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Fuite

Sorti le 10/03/2010, compilé dans le Volume 14

Histoire :

La main de Prométhée est enfoncée dans un tel tas de gravats que son immense masse disparaît totalement sous l’épaisseur de débris qu’elle a amoncelé d’un seul coup surpuissant. Un nuage de fumée opaque englobe cette scène d’un manteau presque mortuaire. Car ce coup était destiné à tuer. Un vrombissement anime la main de Prométhée tandis qu’elle se relève, refermée sur elle-même telle une poigne de géant. Les décombres s’écartent sous son mouvement lent et pesant, repoussant sur les côtés tous les morceaux de taule et d’acier. La main remonte jusqu’à la hauteur de ce qui fut précédemment une passerelle d’accès, avant de se faire exploser par deux fois au cours de l’affrontement qui a précédé. Là, il reste un monceau entier, celui qui donne accès au sas d’entrée de Prométhée. La main s’arrête à cet endroit, entrouvrant lentement ses doigts pour relâcher un contenu miraculé. Rufus s’écroule sur la passerelle, dans un état si misérable qu’il s’en faudrait de peu qu’on le croit mort. Cependant, il respire et commence même à bouger, gémissant silencieusement à cause des multiples blessures et tuméfactions qui parcourent son corps.

(Rufus) : Programme de mise en… sécurité du pilote… pas encore… tout à fait au point…

Rufus pousse un toussotement rauque et gras, avant de cracher un sang épais, déjà coagulé. Deux, trois toussotements de dégoût après, il porte sa main à son cou et pousse un réel cri de douleur. Là où Opitz l’a saisi à la gorge, juste avant que Prométhée n’intervienne, il y a une énorme marque violacée et boursouflée. La gorge de Rufus est à la limite d’avoir été broyée par une main de fer plus violente encore que celle du Hammer.

(Rufus) : Il serrait plus fort… et il me faisait… sauter la tête… comme un bouchon de champagne.

Rufus pousse un léger ricanement à cette idée puis se remet à tousser avec force, crachant encore un peu de sang. Il a du mal à retrouver son souffle et s’effondre sur le dos, vidé de ses forces. Sa respiration haletante soulève son torse de haut en bas à grande vitesse. Il ferme les yeux pour tenter d’apaiser son rythme cardiaque et d’ignorer les multiples meurtrissures qui ravagent son corps.

(Rufus) : Cette fois… c’est fini…

Et comme pour répondre cruellement à cette phrase, un mouvement d’abord léger, puis plus insistant, commence à agiter le tas de gravats dont Rufus a été extrait pas son allié robotique. La respiration de Rufus se fige tandis que ses yeux s’ouvrent dans le vide, écarquillés. Son attention toute entière est portée sur le bruit qu’il vient d’entendre. Les décombres s’agitent de plus en plus, repoussés sur les côtés comme si quelque chose émergeait d’en dessous. Finalement, Opitz fait son apparition, repoussant une lourde pierre qui obstruait encore sa sortie. Son corps est recouvert de multiples égratignures, mais au grand damne de Rufus, aucune blessure sérieuse n’est apparente. Le champ psychique qui entoure Opitz est plus crépitant que jamais. Des morceaux de passerelle brisée, des briques, des blocs de béton, des barres d’acier, tous les décombres et gravats qui l’entourent et auraient dû l’écraser, gravitent autour de lui comme des planètes autour d’un soleil. Il n’a même pas eu à se dégager seul, il s’est contenté de repousser les choses autour de lui. Quasiment torse nu, les cheveux partant en tous sens, il a un aspect presque misérable, mais semble malgré tout en bonne forme. Il redresse son visage vers la passerelle supérieure, où Rufus est allongé, le regard tourné vers lui. L’expression d’Opitz reste sérieuse et fixe. Les deux restent là à s’observer, sans mots dire, sans mouvements, sans la moindre expressivité agressive, presque comme si la scène venait de se figer hors du temps. Finalement, Opitz ramène ses bras contre son corps, et son énergie psychique quasiment palpable disparaît, se volatilisant comme un spectre. Les décombres qui gravitent autour de lui retombent lourdement au sol, soulevant des nuages de poussière. Il baisse ensuite le visage, détournant son regard de celui de Rufus, ce qui n’est pas sans soulager ce-dernier.

(Opitz) : A ce moment là… tu étais prêt à mourir, je l’ai vu dans tes yeux.

Rufus détourne son visage, pour cesser de regarder son ennemi mortel, essayant d’éviter le dépit d’envahir ses pensées.

(Rufus) : Si ça peut me permettre… de te tuer… je suis prêt à mourir.

Opitz ne peut s’empêcher de pousser un petit ricanement moqueur, comme pour signaler que ce n’est pas du tout la réponse qu’il attendait et pour ramener tout à coup les rôles à ce qu’ils doivent être. En réponse à ceci, la haine de Rufus recommence à lui battre les tempes.

(Opitz) : Alors tu aurais dû faire sauter ce bâtiment dès que tu as su que j’y étais rentré. Ce n’est pas la sauvegarde de tes hommes qui t’inquiètes. Je sais ce qui est arrivé à ton ancien réploïde.

Opitz redresse sa tête vers Rufus, qui le surplombe, vingt mètres plus haut, allongé sur le dos. Il semble chercher son regard, mais ne parvient pas à le capter. Il hausse finalement les épaules avec dédain.

(Opitz) : Tout ce que tu fais semble si futile. Voler mon Hammer, franchement. Tu me fais penser à un gamin qui joue avec le pistolet de son père.

Rufus serre les poings de colère et se redresse avec difficulté sur son séant, se maintenant à l’énorme main de Prométhée, qui s’est arrêtée juste à côté de lui.

(Rufus) : Qu’est ce que tu veux de moi… concrètement ?

(Opitz) : Tu tentes de me tuer et c’est seulement maintenant que tu commences à poser des questions ? Qui aurait pu altérer ta soif de curiosité si tu étais parvenu à m’éliminer, hmm ? Tu veux que je te dise ce que je pense ? D’acteur principal, tu serais tombé dans la figuration. Incapable de comprendre que toute la haine que tu as pour moi, c’est le seul lien mental suffisamment stable pour maintenir en place ton esprit en miettes.

(Rufus) : La ferme…

(Opitz) : Si jamais je disparais, il ne te restera rien. A part la mort.

(Rufus) : LA FERME !!

Une quinte de toux vient étrangler la fin de ce cri de rage. Rufus a du mal à la contenir et du sang s’écoule lentement d’entre ses lèvres.

(Opitz) : En quoi ai-je tort ? Toi qui ne sais même pas qui tu es… ce que tu es. Et qui cherche à détruire le seul être au monde capable de te définir et de te comprendre. N’est ce pas là un suicide mental ?

L’autre poing de Prométhée jaillit alors de la fumée, véritable masse d’arme projetée à toute vitesse directement sur Opitz. Ce-dernier écarquille les yeux, visiblement surpris. Il tend les deux bras devant lui, comme pour intercepter la charge, faisant craquer son énergie psychique dans ses mains. Mais la masse de métal le percute de plein fouet et l’envoie voler au loin. Opitz s’emplafonne littéralement dans un mur qui explose sous le choc, les gravats retombant par-dessus l’ouverture béante qu’il a provoqué. Rufus se redresse sur ses deux jambes, tout en se tenant à la main de Prométhée qui lui sert toujours de soutien. Il jette un regard hautain en direction du mur fumant, se doutant bien que cet assaut n’a pas pu être fatal à son adversaire.

(Rufus) : Toi, tu ne comprends rien… Que m’importent les informations que peut m’apporter quelqu’un comme toi ? Ce que tu as pu me faire ne me définit en rien. Je croyais te l’avoir fait comprendre par le passé : je veux conquérir ma propre liberté, et tu es mon seul frein. C’est pour ça que je dois te tuer.

Un rire franc et clairement moqueur se fait entendre de sous les décombres du mur. Opitz repousse un bloc de plâtre d’une main, apparaissant sous les gravats, un liseré de sang s’écoulant de son front. Il ne semble pas y prêter la moindre attention.

(Opitz) : Décidemment, pour celui qui représente « Le stratège », tu es d’une naïveté confondante.

(Rufus) : Qu’est ce c’est que c’est encore que ces élucubrations ?

(Opitz) : Tsss tsss. N’as-tu pas dis ne rien vouloir apprendre de moi ?

Opitz s’époussette tranquilement avant de tourner un visage ferme vers Rufus. Celui-ci a un mouvement de recul face à cette vision. Quelque chose de réellement malsain se dégage du regard d’Opitz.

(Opitz) : Je vais tout de même t’avouer une chose. Par le passé, j’ai voulu te retrouver afin de compléter mes expériences à ton sujet, t’analyser, te disséquer, bref… progresser dans mes recherches. Mais si j’essaye à présent de remettre la main sur toi, c’est pour une toute autre raison.

Sans qu’il comprenne réellement pourquoi, la nécessité de prendre la fuite apparaît à présent la seule finalité raisonnable pour Rufus. Comme si le cas Opitz nécessitait d’être repoussé pour le moment. Comme si ce qu’il pourrait apprendre de lui pouvait s’avérer plus dangereux que de l’affronter directement. Il s’agrippe à la main de Prométhée qui le remonte immédiatement jusqu’au cockpit, d’un mouvement leste et rapide. En contrebat, Opitz l’observe, écartant les bras pour continuer sa tirade.  

(Opitz) : Ce monde est sur le point de connaître une fin apocalyptique.

Rufus se fige en pénétrant dans le cockpit, écarquillant les yeux face à ce qu’il vient d’entendre.

(Opitz) : Et malgré ce que tu peux croire, même moi je ne désire pas le voir disparaître.

Rufus parvient finalement à reprendre son mouvement et à se laisser tomber dans le siège de pilotage de Prométhée. Opitz ne semble pas s’en inquiéter, continuant son discours.

(Opitz) : Et si je te disais que, justement, tu es un élément primordial pour empêcher ce monde de disparaître ? Tu comprends mieux pourquoi je désire mettre la main sur toi, n’est ce pas ?

La vitre blindée du cockpit se referme, effaçant Rufus à la vue de son ennemi juré.

(Opitz) : Même toi tu ne voudrais pas que ce monde meurt… Tu ne connaîtrais jamais la liberté à laquelle tu tiens tant ! Tu dois être apte à le comprendre, pas vrai ?

Les réacteurs dorsaux de Prométhée commencent à vrombir, tandis que le mur qui se tient derrière lui se met à vibrer avec force. Une alarme se fait entendre, attirant l’attention d’Opitz, un peu comme s’il sortait d’une rêverie l’ayant coupé de la réalité, l’espace d’un instant. Le bras de Prométhée se tend droit vers lui, et Opitz a juste le temps de bondir avec largesse sur le côté pour éviter une salve de plasma, qui achève de détruire le mur qu’il avait déjà fragilisé précédemment. Ignorant la proximité des flammes, Opitz se redresse, une expression surprise affichée sur le visage. Le mur arrière commence à se scinder, se séparant en deux parties coulissantes, comme un énorme sas dissimulé. Derrière cette paroi se trouve un gigantesque corridor à la hauteur démesurée, entièrement plongé dans l’obscurité. Une longue rampe le traverse jusqu’à la plateforme sur laquelle se tient le Hammer. Opitz fronce les sourcils.

(Opitz) : Tu préfère fuir que d’affronter cette vérité ?

La voix de Rufus jaillit du Hammer, relayé par des hauts parleurs qui l’amplifient.

(Rufus) : Tu es un idiot si tu as pensé que je pouvais gober tes salades. Et même si c’était vrai, je préférerai laisser ce monde mourir que de collaborer avec toi.

Ayant lâché ces mots, Rufus coupe la communication. Le Hammer se cambre sur lui-même, et laisse éclater pour la première fois la toute puissance de ses réacteurs. Le bâtiment tout entier tremble au rythme de leurs puissantes vibrations. L’air tout autour de Prométhée se met à onduler sous la chaleur qu’il dégage. L’immense robot se penche en arrière et sous l’effet de poussée du réacteur, la plateforme sous ses pieds est propulsée le long de la rampe qui plonge dans les profondeurs sombres du corridor. En quelques secondes à peine, le Prométhée disparaît des yeux de son créateur. Opitz hausse les paupières, presque comme s’il était déçu de la façon dont tout ceci venait de se conclure.

(Opitz) : Eh bien… je crois qu’on va encore devoir jouer au chat et à la souris pendant quelques temps.

Rufus aperçoit la sortie de la rampe de lancement et a à peine le temps de réagir que le Prométhée est déjà dehors, décroché de la plateforme et s’élevant à toute vitesse dans les airs, faisant apparaître au cœur même d’Eidolon toute la majesté de son apparence. Pour la foule qui se tient devant le CREAE, cette vision est aussi surprenante qu’inquiétante. Ceux qui ne savaient pas encore ce qu’était venu chercher Rufus Van Reinhardt vienne de le comprendre.
Zerkim baisse la tête avec gravité tandis que l’ombre du Prométhée passe au-dessus d’eux. Quelques mages téméraires tentent de lancer des boules de feu sur lui, mais ne parviennent même pas à l’atteindre. En quelques secondes, il disparaît à l’horizon, ne laissant derrière lui que les volutes aériennes de ses réacteurs. Au centre de la place, le généralissime Yuri Whyze fixe la fuite de Rufus de son unique œil valide.


(Yuri) : Eh bien Opitz… tout ne se passe pas comme prévu.

A l’intérieur du cockpit de Prométhée, Rufus semble satisfait de la réussite de son opération, mais il ne témoigne pas d’une joie particulière. Il reste glacial, comme à l’habituelle. Une petite alarme se fait entendre, à laquelle il répond en appuyant sur un interrupteur. La voix de Scott se fait alors entendre dans l’habitacle.

(Scott) : Tout va bien, boss ?

(Rufus) : J’ai renoncé de moi-même à tuer Opitz, cette fois… et j’ai préféré prendre la fuite.

Un silence gêné se fait entendre, comme si Scott ne savait pas quoi répondre qui ne puisse sembler déplacé. Comme pour le soulager de devoir poser la moindre question, Rufus décide de commenter lui-même son propos.

(Rufus) : Soit je ne suis pas encore capable de le faire… soit il se passe quelque chose de grave, et je l’ai ressenti. Dans les deux cas, nous allons devoir trouver une réponse. Et le faire très vite.

Sans laisser le temps à Scott de répondre quoique ce soit, Rufus appui sur l’interrupteur et met ainsi fin à la conversation. Ceci fait, il reprend les commandes des deux mains et fait foncer le Hammer Prométhée au maximum de sa vitesse hors norme, disparaissant dans le lointain nuageux.

Toujours debout dans le hangar de sortie du Prométhée, Opitz semble ne pas encore s’être remis de la fuite de celui qu’il était venu attraper. Au bout d’un instant, il se décide finalement à sortir de sa léthargie pour se retourner vers la sortie de la pièce.

(Opitz) : Son incapacité à comprendre me consterne. Il mérite une punition à la hauteur de ma déception.

Il redresse alors sa main devant son visage, en contemplant la paume où l’étrange symbole d’un croissant de lune rouge vient mystérieusement d’apparaître…

Chapitre 119 Chapitre 121

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