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Un avant goût d'Armageddon

Sorti le 17/03/2010, compilé dans le Volume 14

Histoire :

Les traînées aériennes de Prométhée sont encore visibles dans le ciel lorsqu’Eliza apparaît à la sortie du bâtiment. Immédiatement, deux ou trois médecins viennent l’épauler, lui déposant une couverture sur les épaules et l’encadrant pour l’escorter à l’écart du bâtiment. Zerkim se dirige vers elle en claudiquant, son bras attelé maintenu par une bandelette nouée à son cou.

(Zerkim) : Eliza !!

L’apercevant d’un œil ému, Eliza se sent tout à coup rassurée et se dirige vers lui en courant, laissant retomber sa couverture et abandonnant les médecins dans une perplexité amusée. Elle attrape doucement Zerkim par les épaules, choquée par la gravité de ses blessures. Comprenant que son air inquiet vient de là, Zerkim agite une main rassurante devant lui.

(Zerkim) : Ne t’en fais pas, j’en ai vu d’autres !

Eliza hoche la tête de manière condescendante et attire Zerkim à l’écart.

(Eliza) : Quelle est la situation ici ? Pourquoi tous les soldats de l’ADT sont aux arrêts ?

(Zerkim) : Ca a drôlement chauffé par ici, je te dis pas…

Alors qu’il lâche ses mots, il entend Schaetz maugréer au loin et tourne la tête dans sa direction : deux soldats de l’ADM le menottent à son brancard tout en lui intimant l’ordre de se tenir tranquille.

(Zerkim) : Je crois que tous les partisans de l’ADT ont du souci à se faire.

(Eliza) : Mais c’est absurde !

(Zerkim) : Il y a pire : le robot géant que Van Reinhardt recherchait : il vient de s’envoler juste sous notre nez. Ca a fait un sacré choc. Tu n’as pas réussis à l’en empêcher, hein ?

Eliza baisse la tête, légèrement honteuse, préférant taire pour l’instant l’épisode de sa confrontation avec Rufus, et le demi-échec qu’a représenté sa promesse d’abandon face à son adversaire.

(Eliza) : Je te raconterai ça plus tard.

Une main se pose alors sur son épaule. Ferme et glaciale, elle provoque un mouvement d’effroi chez Eliza qui s’écarte virulemment à ce contact sans même savoir d’où il provient. Face à elle se trouve le généralissime Yuri Whyze qui la contemple sèchement de son unique œil valide. Un sourire fin et large déchire alors son visage dans une expression d’une fausseté sans égale.

(Yuri) : Vous venez de quitter ce bâtiment, mademoiselle ? Vous faites partie de la troupe du BAC envoyée en infiltration par le Lieutenant Todd, je ne me trompe ?

(Eliza) : C’est exact.

(Yuri) : J’aurais quelques questions à vous poser…

Mais le regard d’Eliza se détourne du sien pour se porter en arrière de son interlocuteur, vers le perron du CREAE, où toute une troupe vient d’apparaître, jaillissant au travers de la fumée comme une bande de spectres boiteux. Visiblement choqués, la plupart des otages regardent ça et là, apeurés, retrouvant la liberté et le contact de l’air libre après plusieurs heures d’immobilité et d’aveuglement. Yuri se retourne vers eux, suivant le regard d’Eliza.

(Yuri) : Qu’est ce qu… ?

Sans faire preuve du moindre tact, Eliza plante Yuri sur place et se détourne de lui pour avancer à la rencontre des otages qui s’éloignent à présent du bâtiment en courant et en pleurant de joie. Des groupes de médecins vont à leur rencontre, accompagnés de quelques soldats. Certains otages s’écroulent au sol, anéantis mentalement, tandis que d’autres ne savent plus comment témoigner leur soulagement. Quelques uns jaillissent encore du bâtiment en deux petites vagues de cinq ou six personnes, et le groupe est au complet : les cinquante otages de l’Ordo Arakis, tous entiers et en vie. Eliza passe au milieu de la troupe, semblant chercher quelqu’un ou quelque chose du regard. Elle intercepte une femme en blouse de scientifique qui verse des larmes de joie, la saisissant par les épaules.

(Eliza) : Que s’est-il passé ? Qui est venu ?

Mais Eliza ne peut rien tirer de la jeune femme qui bégaie des mots incompréhensibles dans un flot de sanglots. Elle la relâche alors et poursuit son avancée, continuant à chercher. Mais soudain, ce qu’elle voulait trouver apparaît à ses yeux dans la fumée âcre qui s’échappe de la porte principale du bâtiment. Une ombre boitillante se détache de l’opacité de cette brume grise, se faisant de plus en plus nette à mesure qu’elle approche. Davien apparaît finalement au grand jour. Le visage pâle, recouvert de sueur, les yeux dans le vague, il ne semble réussir à se mouvoir que par une volonté extrême, allant bien au-delà des capacités humaines normales. Il est courbé vers l’avant, la main repliée sur le cœur, empoignant sa chemise avec force. Celle-ci s’est entièrement colorée d’un rouge foncée et du sang s’écoule à flot entre ses doigts. Eliza court jusqu’à lui, l’empoigne par l’épaule juste au moment où il s’effondre, ses jambes se dérobant sous son poids. Elle le soutient pour l’aider à s’asseoir sur les marches, lui passe une main dans le dos pour tenter de le maintenir dans la meilleure position possible. La tête du brigadier se renverse en arrière et un tremblement nerveux lui parcourt le corps tandis qu’il se crispe avec force, resserrant avec plus de poigne la main sur sa poitrine.

(Davien) : Trop… trop tard…

(Eliza) : Davien ?! Que s’est il passé ?!

Elle parvient à écarter sans mal la main de Davien, qui n’a plus la force de résister à grand-chose. Immédiatement, un flot de sang important s’écoule entre ses doigts paniqués. Elle a juste le temps d’apercevoir une entaille profonde, noire comme la mort, d’où s’écoule le flot cramoisi. Elle plaque sa main tremblante dessus avec force, ne pouvant empêcher des larmes brûlantes de couler sur ses joues.

(Eliza) : A l’aide !! A L’AIDE !!

Les yeux d’Engal s’ouvrent subitement sur un massacre immonde. Tout autour de lui se trouvent les corps éparpillés et en morceaux de la brigade d’intervention que l’Ombre Willem avait massacré sous ses yeux. Il porte une main tremblante à sa tempe. Il a l’esprit encore un peu embrumé.

(Engal) : Qu’est ce qui s’est passé… ?

Il se redresse alors d’un seul coup sur ses deux jambes et tourne la tête de droite à gauche, semblant chercher quelqu’un du regard.

(Engal) : Où est passé le petit gars qui se battait ?

Il se cambre alors en avant, empoignant sa tête des deux mains, comme pour se remettre les idées en place. Il se redresse, un mal de crâne violent lui battant les tempes. Il se maintient au mur pour ne pas retomber au sol et une forte sueur se met à couler sur son visage tandis que son corps est parcouru de tremblements.

(Engal) : Qu’est ce qui m’arrive ? Je me sens mal…

Tout d’abord, c’est une sensation fugace, comme une petite piqure, qui vient le gêner au niveau de la gorge, sur le côté du cou. Il porte sa main tremblante à cet endroit et frotte doucement. Une légère lueur rouge brille alors entre ses doigts, et la douleur éclate en un instant. Engal est propulsé sur le côté par la violence terrible de cette brûlure qui lui ravage le cou et il pousse un hurlement de douleur absolument atroce. Il tombe à genoux, le souffle court, le regard tremblant, continuant à chercher de l’air à cause de la souffrance qui ne s’atténue pas, un filet de bave s’écoulant de sa bouche entrouverte. La marque en croissant de Lune qu’Opitz lui a appliqué brille d’un rouge écarlate, comme si un brasier brûlait en dessous de la peau. Ses veines sont gonflées à l’extrême tout autour. Engal s’effondre au sol en poussant un dernier râle, vidé de ses forces par la douleur au point de ne même plus pouvoir crier. Sa respiration haletante et saccadée remue son corps inanimé avec force puis la douleur commence à s’atténuer doucement. Le mage ne semble pourtant toujours pas en mesure de pouvoir faire le moindre geste.

(Engal) : Ah… ah… mais qu’est ce que j’ai… ?

Soudain, il se redresse d’un seul mouvement, dynamique et précis, presque comme si aucune douleur ne l’avait tétanisé une seconde avant. Mais ce geste empli de vivacité semble avoir fort surpris son initiateur, qui écarquille les yeux avec étonnement. Il veut ouvrir la bouche pour crier son étonnement, mais celle-ci reste totalement close.

(Engal) : *Qu’est ce qu… ? Je ne contrôle plus mon corps ?*

Et ce corps se met à marcher d’un mouvement rapide et incontrôlé. Des gestes secs, robotiques, vigoureux et rapides. Seuls les yeux d’Engal semblent témoigner de son étonnement, voir de sa panique face à son incapacité à maîtriser ce corps qui lui échappe, semblant agir de sa propre initiative. Il voudrait hurler de terreur, appeler à l’aide, mais aucun son ne sort de sa bouche qui reste indubitablement fermée et figée en une terrifiante expression de neutralité. Ses jambes lui font parcourir des séries de couloirs à la vitesse de l’éclair. Il se déplace dans le bâtiment comme s’il était habitué à l’arpenter et le connaissait comme sa poche, mais bien entendu, ce n’est pas lui qui dirige ses pas.

(Engal) : *Que tout ceci s’arrête… que ça s’arrête !!*

Sa folle course stoppe finalement devant une porte-sas. Sa main se redresse d’elle-même, appuie sur une touche et fait apparaître un clavier. Engal se surprend à taper machinalement un code complexe qu’il ne connaît pas sur un appareil qu’il n’a jamais utilisé de sa vie. Le sas qui lui fait face s’ouvre et il pénètre dans une sorte de salle de contrôles, remplie d’ordinateurs et de machines dont il ne connaît même pas l’utilité. Face à lui, une large baie vitrée lui permet de contempler une plus grande structure extérieure, ressemblant à une immense rampe de lancement entièrement blanche. Au fond de ce puits géant se trouvent des étranges objets de formes longilignes, placées les uns à côtés des autres comme un bataillon au garde à vous. Leurs embouts peints en rouge leurs donnent un aspect menaçant.

(Engal) : *C’est quoi ce foutoir ?*

Le corps d’Engal se place face à un moniteur de contrôle qu’il allume d’un geste machinal. Ses doigts se mettent à pianoter à la vitesse de l’éclair sur le clavier, comme s’il avait fait ça toute sa vie. Une lueur de dégoût est lisible dans les yeux du mage à l’idée que son corps manipule, même malgré lui, ces engins de malheur. Divers messages apparaissent à l’écran, mais Engal n’a même pas le temps de clairement les lire tant l’activité de ses doigts fait défiler les informations, valide des opérations, tape des codes et entre des commandes. Soudain, une intense alarme se met à résonner dans tous le bâtiment, stridente, atroce, annonciatrice de malheurs. Engal aimerait plaquer ses mains contre ses oreilles, mais il ne peut pas. Il ne peut que subir ce qui se passe. Il parvient à apercevoir dans un coin, fixée au plafond, ce qui lui semble être une caméra de sécurité, directement braquée dans sa direction. Il sent qu’il est en train de se passer quelque chose de grave, et que c’est lui qui est en train de la provoquer.

(Engal) : *Non… mon corps. Pas moi. C’est mon corps… c’est lui. Non ?*

Il voudrait pleurer, hurler, tout arrêter, se trancher les bras plutôt que de continuer, mais il est incapable d’esquisser le moindre geste par sa propre volonté. D’un mouvement presque vainqueur, son index appuie pour la dernière fois sur le bouton « enter » du clavier et la réaction à ce geste est immédiate. L’alarme redouble de virulence. Engal plisse les paupières. Il voudrait se boucher les oreilles. Il le fait. Ses yeux s’écarquillent : il peut à nouveau contrôler son corps. Le croissant rouge sur son cou à disparu : jamais il n’aura pu le voir. La reprise de contrôle sur ses mouvements semble le surprendre. Il titube en arrière, manquant de peu de tomber. Il se rend compte que ce ne sont pas ses jambes qui défaillent, mais que c’est le bâtiment tout entier qui gronde et tremble avec violence, semblant répondre directement à cette horrible alarme.

(Engal) : Mais qu’est ce que j’ai fais ?

Engal s’avance vers le moniteur que son corps avait manipulé avec tant d’aisance quelques secondes avant. Un message clignote avec force à l’écran, dans un bordereau encadré de rouge. Il ne peut s’empêcher de le lire à haute voix, comme pour se persuader que ce n’est pas une hallucination.

(Engal) : Cibles… verrouillées ?!

Et en dessous, un sinistre compte à rebours est affiché en tout petits caractères… une taille en opposition totale avec le désastre qui semble se préparer. 32 secondes. Une intense fumée commence à se dégager de la rampe de lancement, obstruant la visibilité depuis la baie vitrée. Engal est parcouru d’un tremblement alors qu’il semble comprendre ce qui se passe.

(Engal) : Arrête !!

Il saisit la souris avec force mais rien ne change à l’écran. Il frappe alors le clavier du poing, faisant sauter plusieurs touches en l’air. 28 secondes.

(Engal) : STOP !! ANNULATION!! ARRETE CA!!!

25 secondes. Engal se saisit de son épée dans un geste brusque et paniqué. Sans aucune hésitation, il l’abat dans l’écran, le faisant imploser sous le choc. Un débris lui fait une entaille à la joue, mais il n’y prête aucune attention. Ses yeux se tournent dans un mouvement paniqué vers les autres ordinateurs de la salle, qui par dizaine renvoient le même message que celui qu’il vient de détruire. Sauf que le compteur est tombé à 19 secondes.

(Engal) : Non… c’est pas possible… Qu’est ce que j’ai fais ?!! NON !!

15 secondes. Engal charge un sort de foudre dans sa main droite et l’abat directement dans l’unité centrale qui lui fait face. Celle-ci explose contre lui, l’envoyant voler contre le mur à l’autre bout de la pièce dans une nuée d’étincelles et de fumée. Des arcs crépitants parcourent l’ensemble des postes, brouillant les images qu’ils renvoient. Mais le compte à rebours continue à tomber, sinistrement. 10 secondes. Des larmes se mettent à couler des yeux d’Engal qui ne trouve même pas la force de se relever. Impuissant.

Assit à l’intérieur de son Hammer, Opitz, les bras croisés sur son torse bardé d’égratignures, les pieds reposant sur le tableau de bord, contemple ce qui se déroule à l’extérieur. Personne ne l’a vu quitter le bâtiment ni regagner l’Icare. Le visage impassible, il redresse sa main devant ses yeux, regardant disparaître le croissant de Lune rouge qui y était précédemment apparu. Une musique se fait entendre en bruit de fond. Le pied d’Opitz remue lentement, en rythme. Un léger sourire s’affiche sur son visage tandis qu’il plisse les yeux derrière ses cheveux en bataille.

(Opitz) : 5… 4… 3… 2… 1…

Eliza maintient toujours Davien contre elle malgré le mouvement de panique qui semble avoir envahit la foule en présence devant le CREAE depuis que cette sinistre alarme s’est mise à résonner depuis l’intérieur du bâtiment. Le grondement sourd qui parcourt la structure depuis ses fondations jusqu’à ses plus hauts étages semble atteindre son paroxysme. C’est alors que jaillissent depuis le bâtiment dix ogives aux têtes peintes en rouge. En un clin d’œil, elles disparaissent dans le ciel nuageux d’Eidolon, ne laissant derrière elles qu’une épaisse fumée blanchâtre et des cris de panique.

(Eliza) : Non… pas ça…

Yuri contemple le ciel, la bouche entre-ouverte, comme s’il venait de comprendre ce qui venait de se dérouler.

(Yuri) : Les missiles expérimentaux… Les MZ6…

Il ne peut empêcher un sourire serpentin de lui déchirer une nouvelle fois le visage, et tout à la fois il tremble de frayeur.

(Yuri) : Alors… c’est comme ça que ça commence ?

Et aux alentours, dans le lointain, des grondements sourds, un horizon qui se colore de jaune, de rouge et de pourpre, aux quatre points cardinaux, et tout autour encore. Le sol qui se met à gronder et à vrombir d’un tremblement de terre qui n’a rien de naturel. Un souffle sinistre et étouffant traverse Eidolon, l’atteignant de tous les côtés, se concentrant en son centre telle une spirale mortuaire qui caresse les murs du CREAE avant de laisser retomber sur la scène un silence de mort.

Seul vient perturber ce silence le cri isolé, atroce et terrifié d’Engal.

Chapitre 120 Chapitre 122

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