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Les maîtres du feu

Sorti le 03/03/2010, compilé dans le Volume 14

Histoire :

Le tir de plasma se propage d’abord en une fine ligne bleuâtre, crépitante d’électricité, qui finit sa course à l’intérieur de la boîte de plastique où est retenu Opitz. Le faisceau gonfle soudainement d’énergie, de la base du double canon jusqu’à la cible, ronflant dans un tonnerre de tous les diables. Cette manière qu’a le tir à se propager en deux vagues successives convient parfaitement à Rufus : il peut voir avec une jubilation presque palpable l’expression surprise d’Opitz, à une seconde de sa mort. Une petite détonation se produit dans la boîte au moment où l’impulsion d’énergie atteint son but, puis le tout éclate dans une explosion dévastatrice qui se propage sur près de vingt mètres à la ronde. Rufus barre son visage de son bras par reflexe lorsque les flammes viennent lécher la calandre de Prométhée. Immédiatement, le système de sécurité se met en place : tous les jets d’eau fixés au plafond se déclenchent, inondant l’espace d’une pluie artificielle. Ruisselant d’eau, les yeux écarquillés par l’extase et l’excitation, Rufus se penche en avant, prenant appui sur le bord du cockpit du Hammer, afin de contempler les restes enfumés de la passerelle d’accès. L’unité de confinement a totalement disparue : des morceaux peuvent se retrouver ça et là, carbonisés et fichés dans les murs alentours, parfois à plus de cinquante mètres. Le regard de Rufus descend en contrebat : la base principale de la boîte s’est effondrée avec la passerelle, vingt mètres plus bas. L’eau jaillissant des jets de sécurité ne parvient pas à éteindre le feu plasmatique qui ravage encore ces ruines dans un brasier infernal à la couleur bleutée caractéristique.

(Rufus) : Des flammes plus brûlantes que l’Enfer… Voilà une fin digne d’un démon.

Alors qu’il lâche ses mots en serrant les dents, le visage blanchi à la fois par la haine et le soulagement, un renflement étrange semble animer le centre du brasier. En effet, celui-ci commence à onduler et à tournoyer sur lui-même, comme s’il subissait l’influence d’un épicentre venteux. Il se forme ainsi une véritable colonne d’air autour de laquelle se mettent à danser les flammes bleues. La fumée qui se dégage de ce mouvement empêche Rufus de bien distinguer ce qui se passe, mais il ne perd pas un instant avant de se rejeter en arrière à l’intérieur du cockpit, reprenant place dans le siège de pilote, son expression inchangée, presque comme s’il s’y était attendu.

(Rufus) : Toujours vivant, hein ?

En effet, au centre des flammes se tient Opitz. Son corps tout entier est entouré d’une bulle d’énergie psychique aussi dense que celle qu’il avait produite lors de son combat contre l’Ombre Willem. Cet aura crépitant et malsain repousse littéralement les flammes autour de lui, les faisant tournoyer comme une tornade sous son contrôle. Les vêtements du chef du CRTN sont en loques et diverses brûlures et blessures montrent qu’il n’a certainement pas pu éviter la totalité de la salve. Sous ses cheveux en bataille, virevoltant au gré de l’énergie que tout son corps libère, deux yeux aux pupilles rétractées s’ouvrent. Une lueur de folie y brille. Un sourire diabolique se déchire sur le visage presque effrayant de cet être à l’apparence juvénile. Ses dents, semblant plus acérées que la normale, s’entrouvrent, laissant jaillir un son inattendu et malsain : un rire.
Rufus se fige dans son fauteuil, les yeux fixés droit devant lui, dans le vide. Une goutte de sueur perle à son front et son teint blanchi encore tandis qu’un frisson incontrôlable lui parcourt tout le corps. Mais cette fois-ci, ce n’est pas de la rage. Le chef de l’Ordo Arakis secoue vivement la tête pour effacer cette impression de son esprit et saisit les manettes de commande du Prométhée d’une main ferme, faisant pivoter l’axe de l’immense machine afin de faire face à son adversaire. Il écarte alors les yeux avec surprise : un immense jet de flammes bleutées est en train de fondre sur lui à la vitesse de l’éclair dans un vrombissement terrifiant. D’un geste d’une vivacité peu commune, Rufus appuie sur le bouton de fermeture du cockpit. La vitre teintée se referme juste au moment où les flammes s’abattent sur la tête de Prométhée, renvoyant au maître du feu sa propre salve. Devant Rufus, une vague de flammes s’écoule sur la vitre blindée. La chaleur infernale est palpable et l’air commence déjà à onduler sous l’effet de cette-dernière. Un cliquetis de mauvais augure attire alors l’attention de Rufus : la vitre blindée commence à se fissurer sous l’effet de la chaleur.


(Rufus) : Fermeture des volets de sécurité principaux!

A cette commande vocale, deux lourds panneaux de métal se referment devant la vitre, la coupant totalement du feu plasmatique qui commençait à la malmener. En bas, Opitz se tient calmement, le bras tendu vers sa cible, la colonne de flammes tournoyant autour, fin liseré brûlant allant en grossissant jusqu’à la tête de Prométhée qui a presque disparue sous la tourmente embrasée.

(Opitz) : Beau réflexe. Mais maintenant te voilà aveugle.

Opitz fait diminuer la vague psychique qui entoure son bras, ce qui semble annuler son influence sur les flammes. Celles-ci retombent de manière fragmentaire au sol en une véritable pluie ardente. De petits braseros continuent à incendier la tête de Prométhée, mais l’alliage de la machine ne semble pas souffrir de leur présence.
Opitz se met alors à courir, réduisant au minimum l’enveloppe d’énergie qui l’entoure. Il sprint droit vers Prométhée, bondissant jusqu’à son genou inanimé en un seul saut impressionnant. Prenant appui sur ce point, il se projette jusqu’à l’abdomen de l’a machine et se saisit à une barre de maintenance. Suspendu à près de vingt mètres au dessus du sol, il cherche à présent à forcer l’ouverture du Hammer. Le léger grincement produit par le bras de Prométhée attire cependant son attention : une énorme main d’acier aux griffes acérées est en train de fondre sur lui, prête à l’écraser.


(Opitz) : Comment fait-il pour me voir ?

Opitz prend un nouvel appui sur la barre de maintenance et se projette entre les doigts de la machine, laissant son énorme main robotique se plaquer lourdement contre son ventre. D’une main ferme, il s’agrippe à un interstice présent entre deux plaques d’alliage du bras de Prométhée, et se hisse sans effort sur celui-ci. Repartant à la vitesse de l’éclair, il atteint l’épaule de la machine et bondit jusqu’à sa tête, s’accrochant aux volets de sécurité que Rufus a précédemment refermé. La main de Prométhée se redresse dans une nouvelle tentative pour écraser sa minuscule proie. Opitz semble juger avoir assez de temps pour agir. Concentrant son énergie psychique dans ses deux bras, il parvient à écarter les panneaux de sécurité d’un coup sec. Opitz écarquille les yeux en constatant que la vitre blindée est ouverte… mais surtout que l’intérieur du cockpit est vide.

(Opitz) : Qu’est ce qu… ?

Un tir résonne dans le hangar tandis qu’un jet de sang vol à l’intérieur de l’habitacle de Prométhée. Opitz se laisse tomber vers l’avant, à l’intérieur, autant pour éviter la main du robot qui tente de l’écraser que par l’effet de la douleur qui lui ravage l’épaule. Le chef du CRTN porte sa main à celle-ci et constate la présence de sang sur ses doigts. La sensation qu’il ressent est trop claire pour qu’il puisse douter. Il serre les dents et fronce les sourcils de colère.

(Opitz) : Une balle psychique…

Opitz se redresse et se tourne vers l’ouverture du cockpit pour constater la présence de Rufus, se tenant tranquillement debout sur la passerelle d’accès en contrebat, un fusil de chasse encore fumant entre les mains. Il sourit, visiblement satisfait de son tir. A un tel point qu’il réitère l’essai. Opitz se jette en arrière pour éviter la salve qui vient ricocher contre le bord du cockpit.

(Rufus) : Tu étais si pressé de venir me voir en haut que tu ne m’as pas vu sortir par en bas !

Opitz pousse un léger ricanement, comme pour se moquer lui-même de s’être laissé prendre au piège. Sa pression psychique se canalise sur son épaule ensanglantée, refermant la plaie à vue d’œil sans pour autant parvenir à la soigner totalement.

(Opitz) : Il me faudrait plus de temps.

Nouveau tir de Rufus, qui semble s’impatienter. Opitz jette un coup d’œil autour de lui avant de s’installer dans le fauteuil de pilote de Prométhée, saisissant les manettes pour en prendre le contrôle. Un message d’erreur se met alors à résonner dans le cockpit.

(Voix) : Correspondances génétiques incorrectes.

(Opitz) : Qu’est ce qu… ?

Rufus laisse échapper un rire franc d’en bas à l’audition de l’alarme qui vient de se faire entendre dans tout le hangar.

(Rufus) : Tu sous-estime vraiment le piratage de mon associé Scott. Dommage que tu ne possède pas de pointure comme lui dans tes équipes scientifiques du CREAE. A présent, je suis le seul à pouvoir piloter Prométhée. D’ailleurs, n’as-tu pas remarqué qu’il se mouvait seul ? Autre petite amélioration du programme que je viens de lui implanter. « Destruction de cible préprogrammée ».

Opitz fronce les sourcils en quittant le siège de pilote, ce qui met fin à l’alarme qu’il venait de déclencher. Une légère moue de dépit est visible sur son jeune visage salit par le combat.

(Rufus) : Comme tu vois, Scott à lui seul a réussit, en un seul programme, à améliorer drastiquement la sécurité et les capacités de Prométhée, choses que Nysen et toute son équipe, n’ont pas su faire pendant toutes ces années, malgré les quantités d’argent phénoménales que tu leur as alloué. Tu es le créateur des Hammer. Tu aurais dû les achever de A à Z au lieu de laisser cette tâche à autrui. De plus…

Un applaudissement clair et enthousiaste provenant de l’intérieur du cockpit vient couper la parole de Rufus. Opitz bat des mains avec panache, un sourire effrayant imprimé sur le visage.

(Opitz) : Ah vraiment, Rufus, si tu savais à quel point je suis heureux… et fier.

Presque par réflexe face à une éventuelle attaque, Rufus braque à nouveau son fusil vers le cockpit, prêt à faire feu au moindre mouvement suspect où à la première apparition de sa cible.

(Opitz) : Je ne regrette pas d’avoir abandonné la conception des Hammers et d’avoir délégué cette tâche à d’autres. Du moins, je ne le regrette plus maintenant. A l’époque, c’était pour me concentrer sur une toute nouvelle, passionnante et géniale expérience. Et aujourd’hui je peux dire que cette expérience m’a prouvé que ce n’était pas là du temps perdu. Oh non, pas du tout.

Un rire sinistre et répugnant émerge de la tête du Hammer. Rufus serre les dents, le doigt crispé sur la gâchette de son fusil.

(Opitz) : Oh oui, merci Rufus. Aujourd’hui je m’aperçois enfin que toutes les années que j’ai passé à travailler sur toi n’ont pas été vaines.

(Rufus) : ESPECE DE… !!

La rage, la colère, la haine, l’envie de tuer, tout éclate en Rufus face à cette dernière provocation. La noirceur de sa rancœur semble lisible sur son visage livide et toute la force de sa vengeance se concentre en un simple point, tremblant, figé par la rancune : son doigt sur la gâchette, qui tire, tire et tire encore. De multiples étincelles éclatent et virevoltent autour de l’ouverture du cockpit en un véritable tonnerre explosif. Rufus semble espérer une balle perdue, un suicide de sa proie, son apparition, la cribler de tirs, n’importe quoi qui puisse la mener à pousser son dernier souffle.

(Rufus) : JE VAIS TE TUER !! TE TUER !! TE TUER !!

(Opitz) : Imbécile.

Rufus baisse le visage. Opitz est juste en face de lui. Il ne l’a même pas vu ressortir de Prométhée par le sas de l’abdomen, piège qu’il a pourtant lui-même mit au point quelques instants auparavant. Le regard empli de fureur et de panique, Rufus baisse son arme, prêt à faire feu sur sa cible, mais la main d’Opitz l’intercepte. Le canon de l’arme se détache du reste, tranché net, comme par une lame diablement affutée. Rufus lâche l’arme inutilisable et rabaisse sa main, tenant cette fois une rapière acérée au creux celle-ci. Il abat la lame sur son adversaire, mais un tintement résonne à ses oreilles. Une expression sérieuse imprimée sur le visage, Opitz le fixe droit dans les yeux. La rapière est arrêtée à quelques millimètres de sa main, retenue par la pression psychique qui en émane.

(Rufus) : Tu… tu vas crever, oui ?!

Il fait crisser sa lame contre l’énergie d’Opitz, tentant de le repousser vers l’arrière, mais rien n’y fait : aucune force ne peut l’atteindre puisqu’il ne se bat pas directement. Rufus ne se décontenance pas et tente une estocade en pointe, visant le ventre de son adversaire, mais la main de ce-dernier vient de nouveau entraver la trajectoire de sa lame, la repoussant sur le côté. Nouvelles tentatives. Une pluie de coups s’abat sur le chef du CRTN : la vitesse de frappe de Rufus est impressionnante mais le duel ne tourne pas à son avantage pour autant. Opitz est vif comme l’éclair, et arrête toutes ses attaques de sa main, continuant à le fixer de son air sérieux, presque comme s’il attendait quelque chose de lui. Lorsqu’il voit que Rufus commence à s’essouffler, il passe alors à son tour à l’attaque. La lame de la rapière tente une nouvelle entaille directe dans sa poitrine. Cette fois-ci, il ne contre pas la lame, mais se décale sur le côté, la laissant frapper dans le vide. Rufus perd l’équilibre et part vers l’avant. Opitz lui saisit le bras d’une main et la gorge de l’autre, le plaquant au sol d’un seul mouvement. Tenant Rufus à sa merci, il continue à le fixer comme il l’a fait jusque là et finit par pousser un soupir de déception.


(Opitz) : Finalement, je retire ce que j’ai dis. Tu es bien une expérience ratée.

Alors qu’il lâche ses mots, Rufus laisse apparaître un sourire torve qui déconcerte son ennemi. Dans sa position, il est en effet capable de voir ce que l’autre ne peut pas encore constater. Lorsque l’ombre apparaît au dessus de la tête d’Opitz, il est déjà trop tard. Il ne peut que redresser son visage pour voir l’énorme main de Prométhée s’abattre sur lui. Opitz et Rufus sont prit dans la violence de ce mouvement. Explosant la passerelle d’accès sous sa force et son poids, la main robotique continue son mouvement jusqu’au sol, emportant avec elle des ruines métalliques, des gravats et les deux combattants dans un âcre nuage de poussière.

Chapitre 118 Chapitre 120

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