Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 125

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La fin

Sorti le 28/04/2010, compilé dans le Volume 14

Histoire :

Les yeux verts de Willem s’entrouvrent lentement sur la pièce dans laquelle on l’a amené après son retour au repaire de l’Ordo Arakis. Il se trouve dans une grande cuve de verre, remplie d’un liquide proche de l’eau, un masque à oxygène est fixé sur sa bouche, lui permettant de respirer malgré son immersion. Le liquide qui l’entoure qui semble contenir du Génoxène, un puissant filtrant magique, servant habituellement à soigner les infections ensorcelées. Tout autour de lui, des particules sombres, résidus récalcitrants de l’Ombre dans laquelle il s’était engoncé au CREAE, flottent dans le liquide, se dissolvant petit à petit jusqu’à disparaître totalement. Ce spectacle étrange le fascine pendant un bon moment avant que son attention réussisse à se porter sur l’extérieur de la cuve. Il constate que Rufus lui fait face, l’observant doucement, semblant à la fois soulagé et inquiet. Le chef de l’Ordo Arakis lui fait un signe de la main avant de reculer d’un pas.

(Rufus) : Content de te revoir, Willem.

Le rouquin répond d’un signe de tête, puis l’épuisement semble reprendre le dessus. Ses yeux se ferment et sa tête tombe sur le côté. Il s’est rendormi. Rufus hoche la tête, visiblement satisfait du fonctionnement du traitement. Le docteur Sirgan est assit à une table sur le côté de la cuve, où un énorme processeur relié à un ordinateur de gestion permet de contrôler les traitements donnés à Willem dans les moindres détails. Le médecin se retourne vers son employeur, un sourire fatigué sur le visage.

(Sirgan) : Il est tiré d’affaire.

Rufus tape un petit coup sur l’épaule de Sirgan pour le remercier et se détourne du poste de soin de Willem pour se rapprocher du groupuscule de l’Ordo Arakis qui se tient un peu en retrait : Cendar et Myla sont là, se tenant tranquillement à côté d’un lit où est en train de dormir Luna, qui se remet elle aussi de ses blessures.

(Rufus) : Ca ira pour elle aussi ?

Myla se retourne vers Rufus et hoche doucement la tête, continuant à caresser le front de Luna d’un mouvement léger et circulaire, un peu comme si elle voulait apaiser son alliée.

(Myla) : Elle n’a plus mal. J’ai cloisonné son esprit pour qu’il ne réponde plus aux informations nerveuses de la douleur. Elle se reposera plus facilement et sera plus rapidement sur pied.

(Rufus) : Très bien. C’est du bon travail, Myla.

Au même moment, la double porte de la salle de soin s’ouvre d’un seul coup, attirant l’attention de toutes les personnes présentes vers elle : Sayam se tient entre les deux montants, le regard clair, l’air sérieux.

(Rufus) : Il y a un problème ?

Sans répondre, Sayam s’avance dans la salle, laissant les battants de la porte se refermer lourdement derrière elle. Elle lance un regard distrait à Willem, baignant dans sa cuve, où se lirait presque une forme d’envie, avant de reporter son attention vers le chef de l’Ordo Arakis, devant lequel elle stoppe son avancée.

(Sayam) : Almee veut partir.

D’abord décontenancé et incrédule, Rufus ne peut s’empêcher d’afficher un petit sourire ironique, comme s’il s’attendait à une sorte de farce de la part de la jeune fille. Mais voyant que celle-ci ne change pas d’expression, la sienne retombe dans la froideur et la fermeté qu’on lui connaît habituellement.

(Rufus) : Comment ça, il veut partir ?

(Sayam) : Il veut quitter l’Ordo Arakis. Il veut m’emmener avec lui.

Cendar et Myla se jettent tous les deux un petit regard intrigué, où se lit également une ombre d’inquiétude. Rufus reste figé l’espace d’un instant. Son teint pâlit légèrement, faisant comprendre qu’il étouffe une colère naissante, mais gardant son calme, il pose une main condescendante sur l’épaule de Sayam.

(Rufus) : Tu veux le suivre ?

(Sayam) : Non.

Et sans ajouter le moindre mot supplémentaire, Sayam se détourne, décrochant sèchement la main de Rufus dans ce mouvement et s’éloigne aussi vite qu’elle est arrivée, avant de refranchir la porte et de disparaître dans les entrailles du château, laissant la pièce se noyer dans un mutisme étouffant. Myla lance un regard incrédule en direction de la porte, mais c’est Cendar qui rompt le silence.

(Cendar) : Ce n’est sans doute pas une idée arrêtée. Ce gamin est anxieux et impulsif. Il a prit cette décision d’un coup de tête. Il changera d’avis.

Rufus se retourne vers lui, et la gravité de son expression suffit à elle seule à faire regretter à Cendar ce qu’il vient de dire. Se raclant la gorge, il détourne son regard, comme pour effacer son avis sur la question.

(Rufus) : J’aurai dû me douter que ce réploïde nous poserait des problèmes. C’est Opitz qui nous l’a mis dans les pattes. J’ai eu du mal à lui accorder ma confiance. Et de ce que je sais, au CREAE, il a eu un comportement laissant penser qu’Opitz a toujours une forme de contrôle sur lui.

(Myla) : Tu crois qu’il veut nous trahir ? Qu’il prétexte vouloir quitter l’organisation pour aller donner des informations à Opitz ?

Rufus fait un rapide mouvement de la main, intimant l’ordre à Myla de se taire. Il porte ensuite cette main à son menton et se plonge dans ses réflexions. Un moment s’écoule ainsi avant qu’il ne reprenne la parole.

(Rufus) : Même si ce n’est pas ce qu’il veut, c’est ce qui arrivera. C’est pour cela que les membres de l’Ordo Arakis ne peuvent pas quitter l’ordre. Nous n’avons pas eu de secrets pour lui, comme nous n’en avons jamais eu les uns envers les autres. Il sait où se trouve notre repaire, il connaît les capacités de chacun de nos membres… c’est problématique.

(Cendar) : Il suffit de l’empêcher de partir alors. Vas lui parler, tu peux le raisonner, non ?

Rufus hoche la tête de droite à gauche en signe de négation avant de porter son attention directement sur Cendar.

(Rufus) : C’est devenu nettement plus compliqué à présent. Opitz sait que je suis toujours en vie, les choses doivent s’accélérer et on ne peut pas courir le moindre risque.

Ayant lâché ces mots, Rufus s’éloigne de ses deux acolytes, saisissant au passage son fusil de chasse qui reposait contre la table de chevet du lit de Luna. Myla lance un regard paniqué à Cendar qui, malgré son aspect calme, est également assez inquiet de ce qui est en train de se dérouler.

(Cendar) : Attends… qu’est ce que tu compte faire ?

Rufus se fige dans sa marche et se retourne vers son ami en haussant les épaules d’un air innocent.

(Rufus) : Rien d’irresponsable, ne t’en fais pas. Dans ma position, je vais honorer le marché que j’ai fais avec Almee.

(Cendar) : C…comment ça ?

(Rufus) : Je vais le mener à ce qu’il cherche depuis toujours. Je vais lui offrir ce que je lui ai promis, la raison pour laquelle il a rejoint nos rangs. S’il veut quitter l’organisation, c’est mon devoir que de remplir ma part du contrat.

Cendar fronce les sourcils, semblant comprendre où Rufus veut en venir.

(Cendar) : Tu ne vas tout de même pas le mener à…

Rufus hoche la tête doucement, arrêtant par ce simple geste la parole de son bras droit. Il lève son index de manière sensée et le pointe vers le tireur d’élite.

(Rufus) : Si, exactement. Je vais lui offrir Ikher sur un plateau.

Ayant lâché ces mots, Rufus se détourne de ses acolytes et se dirige vers la double porte d’un pas rapide. Myla lance un regard suppliant à Cendar, comme pour le pousser à tenter encore une intervention qui puisse mettre un terme à tout ça. Cendar hésite un moment puis, hésitant, se redresse et fait un pas dans la direction de Rufus.

(Cendar) : Non, attends, tu ne peux pas faire ça. Il va se faire…
   
Rufus se fige, et sans se retourner vers Cendar, lui coupe la parole d’un cri clair et sec, visiblement agacé.

(Rufus) : TU PRÉFÈRES TE SALIR TOI-MÊME LES MAINS ?!

Cendar reste figé dans sa position, la bouche encore ouverte, prête à prononcer la fin de l’interpellation qui est morte dans sa gorge. Rufus se remet en marche d’un pas plus rapide, franchit avec virulence la porte et avance dans le couloir d’accès à l’infirmerie. La porte refermée derrière lui, il s’arrête après dix mètres, la tête basse, la respiration haletante. D’un coup, son bras part avec violence à la rencontre du mur dans lequel son poing s’enfonce, explosant la pierre qui le compose pour se figer dedans. L’expression de Rufus est indéfinissable, partagée entre la déception, la colère et la tristesse.

(Rufus) : ‘Fais chier !!

Dans la périphérie d’Eidolon, un grand groupuscule de personnes se tient sur la colline de Vertemont, qui est connu pour être l’un des plus grands cimetières neutres de la capitale. Une pluie fine s’abat sur la cité, malgré un soleil de début de soirée, entredéchirant la croûte nuageuse. Ce temps indéfinissable, dont l’aspect morose est accentué par l’accumulation de tombes sur ces terres vertes et boisées, n’empêche pas le rassemblement de continuer sa progression sur la colline. Dans ce groupe de personnes vêtues en tenues de deuils, se tiennent Telziel, Eliza et Zerkim, qui soutient sous son bras un Notgiel encore affaibli et convalescent. Le regard sombre, Telziel atteint le sommet aux côtés de nombreux autres brigadiers et soldats. Todd est déjà là, fringant dans un magnifique costume noir, pour une fois adapté à ses mensurations hors normes. L’inspecteur supérieur jette un regard à son subordonné, qui lui fait un bref signe de main avant de passer son bras autour des épaules d’Eliza. La femme lui offre un sourire réconfortant tandis qu’ils stoppent leur marche devant plusieurs tombes ouvertes, au fond desquelles ont déjà été placé des cercueils noirs et vernis. Zerkim donne un petit coup de coude à Telziel, pour attirer son attention sur un homme se tenant de l’autre côté des fosses. Yuri Whyze, protégé par un parapluie tenu par l’un de ses hommes de main, qu’un haut grade ne dispense pas de jouer les majordomes, est également présent. Telziel hausse les sourcils et pousse un soupir détaché. Todd se dirige d’un pas lent vers une petite estrade aménagée en amont des tombes, sur laquelle est fixé un micro. Tous les regards se tournent vers lui. Il hoche la tête pour saluer tout le monde, avant de prendre la parole d’un ton solennel.

(Todd) : En ces temps troublés, où toute la stabilité à laquelle nous avons aspiré depuis des décennies est soudainement remise en question, nous avons tendance à nous détourner des autres, et à nous concentrer uniquement sur notre devenir. Chacun de nous est gagné par la peur, le doute, le désespoir ou la révolte. Mais nous ne pouvons figer nos pensées uniquement sur nous même. Nos pensées doivent se tourner à présent vers ceux qui ont eu le courage de ne les offrir qu’aux autres. Le courage, c’est un sacrifice de soi. Ce don si précieux qu’on offre à la communauté, ce n’est pas un cadeau gratuit : il est mérité. Car ceux qui se sacrifient ne le font pas pour des utopies. Ces héros ne meurent pas pour des rêves. Ce n’est pas non plus une contrepartie ou un chantage. Ces grandes âmes vont au bout de la confiance qu’ils ont dans le peuple.

Le regard de Todd se fixe directement sur Yuri, qui ne manque pas de le remarquer, y répondant par un sourire forcé, emprunt d’ironie.

(Todd) : Leur sacrifice n’est pas venu d’une décision hâtive et encore moins d’une volonté de postérité. On ne devient pas un héros par la réputation ou encore par le rang, ou le sang. On devient un héros en étant jugé par nos actes. Des actes délibérément offerts en une croyance puissante, réfléchie et honorable en une société stable, prospère et honnête.

Zerkim se penche à l’oreille de Telziel.

(Zerkim) : Je rêve ou bien l’inspecteur général est en train de régler ses comptes avec le généralissime en direct ?

Telziel hoche la tête en affichant un léger sourire, reportant son attention sur Todd.

(Todd) : Ces hommes là, qui offre tout sans jamais rien attendre en retour, ce sont les héros de notre nation. Héros anonymes, morts anonymes, dont l’existence doit faire l’objet d’un souvenir impérissable. Gardez-les précieusement dans votre mémoire, dans votre cœur. Gardez un souvenir vivant pour ceux qui sont morts afin de défendre ce qui est juste. Qui sont morts pour vous.

Le regard de Todd se fait plus ferme sur Yuri, et il fronce les sourcils d’un air sévère. Tout le monde dans l’assemblée a l’air de comprendre clairement ce qui se tourne, et un espèce de murmure indicible se fait entendre.

(Todd) : Souvenez vous des VRAIS héros.

Yuri se penche à l’oreille de son porte-parapluie et lui murmure quelque chose. L’homme hoche vivement la tête et se détourne pour s’éloigner d’un pas rapide, laissant son supérieur sous la pluie.

(Todd) : Souvenez vous de Dwayne Embert et de Svaltzki Daron.

Au moment où Todd prononce ces noms, un objet métallique vient cogner la jambe d’Eliza pour se faire une place de son côté droit, entre elle et Notgiel. La brigadière tourne un visage éclairé vers Davien, habillé d’un élégant costume noir, souriant, visiblement en forme, malgré le fait qu’il soit installé dans une chaise roulante.

(Davien) : Je sais que le médecin vous a dit de me laisser me débrouiller par moi-même, mais me faire grimper cette pente tout seul, c’est un peu sévère comme traitement.

Telziel lui tape sur l’épaule et tous reportent leur attention sur Todd, qui jette une rose dans chacune des deux fosses. D’autres personnes présentes, sans doute des membres de la famille des deux brigadiers, jettent également des fleurs dans la tombe. De nombreux sanglots éclatent. Eliza elle-même a du mal à retenir ses larmes. Notgiel lui n’y arrive pas. Les pleurs, se mêlant à la pluie, emportent les maux et la douleur jusqu’au creux des tombes, que l’on commence à recouvrir de terre. Le groupe de personnes en présence commence à se fragmenter. Seules les familles proches restent près des tombes comme des vestiges immuables, incapables de s’arracher à ce dernier contact. Telziel pousse la chaise roulante de Davien. Celui-ci semble avoir perdu ses forces à la vision des familles endeuillées, triste rappel de la cruauté qui les a sauvagement emporté, et qui a bien faillit lui coûter la vie. L’homme qui tenait le parapluie à Yuri se place devant le fauteuil de Davien, attirant son attention et celle de ses collègues qui stoppent leur avancée.

(Militaire) : Excusez moi de vous déranger, inspecteur Miller, mais le généralissime Yuri tenait à vous transmettre tout son soutien et vous souhaiter un prompt rétablissement.

(Davien) : Ah. C’est très gentil de sa part, merci.

Ayant comprit à la façon dont ces mots ont été froidement prononcés qu’il n’a guère envie de s’attarder sur ces risibles politesses, Telziel reprend la marche, poussant le fauteuil sur le côté de l’homme qui vient de les arrêter afin de le contourner. Mais celui-ci fait un pas en arrière et se replace devant le fauteuil, coupant à nouveau son avancée.

(Militaire) : Encore un instant, s’il vous plaît. Le généralissime tiendrait beaucoup à vous remettre officiellement les médailles de l’honneur martial et de la patrie.

Davien baisse la tête un moment, semblant ravaler le torrent d’insultes qui a faillit jaillir de sa bouche, pour la redresser en feintant un air calme et plaisant.

(Davien) : Deux médailles ? C’est un grand honneur. Mais il y a justement deux cadavres derrière qui sont tout aussi méritants pour s’en faire gratifier : ils n’en tireront pas une plus grande utilité que moi. Sur ce, monsieur, je vous souhaite une bonne journée.

Cette fois, l’homme ne s’interpose plus à l’avancée du fauteuil et reste interdit, les bras ballants, dans sa dernière position. De l’autre côté des tombes, engagé dans une discussion avec quelques vieux militaires recouverts de galons, Yuri Whyze observe le départ des brigadier d’un œil sombre où brille une lueur de malice, tout en affichant un sourire ironique et satisfait…

Chapitre 124 Chapitre 126

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