nous avons toujours désiré.

Shinzu relâche Ikher et se détourne de lui, affichant à son insu un sourire inquiétant et sombre.

(Shinzu) : Il n’y a rien que je ne désire plus que de posséder ce que mon père m’a toujours refusé. Ce qui me revient de droit.

(Ikher) : Tu accordes une telle importance à cette société ? A la fortune ?

Shinzu se retourne vers Ikher en secouant la tête de gauche à droite en signe de négation. Toute trace de sourire a disparue de son visage.

(Shinzu) : Non. Je veux seulement récupérer mon identité.

[Fin du Flashback]

(Ikher) : Je n’avais pas compris, à l’époque, ce que Shinzu avait voulu dire par là… il a fallu que j’attende la fin de cette histoire pour pouvoir la juger dans son intégralité.

Des larmes se mettent à couler des yeux d’Almee, se mêlant à la pluie diluvienne aussi sombre que le ciel d’où elle tombe à verse. Le réploïde est de plus en plus vouté, incapable de réagir autrement aux paroles d’Ikher que par le plus profond mutisme et une absence totale de réaction.

(Ikher) : Natar père vendait les services de son fils à ses alliés. Le chef du CRTN, Opitz, faisait partie de ceux là. Il a envoyé Shinzu en tant qu’espion auprès de ma famille d’origine, les Van Reinhardt. La vérité, c’est que c’est Shinzu lui-même qui était entré en contact avec Opitz pour se voir attribuer cette affaire. Ce que j’avais pu lui raconter de la situation là-bas avait suffit à faire pencher la balance en sa faveur. En guise de rémunération, Shinzu ne demanda rien d’autre que le droit de dérober l’héritage de la famille Van Reinhardt.

Un éclair éblouit le pont, illuminant le visage de Rufus qui émane de l’ombre comme un spectre assistant à la scène, et découvrant enfin toute la vérité sur des éléments obscurs de son propre passé.

(Ikher) : Mais la puissance de ce qu’il déroba était encore plus forte que je ne l’avais imaginé. Ce don, que j’avais indirectement offert à mon nouveau frère, le consuma inexorablement.

[Flashback]

La pluie tombe drue au dessus de la maison familiale des Natar. Ikher se tient sur le toit, les cheveux complètement détrempés retombant lourdement sur ses épaules et collant à ses vêtements ruisselants. Face à lui, Shinzu se tient crispé à la cheminée. Il est plié en deux, les yeux écarquillés, le regard fou, agenouillé sur les tuiles du toit, ruisselant d’eau de pluie. Un filet de bave coule de sa bouche. Des veines épaisses et inquiétantes, battent à ses tempes, gorgées d’un sang épais et brûlant. De nombreux vaisseaux sanguins ont éclaté dans ses yeux exorbités, sous lesquels ploient des cernes d’une obscurité terrifiante.

(Ikher) : Il faut que tu me laisse le prendre !! Tu n’es pas un Van Reinhardt : c’est en train de te tuer.

Shinzu éclate d’un rire dément et se jette contre Ikher, le repoussant d’un violent coup de genou qui l’envoi voler deux mètres plus loin. Glissant sur les tuiles, Ikher se retient de justesse pour ne pas tomber en bas. Le souffle coupé, il redresse péniblement la tête vers son frère qui le domine d’un air sinistre.

(Shinzu) : Tu ne peux nous le prendre, Elven. Il est à nous. Il EST nous !!

(Ikher) : Il te consume. Il aspire ce que tu es ! Shinzu !! C’est peut être déjà trop tard.

Shinzu agrippe Ikher à la gorge et le soulève comme s’il ne pesait absolument rien. Des deux mains, il resserre son emprise sur le cou de son ami, l’étranglant avec une facilité déconcertante. Ikher éructe péniblement, brûlant d’un teint cramoisi.

(Ikher) : Cette… identité… que tu… tiens tant… à conquérir… tu es en train… de la perdre… à jamais…

A l’audition de cette phrase, un éclat de raison semble illuminer les yeux de Shinzu qui relâche son emprise, laissant retomber Ikher au sol. Il porte ses deux mains à ses tempes et se met à hurler de terreur et de douleur, un long cri terrifié et horrible qui déchire la nuit et la pluie. Un éclair éclate au dessus de la scène, l’illuminant d’une lueur macabre. Shinzu, gémissant, tourne un regard suppliant vers Ikher. La bave aux lèvres, il ne peut prononcer que quelques mots, d’une voix faible et lointaine.

(Shinzu) : Tue… tue… moi…

Ikher agite lentement sa tête de gauche à droite, en signe de négation, les yeux écarquillés face à cette demande aussi atroce que soudaine. Des larmes s’écoulent des yeux de Shinzu, qui trouvent un écho dans ceux d’Ikher. Une nouvelle vague de douleur semble alors envahir le jeune assassin, qui tombe à genou en poussant un terrifiant hurlement bestial. Ikher se redresse, le visage ravagé par la peine et contemple son frère qui se roule au sol, parcouru de spasmes et de tremblements nerveux. Du sang s’écoule à présent de ses narines et de ses oreilles. Ses yeux se révulsent. Il pousse un nouveau cri déchirant.

(Shinzu) : FAIS LE !!!

Et sans réfléchir, dans un geste motivé autant par la pitié que par l’effroi. Ikher se jette contre le corps décharné de Shinzu, et le pousse de toutes ses forces dans le vide. Shinzu glisse avec rapidité le long des tuiles avant de disparaître telle une ombre dans les ténèbres de la nuit, avalée par la pluie torrentielle qui s’abat sur cette scène macabre.
En contrebat, un corps sans vie est étalé, dans une marre de sang, sur le côté droit du perron. La paix semble régner sur son visage. Ikher tombe à genoux, tremblant, et lève les yeux au ciel avant de pousser un hurlement de douleur et de peine.


[Fin du Flashback]

(Ikher) : La suite, tu la connais… Le père Natar m’a trouvé plus fiable pour gérer l’entreprise, car la mort de Shinzu t’avait rendu instable. Bien que je ne voulais pas de tout ça à la base, j'y ai vu une opportunité d'obtenir des fonds pour continuer notre grand projet, à Shinzu et à moi. J’ai récupéré l’héritage des Van Reinhardt, et je comptais en temps voulu disparaître de la vie de la famille Natar pour mener à bien les plans que je m’étais fixé. Mais tu n’as pas pu t’empêcher de mettre ton nez dans mes affaires et j’ai dû trouver un moyen de me débarrasser de toi.

Un long silence s’ensuit, qu’Almee vient finalement briser d’une voix qui semble provenir du plus profond de lui-même, un peu comme s’il faisait l’effort de revenir parmi les vivants après un court passage dans le monde des morts.

(Almee) : Ideus Ombra, c’est bien de ça dont il s’agit, n’est ce pas ?

Ikher éclate d’un rire sinistre en relevant les bras vers le ciel. Il les rabaisse vivement, plongeant un regard excité dans celui de son « frère ».

(Ikher) : Tu es perspicace, mon jeune ami.

Ikher place son poing en avant, devant son visage et ferme les yeux d’un air apaisé. Autour de son poignet se trouve un étrange bracelet noir totalement lisse, qui semble à présent briller d’une aura noire et sinistre. Lorsqu’il rouvre les yeux, Ikher fait exploser une sorte d’éclat électrique sombre dans cet ornement, qui se met alors à vibrer et à produire des petits cliquetis mécaniques. Bien vite, des excroissances se mettent à se déplier tout autour du bracelet, recouvrant une partie de l’avant bras d’Ikher, ainsi que sa main, d’une sorte de carapace métallique de la même teinte noire. Une lame recourbée vers l’arrière glisse depuis le poignet jusqu’au coude dans un bruit sinueux aussi inquiétant que l’est sa pureté de courbe. Enfin, une sorte d’aspérité se creuse au niveau du dos de la main, prenant la forme d’un cercle d’une couleur plus pâle, au creux duquel apparaît une un globe de verre à la teinte indéfinissable. Lorsqu’enfin le bracelet semble avoir achevé son étrange mutation, que tout bruit de mise en place s’est enfin arrêté, Ikher produit une nouvelle impulsion, qui fait s’illuminer le globe de verre d’une teinte violacée et sinistre. Immédiatement, une aura de cette même couleur inquiétante se met à découler tout autour, comme une flamme effrayante aux ondulations presque liquides. Un sourire diabolique se dessine sur le visage d’Ikher.

(Ikher) : Tu voulais savoir ce qu’était Ideus Ombra ? Tu l’as à présent sous les yeux !!

Chapitre 127 Chapitre 129

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