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Del Theatrum Mundi II

Sorti le 10/02/2010, compilé dans le Volume 13

Histoire :

Un hurlement de rage assourdissant. Rufus se jette dans les airs, droit sur Opitz. Ses yeux d’un bleu azur ne reflètent rien d’autre que le froid glacial de la mort et de la haine. Opitz soutient ce regard d’un air calme, détendu. Il se contente de se détacher du montant de la porte pour faire face à la furie qui fonce droit sur lui. Dans les mains de Rufus, un sabre bien aiguisé est soudainement apparu. L’arme fond droit sur le visage pâle de sa cible, prête à la fendre en deux, mais elle ne rencontre que le vide, s’abattant violemment au sol. Un pas en arrière, Opitz continue calmement de sourire. Cendar n’a pas encore tout à fait compris ce qui vient de se passer, mais il s’est retourné du côté de Rufus pour faire face à ce qui lui semble être un ennemi. L’épée se redresse dans un large et violent mouvement, mais Opitz esquive une nouvelle fois, le coup de vent provoqué par l’attaque lui ébouriffant les cheveux.

(Opitz) : Eh bien, ce n’est pas passé loin.

Rufus pousse l’estocade vers l’avant, la lame dirigée droit vers le poitrail de son adversaire, mais un choc violent le détourne de sa cible. L’épée vole en l’air tandis que Rufus est éjecté sur le côté, repoussé par un violent coup de coude de Mortis, qui l’a frappé en plein visage. Cendar se retourne vers l’assassin avec une expression de surprise, et se jette sur lui sans plus attendre.

(Cendar) : Sale traître !!

Mortis prend le poing qui fond sur lui de plein fouet. Cendar percute le masque avec une violence enragée, envoyant Mortis au sol sous le choc. L’homme masqué n’a même pas cherché à éviter le coup. Un applaudissement lent et ironique se fait entendre, accompagné du rire léger et glacial d’Opitz. Rufus se redresse, tenant cette fois ci entre ses mains un fusil de chasse. Il le braque droit sur sa cible, qui tourne vers lui un regard amusé. Un filet de sang s’écoule du front de Rufus, barrant ses yeux enragés d’un trait rougeâtre qui les rend encore plus agressifs.

(Opitz) : Je vois que tu as réussis à maîtriser la Chambre Spectrale que je t’ai greffé.

Un coup de feu tonitruant éclate dans l’air. A bout portant, Rufus a appuyé sur la détente. Ses yeux s’écarquillent cependant lorsqu’il remarque que le visage d’Opitz n’a pas volé en éclats, et qu’il lui fait toujours face, imperturbable. Rufus serre les dents, prêt à refaire feu une nouvelle fois, mais Mortis jaillit derrière lui et le saisit par-dessous les épaules avec une force insoupçonnée, le faisant lâcher son arme d’un simple mouvement vers l’arrière. Rufus entend la voix de Mortis lui susurrer à l’oreille, presque imperceptiblement.

(Mortis) : Arrête…

La fatigue intense semble reprendre le dessus sur l’état de Rufus, car il se laisse soudain retomber mollement, toujours maintenu immobile par Mortis.

(Opitz) : Voilà du travail bien fait, Mortis Sendhremezael.

(Cendar) : Espèce d’enfoiré !!

Une latte en bois vient s’éclater contre la nuque de Mortis qui est projeté en avant sous le choc, relâchant Rufus qui s’effondre avec lui, emporté par sa chute. Essoufflé par la colère et la panique, Cendar jette au sol le maigre bout de bois qui lui reste entre les mains et redresse le visage vers Opitz, le fixant avec colère, droit dans les yeux. Il porte finalement la main sous son veston de cuir, comme s’il y cherchait une arme cachée, avec une vitesse ahurissante, ne quittant pas son ennemi des yeux. Mais ces-derniers n’arrivent pas même à suivre le mouvement de celui qu’ils fixent. Un instant après, ces yeux ne sont plus qu’un. Cendar pousse un hurlement de douleur, une énorme balafre sanglante lui barrant le front jusqu’à l’œil gauche, à la place duquel il n’y a plus qu’un cratère sanguinolent. L’homme tombe à genoux, laissant choir de ses mains l’arme de tir qu’il avait essayé d’extraire de sa veste.

(Opitz) : Bien esquivé… je voulais te trancher la tête.

La main plaquée contre son œil déchiqueté, Cendar redresse le visage pour soutenir le regard déliquescent de son ignoble interlocuteur qui tient encore entre ses doigts le bout de chair et d’œil qu’il vient d’arracher. Il redresse alors sa main ensanglantée en affichant un sourire torve.

(Opitz) : Dois-je en finir tout de suite ?

Rufus reprend quelque peu du poil de la bête et se dégage de l’étreinte que maintient Mortis sur lui afin de se redresser sur ses jambes chancelantes. L’attention d’Opitz se tourne alors vers lui et le coup destiné à Cendar s’abat sur le fondateur de l’Ordo Arakis, l’envoyant littéralement voler au travers de la pièce. Rufus s’éclate contre le mur et retombe lourdement au sol en poussant un râle de douleur. Mortis se redresse d’un bond, tournant son attention vers Opitz.

(Mortis) : Vous voulez le tuer ou quoi ?

(Opitz) : Allons bon, qu’est ce que ça peut bien vous faire ? Pour vous, la prime sera la même.

Rufus se redresse en se tenant au rebord de la fenêtre grillagée de son ancienne mansarde. Ses yeux se portent sur Cendar, à moitié inconscient à cause de la douleur, puis sur Opitz, qui le scrute avec une intensité presque perverse, et enfin sur Mortis qui, bien qu’il soit masqué, semble vouloir dévier son regard.

(Rufus) : Pourquoi, Mortis ?

Opitz s’avance au devant de l’assassin, prenant la parole pour lui.

(Opitz) : Tous les assassins que je t’ai envoyé étaient des éléments sacrifiables. Je me doutais bien que tu parviendrais à les défaire. Je l’espérais de tout cœur.

(Rufus) : Comment est ce qu… ?

Opitz croise les bras sur son petit torse, haussant les épaules avec dédain.

(Opitz) : Comment crois tu avoir pu t’évader du laboratoire ? Pas de drogue, ni de garde renforcée, encore moins de sécurité ? Les connaissances dont je t’ai gavé n’ont visiblement pas fait de toi quelqu’un d’intelligent… du moins, pas de méfiant.

(Rufus) : Tu crois que je ne l’avais jamais envisagé… ? Mais à quoi est ce que ça rime, tout ça ?

(Opitz) : Tu ne te souviens pas de ce dont je t’avais parlé la première fois que l’on s’est rencontré ?

Rufus baisse la tête, comme s’il avait subitement compris ce que représentaient ces cinq dernières années de cavale.

(Rufus) : Le grand théâtre du monde…

Opitz hoche la tête avec amusement, tout en applaudissant doucement d’un air nerveux et impatient.

(Opitz) : Précisément. Tu croyais sans doute que t’évader de ce laboratoire avait fait de toi un homme libre, n’est ce pas ? Mais je t’avais dis que tu serais mon acteur principal. La pièce de ta vie ne peut s’achever que par ta mort et tant que j’en serais le metteur en scène, tu ne seras jamais libre… n’est ce pas ?

Rufus se redresse avec difficulté sur ses jambes, tout en se maintenant au mur. Il a du mal à calmer sa respiration haletante. La fatigue de l’effort cumulée à son manque ahurissant de sommeil l’empêche quasiment de tenir debout.

(Rufus) : Je vais… te voler… ton rôle de metteur en scène.

(Opitz) : C’est ce que chaque homme aimerait faire vis-à-vis de Dieu. Mais aucun d’eux ne peut y parvenir.

(Rufus) : Tu es encore plus fou que je le pensais… toi qui te prend pour un Dieu.

Nouveau rire franc et clair d’Opitz qui hausse les épaules avant de plisser les sourcils, affichant une expression sombre et mystérieuse.

(Opitz) : Eh bien… qui sait ?

Rufus redresse la tête, la même expression étrange imprimée sur le visage, paradoxal reflet de sa Némésis qui lui fait face.

(Rufus) : Moi. Je sais tout.

Et d’un bond aussi rapide qu’inattendu, il se jette sur Opitz, faisant apparaître entre ses mains une rapière, fine et longue, magnifiquement ouvragée, qu’il tend devant lui comme une aiguille mortelle. Opitz affiche un sourire en coin et s’apprête à l’esquiver, mais une main ferme lui agrippe la nuque, le maintenant avec force sur place. C’est la main de Mortis.

(Opitz) : Hein ?

Le sourire hautain d’Opitz s’efface à la vue de cette situation inattendue. Il agrippe le bras de Mortis de ses deux mains et prend appui sur lui pour tenter de se projeter sur le côté. Mais l’action de l’assassin lui a fait perdre un temps précieux et la rapière de Rufus lui tranche dans l’épaule, envoyant une gerbe de sang dans l’air. Opitz serre les dents et d’un geste sec, parvient à se défaire de l’étreinte de Mortis. Derechef, il s’accroupit au sol pour éviter un moulinet de la rapière de Rufus et en profite pour placer un coup de pied dans le ventre de l’assassin qui vient de le trahir. Mortis est repoussé contre le mur sous le coup, laissant Rufus face à face avec son adversaire. Une légère expression de douleur se lit sur le visage d’Opitz tandis qu’un fin liseré de sang s’écoule de son épaule blessée. Rufus affiche une expression de plaisir cruel à cette vue.

(Rufus) : Ainsi donc, un dieu peut saigner.

Dans un mouvement de rage, la main d’Opitz part à la vitesse de l’éclair et agrippe Rufus à la gorge, le soulevant en l’air avec une aisance presque surnaturelle. Elle abat ensuite sa prise au sol avec une rare violence. Rufus pousse un cri étouffé sous le choc tout en crachant une gerbe de sang. Il lâche sa rapière qui est éjectée sur le côté. La respiration accélérée par l’excitation et la colère, Opitz plonge un regard empli de folie dans les yeux de son adversaire. Un immense sourire sadique lui barre le visage de chaque côté.

(Opitz) : Il te faudra bien plus que ça pour m’échapper.

(Rufus) : Tu n’as pas encore compris… je ne veux pas t’échapper… Je veux ta mort !!

Cette fois c’est un poignard qui jaillit de nulle part entre les mains de Rufus et il le dirige d’un geste rapide et précis droit sur le cœur d’Opitz. Celui-ci détourne l’attaque d’un de son genou et en profite pour place un coup de pied dans le visage de son adversaire.

(Opitz) : C’est inutile.

Un jet de shurikens fond alors sur Opitz, le contraignant à bondir en arrière pour l’esquiver. Dans ce mouvement de retrait, il relâche Rufus qui se redresse aux côtés de Mortis, dont le bras est encore tendu dans un mouvement de jet. Opitz tourne la tête sur le côté, visiblement agacé.

(Opitz) : Vous êtes une véritable girouette, Mortis Sendhremezael.

Rufus se place devant l’assassin, comme s’il voulait l’absoudre de devoir répondre.

(Rufus) : Tu n’as donc rien compris ? Tu croyais me piéger en m’envoyant Mortis ? En infiltrant un espion à mes côtés pour étudier mon comportement et me récupérer lorsque tu aurais fini tes observations ? Seulement ton piège s’est retourné contre toi…

(Opitz) : Ainsi donc tu attendais mon arrivée. Vous jouiez la comédie jusque là pour m’avoir au meilleur moment ? Je vois. Tu as dû faire fort pour acheter les services de cet assassin qui n’est motivé par rien d’autre que l’argent. Faire très fort pour lui proposer plus que ce que je lui avais offert.

(Rufus) : Je lui ai proposé la liberté.

Opitz écarte les bras en éclatant d’un rire sinistre et glacial qui parvient même à faire frissonner Rufus tant il respire le mépris et le dégoût. Finalement, le chef du CRTN rabaisse le visage en avant, replongeant son regard glacial dans celui de son adversaire.

(Opitz) : Il ne sera jamais libre. Pas plus que toi. Tous les humains sont prisonniers de leur rôle, de leur médiocrité. Voleurs, profiteurs, menteurs, ils ne pensent qu’à leurs intérêts. Prisonniers, comme je l’affirme, de leur insatiable besoin de tout.

(Rufus) : Et en quoi es tu différent, alors ?

(Opitz) : Je crois que tu le sais déjà…

Rufus se souvient de sa première rencontre avec Opitz, à ces tirades mystérieuses qu’il lui avait dit et qui l’ont hanté pendant toutes ces années.

(Rufus) : Cette élite à laquelle tu as dis que j’appartenais.

(Opitz) : Je m’étais trompé.

Sans réellement savoir pourquoi, Rufus ressent comme une sensation de colère et de frustration supplémentaire à ce rejet de sa pseudo-appartenance à l’élite dont parlait Opitz. Un peu comme un enfant qui serait repoussé par son père. Il secoue sa tête de droite à gauche pour chasser cet étrange sentiment.

(Opitz) : Je ne suis pas parvenu à élever la pureté de ton sang au rang que je souhaitais. Tu  resteras acteur. Acteur principal, peut être… mais acteur à jamais.

C’est au tour de Rufus de pousser un ricanement sombre et presque moqueur. Il hausse les épaules avec dédain, comme pour souligner le peu d’intérêt qu’il accorde à l’avis d’Opitz.

(Rufus) : Si être libre est à ce prix, alors je préfère vivre dans mes illusions de liberté.

Opitz fronce les sourcils, reprenant un air plus sérieux.

(Opitz) : … ou mourir avec elles.

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