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DERIBEDO

Sorti le 06/05/2010, compilé dans le Volume 14

Histoire :

Une porte sas s’ouvre à la volée, laissant apparaître Opitz, portant sous le bras droit un épais dossier, et tenant dans sa main gauche une mallette d’un noir uniforme. Il traverse un long corridor entièrement vitré, qui est en fait une passerelle de verre, suspendue à quatre-vingt mètres du sol, et qui joint les deux tours composant le CRTN. De là, une vue panoramique d’Hydrapole s’offre à quiconque a la chance de pouvoir la traverser. Opitz n’y jette même pas un coup d’œil, son regard fixé droit devant lui. Une nouvelle porte sas s’ouvre, laissant le directeur passer dans la seconde infrastructure. Quelques couloirs plus loin, il rejoint le bureau de sa secrétaire à la chevelure grisâtre, tout en froufrous. Celle-ci lance un regard admiratif envers Opitz, lui offrant un magnifique sourire qui dévoile la totalité de sa structure dentaire. Opitz ne réagit même pas à ce mouvement, se contentant de s’arrêter au niveau du bureau.

(Opitz) : Est-ce qu’ils sont tous arrivés ?

La secrétaire pousse un gloussement à moitié dissimulé, comme si elle témoignait d’une immense joie à voir son patron lui adresser la parole.

(Secrétaire) : Oui, oui, monsieur Opitz. Le dernier d’entre eux est arrivé il y a une demi-heure environ.

Opitz se contente d’hocher lentement la tête avant de se détourner de la femme d’un geste vif qui lui permet de faire face à la grande porte coulissante derrière laquelle il a l’habitude de s’enfoncer dans une pénombre opaque. Comme à l’habituelle, la porte s’ouvre, et la pénombre est toujours aussi impénétrable. Opitz fait son avancée dans cette salle obscure, à l’intérieur de laquelle on ne distingue quasiment rien. Rien, si ce n’est la vague forme d’une longue table autour de laquelle sont placés dix grands sièges dont les contours sont impalpables. Tout juste est il possible de se rendre compte de la présence de silhouettes humaines assises dans ces fauteuils. Sans dire le moindre mot, Opitz se dirige dans cette salle comme s’il s’y promenait en plein jour, et prend place dans l’unique siège encore vide. Au moment où il s’installe, un bruit de courant électrique se fait entendre, bourdonnant lentement avant de se faire plus fort. Au même moment, la table s’illumine d’une pâle lumière blanchâtre. Elle semble n’être qu’une vaste plaque de verre sous laquelle brillent des néons blancs à faible intensité. Cette lueur au milieu de la pénombre permet de voir plus clairement que les ombres assises dans les fauteuils étaient bel et bien des êtres humains. On ne distingue que vaguement l’avant de leurs corps, quelques parties de leurs membres, on devine légèrement la couleur de leur habillement, on distingue partiellement leurs mains et leurs avant bras, le reste de leur personne disparaissant dans des ténèbres où seules leurs silhouettes parviennent quelque peu à se découper. Aucun d’entre eux n’a encore prit la parole, mais on sent une forme d’attente se dégager du groupe. Opitz se penche en avant, la faible lueur de la table éclairant son visage pour n’en faire apparaître que quelques éléments blafards.

(Opitz) : Bonjour à vous, chers amis. J’ai le plaisir de vous accueillir au CRTN pour cette nouvelle rencontre de la DERIBEDO. Je vous prie tout d’abord de bien vouloir excuser mon retard.

(Deribedo 6) : Ce n’est rien, on commence à être habitués.

La silhouette qui vient de parler est la plus massive du lot. Sa voix est grave, mais très posée. Un léger ricanement moqueur provenant du fauteuil situé à sa droite vient soutenir le gentil reproche qui vient d’être adressé au chef du CRTN. La personne qui l’a émit est si fluette qu’on ne voit absolument pas sa silhouette, complètement dévorée par la forme massive du fauteuil qui l’encadre.

(Opitz) : Un peu de sérieux, je vous prie. Nous avons peu l’occasion de nous trouver tous réunis de la sorte.

(Deribedo 1) : C’est ce qui me fait me demander pourquoi tu t’es sentis aussi empressé d’organiser cette réunion. Les recherches de Krieser seraient-elles terminées ?

La voix provient du fauteuil faisant directement face à celui d’Opitz. Comme elle s’est enfoncée au fond du siège, on ne distingue absolument rien de la personne qui est assise à l’intérieur, si ce n’est qu’elle se tient apparemment les bras croisés.

(Opitz) : Précisément, maestro. J’ai ici les documents qui attestent de la réussite complète des tests. Mais je pense que Phrysin saura mieux nous l’expliquer.

En réponse à son invitation à prendre la parole, la personne assise dans le siège à gauche d’Opitz se penche en avant, joignant ses mains sur la table, ce qui permet de distinguer la blancheur immaculé des vêtements qu’il porte. Aucun trait de son visage ne parvient cependant à se détacher de l’ombre.

(Phrysin) : Comme vous le savez tous, Opitz est parvenu à mettre la main sur Symbolique Alpha. On pensait d’abord que la carte offrait des coordonnées précises vers un nouveau vestige, qui serait à même de nous éclairer sur les Héritiers potentiels que nous recherchons. Mais l’emplacement révélé sur la carte était celui du Temple des Signes, que nous connaissons à présent parfaitement. C’est vous dire notre déception à ce moment là.

(Deribedo 4) : Nous sommes au courant de cela, vas à l’essentiel.

La voix est provenu d’en face, sans agressivité, depuis un fauteuil situé vers le centre de l’attablée. Un cliquetis mécanique répétitif émane de ce siège, comme si un homme aux doigts de métal s’amusait à tapoter le rebord de son siège en continu.

(Phrysin) : Nous arrivons à la partie intéressante. Les coordonnées n’étaient pas ce qui importait dans Symbolique Alpha : l’intérêt du parchemin était d’offrir un cryptage génétique indiqué dans une série de chiffres invisibles à l’œil nu, camouflée dans le bordereau graphique qui faisait le tour de la carte. Avec ce cryptage, il est devenu possible de récupérer les séquences ADN que nous recherchions depuis des mois dans les ruines du Temple.

(Deribedo 7) : Voilà une nouvelle preuve de l’immense avancée technologique de l’ancienne civilisation…

(Deribedo 5) : Et de la puissance de la catastrophe qui est parvenue à la décimer.

Les deux voix sont venues des deux sièges placés à la gauche de Phrysin. Impossible de distinguer le moindre trait de ces intervenants.

(Opitz) : Toujours est il que ces nouveaux prélèvements se sont avérés concluants. Il nous est à présent possible de détecter la liaison génétique des Héritiers des Signes.

(Deribedo 1) : De quelle façon ?

Pour toute réponse, Opitz pose sa mallette noire sur la table, ce qui créé un contraste d’ombre tellement saisissant que son visage disparaît totalement dans les ténèbres. D’un geste vif, Opitz détache les clapets qui maintiennent la mallette fermée. A l’intérieur, il y a dix petits appareils qui ont la forme d’un boîtier muni d’un écran à cristaux liquides. Opitz se saisit de l’un d’eux et tire une aiguille d’un petit étui situé sur la bordure intérieur de l’attaché-case. Il fixe cette petite aiguille dans l’appareil, ce qui initialise immédiatement celui-ci.

(Opitz) : Une fois une aiguille saine enclenchée, vous n’avez qu’à prélever un échantillon sur la cible, comme ceci.

D’un petit coup sec, Opitz se plante l’aiguille dans la paume de la main. L’écran à cristaux liquide se teinte alors de vert et laisse apparaître le message « compatible ». Un petit murmure de surprise générale se fait entendre. En biais d’Opitz, de l’autre côté de la table, une voix douce vient rompre ce petit moment d’étonnement.

(Deribedo 2) : Cela te confirme-t-il comme Héritier ?

(Opitz) : Il semblerait bien, en effet. Comme nous le supposions, je suis bien le représentant du Signe de l’Immortel. Au moins à présent nous pouvons en avoir la certitude.

(Deribedo 9) : Et pour les neuf autres ?

La voix est venue de tout au bout de la table. Celui qui l’a prononcé se tient réellement avachi dans le fauteuil, tenant une pose qui semble témoigner de l’ennui qu’il éprouve à se trouver là, ennui qui est d’ailleurs très palpable dans l’intonation de sa voix.

(Opitz) : Yuri Whyze m’a fourni les codes d’accès aux registres génétiques internationaux. Comme vous le savez, ces registres fichent absolument tous les habitants de Kiren dès la naissance en effectuant sur eux un prélèvement sanguin. On les utilise plus souvent dans les affaires criminelles… ou pas du tout. Ce n’est pas très légal, mais étant donné la situation, personne ne pourra s’en inquiéter.

(Deribedo 6) : Et les résultats comparatifs sont précis ?

Opitz repousse sa mallette encore ouverte sur le côté, dans un geste lent, puis place devant lui le gros dossier qu’il portait sous le bras à son arrivée.

(Opitz) : Malheureusement non. L’ADN récolté dans le Sort du Temple des Signes a été altéré à cause des centaines d’années qui se sont écoulées. La précision totale est donc impossible. On se retrouve avec une moyenne de vingt à trente compatibles possibles pour chaque Signes.

(Deribedo 4) : Eh bien… ça va être une sacrée chasse.

Opitz hoche la tête tout en affichant un léger sourire complaisant qui transfigure dans la pâle luminosité éblouissant les légers traits de son visage. Il délie les maintiens du dossier et en extirpe quelques feuilles qu’il fait passer sur sa droite.

(Opitz) : Veuillez vous faire passer ces listes, je vous prie. Elles contiennent les noms des susceptibles compatibles génétiques, ainsi que leur lieu de naissance. Il faudra les trouver et tester leur sang jusqu’à tomber sur le bon. Un seul compatible est susceptible de faire réagir positivement l’analyseur biométrique, et il le fera de la même façon que lors de la démonstration que je vous ai faite. Si le sujet n’est pas compatible, l’analyseur émettra une lumière rouge et affichera un message d’erreur.

Alors qu’Opitz lâche ces mots, les feuilles ont fini de passer d’un siège à l’autre, tant et si bien que chacun dispose de la sienne.

(Opitz) : Je n’ai pas fais attention à l’ordre dans lequel je vous les ai distribué, donc je vous prierai de me donner chacun votre tour le Signe qui vous a été attribué afin que je puisse tenir le dossier à jour.

Immédiatement, Phrysin, se tenant à la gauche d’Opitz, prend la parole en premier. Chacun lit à son tour, suivant une suite allant de droite à gauche et faisant le tour de la table.

(Phrysin) : L’Héritier que je recherche est du Signe du Masque.

(Deribedo 5) : Je recherche le Signe de la Sirène.

(Deribedo 7) : Pour ma part, c’est le Signe du Téméraire.

(Deribedo 9) : Moi, le Signe du Sorcier.

(Deribedo 8) : Le Signe de l’Hérétique.

(Deribedo 6) : Je dois trouver le Signe du Charme.

(Deribedo 4) : Je vais me lancer sur la piste du Signe du Penseur.

(Deribedo 2) : Le Signe que je recherche est… L’Immortel ? Mais Opitz… c’est toi.

Opitz hoche doucement la tête dans un geste se voulant le plus rassurant possible, afin de bien témoigner que ceci est normal.

(Opitz) : Oui, cette feuille a circulé car je me suis permis de garder pour moi le Signe que je voulais attraper…

Un sourire carnassier se dessine sur le visage d’Opitz, qui se penche alors en avant, dévoilant l’intégralité de son faciès dans la lueur blafarde émise par la table.

(Opitz) : Lors de ma dernière rixe avec lui, j’ai eu le loisir de me voir confirmé le fait que Rufus Van Reinhardt était bien l’Héritier du Signe du Tacticien. Puisque tu n’auras pas toi-même de Signe à trouver, j’aimerais que tu m’accompagnes pour récupérer le mien. Nous ne serons pas trop de deux pour nous défaire de l’Ordo Arakis.

Une sorte de brouhaha ricanant émane de l’ensemble de la DERIBEDO, soulignant la moquerie sous jacente prononcée par Opitz à l’égard du groupe de criminels mené par Rufus.

(Deribedo 1) : Quant à moi, j’écope du Signe des Machines Jumelles… mais il n’y a aucune liste attribuée à ce Signe.

Opitz hoche une nouvelle fois la tête pour souligner que ce qui semble être une erreur est en fait tout à fait normal.

(Opitz) : C’est normal, maestro. Les Machines Jumelles sont par définition des sortes d’humanoïdes mécaniques. On pense éventuellement à des réploïdes, par exemple. Comme ils sont officiellement reconnus comme morts avant d’être modifiés, ils sont supprimés des registres génétiques internationaux.

(Deribedo 1) : Ce qui veut dire qu’en plus du fait de devoir trouver deux personnes, je pars sans le moindre indice ?

(Opitz) : Allons, maestro, vous êtes sans conteste le plus puissant de nous tous… c’est une tâche à votre mesure.

Le « maestro » en question se contente d’un soupir de désintérêt avant de s’enfoncer encore plus profondément dans son fauteuil, faisant crisser le cuir par ce simple mouvement. Opitz affiche un curieux petit sourire avant de finalement reprendre une attitude plus neutre. Se redressant de son fauteuil, il apparaît plus pleinement dans la lumière, aux yeux de tous.

(Opitz) : Je ne saurai que trop vous rappeler que l’avenir de notre Monde dépend de la réussite de cette mission. Je compte sur vous pour la mener à bien.

A l’autre bout d’Hydrapole, le crépuscule enflamme de ses reflets le mouvement lent et continu des vagues. C’est le Port d’Attache, une immense structure faite d’un acier aussi lisse que brillant, dominant la fureur des flots par ses dimensions aussi étendues que solides. Partout, des bateaux sont amarrés, et on en voit de tous les types. Navires marchands, militaires, d’utilité publique, privés, grands, petits, larges, fantaisistes, impressionnants, ridicules ; tous se côtoient dans une sorte de parade fourre-tout qui provoque un contraste saisissant avec la beauté fine et glaciale des docks en métal. Malgré l’heure tardive, l’activité bat son plein : le trafic maritime ne cesse jamais à Hydrapole. Il a donné à la ville son nom, et il définit toujours sa principale puissance. Partout des marins, des voyageurs, des marchands, des militaires, des hommes d’affaire, des agents de contrôle, s’affairent en tout sens, donnant à cet endroit une atmosphère de mouvement infini. Mouillant sur la partie Ouest du Port d’Attache, qui est également la plus tranquille, car réservée aux élites de la société d’Hydrapole ou à ses plus riches propriétaires, un fier bâtiment à la blancheur écarlate domine les quais par sa beauté pure et la simplicité de son apparence. Sur la proue avant est marquée le nom du navire : « Vindicare ». A l’intérieur du bateau, assit dans un fauteuil recouvert d’un doux tissu de couleur pourpre, se tient Brad, les bras croisés, l’air renfrogné. Face à lui, adossé contre le mur, se tient son fidèle homme de main Pecha Lanford. Les deux hommes semblent être engagés dans une discussion mouvementée.

(Brad) : Quand je pense que je voulais faire régner un sentiment de terreur à Hydrapole avec l’aide de Oy-01, voilà que la peur prend un essor nouveau du côté d’Eidolon.

(Pecha) : Tu ne crois pas que cette stupide machine pourrait avoir une part de responsabilité dans le tir de ces missiles ?

(Brad) : Tu es débile ou tu le fais exprès ? Oy-01 obéit à des ordres de mission clairs. C’est un robot, pas un activiste technopartisan en colère. Qu’Eidolon lave son linge sale de son côté. Ces bâtards ont tout ce qu’ils méritent.

Pecha hausse les épaules d’un air distrait, comme pour signaler que ce que son acolyte vient de dire ne se tient pas forcément.

(Pecha) : Les répercussions seront plus graves qu’on l’imagine. Il paraît que le gouvernement d’Adra’Haar a déjà sauté sur l’occasion pour asseoir sa domination idéologique sur les Etats d’Eidolon. L’Archimage a signé un pacte de soutien avec le généralissime. C’est pas Hydrapole qui en fera autant.

(Brad) : Logique, non ? Quel technopartisan serait assez fou pour aller prêter main forte à des gens qui le considèrent à présent comme un hérétique seulement digne de se faire baigner dans un bac d’huile en fusion ? Et ce n’est pas notre problème actuel !

Alors qu’il finit sa phrase, la porte donnant sur cette cabine privée s’ouvre d’un mouvement lent, attirant l’attention des deux hommes sur celui qui ose venir interrompre leur discussion. Brad écarquille les yeux en voyant apparaître Rufus Van Reinhardt dans l’encadrement de la porte. Derrière lui, un peu en retrait, se tient un gamin aux cheveux gris hirsutes qu’il semble reconnaître. Almee, quelque peu gêné de se trouver dans cette situation, semble se demander ce qu’il fait là. Rufus s’avance le premier, laissant Almee pénétrer dans la pièce derrière lui, après quoi il referme doucement la porte et se retourne vers Brad, croisant de ses yeux glacials le regard surpris que ce-denier lui lance.

(Rufus) : Ca faisait longtemps qu’on ne s’était pas vu, Ikher.

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