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La mort de Rufus

Sorti le 10/02/2010, compilé dans le Volume 13

Histoire :

Rufus et Opitz se jaugent du regard, intensément. Cette mansarde où tout a commencé prend les allures d’un lieu où tout doit finir. Cependant, il n’y a pas d’agressivité particulière dans la posture d’Opitz, malgré toute les menaces qu’il a pu proférer jusque là. Rufus ne le remarque que brièvement, restant sur ses gardes malgré l’intense fatigue qui l’afflige et l’empêche quasiment de tenir sur ses jambes.

(Rufus) : Une chose m’intrigue tout de même… si tu veux me tuer, pourquoi t’être donné tout ce mal pendant tant d’années ?

Opitz affiche un léger sourire en coin qui déstabilise légèrement son interlocuteur.

(Opitz) : Ai-je dis une seule fois que je voulais te tuer ?

(Rufus) : A l’instant, n’est ce pas ?

(Opitz) : Tu l’as compris en ce sens ? Je vais me sentir blessé… je n’ai, dans l’état actuel des choses, qu’à y perdre si je te tue.

Rufus se sent légèrement déstabilisé, et bien qu’il essaye de le cacher, Opitz ne manque pas de le remarquer. Il semble d’ailleurs en tirer un contentement tout particulier.

(Opitz) : Sois logique, veux tu ? Que tu sois un échec partiel ne fait pas de toi un échec complet. Malgré que ton sang soit impur, tu reste capable de progrès. Regarde l’emploi que tu fais de la Chambre Spectrale… de la pure Magie Ancienne, que tu es parvenu à découvrir, employer et maîtriser seul, dans la nature, sans assistance scientifique d’aucune sorte.

Rufus fronce les sourcils, bouillant de rage.

(Rufus) : Alors c’est pour ça que tu m’as laissé m’enfuir… pour voir si j’étais apte à développer ces capacités de moi-même ?

(Opitz) : Tu es perspicace. Les résultats que j’ai obtenu en t’envoyant des opposants tests ont été très encourageants… les données que j’ai recueillis sur leurs cadavres sont précieuses. Tout ce temps, tu avais un implant traceur incéré sous la peau de ta jambe. Je connaissais ta position à chaque instant et toi tu croyais être libre ?

Rufus serre les poings jusqu’à en trembler. Mortis, derrière lui, reste toujours aussi impassible, muré dans un silence qui n’en dit pas moins long sur la colère qu’il doit également ressentir.

(Opitz) : Cependant, tu semble incapable de t’épanouir autant que je l’aurai souhaité. Il me semble que tu es arrivé au point culminant de ton développement… à peine à 60% de ce que j’escomptais.

(Rufus) : Et c’est ce qui justifie ta présence ici ? Tu es venu me récupérer ? Et pourquoi ?

(Opitz) : Des tests cliniques… des analyses, des prélèvements, des dissections… c’est la suite du programme. Je dois comprendre où j’ai fais fausse route pour que mes prochaines tentatives soient fructueuses.

(Rufus) : Qu… ?!

Du sang s’écoule d’entre les doigts de Rufus tend il les a serré de colère. Il tremble de partout, envahi par la rage, tant et si bien qu’il semble totalement incapable de se contrôler. Opitz se contente de sourire calmement face à cette vision.

(Opitz) : Allons bon. Est-ce si difficilement acceptable de n’être qu’une expérience ratée ?

(Rufus) : Je… je vais… te tuer !!

Opitz hoche la tête de droite à gauche en signe de négation et se contente d’hausser une nouvelle fois les épaules, comme pour souligner toute l’absurdité de la chose.

(Opitz) : Avant de te relancer à corps perdu dans la bataille, regarde plutôt…

Tandis qu’il prononce ces mots, sa main se dirige lentement vers la déchirure de ses vêtements au niveau de son épaule, là où Rufus est parvenu à le frapper précédemment. D’un geste précis, Opitz écarte le tissu noir de son habillement pour révéler un morceau de peau totalement vierge et net, sans aucune trace de blessure. On constate pourtant la présence de sang tout autour, suggérant une coupure assez profonde, mais il n’y a rien d’apparent, pas même une cicatrice ou une égratignure.

(Opitz) : Voilà ce que je souhaitais pour toi.

Rufus fait un pas en arrière sous l’effet de la surprise. Il n’en croit pas ses yeux et ressent presque de l’effroi face à ce qu’il vient de voir. Mortis semble assez surpris lui aussi, bien qu’il parvienne à se montrer moins expressif.

(Mortis) : Ce n’est pas de la magie curative, il n’a pas fait d’incantation.

Rufus tourne la tête vers Mortis et chuchote à son attention.

(Rufus) : Il semblerait qu’il soit encore trop tôt pour moi : le tarot avait vu juste. Tu sais ce que tu as à faire.

Mortis se contente d’hocher brièvement la tête tout en faisant comme s’il n’écoutait pas ce qu’était en train de lui dire Rufus. Ce-dernier se replace devant Mortis en poussant un soupir, tentant de calmer la colère qui lui bat les tempes.

(Rufus) : Je ne suis pas capable de te tuer, il semblerait.

(Opitz) : Tu es plutôt perspicace, quand tu veux.

(Rufus) : Cependant, il est hors de question pour moi de redevenir ton cobaye et de me faire charcuter pour ton bon plaisir.

Opitz pousse un soupir de lassitude en levant les yeux au ciel.

(Opitz) : Et comment compte tu y échapper ?

(Rufus) : Comme tu l’as dis toi-même… en mourant dans mes illusions de liberté.

Ne prêtant même pas attention au regard d’incompréhension que lui envoi Opitz, Rufus écarte les bras et ferme ses yeux fatigués, croulant sous les cernes. Affichant pour la première fois depuis longtemps une expression apaisée, il prend une légère bouffée d’air. Cendar, tentant de se maintenir assit contre le mur malgré la souffrance qui lui ravage la tête, ne peut réprimer un mouvement d’inquiétude face à la façon dont sont en train de tourner les choses. Soudain, Opitz semble comprendre ce qui se passe sous ses yeux, mais avant qu’il ait pu faire le moindre geste, une gigantesque giclée de sang vole à travers la pièce et lui éclabousse le visage, fendant son teint pâle d’un masque écarlate. Face à lui, Rufus laisse retomber mollement ses bras tandis qu’une étrange excroissance lui passe au travers du corps : la lance de Mortis l’a transpercé de part en part, ressortant au milieu de sa poitrine comme une funeste flèche.

(Opitz) : Non… qu’as-tu fais ?!

Mortis retire doucement la lance du corps inanimé de Rufus qui s’effondre alors en arrière. L’assassin le récupère délicatement et l’agrippe sous son bras, faisant preuve d’une force étonnante.

(Mortis) : J’ai accordé à cet homme sa dernière volonté.

(Cendar) : N… non… c’est… c’est pas vrai ?

La détresse affichée par Cendar fait comprendre à Opitz qu’il ne s’agit pas d’un tour que lui joue l’assassin : c’est bel et bien le cadavre de Rufus Van Reinhardt qu’il a sous les yeux. Opitz éclate soudain d’une rage folle qui déforme ses traits jusqu’à le rendre plus qu’effrayant.

(Opitz) : QU’AS-TU FAIS ??!

Opitz se jette à corps perdu sur Mortis mais ne parvient à frapper que le vide, éclatant le mur de bois sous la puissance de son coup.

(Opitz) : J’avais besoin de lui…

Mortis arrête sa course dans l’encadrement de la porte où se tenait précédemment son agresseur. De son bras libre, il aide à présent Cendar à se tenir debout, le maintenant comme il peut tout en tenant le cadavre de Rufus contre lui. Opitz tourne un visage courroucé vers lui. On peut y lire son envie de tuer.

(Mortis) : Je brûlerai son corps. Ainsi vous n’obtiendrez jamais plus rien de lui.

Opitz se redresse, prêt à repartir à l’attaque, mais Mortis lâche une boule fumigène au sol, et sa silhouette disparaît dans la fumée. Opitz se lance à sa poursuite, mais aveuglé par les vapeurs, il ne parvient pas à le repérer. Il longe le couloir dans les deux sens avant de finalement ressortir du nuage, bredouille, visiblement accablé de la perte qu’il vient de subir.

(Opitz) : Mes ancêtres… rends les moi !!

Quelques heures plus tard, bien plus loin dans les montagnes, Mortis arrête sa course afin de poser le corps de Rufus à terre et se laisse choir au sol, visiblement épuisé. Cendar le suit d’un pas claudiquant, un bandeau de fortune arraché à sa tunique enroulé autour de son œil meurtri. Le tissu est imbibé de sang sombre, signe que l’hémorragie s’est arrêtée. Cendar s’assied aux côtés de l’assassin, visiblement essoufflé. Il jette un œil à la cuisse de Rufus qui semble avoir subit une récente incision saignant encore légèrement.

(Cendar) : Pourquoi avoir pris la peine de lui retirer ce traqueur puisqu’il est mort ? Ne vas-tu pas le brûler, comme tu l’as dis, sale assassin ?

L’arme de Cendar se braque sur la tempe de celui qui est tranquillement assit à côté de lui et qui semble porter peu d’importance à sa situation. Au bout d’un moment, ne voyant aucune réaction poindre de la part de celui qu’il tente en vain de menacer, Cendar baisse de lui-même son arme et la range sous son veston en poussant un soupir rageur.

(Cendar) : Je sais bien que ce qui l’attendait était atroce, mais de là à te demander de le tuer…

Mortis pousse à son tour un soupir, mais de lassitude cette fois-ci.

(Mortis) : C’est parce que tu t’es fais arracher un œil que tu es incapable de comprendre ce qui se passe ?

(Cendar) : Continue sur ce ton et je vais changer d’avis quant au destin de ta caboche !!

Mortis ne prend pas la peine de répondre et se contente de saisir la petite flasque accrochée à la cordelette au bout de sa lance. Il en retire le bouchon d’un mouvement expert avant d’approcher l’embout de la blessure qui perce la poitrine de Rufus.

(Cendar) : Qu’est ce qu… ?

Mortis verse le liquide contenu dans la fiole avec abondance sur la plaie, jusqu’à la vider totalement. Rufus ouvre alors soudainement les yeux en poussant un râle de douleur atroce et en se crispant sur lui-même. Cendar se jette en arrière sous l’effet de la surprise et de l’effroi. L’assassin plaque Rufus au sol d’une main ferme et assurée, le poussant à l’immobilisme.

(Rufus) : Aaaaargh… c’est horrible !!! Cette douleur !!

(Cendar) : Mais enfin qu’est ce que tu as fais ?

(Mortis) : Aide moi plutôt à l’empêcher de bouger. Il faut que l’onguent prenne bien.

Sans demander plus de précisions, Cendar attrape les jambes battantes de Rufus, le contraignant à arrêter de gigoter autant que possible. La douleur qui lui brûle le torse doit être absolument horrible, à un tel point que les veines tout autour grossissent au point d’en devenir visibles à l’œil nu.

(Mortis) : C’était un plan de retrait que nous avions décidé tous les deux, avec Rufus. J’avais badigeonné ma lance de cet onguent, au cas où la situation l’exigerait. Il a la même efficacité qu’une lame chauffée à blanc. Je l’ai mélangé à un anabolisant extrêmement puissant pour forcer Rufus à faire le mort… J’ai juste eu à faire en sorte de bien viser pour le tuer sans réellement le faire.

(Cendar) : Vous êtes des malades. Tous les deux !!

Et pour une raison inexplicable, Mortis ne peut pas s’empêcher de rire sous son masque. Cendar se laisse emporter par cette euphorie malgré son état pitoyable et rit de concert, tentant de couvrir ainsi les cris de douleur de Rufus. 

Quelques heures plus tard, celui-ci s’est calmé. Extrêmement affaibli, enroulé dans une couverture de peau, il contemple les restes du feu que Mortis a précédemment allumé pour leur faire à manger. Cendar dort juste à côté comme un bien heureux. Un nouveau bandage, plus propre, lui recouvre l’œil. L’assassin est assit sur un rocher en surplomb, guettant l’horizon pour s’assurer que personne n’approche.


(Rufus) : Maintenant qu’il croit que je suis mort… il va falloir agir avec plus d’intelligence. Nous avons le temps de mieux nous préparer, pour la prochaine fois.

(Mortis) : Tu vas en faire une obsession éternelle ? Tu devrais plutôt voir ça comme une opportunité d’enfin vivre ta vie en étant libéré de son joug.

Rufus pousse un soupir las en détournant son attention de l’assassin.

(Rufus) : Et quelle vie, Mortis ? Si un jour quelqu’un trouve le journal que j’ai abandonné au manoir, que pourra-t-il penser ?

Mortis se contente de baisser la tête, bien incapable de répondre positivement à cette question. Rufus ferme les yeux au moment même où les dernières braises du feu s’éteignent, libérant une épaisse volute de fumée grisâtre.

(Rufus) : Il se dira… « Voici l’histoire d’un homme qui n’a jamais vécu ».

[Fin du flashback]

Chapitre 116 Chapitre 118

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