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Le stratège à la cape

Sorti le 21/01/2010, compilé dans le Volume 13

Histoire :

[Flashback]   
Rufus, emmitouflé dans une cape sale et trouée, est assit seul à une table dans un troquet à l’aspect minable et crasseux. Les clients du lieu ont tous l’air louches et marqués par la vie, tant et si bien que la mine blafarde et l’expression glaciale de Rufus ne dénaturent en rien l’ambiance générale moribonde qui se dégage de la taverne. La table à laquelle il est assit est dans l’angle du mur du fond, sous une alcôve, bien à l’écart. Le tavernier s’approche de lui, un plat fumant dans les mains. Il le dépose devant Rufus, lui jetant un regard bourru au passage. Le contenu de l’assiette est indéfinissable, c’est une sorte de ragout brunâtre peu appétissant dans lequel flottent quelques morceaux de viande. Le tavernier pose ensuite une cruche de vin sur la table et finit par pousser un long soupir forcé.

(Tavernier) : Bon dieu ça fait quatre ans que tu viens manger ici tous les soirs, ça te tuerait de m’adresser la parole pour une fois.

Le regard fixe de Rufus ne vacille même pas, impossible de dire s’il a entendu le tavernier ou non. Celui-ci attend deux secondes avant d’hausser les épaules et de pousser un nouveau soupir.

(Tavernier) : Ah c’est bien Rufus ton nom, hein ? Y a un type qui demandait après toi tout à l’heure.

Ayant lâché ces mots, le tavernier se détourne de Rufus, reprenant la direction de son comptoir en adressant au passage deux trois saluts à certains clients. Le regard de Rufus s’est renfermé après la dernière phrase du tavernier. Les sourcils froncés, son regard s’est placé en coin, comme s’il jaugeait l’ensemble de la salle.
Un tintement se fait entendre et Rufus prend directement appui sur la table à laquelle il était assit, se soulevant avec grâce dans les airs pour retomber de l’autre côté, renversant une chaise au passage. Au même moment, cinq shurikens se plantent dans le mur adjacent. Un filet de sang coule de la joue de Rufus qui n’a pas réussit à éviter une petite entaille. Tous les regards se retournent vers lui mais le sien ne fixe qu’un seul homme. De l’autre côté de la salle, tranquillement accoudé au comptoir, le bras encore tendu dans une position de jet, un homme entièrement vêtu de noir et portant un masque blanc aux yeux rieurs lui fait face. C’est Mortis. Rufus essuie le sang qui coule de sa joue d’un rapide geste du pouce. Son regard glacial sonde son aggresseur.


(Rufus) : Sortons pour régler ça. Inutile d’abimer le mobilier de la taverne.

Rufus se dirige tranquillement vers la sortie, détournant totalement son regard de l’assassin. Il est d’un calme olympien, malgré la mort qui vient de le frôler. Il pourrait à nouveau être la cible d’une attaque éclair, mais il ne semble même pas s’en méfier. Mortis opine finalement du chef et suit sa cible jusque dans la ruelle sombre, adjacente au bâtiment. Rufus l’attend, une dizaine de mètres devant lui, sa silhouette à moitié effacée par la pénombre. La ruelle est étroite et humide, surplombée de chaque côté par de hauts bâtiments assez rustiques.

(Rufus) : Je sais que c’est Opitz qui t’envoi. Tu es le cinquième assassin ce mois-ci. Mais je devine aisément que cette fois, le lâche a cassé sa tirelire pour s’offrir les services d’un homme de talent.

(Mortis) : Je commence à comprendre pourquoi la prime était aussi élevée.

Rufus se retourne soudainement, un fusil de chasse entre les mains. L’arme, sortie de nulle part, fait immédiatement feu en direction de Mortis mais le tir n’atteint pas sa cible. Rufus plisse les yeux, mais il ne rêve pas : son adversaire a bel et bien disparu. Se retournant, il cherche du regard de tous les côtés pour tenter de le localiser, mais en vain. Un frisson incontrôlable lui parcourt l’échine, et sans un bruit, jaillissant de l’ombre de la nuit noire, Mortis fond du ciel sur sa proie, semblant sortir de nulle part. D’un pas agile, Rufus esquive le coup et une lance d’acier acérée s’enfonce dans le sol, éclatant les pavés sous un impact d’une force insoupçonnée. Le masque blanc de Mortis se tourne vers Rufus, et sans que celui-ci n’ait pu réagir, la lance jaillit du sol et s’abat sur lui à la vitesse de l’éclair. Un tintement clair éclate : la lance vient de rencontrer un bouclier d’acier, sortit d’on ne sait où. Caché derrière cette paroi improvisée, Rufus reprend son souffle. Ne témoignant pas de la moindre fatigue, Mortis penche légèrement la tête sur le côté dans un mouvement d’étonnement face à ce bouclier qui a bloqué son coup, et qui est apparu sans vraiment qu’il comprenne comment. D’une légère impulsion, il pousse sa lance en avant, et celle-ci traverse alors le bouclier de part en part, comme s’il avait été en carton. La pointe arrache un morceau de la cape de Rufus et lui entame le flanc droit, répandant son sang sur le pavé de la ruelle.

(Rufus) : Qu… ?

Il n’a pas le temps de comprendre ce qui vient de se passer que la main de Mortis l’empoigne à la nuque et le précipite droit vers le sol avec une force inouïe. Le visage de Rufus rencontre alors le genou de son adversaire, qui lui assène un coup d’une rare violence. Chutant en arrière, la proie de l’assassin tombe à genou, à moitié sonnée. Sans qu’il n’ait le temps d’esquisser le moindre geste, une lame cachée, effilée comme un dard, jaillit du poignet de Mortis, prête à transpercer la gorge de sa victime. Rufus n’esquisse pas le moindre mouvement, son regard glacial fixant droit devant lui, ignorant totalement la mort qui va le frapper. Au milieu du sang qui lui coule du front et du nez, ainsi que de sa lèvre fendue, ses deux yeux bleus apparaissent presque en dehors du tableau. La lame de Mortis s’arrête à un cheveu de la gorge de Rufus.

(Mortis) : Ce qu’on raconte est donc vrai. Tu te joue de la mort.

(Rufus) : Pourquoi craindre la mort lorsque l’on n’a pas vécu ?

(Mortis) : Tu n’as donc pas plus de respect que cela pour la vie?

(Rufus) : Pas plus que toi, du moins.

Mortis pousse un rire clair derrière son masque aux yeux joyeux, ce qui offre un étrange contraste avec la situation présente.

(Mortis) : Que serais tu prêt à m’offrir pour que je te laisse la vie ?

(Rufus) : Je ne crois pas avoir demandé à être épargné.

(Mortis) : Hmm… d’habitude, je ne laisse même pas le temps à mes cibles de le faire, il est vrai.

Dans un bruit de raclement strident, la lame cachée de Mortis disparaît dans son logement secret. Une lueur d’étonnement se lit sur le masque pourtant impénétrable de Rufus. Mortis se laisse alors tomber au sol sur son séant, croisant les bras sur sa poitrine d’un air enjoué.

(Mortis) : Alors, que m’offres-tu ?

(Rufus) : Soit tu es fou, soit tu es… fou.

(Mortis) : Ah, je vois… tu imagine que je veux t’épargner de mon plein gré, dans un inexplicable revirement de ma personnalité en pleine repentance. Détrompe toi… tu ne dois la vie qu’à ça.

Mortis tire d’une sacoche fixée à sa ceinture un jeu de tarot légèrement usé, mais dont la rareté et l’aspect mystique est presque palpable. Le regard de Rufus se met à pétiller rien qu’à l’observer, et sans qu’il sache vraiment pourquoi, il ressent une envie profonde d’acquérir cet objet.

(Mortis) : Le tarot de Gilgamesh m’a dit que si je décidais de ne pas te tuer, j’en retirerai de meilleurs bienfaits.

Rufus détourne son regard du jeu de cartes, tentant avec difficulté de montrer un visage détaché et incrédule.

(Rufus) : Tu crois en ces inepties ? Finalement, tu ne méritais pas mon respect.

(Mortis) : Cesse de jouer les durs et fais moi ton offre, sinon je te tue.

Rufus hausse les épaules avec dédain, ce qui surprend légèrement son interlocuteur.

(Rufus) : Peu m’importe de vivre. Je n’ai rien à t’offrir. La seule chose qui m’anime, c’est la haine profonde que je porte à celui qui t’a employé pour me tuer. Je ne dispose de rien d’autre. Je ne vis que pour provoquer sa mort de mes mains. Rien d’autre n’a d’importance pour moi… de ce fait, je n’ai rien qui puisse t’intéresser.

(Mortis) : Soit.

D’un geste rapide et précis, le bras de Mortis plonge vers l’avant, laissant à nouveau jaillir la lame cachée. Rufus, plus alerte cette fois ci, se laisse tomber en arrière, esquivant ainsi le coup de justesse. Vif comme l’éclair, il place alors un violent coup de pied dans le poitrail de son adversaire, qui est projeté en arrière sous la puissance du choc. Surpris, Mortis laisse tomber le tarot au sol. N’hésitant pas un seul instant, presque comme si sa main était guidée par une force qu’il ne pouvait pas maîtriser, Rufus se saisit du jeu de cartes et se redresse avec une rapidité déconcertante avant de prendre la fuite comme un voleur. Mortis se redresse d’un bond, visiblement surpris de ce qui vient de se passer. Son attention se porte immédiatement sur le sol, à la recherche du tarot qu’il a laissé tomber. Perdant un temps précieux à le chercher du regard, il laisse une longue avance à Rufus qui disparaît dans la nuit. Il faut plusieurs secondes à Mortis pour comprendre que le fuyard a emporté son bien le plus précieux. Le masque de l’assassin se redresse, et son expression amusée ne parvient pas à dissimuler la rage qui bout en dessous.
[Fin du Flashback]

Cendar lance un regard à la fois inquiet et incrédule à Rufus, puis à Mortis, et à nouveau à Rufus. Ce jeu de va et vient visuel se poursuit pendant plusieurs secondes, avant que finalement Cendar ne trouve les mots pour exprimer sa surprise.

(Cendar) : Hein ? Alors vous n’êtes pas amis ? Tu veux dire que tu es en train de calmement raconter ton histoire à un type qui pourrait te tuer d’un instant à l’autre ?

Aucune réponse de la part des deux autres, ce qui fait d’autant plus monter la pression de Cendar. Mortis pousse alors finalement un soupir, visiblement lassé de l’effroi qu’il suscite auprès de l’ancien prisonnier qu’il a libéré.

(Mortis) : Je t’avais dis que ce n’était pas très intéressant…

(Cendar) : Comment ça ? Tu as essayé de le tuer !! Et d’ailleurs, le contrat d’assassinat que tu as avec ce… Opitz, il est toujours valable, non ?

(Mortis) : Je n’ai aucune intention de l’honorer.

Un grand silence s’abat dans la pièce délabrée. Cendar n’en est pas certain mais il croit voir une expression de soulagement passer sur le visage de Rufus. Finalement, il décide de se rasseoir, une expression d’incompréhension imprimée sur le visage. Coupant court à toute nouvelle interrogation de sa part, Mortis reprend la parole.

(Mortis) : Il a utilisé le tarot de Gilgamesh et il est toujours en vie. Le simple fait qu’il en ait été capable est pour moi une plus grande récompense que toutes les sommes que l’on pourra m’offrir.

Rufus se retourne vers l’assassin. Malgré la fatigue qui déchire ses traits, son étonnement est clairement visible.

(Mortis) : Tu l’as compris n’est ce pas ? Toi et moi sommes à présent liés par le destin. Tu es la première personne que je rencontre, hormis mon propre frère, à avoir été capable de manipuler ce tarot et à y avoir survécu. Et maintenant que le sujet est lancé, je voudrais bien connaître la prédiction qui t’a été faite.

Rufus hoche la tête avec gravité et ferme les yeux de manière solennelle.

(Rufus) : Très bien.

[Flashback]
Rufus est assit dans un entrepôt abandonné, toujours emmitouflé dans sa vieille cape de voyage. De larges flaques d’eau inondent le sol, des chaînes rouillées pendent au plafond. Le toit, déchiré par endroits, laisse filtrer la lumière blafarde de la lune, qui dessine des reflets lumineux sur les anciennes cuves de traitement à l’abandon. Rufus est essoufflé de sa course. Il a couru longtemps sans se retourner pour être sûr que Mortis perdrait sa trace. Lorsqu’il a assez récupéré pour concentrer son attention sur autre chose que sur son rythme cardiaque, il pose son regard sur le tarot de Gilgamesh, qu’il tient fermement entre ses deux mains comme un précieux trésor.
D’un mouvement calme, il soulève l’opercule qui maintient le paquet scellé, et sort les cartes qui glissent de manière surnaturelle jusque dans le creux de sa main. Leur contact est à la fois froid et d’une douceur sans pareille. Bien que le paquet soit légèrement abimé, les cartes sont au contraire d’une qualité époustouflante.


(Rufus) : Que recèles-tu vraiment ?

Soudain, une chaleur mordante se met à brûler la paume de Rufus qui, surpris par la douleur, laisse tomber les cartes au sol. Secouant sa main pour atténuer la sensation de brûlure, il observe avec inquiétude les cartes répandues par terre. Aucune d’entre elle ne s’est retourné face visible. C’est alors qu’une voix sombre et ancienne semble jaillir de nulle part, raisonnant dans tout l’espace de l’entrepôt. Rufus sait pourtant pertinemment qu’il est le seul à l’entendre.

(Voix) : A celui qui convoite mon savoir, qu’il sache que tout service mérite paiement.

(Rufus) : J’en suis conscient.

(Voix) : Le sort est une ligne droite. Le destin est une bifurcation. Choisit une carte et une unique carte. Tu sauras alors le chemin à suivre.

La main de Rufus se dirige sans aucune hésitation vers une carte précise et la retourne directement, sans marquer le moindre temps d’arrêt, comme si elle avait été dès le départ conditionnée pour opérer ce choix et ce mouvement. L’illustration présente un homme encapuchonné se tenant debout devant une représentation miniature du monde. La sphère bleue rayonne de mille feux, mais ne parvient pourtant pas à éclairer le visage dissimulé sous la capuche. Un petit bordereau de couleur jaune annonce le nom de la carte :

« Le stratège à la cape »

La voix sombre laisse immédiatement raisonner son teint obscur et mystique dans les oreilles attentives de Rufus.

(Voix) : Celui qui tire « Le stratège à la cape » a entre ses mains le pouvoir de contrôler tout ce qu’il désire et d’obtenir tout ce qu’il souhaite. Mais son objectif final ne sera jamais réalisé tant qu’il agira seul. Ce que tu souhaite obtenir, Rufus Van Reinhardt, est hors de ta portée. Il te faut l’accepter.

Rufus éclate immédiatement d’une rage profonde et incontrôlable. Des deux mains, frappe violemment le sol, une expression de colère intense irradiant son visage de marbre.

(Rufus) : JE REFUSE DE L’ACCEPTER !! IL DOIT Y AVOIR UN MOYEN !!

(Voix) : Si ce moyen existe, il nécessitera toute l’ingéniosité, toute la hardiesse, la justesse et la finesse du stratège. Il s’inscrira dans la durée et ne sera pas forcément accessible. Il te faudra t’entourer d’éléments primordiaux et loyaux et t’insinuer dans les faiblesses de ton adversaire pour pouvoir un jour le mettre à bas.

(Rufus) : Il faut m’en dire plus !! Donnez-moi le moyen !!

(Voix) : Le but du tarot de Gilgamesh n’est pas de révéler le destin, mais d’influer sur lui. Les réponses que tu attends, seul un fou voudrait les connaître.

S’atténuant aux oreilles de Rufus, la voix commence à disparaître, mais lâche une dernière phrase qui laisse le vagabond coi.

(Voix) : Sache en outre que de tes choix dépendront la survie ou la destruction de ce monde… Le temps est venu. Ta dette sera payée.

[Fin du Flashback]

(Mortis) : Il t’a pris quinze nuits de sommeil. Ce n’est pas cher payé, crois moi. A présent, à toi de voir si oui ou non tu décide de te laisser guider par ses conseils.

Rufus hausse les épaules sous le regard inquiet de Cendar, et détourne son attention de Mortis, comme pour repousser à plus tard toute décision liée à ce que le tarot a pu révéler.

(Rufus) : Après trois jours sans dormir, je me suis effondré sur une route de campagne. Des hommes armés m’ont pris pour un rôdeur et m’ont jeté en cellule. C’est là que nous nous sommes rencontrés, Cendar.

(Cendar) : Tout cela est encore si récent…

Mortis s’approche doucement de Rufus, comme pour lui rappeller sa présence et ce qu’il considère à présent être les priorités à traiter. Les bras croisés sur son torse, il affiche un air impérial et concerné.

(Mortis) : Sais tu quel autre nom on donne à la figure représentée sur « le stratège à la cape » ?

Le visage fatigué de Rufus se tourne vers Mortis. Il se contente d’hocher la tête de gauche à droite en guise de réponse.

(Mortis) : Arakis.
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