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La somme des échecs

Sorti le 24/03/2010, compilé dans le Volume 14

Histoire :

Telziel est assit dans son lit d’hôpital. Le visage blême, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés, il contemple la télévision qui lui fait face, où un homme, non pas moins blême, mais tentant de dissimuler sa panique, entretient les téléspectateurs d’un fait terrible qui vient de se produire.

(Présentateur) : Nous confirmons donc cette terrible nouvelle. Il y a environ quinze minutes à présent, un tir groupé de dix missiles à été lancé depuis Eidolon sur des villes environnantes de la capitale. Il est actuellement impossible d’obtenir des images de la situation dans les villes touchées et toutes les communications ont été coupées. Les dégâts semblent malheureusement catastrophiques et on parle déjà de la plus grande tragédie de notre siècle. Les villes touchées, toutes affiliées au mouvement Magique, sont Cénerio, Aldrazza, Sainte-Fortune, Jaba, Callisburgh, Perle, Voldranov, Cynid, Delriz et Koronas. Nous ne savons toujours pas ce qui a pu motiver les tirs de ces missiles, mais nous rappelons que le CREAE, d’où les missiles ont été tirés, était jusqu’à présent sous le contrôle d’une organisation terroriste nommée Ordo Arakis. Des équipes de secours sont déjà en route et…

Telziel coupe la télévision et laisse mollement retomber sa main. Il lâche la télécommande qui tombe lourdement au sol. Il reste ainsi effaré dans son lit pendant un long moment, sans esquisser le moindre mouvement, avant de finalement se précipiter sur le téléphone qui se trouve sur son chevet. Il compose rapidement et nerveusement un numéro avant de porter le combiné à son oreille d’une main tremblante.

(Telziel) : Eliza, réponds… je t’en prie !!

Devant le CREAE, le silence a laissé place à un grand tumulte mêlant la panique, les cris d’effrois, les ordres militaires beuglés à tout va, les supplications des membres de l’ADT craignant de plus en plus pour leurs vies, et les pleurs désespérés. Eliza tient la main de Davien, à présent inconscient, alité à un brancard autour duquel s’agitent plusieurs médecins. Il est finalement chargé dans une ambulance dont on empêche l’accès à la brigadière. Les portes du véhicules se referment lourdement devant elle et la sirène s’éloignant n’est qu’un hurlement de plus dans le vacarme général. Zerkim pose sa main sur l’épaule d’Eliza.

(Zerkim) : Je suis sûr qu’il va s’en sortir.

Mais il ne parvient pas à masquer la profonde incertitude qui se dégage de ses paroles. Eliza se retourne vers lui, les yeux embués de larmes, et le serre contre elle, essayant de ménager ses blessures. Zerkim la sert à son tour de son bras valide, et ne peux empêcher ses larmes de couler.

(Zerkim) : Combien de personnes viennent de mourir par notre faute ?

(Eliza) : C’est la mienne plus que celle de n’importe qui d’autre… j’ai laissé Rufus Van Reinhardt s’enfuir. Et voilà le résultat. Davien est le seul à avoir fait ce qu’il avait à faire… pourquoi ne suis-je pas à sa place ?

Zerkim entrouvre la bouche pour répondre quelque chose mais il ne parvient pas à émettre le moindre son.

A une vingtaine de mètres de là, un soldat de l’ADT en larmes se redresse soudainement de sa position agenouillée, saisissant un fusil d’intervention que quelqu’un avait abandonné au sol à quelques pas de lui. Il fait feu en hurlant sur le soldat de l’ADM qui lui tournait le dos. Des larmes coulent de ses yeux fous et il continue à faire feu en tous sens, ne regardant même pas sur qui il tire.

(Soldat) : C’est une conspiration !! UNE PUTAIN DE CONSPIRATION !!

Soudain, les tirs s’arrêtent tandis que la tête du soldat se détache de son cou dans un mouvement lent et répugnant. Elle tombe lourdement au sol, bientôt accompagnée par le reste du corps. Derrière, Yuri Whyze rengaine la rapière qui vient d’enlever la vie à cet homme emporté par la folie.

(Yuri) : Les directives vont être simples. Mettez tous ces hommes aux fers sans plus tarder.

Immédiatement, les soldats de l’ADM s’exécutent, menottant leurs homologues de l’ADT avec aisance. Aucun d’entre eux ne semble alors enclin à se rebeller. Tous contemplent encore le cadavre décapité agités de spasmes pitoyables.

(Yuri) : Général !

Un homme grand et mince, bardé de médailles, portant une magnifique cape pourpre marquée de l’emblème de l’ADM, se retourne vers le généralissime en position de salut.

(Yuri) : Déployez l’ensemble de vos hommes dans la ville. Arrêtez tout membre du parti de l’ADT, qu’il soit civil ou militaire. Mettez en place des camps d’isolement pour contenir les masses. Je vous alloue la direction de la Garde d’Etat et de la Brigade Inquisitoriale pour vous épauler. Et surtout, je veux qu’on m’amène ce chien d’Alec Windermal au Palais Sénatorial. Son exécution publique aura lieu au plus tôt, sans autre forme de procès !! J’annoncerai plus tard les directives civiles à suivre. Exécution.

(Général) : A vos ordres, généralissime Whyze !

Nouveau salut empli de respect et d’une pointe de réjouissance malvenue pour la mort du parti adverse. Le général de l’ADM s’éloigne d’un pas vif pour relayer ses ordres tandis que des escouades d’intervention pénètrent en masse dans le CREAE pour tenter de coincer d’éventuels membres de l’Ordo Arakis restés en retrait.
Zerkim, qui a suivi l’ensemble de la scène, ne peut empêcher un tremblement nerveux de lui parcourir l’échine. Eliza s’en rend compte et s’écarte d’un pas, soucieuse de l’inquiétude dont fait preuve son ami.

(Zerkim) : Vers quelles extrémités nous dirigeons nous maintenant ?

Alors qu’elle s’apprête à répondre quelque chose, Eliza entend finalement la sonnerie de son téléphone personnelle. Elle s’en saisit d’une main rapide et le plaque contre son oreille droite, bouchant l’autre de son index pour atténuer le bruit environnant et entendre la communication.

(Telziel) : Eliza ? Tu m’entends ? Tout va bien ? Qu’est ce qui se passe là bas ?

(Eliza) : Max… je ne sais pas quoi te répondre…

Dans son vaisseau regagnant Hydrapole, Vladimir coupe le retransmetteur radio qui vient de lui faire parvenir pour la quinzième fois l’horrible évènement ayant frappé l’Etat d’Eidolon. Derrière lui, Samantha se tient la tête entre les mains, visiblement effondrée par la nouvelle. Un grand silence règne dans le cockpit, sans que personne n’ose prendre la parole. Finalement, n’y tenant plus, Samantha se redresse, tournant la tête vers Vladimir qui fixe ses commandes de pilotage, les yeux perdus dans le vague.

(Samantha) : Quand je pense qu’on y était il n’y pas si longtemps…

Vladimir ne répond tout d’abord rien puis, tout à coup, comme s’il sortait d’une profonde torpeur, il hoche gravement la tête et daigne accorder un rapide coup d’œil à son interlocutrice.

(Vladimir) : Mieux vaut ne plus y trainer. Les gens d’Hydrapole ne risquent plus d’être les bienvenus là-bas…

(Samantha) : J’espère qu’Engal va bien…

Vladimir détourne le regard de sa fiancée pour se concentrer à nouveau sur le poste de pilotage. Ses mains se resserrent sur les commandes de l’antigrav tandis que lui revient en mémoire les conversations endiablées et animées qu’il a pu avoir avec Engal au sujet de leurs positions à propos de la magie et de la technologie. Il ne peut empêcher un terrible sentiment de culpabilité de lui envahir l’esprit. Il ferme lentement les yeux en tentant de l’ignorer.

Une des escouades de l’ADM à l’intérieur du CREAE parvient jusqu’à la salle de contrôle des missiles MZ6, où Engal a, il y a quelques instants, et bien malgré lui, provoqué un chaos sans nulle autre pareille. Il n’y a plus là que des écrans noirs, encore parcourus d’arcs électriques, embrumés dans la fumée de l’unité centrale éventrée et crépitante. Engal a disparu, la salle est vide. Un moniteur affiche encore, d’une manière presque provocatrice, le chiffre 0 du compte à rebours et la mention atroce « cibles détruites ». 

(Soldat) : L’Ordo Arakis paiera pour ça…

(Soldat 2) : L’Ordo Arakis ? Il n’y a pas qu’eux, imbécile ! Ils n’étaient que l’instrument de l’ADT, tu n’as pas encore compris ?
   
(Soldat) : Mais qu’est ce qu’ils recherchaient ?

(Soldat 2) : Va savoir ? Mais ils ont détruit dix places fortes de l’ADM et les victimes doivent se compter par milliers. Alors ça me suffit comme raison pour vouloir voir tomber leurs têtes.

Deux heures plus tard, l’antigrav piloté par Alucar arrive à destination dans le hangar de stockage des véhicules du repaire de l’Ordo Arakis. La quasi-totalité de l’espace est alors occupée par le Hammer Prométhée, courbé sur lui-même pour faire tenir ses dimensions colossales dans un espace peu adapté à sa taille. Rufus se tient calmement devant, contemplant l’arrivée de ses alliés d’un air calme et serein, faisant fi des nombreuses blessures qui lui ravagent le corps, stigmates encore bien présents de sa dernière altercation avec Opitz. Alucar coupe le moteur, et Almee se précipite au dehors, une expression courroucée imprimée sur le visage. Il fonce droit sur Rufus, et sans prévenir, le plaque d’un mouvement brusque contre l’alliage de la jambe du Hammer, callant son avant-bras contre sa gorge. Rufus ne bronche pas, son expression imperturbable et glaciale surplombant totalement Almee qui manque de peu de relâcher sa prise à ce simple regard.

(Almee) : Comment as-tu pu ?!! Il n’était pas prévu qu’on lance ces missiles ! C’était du bluff !!

(Rufus) : Et crois tu que cela a changé ?

Almee renforce sa prise sur Rufus, sa colère redoublant face au détachement clairement affiché de ce-dernier.

(Almee) : Dix villes viennent d’être rayées de la carte ! Tu vas me faire croire que c’est un hasard ?!

(Rufus) : Ce n’est pas un hasard. Mais ce n’est pas de mon fait. Tu es libre de me croire ou non. Mais si ta confiance en moi est si fragile, alors peut être me suis-je trompé sur ton compte.

Almee le relâche finalement, sans pour autant calmer son expression enragée. Il serre les poings pour ne pas provoquer un geste qu’il risquerait de regretter.

(Almee) : Tu t’es sans doute trompé, oui. Car je n’ai aucune confiance en toi.

Almee se détourne alors de lui et repart d’un pas rapide dans la direction opposée, vers l’antigrav où Sayam est toujours allongée, endormie par les calmants que lui a administré Alucar afin de l’aider à lutter contre ses blessures. Rufus contemple Almee de dos qui s’éloigne de lui sans même se retourner. La rage du chef de l’Ordo Arakis explose alors en un violent coup de poing retourné contre l’alliage ultra-résistant du Hammer Prométhée, qu’il enfonce pourtant comme de la vulgaire tôle bas de gamme. Un liseré de sang coule entre les doigts de Rufus qui serre les dents de rage.

(Rufus) : Opitz… enfoiré !!!

Opitz descend par l’ascenseur du Hammer Icare, fringuant dans un costume neuf d’un noir d’ébène. Il porte par-dessus un long manteau d’une indéfinissable couleur violacée aux reflets bleu-nuits. Le symbole blanc d’un sablier inversé encadré d’un cercle bardé d’écritures incompréhensibles est brodé dans son dos. Il s’est visiblement changé en revenant au CRTN. Seules quelques égratignures sur son visage peuvent témoigner de sa récente empoignade avec Rufus Van Reinhardt.
Opitz se dirige d’un pas calme vers le bureau de sa secrétaire personnelle, celle à qui il avait précédemment confiée la carte Symbolique Alpha. Celle-ci sourit de toutes ses dents à son approche, faisant remuer l’énorme choucroute bouclée et grisâtre qui lui sert de coiffure.

(Secrétaire) : Votre voyage a-t-il été fructueux, monsieur Opitz ?

Opitz ne répond rien, se contentant de récupérer quelques documents laissés à sa disposition sur le bureau de la femme. Celle-ci ne se décontenance pas face à cette absence de réponse, semblant en avoir l’habitude, mais elle ne peut s’empêcher de meubler le silence.

(Secrétaire) : Avez-vous entendu parler de cet affreux accident à Eidolon ? C’est épouvantable… Ils ne parlent que de ça sur toutes les stations de radios et sur toutes les chaînes. C’est une véritable tragédie, n’est ce pas ?

(Opitz) : Certes.

La secrétaire semble tout à fait satisfaite d’avoir réussit à arracher ne serait ce qu’un mot à son directeur et glousse presque de joie. Opitz calle les documents sous son bras et tourne finalement directement son regard vers la femme, qui se fige face à la froideur et au sérieux qui en ressort.

(Opitz) : Contactez le « groupe ». Je veux organiser une réunion au plus tôt.

(Secrétaire) : Bien, monsieur.

Opitz se détourne finalement du bureau et se dirige vers une porte sas qui s’ouvre à son approche, le laissant plonger dans un abîme obscur où il disparaît totalement.

Chapitre 121 Chapitre 123

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