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L'exécution

Sorti le 31/03/2010, compilé dans le Volume 14

Histoire :

La navette de Samantha, toujours pilotée par Vladimir, commence à amorcer sa descente sur Hydrapole, semblant cibler l’aérodrome d’un quartier bien éloigné du centre de la ville. Samantha s’appuie d’un air fatigué sur l’épaule de Vladimir. Elle semble un peu pensive. Vladimir s’en rend compte et lui offre un petit sourire compatissant, tout en poussant les manettes vers l’avant.

(Vladimir) : Tu songes encore à Engal ?

L’absence de réponse de la part de Samantha suffit à Vladimir pour qu’il comprenne que c’est bien là le nœud du problème. Le scientifique pousse un léger ricanement pour tenter de détendre l’atmosphère.

(Vladimir) : Ne t’en fais pas, s’il y a bien une personne au monde que rien ne semble capable d’arrêter, c’est sans doute Engal. Je suis sûr qu’il va bien.

Samantha lui répond par un léger sourire et lui passe délicatement la main sur la joue, comme pour souligner ce moment de gentillesse de sa part.

(Samantha) : Tu as sans doute raison.

Samantha finit par redresser la tête pour contempler la descente de l’antigrav. Celui-ci est à peine à quelques mètres du sol et est prêt à se poser.

(Samantha) : Tu es sûr que le laboratoire de Yunda Oy se trouvait bien dans ce quartier d’Hydrapole ?

Vladimir hoche la tête au moment où la navette se pose sur le bitume de l’aérodrome. Les portières latérales s’ouvrent alors automatiquement tandis que le vrombissement du moteur commence à s’atténuer légèrement jusqu’à disparaître. Vladimir tourne la tête vers la sortie de la navette pour se rendre compte de la présence massive d’Oy-01, déjà présente à l’extérieur, comme pour l’accueillir avec réjouissance. Le professeur lui fait des signes vifs de la main, un peu paniqués.

(Vladimir) : Non, non !! Active ton camouflage optique. Si quelqu’un te voit, on risque d’avoir des problèmes.

(Oy) : Affirmatif.

Ayant lâché cette phrase de la manière la plus robotique qui soit, Oy disparaît alors soudainement à la vue de Vladimir et de Samantha, comme si un voile fantôme venait de la recouvrir. Les deux scientifiques se décident alors à sortir du véhicule à leur tour. Vladimir se retourne vers l’endroit où il suppose qu’Oy se trouve, visiblement gêné de devoir parler dans le vide.

(Vladimir) : Hum… te souviens-tu exactement de la localisation du laboratoire ?

(Oy) : Je peux télécharger les données sur le GPS de votre comtalk, si vous le désirez.

(Vladimir) : Ce sera plus pratique, en effet.

Vladimir a à peine le temps de sortir son comtalk de la poche de sa veste que le message « téléchargement terminé » apparaît déjà sur l’écran. Le scientifique ne peut s’empêcher de laisser échapper un léger rire avant d’afficher la carte du quartier où un indicateur rouge situe la localisation exacte de l’ancien laboratoire personnelle de Yunda Oy. Il hoche la tête d’un air satisfait, semblant parvenir à repérer les lieux sans trop de mal. Il remet le comtalk dans sa poche d’un geste vif avant de tendre le bras à Samantha.

(Vladimir) : Bien, je vois où c’est. Nous n’avons que dix minutes de marche.

Tout en commençant à marcher, Samantha ne peut s’empêcher de remarquer que le ton de Vladimir s’est assombrit, un peu comme s’il avait jusqu’à présent porté un masque de fausse bonne-humeur qu’il n’arrivait plus à maintenir. Ce qui se cache en dessous n’est guère reluisant. Les yeux humides et plissés, le teint pâle, les joues creusés : il est évident que le scientifique est rongé par la peine. N’osant d’abord rien dire, Samantha finit par avancer une phrase, n’y tenant plus.

(Samantha) : Tu penses à Almee, n’est ce pas ?

Vladimir ne tressaille même pas à l’évocation du nom du réploïde, mais un réflexe quasi immédiat se met en place : le masque de bonne humeur réapparaît, éclatant de fausseté. L’air enjoué, un sourire dessiné sur les lèvres, Vladimir tourne vers elle un visage qui pourrait paraître radieux s’il n’était pas surfait.

(Vladimir) : Mais non voyons, ne te fais pas de soucis.

Mais Samantha ne peut justement pas s’empêcher de s’en faire.

Les yeux de Sayam s’ouvrent sur un plafond qu’elle ne reconnaît que trop bien : c’est celui de sa chambre, au repaire de l’Ordo Arakis. Elle cligne plusieurs fois des yeux, ayant du mal à remettre les derniers évènements en ordre dans son esprit. Elle ne sait pas trop comment elle est revenue ici, mais elle semble soulagée d’y être, malgré son immobilisme premier. Un visage se penche au dessus d’elle, lui offrant un sourire charmant et amusé : c’est Almee, qui a apparemment veillé sur elle jusqu’à ce qu’elle recouvre ses esprits. Un joli sourire se dessine sur le visage de la jeune fille qui tend sa main jusqu’à effleurer celui de son ami.

(Almee) : Comment te sens tu ?

Sayam se contente de sourire et pousse un petit rire empli de vie, qui semble contenter Almee dans son questionnement.

(Sayam) : J’ai… j’ai soif.

(Almee) : Je crois que tu as plus d’eau qu’il ne t’en faut, non ?

Sayam se rend alors compte qu’elle flotte dans un bac remplit d’eau, seul sa tête dépassant de celle-ci. Le bonheur qui irradie alors de son visage est sans commune mesure. Sans ajouter le moindre mot, elle se laisse couler au fond, s’immergeant totalement. Almee ne peut s’empêcher de rire en voyant que Sayam semble en pleine forme. Deux mains jaillissent alors de l’eau et le saisissent à la nuque, le précipitant la tête la première dans le bassin. Almee se retire alors immédiatement, trempé jusqu’aux coudes, une expression abasourdie imprimée sur le visage. Sayam, qui est ressortie de l’eau en même temps que lui, ne peut s’empêcher d’éclater d’un rire clair et charmant. Almee se laisse aller à sa bonne humeur et rit à son tour, aspergeant la jeune femme d’un jet d’eau. Finalement, il se laisse choir au sol en fermant les yeux, adossé à la cuve, cessant de rire. Sayam prend appui au bord ce celle-ci et se penche par-dessus pour observer Almee. Ses longs cheveux trempés tombent lourdement sur le côté, dégoulinant sur le sol carrelé de la pièce.

(Sayam) : Qu’y-a-t-il Almee ? Tu sembles préoccupé…

(Almee) : Beaucoup de gens sont morts par notre faute.

Sayam lui lance un regard incrédule, ne semblant pas comprendre ce qu’il dit. Almee fixe droit devant lui, le regard dans le vide.

(Almee) : J’ai longtemps hésité avant de prendre la décision de te dire ou non la vérité. Mais je pense que c’est mieux ainsi.

(Sayam) : Qu’est ce que tu veux dire ?

Almee tourne vers elle un visage sérieux, tout en passant sa main dans ses cheveux ruisselants d’eau.

(Almee) : Ce qui s’est passé est trop grave. Les choses vont dégénérer… et tout ça, ce n’est pas normal. On s’est servit de nous. Rufus s’est servit de nous. Je pense que nous devrions nous éloigner au plus vite de l’Ordo Arakis.

Derrière la porte entrebâillée de la chambre, Raven s’est figé à l’audition de ce que vient de dire Almee. Il relâche la poignée qu’il tenait d’une main, et recule d’un pas. Malgré son masque, qui camoufle la quasi-totalité de ses émotions, on ressent en lui une grande perplexité…

Telziel est assit sur son lit, l’air renfrogné, les bras croisés. Eliza est assise tout contre lui, le visage plaqué contre sa nuque. Elle est endormie. Zerkim est en train de regarder par la fenêtre, ses yeux scrutant entre les stores l’activité sinistre qui se déroule à l’extérieur. Des centaines de personnes descendant dans les rues, escortées par des mages de l’ADM, ne pouvant même pas emporter leurs affaires ni refermer leurs portes. Des cris, des larmes, des supplications. Il ferme lentement les yeux et les détourne d’un air grave afin de reporter son attention vers Telziel qui n’a pas bougé d’un poil.

(Zerkim) : Qu’est ce qui se passe, bon dieu ?

(Telziel) : Il se passe que les conséquences de cette prise d’otages sont bien plus dramatiques qu’on aurait pu le croire.

Zerkim semble presque blessé à l’audition du ton froid et détaché employé par Telziel. Un cri perçant provient de l’extérieur, se détachant avec force du marasme sonore déjà conséquent. On vient d’arracher son enfant à une femme qui hurle pour qu’on lui rende. Un frisson parcourt l’échine du mage.

(Zerkim) : Tu nous juge responsables ?

L’absence de réponse de Telziel est équivoque. Il baisse légèrement les yeux, perplexe, mais ne parvient pas à prononcer la moindre réponse. Zerkim essaye de relativiser en prenant une expression un peu plus enjouée.

(Zerkim) : Notgiel va sans doute s’en tirer, c’est déjà une victoire, non ?

(Telziel) : Oui, et à quel prix ?

(Zerkim) : Tu es injuste !!

Telziel se redresse alors d’un seul coup, tirant Eliza de son sommeil sans même y prêter attention. La pauvre Eliza atterrit au milieu de la conversation avec une expression de surprise imprimée sur le visage, ne comprenant même pas ce qui se passe. Telziel pointe alors la fenêtre du doigt avec véhémence.

(Telziel) : Non, ça… ça, c’est injuste !! Ca n’a rien de normal. C’est trop… expéditif. Trop précipité. Comme si c’était prévu depuis longtemps. Comme si les choses devaient nécessairement se passer de cette façon !

(Zerkim) : Et tu veux me faire croire qu’on peut y changer quelque chose ?!

(Telziel) : Oui ! Il y a toujours quelque chose à faire !!

Eliza se redresse alors du lit, fulminante, les poings serrés de colère et les joues empourprées.

(Eliza) : CA SUFFIT MAINTENANT !! ARRETEZ !!

Les deux autres en restent coi. Zerkim a même un mouvement de recul qui lui fait percuter la table qui se trouve derrière lui. Telziel écarquille les yeux, presque comme s’il venait de se rendre compte de la présence d’Eliza dans la pièce.

(Eliza) : Davien est entre la vie et la mort et tout ce que vous trouvez à faire c’est de vous rejeter la responsabilité d’une chose à laquelle personne ne peut rien.

Elle se retourne alors vers Telziel avec une expression presque désolée imprimée sur le visage, les larmes aux yeux. Elle plaque ses deux mains contre sa bouche et étouffe un sanglot.

(Eliza) : On a fait tout ce qu’on a pu… mais ils étaient trop forts.

Une expression de regret est clairement visible sur le visage de Telziel qui ne peut soutenir le regard implorant de sa fiancée.

(Telziel) : C’est à moi de m’excuser… mais je ne peux m’y résoudre. Je ne peux pas accepter que ces criminels s’en tirent à si bon compte. Plus maintenant.

Un nouveau hurlement strident provenant de l’extérieur vient ponctuer cette dernière phrase d’une note sinistre rappelant à tous la gravité des évènements. Telziel redresse son visage vers le poste de télévision suspendu au mur qui lui fait face et dont le son est coupé. Visiblement, il remarque quelque chose qui attise son intérêt, car il se saisit de la télécommande et désactive le mutisme de l’appareil.

(Telziel) : Ca commence.

Zerkim et Eliza s’avancent vers l’écran, l’air soudainement encore plus inquiet. Un reporter aux cheveux roux, portant un costar bon marché se tient devant un immense attroupement remplissant totalement la place centrale d’Eidolon. Au milieu de la foule se dresse une sorte de construction en bois aux allures d’échafaud.

(Reporter) : Nous sommes actuellement à Sebastian Plazza où va avoir lieu, dans quelques instants, l’exécution publique d’Alec Windermal, leader du parti hérétique de l’ADT. Cette décision prononcée cet après-midi par le conseil sénatoriale, et approuvée par le généralissime Whyze, entend répondre d’une manière forte à la prise d’otages commanditée par le supplicié ainsi qu’aux conséquences désastreuses qu’elle a eu sur dix villes états des alentours de la capitale. Nous rappelons que le chiffre actuel des victimes s’élève déjà à plus de trente mille et les secours pensent pouvoir le doubler d’ici un à deux jours.

Un cortège fend alors la foule en arrière plan. Des huées assourdissantes s’élèvent de la foule au même moment, rendant totalement inaudible les quelques tirades ajoutées par le reporter à la suite de la première partie de son speech. Il hausse alors le ton, tentant de se faire entendre dans la cacophonie ambiante.

(Reporter) : Le cortège d’exécution fait son arrivée sur la plazza. Yuri Whyze en personne coordonnera l’évènement.

La caméra fait un zoom sur l’échafaud où un groupe d’hommes est en train de monter. Eliza reconnaît le généralissime, toujours aussi désinvolte dans son allure, saluant d’un geste bref la foule rassemblée tout autour. Une vive acclamation se fait entendre à ce mouvement, symbole de l’adoration du peuple pour son dirigeant. Un homme trapu est amené sur la plateforme, un sac de toile placé sur la tête. Il est encadré par deux miliciens entièrement vêtus de noir. Au bas de l’échafaud, une cohorte de gardes du corps et de militaires de l’ADM empêche le public en furie d’accéder au périmètre d’exécution. D’un rapide mouvement, Yuri ordonne à l’un des deux bourreaux de retirer le masque du visage de Windermal, dévoilant à tous son visage boursouflé et anxieux, recouvert de sueur. Un instant de silence se fait entendre dans l’assemblée avant que le généralissime ne lève la main. On force Windermal à se placer en position agenouillée et à baisser la tête. Un troisième bourreau, vêtu de noir, apparaît derrière lui, un masque d’assassin complètement blanc (assez similaire à celui de Mortis) camoufle son visage. Il tient entre les mains une épée magnifique ouvragée, recouverte d’un fin liseré d’or qui en parcourt la lame, de la garde à la pointe. Le bourreau s’arrête derrière sa victime et place la pointe de l’épée contre sa nuque.
Eliza détourne le regard, visiblement dégoûtée.


(Eliza) : Je ne peux pas voir ça.

Zerkim baisse les yeux d’un air coupable, mais ne peut s’empêcher de les redresser vers l’écran. Ni lui, ni Telziel, n’entendent encore les commentaires relégués par le reporter. Leur attention toute entière est portée sur Yuri Whyze qui a redressé son poing droit devant lui, en direction de la foule.

(Telziel) : Ne fais pas de connerie… tu peux encore le gracier.

Un insoutenable moment de flottement se fait ressentir, où tout le monde semble retenir son souffle au même instant. Puis le pouce de Yuri se décolle du reste de son poing pour se diriger vers le sol. Alec Windermal ferme les yeux pour la dernière fois. D’un geste sec et précis, le bourreau enfonce sa lame qui traverse sans mal la gorge de la victime. Un gigantesque cri d’extase semble provenir de la foule à ce mouvement. Zerkim détourne la tête, quelque peu dégoûté. Telziel se contente de se saisir de la télécommande et de couper la télévision.

(Telziel) : Imbécile.

Chapitre 122 Chapitre 124

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