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Rencontre à bord de l'aérotrain

Sorti le 25/04/2007, compilé dans le Volume 2

Histoire :

     La gare centrale d’Hydrapole est une merveille de design épuré, de clarté et de grandeur. Elle est souvent le premier pas que les étrangers franchissent avant de découvrir la capitale de la technologie, et de ce fait elle leur offre un parfait condensé de toutes les merveilles et richesses qui les attendent. Maintenue à plus de trente mètres de hauteur par de larges arches de chrome, jaillissants d’un lac artificiel animé par plus de cinquante fontaines resplendissantes, la gare est un grand nid d’acier dont le plafond est une gigantesque verrière sur laquelle ruisselle en permanence des écoulements d’eau dans des parcours complexes et artistiques. Les douze quais sont suspendus, au cœur de ce nid, par d’énormes câbles de métal brillant semblant défier la gravité. Bien que ce ne soit pas la première fois que Telziel vienne à Hydrapole, cette entrée en matière le laisse toujours aussi pantois. Il se laisse mener au sol par les larges escaliers roulants descendant des quais jusqu’à la base de la gare, se retrouvant immédiatement au cœur d’une effervescence marchande qui n’est pas sans rappeler l’intérêt purement économique de la République d’Hydrapole : il n’y a pas un coin de la gare qui ne soit pas occupé par un commerce vendant absolument tout ce dont on peut avoir besoin. L’inspecteur presse le pas, désirant visiblement s’attarder le moins longtemps possible dans cet environnement mercantile.
     Il n’a d’ailleurs pas fait cinq mètres qu’il est déjà agressé par des cyber-publicitaires, robots stupides essayant de refourguer toutes sortes de babioles inutiles, pseudo-touristiques, aux gens qui débarquent des trains : plans de la ville, jumelles, casquettes souvenirs, et autres joyeusetés. Montés sur une espèce de roue motrice, leur tête en forme d’écran d’affichage laisse apparaître différentes expressions sous formes de smileys jaunes ridicules. Entre la roue et la tête, un corps rectangulaire contient tous les articles à vendre, et se voit encadré par deux bras mobiles qui réceptionnent l’argent et distribuent les objets.

(Cyber-publicitaire) : Bonjour monsieur. Bonne journée monsieur. Comment allez-vous monsieur ? Puis je vous proposer un plan de la ville monsieur ? Ou un parapluie par cette journée pluvieuse ?

     Telziel accélère le pas en maugréant, tentant de ne pas réagir aux propositions du robot afin de s’en débarrasser le plus vite possible. Mais la machine ne semble pas vouloir lâcher l’affaire, roulant derrière lui tout en restant suffisamment à portée pour que son horrible voix digitale puisse continuer à lui marteler les tympans... tout en lui vrillant les nerfs.

(Cyber-publicitaire) : Monsieur, peut être désirez vous un T-shirt ou une parka aux couleurs de la ville ? Une casquette ou une paire de jumelles ? Je peux également vous proposer snacks, boissons et divers types de barres énergétiques, monsieur. Ou peut être que…

     Le cyber-publicitaire n’a pas le temps de finir sa phrase que Telziel se retourne et lui calle un furieux direct du droit en pleine « tête ». Le robot perd l’équilibre et s’effondre au sol dans une gerbe d’étincelles. Sa voix devient monocorde, de plus en plus faible, puis se coupe pour de bon.

(Telziel) : Prends ça en guise de compensation, boîte de conserve.

     Il jette une pièce sur la carcasse fumante de la machine et continue sa route, les gens, effrayés, s’écartant sur son passage. De ce fait, il arrive plus rapidement à l’aérotrain, sorte de tramway futuriste qui se déplace sur des lignes suspendues dans les airs. Les rails sont donc situés au-dessus de la carlingue et le raccord se fait par un système antigrav. Il montre sa carte d’inspecteur au contrôleur, qui hoche la tête sans réellement prêter attention à ce qu’il vient de voir. Telziel se jette dans le premier fauteuil qu’il croise, et masse langoureusement son épaule endolorie. Visiblement, la blessure que lui a infligé Willem lui fait encore mal, et il affiche une grimace de déplaisir.
     Quelques instants après, c’est au tour de Vladimir Morlan d’arriver sur le quai de l’aérotrain. Almee, qui porte une grosse valise au bout de son bras droit, le suit, un sourire aux lèvres, émerveillé par tout ce qui l’entoure. Vladimir se retourne subitement face à son réploïde, ce qui arrête la marche de ce-dernier.

(Vladimir) : N’oublie pas : fais bien attention à ce que tu dis. La nature de ton corps doit rester absolument secrète, sinon nous risquons la prison.

     Almee affiche un sourire provocateur en haussant les épaules.

(Almee) : Vous risquez.

(Vladimir) : Et pour toi, ce sera la déconnexion définitive.

     Almee perd son sourire et hoche la tête en signe d’acceptation des indications de son supérieur. Ce-dernier pénètre alors dans l’aérotrain, montre sa carte de scientifique au contrôleur de manière quasiment automatique, et s’applique ensuite à chercher deux places mitoyennes libres.
     Pendant cette opération de repérage, il stationne environ un mètre devant Telziel, qui lève les yeux vers lui avant de commencer à le dévisager. Visiblement, il a l’air de le connaître.


(Telziel) : Hey, vous seriez pas… Vladimir Morlan, par hasard ?

     Vladimir, surpris d’entendre son nom, baisse la tête vers Telziel qu’il considère d’un air louche et méfiant.

(Vladimir) : Si, c’est bien moi… et vous êtes ?

(Telziel) : Inspecteur Maximilien Telziel de la Brigade Inquisitoriale d’Eidolon… je me souviens de vous, professeur. Vous êtes l’inventeur des robots de sécurité N-Kar. Vous savez, ceux qui sont tellement performants qu’ils ont fini par mettre tous les honnêtes brigadiers d’Hydrapole au chômage. Je suis vraiment ravi de faire la connaissance de l’homme qui est à l’origine de la désaffectation presque totale de la Brigade Inquisitoriale d’Hydrapole. Je tenais à vous serrer la main, félicitations professeur.

     Vladimir pousse un soupir en serrant la main de son interlocuteur. Visiblement, le professeur est habitué à ce genre de discours.

(Vladimir) : J’ai saisis votre cynisme, monsieur Telziel… seulement, comme vous et comme chaque ancien brigadier d’Hydrapole, je ne fais que mon travail. Je n’ai pas d’influence sur les répercussions que ce-dernier affecte à la société.

     Vladimir marque un temps d’arrêt, jaugeant de l’effet de cette réponse sur son interlocuteur, qui l’observe d’un ton toujours aussi désinvolte. Comprenant qu’il ne parviendra pas à lui faire entendre raison par la diplomatie, le professeur décide de se monter à son tour plus incisif.

(Vladimir) : D’ailleurs je ne conçois pas la gravité réelle de la perte d’une main d’œuvre officiellement corrompue par les grandes compagnies d’Hydrapole, et lui préfère nettement des forces de l’ordre à la neutralité réellement absolue. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser…

     Telziel s’apprête à rétorquer quelque chose, mais Vladimir se détourne de lui afin d’avancer dans le wagon. Il désire visiblement s’éloigner le plus vite possible de cet homme qui lui est très désagréable. Mais Almee s’arrête devant Telziel et lui sert vigoureusement la main, sans prévenir. L’inspecteur affiche une mine surprise, un sourire de nervosité se dessinant sur son visage, avant de retirer sa main par reflexe.

(Telziel) : Heu… je ne crois pas qu’on ait été présenté.

     Vladimir étouffe un juron avant de remonter à toute vitesse au niveau d’Almee et de Telziel dans l’idée de réparer la gaffe que le réploïde vient de commettre.

(Vladimir) : Heu… c’est Almee, il est uniquement…

(Almee) : Son fils.

     Telziel considère Almee d’un œil avisé, puis tourne son visage vers Vladimir, qui grimace doucereusement, tentant d’avoir l’air le plus naturel possible. L’effet est particulièrement raté.

(Telziel) : Votre fils, hein ? On peut pas dire que la ressemblance soit frappante.

(Almee) : Je tiens beaucoup de ma mère. Paix à son âme.

     Telziel écarquille les yeux, totalement incrédule face à l’air mensonger d’Almee lorsqu’il a prononcé cette phrase pseudo-évangélique. Il plisse les paupières, dévisageant les deux individus qui lui font face.

(Telziel) : Vous n’êtes pas un peu jeune pour avoir un fils aussi grand ?

     Vladimir pâlit avant d’entrouvrir la bouche, visiblement hésitant. Telziel s’apprête à en faire la remarque mais le professeur le devance avec précipitation.

(Vladimir) : Il fait bien plus que son âge… et je l’ai moi-même eu assez jeune, je le reconnais. On fait tous des erreurs.

     Il tourne un visage furieux vers Almee, la fin de sa tirade, prononcée sur une pointe de colère, s’adressant directement à lui. Telziel, comprenant de travers cette dernière intervention, se sent tout à coup très pressé de mettre un terme à la conversation.

(Telziel) : Heu bien… enchanté, dans ce cas.

     Vladimir agrippe alors Almee par la veste et le tire avec force vers le fond du compartiment où il reste deux places côte à côte. Le professeur est rouge de honte, ou de colère… c’est au choix. A moins qu’il ne s’agisse d’un peu des deux.

(Vladimir) : Mais tu es complètement malade? C’est le type même de personne que tu dois éviter. Cet homme est un radar sur patte, c’est un inspecteur de la Brigade Inquisitoriale, bon sang ! S’il découvre par un moyen ou un autre que tu es un être humain technologiquement modifié, on est cuit. Je n’ai pas de papiers légaux pour toi !!

     Almee se laisse tomber au fond de son siège, totalement détendu, ne semblant pas vouloir prendre en compte ces mises en garde alarmistes.

(Almee) : Allons, calmez vous, prof ! Un sage a dit : « sois proche de tes amis, mais encore plus de tes ennemis ».

(Vladimir) : Ce sage a été poignardé par son meilleur ami, tête de pioche !

Almee affiche une grimace de surprise.

(Almee) : Ah. C’est fâcheux.

     Vladimir pousse un soupir et retombe lourdement au fond de son siège. Au même moment, l’aérotrain amorce lentement son départ.

(Vladimir) : On va prendre l’aérotrain jusqu’à l’arrêt d’Idlow. Le magasin de mon ami ne sera qu’à cinq minutes de la station.

     Almee hoche doucement la tête, sans réellement écouter ce que lui dit le professeur. Son attention est plus portée sur ce qu’il voit au travers de sa fenêtre et qui semble motiver chez lui un intérêt tout particulier... voir même une légère expression de méfiance. Un vaisseau Falcon noir vole à environ cinq mètres de l’aérotrain, semblant suivre son allure en se maintenant à son niveau.
   
(Almee) : Celui-là n’a pas l’air de prendre en compte les distances minimales de sécurité.

     Vladimir tourne la tête vers la fenêtre pour constater la présence du Falcon, un vaisseau au blindage lourd, maintenu en l’air par quarte réacteurs antigrav. La portière latérale de l’appareil s’ouvre violemment, laissant apparaître une dizaine d’hommes cagoulés, portant des tenues d’unité d’intervention de couleur noire. Ils tiennent des mitrailleuses Z-RT8 en main et des couteaux de combat sont fixés à leurs cuisses. Vladimir, clairement angoissé par cette vision, affine son regard pour remarquer l’écusson qui frappe leurs épaulières. Le professeur écarquille alors les yeux, reconnaissant le logo des trois demi rectangles liés.

(Vladimir) : Nom de dieu… c’est la Ligue Noire.

     Sentant l’inquiétude grandir dans la voix de Vladimir, Almee se tient sur ses gardes, prêt à intervenir au moindre de ses ordres. Un immense sérieux se lit dans ses yeux habituellement si rieurs.

(Almee) : La Ligue Noire ?

(Vladimir) : Des technopartisans extrémistes, pour résumer. Leur organisation est redoutable.

     Vladimir se lève virulemment de son siège et se met à crier à l’attention des autres passagers.
   
(Vladimir) : Tout le monde à terre ! La Ligue Noire attaque !!!

     Telziel, tout comme l’ensemble des passagers, tourne alors la tête vers les fenêtres latérales. Au même instant, une explosion tonitruante vient arracher la portière d’accès à l’aérotrain, qui est violemment secoué sous le choc. Des câbles de raccord se plantent alors dans la carlingue et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les dix terroristes armés jusqu’aux dents font irruption dans le wagon, raccordés aux câbles par un dérouleur ventral.
     L’un des terroristes, qui semble être le chef, tire un coup de feu en l’air, poussant tous les passagers à témoigner un cri d’effroi. La plupart se cachent derrière les sièges, la tête basse et les yeux fermés.


(Chef) : Que tout le monde garde son calme et que personne ne joue les héros. Nous éliminerons sans hésitation tous les excités. Nous prenons le contrôle de cet Aérotrain.

     Le reste des terroristes se disperse pour aller sécuriser les autres wagons. Telziel baisse les yeux, se demandant dans quelle galère il est encore allé se fourrer.
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