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Prométhée

Sorti le 25/02/2010, compilé dans le Volume 14

Histoire :


Les yeux de Rufus se ferment doucement tandis que ses souvenirs pénibles et lourds de sens regagnent doucement leur place au fond de sa mémoire. Eliza lui fait toujours face, une expression plus craintive qu’auparavant au fond des yeux. Elle a fait quelques pas en arrière, mettant une distance d’au moins deux mètres entre elle et le chef de l’Ordo Arakis. Celui-ci porte une nouvelle fois son regard sur le cahier noir qu’il détient à présent entre les mains, offrant ainsi à Eliza l’occasion de s’éloigner plus rapidement, d’abord à reculons, puis lui tournant enfin le dos pour se mettre à courir. Rufus la regarde prendre la fuite le long du couloir d’un air calme et froid, comme à l’habituelle. L’espace d’un instant, il ouvre la bouche, comme pour l’interpeler et lui poser la question qui lui brûle les lèvres, mais aucun son ne sort et avant qu’il ne s’en soit rendu compte, Eliza a disparu au détour d’un couloir. Rufus pousse un soupir tout en affichant un léger sourire et se retourne finalement face à sa propre destination. Entre ses mains, il n’y a plus rien : le journal noir a disparu. Rufus porte cette main vide à sa poche pour en sortir son comtalk qu’il place d’un geste vif au niveau de son oreille.

(Rufus) : Scott, tu me reçois ?

(Scott) : Sans soucis, boss ! Qu’est ce qui s’est passé ? Vous m’avez laissé sans nouvelle longtemps.

(Rufus) : Rien d’important, ne t’en fais pas. Est-ce que tous les autres ont quitté le bâtiment ?

Il y a un petit silence dans la conversation, montrant que Scott ne se précipite pas pour répondre, prenant le temps de bien vérifier l’exactitude de ses propos.

(Scott) : Non, c’est bon, tout est ok : ils sont tous sortis.

(Rufus) : Bien. Il est temps de passer à la dernière partie de notre plan.

Rufus s’arrête devant une porte-sas recouverte de bordereaux de couleur rouge. Un petit boîtier électronique se trouve sur le mur, du côté droit. Rufus s’avance vers lui, et appui sur le seul bouton visible. Le boîtier se fend en deux et se déplie dans un cliquetis électronique, faisant apparaître un petit clavier relié à un écran de couleur verdâtre. Rufus sort de sa poche une sorte de clé électronique qu’il connecte dans un petit interstice du boîtier. Le message « téléchargement des clés de sécurité » apparaît sur le petit moniteur vert et est assez vite remplacé par « clés de sécurité téléchargées : code correct ». Deux ampoules rotatives rouges se mettent à tourner de chaque côté de la porte-sas, balayant l’air de leurs lueurs agressives. Un nouveau message apparaît sur l’écran : « entrez codes privés ». Rufus se saisit alors du papier sur lequel Nysen avait griffonné les quatre codes de sécurité avant de se faire assassiner. D’un mouvement rapide et précis, le chef de l’Ordo Arakis tape les codes d’une main sûre, un peu comme s’il les connaissait déjà par cœur après un seul coup d’œil. Le message « bienvenue, professeur Nysen », apparaît à l’écran tandis que la porte-sas s’ouvre face à Rufus, laissant apparaître un couloir plongé dans le noir, illuminé sur seulement quelques mètres par le tournoiement des ampoules de sécurité. Rufus s’avance à petits pas sur le chemin qui vient de s’ouvrir à lui, ne distinguant rien dans l’obscurité épaisse qui l’entoure. Il reporte son comtalk à son oreille.

(Rufus) : Scott, peux tu me faire de la lumière ?

(Scott) : Je suis dessus, boss.

Rufus continue à s’avancer sur ce qui semble être une sorte de sol grillagé encadré par des rambardes d’acier. La porte derrière lui est à présent un carré lumineux qui s’éloigne, lançant des flashs rouges comme une balise SOS. Soudain, un bruit sourd se fait entendre tout autour de lui, et presque immédiatement, une lumière intense et éblouissante jaillie, illuminant l’espace. Rufus plisse les paupières sous l’effet de la surprise, et se barre le visage d’un bras, laissant ses yeux s’habituer à la lumière ambiante. Il est à peine surpris de l’environnement dans lequel il se trouve : il se tient debout sur une longue plateforme d’acier suspendu à près de vingt mètres au dessus du sol, dans ce qui ressemble à un immense hangar souterrain. Les murs sont recouverts de nombreux échafaudages attenants à de petites stations équipées d’ordinateurs et de relais électriques. Des systèmes d’ascenseurs et de montes charges grouillent dans tous les coins. Des câbles reliant diverses stations traversent le hangar de part en part, le surchargeant sous leur masse de tous les côtés. D’en haut, Rufus a vraiment l’impression de contempler une immense toile d’araignée électronique. Son regard se redresse. Face à lui, près de deux cent mètres plus loin, une énorme masse sombre se tient. Colosse impassible à l’échine de fer, Prométhée est un robot géant qui occupe la totalité du fond du hangar. Ses lignes sont clairs, bien dessinées, fines. Il a une allure noble, très élancée, bien que dans la position avachie qu’il occupe en ces lieux, il ne puisse pas témoigner de son élancement réel. C’est un appareil tout en finesse, aux courbes volatiles et à l’aspect lisse et aérodynamique : sa tête, fine et longue, contient le cockpit vers l’avant, camouflé derrière une vitre noire teintée. Le crâne de la machine s’achève en une protubérance arrière qui se lie directement au long et unique réacteur dorsal, qui semble capable de dégager une puissance hors norme. Les membres supérieurs du robot sont longs, fins, décharnés. Ses mains se terminent par des doigts d’aciers aussi grands qu’un homme, à l’aspect de griffes des plus agressives. Ses systèmes d’armement sont discrets, bien intégrés à la machine, mais la seule vue du véhicule permet de comprendre que ce n’est pas là la qualité première de l’engin. Il est clairement fait pour la vitesse, des déplacements dépassant de loin la rapidité maximum d’un aéro-jet. Des réacteurs de relais sont visibles au niveau des articulations du robot, promettant une mobilité sans faille. Le Prométhée a l’apparence d’un assassin discret, agile, rapide comme l’éclair et dangereux comme un scorpion. Rufus ne peut s’empêcher de sourire à sa vue.

(Rufus) : Magnifique.

(Scott) : Je ne peux que confirmer…

L’émotion qui envahit la voix de Scott est clairement perceptible : pour tout amoureux de la technologie, la simple vision de cette merveille suffit à anéantir toute forme d’objectivité.

(Scott) : On frôle la perfection…

Rufus détourne finalement son regard de l’élégant Prométhée, pour reprendre son avancée sur la rampe d’accès qui traverse l’entrepôt. Il passe devant de nombreux ascenseurs latéraux ainsi que des rampes d’accès bifurquant sur la gauche et la droite. Finalement, sa route est coupée par une sorte de mur en plastique blanc : une grosse boîte de cette composition encadre ainsi la rampe centrale, comme une pièce ajoutée autour de celle-ci.

(Rufus) : Scott, je suis à l’unité de confinement. Prépare le téléchargement.

(Scott) : Bien.

Rufus pénètre dans cette sorte de boîte de plastique transparent : un matériau étrange qui semble étonnamment résistant. Entre les mains de Rufus, un petit disque d’acier vient d’apparaître. Il le dépose au sol et en extrait un câble qu’il relit à une prise située sur le côté droit de la boîte. La fiche s’insère parfaitement à l’intérieur, au grand contentement de Rufus.

(Scott) : Je télécharge les données.

(Rufus) : Dès que c’est terminé, ce sera à ton tour de partir. Fais bien attention à toi.

(Scott) : Compris, boss.

Rufus ferme son comtalk et se redresse, jetant un dernier coup d’œil à l’étrange disque qu’il a déposé au sol. Un petit sourire en coin se dessine sur son visage, comme s’il se délectait à l’avance de l’utilité de cet appareil. Il s’en détourne finalement, ressortant de l’unité de confinement pour faire directement face à l’immense Prométhée. La passerelle de métal s’arrime droit sur son abdomen, là où se trouve le système d’accès, comme sur l’Icare. Rufus pose enfin sa main sur le robot, jubilant presque à ce contact. Un sourire de satisfaction envahit son visage, lui donnant une expression encore rarement vue chez lui. Le contact de l’alliage est lisse et froid, comme du chrome. Une sorte de réaction émane de l’engin, comme une impulsion magnétique : le sas d’accès s’ouvre, disparaissant dans les courbes du robot avec autant d’élégance que de rapidité. Rufus pénètre à l’intérieur de l’appareil, et le sas se referme directement sur lui. L’intérieur est étroit : ce n’est qu’un long tube central qui permet de monter jusqu’au cockpit par une échelle d’accès aux barreaux très rapprochées. Rufus se hisse sans peine jusqu’en haut, se retrouvant à l’intérieur de la tête du Prométhée. Pas de place pour se tenir debout. Rufus ne perd pas de temps à s’installer dans le siège du pilote, fait d’une étrange matière noire, similaire à une sorte de caoutchouc. Immédiatement, cette matière étrange s’anime, prenant la forme de sa position et de ses courbes, offrant ainsi au nouveau pilote un confort absolument incroyable.

(Rufus) : Ma foi… maintenant que j’y suis, j’espère que le programme de piratage de Scott sera suffisamment perfectionné pour un tel niveau de technologie.

Ayant lâché ces mots pour lui-même, Rufus se saisit d’une nouvelle clé électronique qu’il s’empresse de connecter à l’imposante console qui lui fait face. Immédiatement celle-ci s’illumine d’une couleur jaunâtre, tout comme les voyants et les divers écrans qui entourent le poste de pilotage. Rufus pianote sur un petit clavier situé à sa gauche, et le téléchargement du programme pirate commence. Le chef de l’Ordo Arakis profite de ce temps pour poser ses mains sur les deux manettes de commande qui lui font face et jeter des coups d’œil de droite à gauche.

(Rufus) : Grosso modo, ils se sont basés sur un tableau de bord d’Humvee-40 et l’ont lourdement amélioré… je devrais être en mesure de le prendre en main sans trop de mal.

Une petite alarme signale que le téléchargement est terminé et une annonce courte et rapide suffit à soulager l’inquiétude de Rufus avant même qu’elle ait réellement commencé à le gagner :

« Nouveau profil de pilote enregistré : RUFUS VAN REINHARDT »


( ?? ) : Et dire que je pensais te rater !

L’attention de Rufus se détourne immédiatement de la console à l’audition de ce cri qui l’a interpellé, provenant de l’extérieur. Sans perdre un instant, presque comme s’il l’avait attendu avec impatience jusqu’à présent, Rufus appui sur la commande d’ouverture du cockpit, laissant s’écarter devant lui la vitre teintée qui le masquait jusqu’à présent aux yeux du monde.

(Rufus) : Ca aurait été dommage, n’est ce pas… Opitz ?

En contrebat, de l’autre côté de l’unité de confinement, à environ trente mètres de distance, se tient calmement Opitz. Les mains plongées dans les poches, il observe Rufus de ses yeux froids, un énigmatique sourire imprimé sur le visage. Malgré ses quelques blessures et ses vêtements en partie déchiquetés, il semble émaner de lui une puissance presque palpable, endormie pour le moment, mais prête à se déchaîner à tout instant.

(Rufus) : Nous attendions cela tous les deux depuis un moment.

(Opitz) : Depuis l’attaque sur Burks dans la taverne à Eidolon, j’avais deviné que tu préparais ce coup.

(Rufus) : Alors tu étais au courant de ça…pourtant à cette époque tu me croyais mort.

Opitz hausse doucement les épaules tout en reprenant son avancée sur la passerelle d’accès, d’un pas calme qui ne dissimule pourtant pas la tension qui commence à se dégager entre les deux adversaires.

(Opitz) : Un simple recoupement que j’ai fais par la suite… J’ose supposer que cette fois ci nos retrouvailles ne seront pas interrompues par une quelconque intervention extérieure.

(Rufus) : Cela dépend si tu considère Prométhée comme tel.

Tandis qu’il pénètre dans l’unité de confinement, Opitz pousse un ricanement moqueur qui fait naître un frisson involontaire et incontrôlable le long de l’échine de Rufus. Un frisson de rage. Une rage qui commence à bouillonner de plus en plus fort. Une rage qui ne s’est apparemment pas calmée malgré les années.

(Opitz) : Tu tiens donc à me prendre mon précieux jouet ?

(Rufus) : Non… C’est ta vie que je veux prendre !!

Rufus appuie sur une sorte de petite télécommande qui active immédiatement le disque qu’il avait précédemment placé dans l’unité de confinement. Un arc électrique parcourt celui-ci et il se détache finalement en deux parties distinctes, libérant une impulsion électromagnétique qui se propage dans toute la petite pièce de plastique, recouvrant les murs d’une sorte de distorsion électrique rougeâtre et crépitante.

(Opitz) : Qu’est ce qu… ?

Immédiatement, les deux sas de l’unité de confinement se scellent et la lumière se coupe à l’intérieur tandis qu’une alarme de maintenance se met à résonner. Opitz s’avance vers le sas de sortie qui lui fait face, tentant de le forcer, mais sans résultat : Rufus a fait sauter tout le système électrique de la zone de confinement, la condamnant totalement. Opitz se retrouve piégé à l’intérieur d’un bloc constitué d’un alliage ultra-résistant. Son sourire narquois s’est effacé de son visage qu’il redresse doucement en direction de Rufus, lui lançant alors un regard emplit de colère. En réponse à cela, c’est le bras robotique de Prométhée qui se redresse d’un geste fluide et rapide, au silence inquiétant. Ce mouvement de la machine semble surprendre Opitz.

(Opitz) : Tu es parvenu à le pirater ? Mais… tu n’as pas les capacités de…

(Rufus) : J’ai su m’entourer pour t’abattre.

Le bras de Prométhée se tend droit vers la boîte de plastique à l’intérieur de laquelle est enfermé Opitz. Le double canon de bras qui encadre le poignet du robot émet soudainement un ronflement sourd que parvient à peine à couvrir le cri de rage de Rufus.

(Rufus) : MEURS !!

Et le feu de Prométhée se déverse sur sa cible.

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