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Fragments

Sorti le 13/01/2010, compilé dans le Volume 13

Histoire :

Rufus ouvre les yeux dans un ascenseur sombre. Il est allongé sur un lit et de solides sanglent le maintiennent immobile. Entre son entrée dans le camion et son arrivée ici, il n’a souvenir de rien.

(Rufus) : Où… suis-je ?

Un homme en blouse blanche se tient au dessus de lui, observant ses yeux derrière un étrange appareil de forme concave. Un masque sur la bouche, un cache sur les cheveux, de longs gants, le tout de la même couleur blanche uniforme, Rufus ne peut déterminer l’apparence réelle de ce médecin ou scientifique ou autre. Il distingue seulement le badge « CRTN » épinglé sur sa blouse au niveau de son torse.

(Médecin) : Il se réveille, redonnez lui un peu de tranquillisant.

Rufus sent une seringue s’enfoncer dans son bras. Il n’a pas le temps de réellement constater la présence des deux autres médecins que sa vision se trouble, son ouïe faiblissant parvient encore à capter quelques bribes de conversation.

(Médecin) : Vingt deuxième sous sol. Il y a une section rien que pour lui qui l’attend.

(Médecin 2) : Qu’est ce qu’il a de si spécial ce gamin ?

(Médecin) : Dans son sang… quelque chose à éveiller dans son…
[Fin du flashback]

(Rufus) : C’est le dernier souvenir clair que j’ai de cette époque.

Le feu s’est entièrement consumé dans la cheminée, laissant uniquement des cendres noires des buches qu’il a dévorées. Une légère fumée âcre se dégage encore de l’âtre, emplissant la pièce d’une odeur d’encens. Derrière la fenêtre le jour est en train de se lever et la pâle lumière du soleil filtre à travers les barreaux. Une mine affreusement fatiguée imprimée sur le visage, Cendar est toujours assit sur sa chaise, regardant Rufus avec intérêt. Mortis n’a pas bougé non plus et reste d’ailleurs totalement immobile. Derrière son masque blanc, impossible de savoir s’il est éveillé ou s’il s’est endormi.

(Cendar) : Comment ça, « clair » ?

Rufus tourne vers lui un visage horriblement marqué par la fatigue. Cendar est presque effrayé par cet état. L’homme qu’il a rencontré en prison semble proche de la mort.

(Rufus) : La suite… mon incarcération dans ce labo et les années que j’y passai, ne sont qu’une suite de vagues souvenirs plus flous les uns que les autres. Mais une chose est sûre, en quittant le calvaire de ma chambre au manoir familial, j’ai plongé dans un enfer on ne peut plus sinistre.

Un silence pesant se met en place. Un léger ronflement provient de sous le masque de Mortis. Rufus semble ne pas l’avoir entendu, mais Cendar se sent très gêné pour l’assassin. Peut être ne le devrait-il pas. Finalement, Rufus reprend la parole, faisant fi de rien.

(Rufus) : Pas une seule fois durant ces longues années je n'ai vu la lumière du jour, étant enfermé entre les murs froids et métalliques de ce gigantesque laboratoire souterrain. Les seuls individus que j'ai côtoyés étaient des scientifiques habillés de blanc avec des mines blafardes et grises.

(Cendar) : Qu’est ce qu’ils te voulaient ?

Rufus offre à Cendar un léger sourire désincarné qui le fait frissonner. Il porte la main à sa tête et pointe sa tempe du doigt d’un air laconique.

(Rufus) : Je sais que j'avais changé, mentalement et physiquement... Dans mes rares moments de pleine conscience, où je me réveillais dans une cellule très précaire, je me surprenais à avoir des connaissances et des notions que je n'avais apprises nulle part, comme la quasi totalité de la géographie de ce monde, ou encore son histoire. J'arrivais à résoudre des algorithmes complexes sans avoir jamais pratiqué de mathématiques avancées de ma vie.

Ignorant l’expression hébétée de Cendar, Rufus tourne son regard vers la fenêtre à travers laquelle le jour est de plus en plus visible. Il plisse les paupières, souffrant de la trop grande vivacité de cette source de lumière pour ses yeux épuisés.

(Rufus) : Est-ce que ces connaissances m’ont été implantées artificiellement ou a-t-on éveillé en moi un quelconque savoir lattant ? Je l’ignore… toujours est-il que selon eux, j’étais destiné à ces connaissances. Et ils m’ont implanté d’autres choses encore.

Rufus tend sa main, paume levée vers le plafond. Cendar cligne des yeux et l’instant d’après, un gros livre est apparu dans cette main. L’ancien prisonnier croit d’abord à un tour de passe passe mais devant l’expression froide et détachée, presque blasée, de Rufus, il comprend qu’il s’agit d’autre chose. D’un geste presque détaché, Rufus se déleste du bouquin en le lançant derrière lui, droit sur la tête de Mortis qui se réveille en sursaut sous l’effet de la surprise.

(Mortis) : Qu’est ce qu… ?

Son masque se tourne vers Rufus qui lui offre un sourire fatigué mais malicieux. Mortis se contente de se redresser et de croiser les bras, faisant comme si rien ne s’était passé.

(Rufus) : Je ne savais pas exactement depuis combien de temps j’étais dans cet endroit. Je sentais mon corps grandir, se renforcer, sans même m’en rendre compte. Ce n’est que plus tard, après en être sorti, que j’ai compris que j’y étais resté près de onze ans.

(Cendar) : Comment est ce possible ?

(Rufus) : J’étais la plupart du temps gorgé de calmants et de drogues diverses qui me mettaient temporairement dans l'état d'un légume humain. J’avais perdu la notion du temps et des réalités. Je ne ressentais plus la faim ni la soif, ni le désir de vivre, plus rien. Leurs produits avaient tout détruit… je devenais peu à peu une machine humaine.

Rufus se redresse alors avec difficulté, à moitié chancelant, effectuant son premier mouvement réel depuis qu’il a commencé à raconter son histoire, dans cette maison en ruines. Il s’approche en titubant de la fenêtre, se forçant à regarder la lumière du soleil malgré la douleur qu’elle cause à ses yeux emplis de fatigue. Il s’appuie contre la vitre encrassée de poussière, laissant sur elle l’empreinte de sa main. Poussant un soupir, il reprend.

(Rufus) : Un jour cependant, tout changea.

[Flashback]
Deux scientifiques et un garde de sécurité mènent Rufus à travers les sombres couloirs du complexe. L’édifice semble hermétiquement clôt. Tout se ressemble et se confond : murs, sols, plafonds : tout est d’un gris uniforme, traversé ça et là de conduits, de tuyaux ou de câbles, de portes sas closes ou ouvertes, donnant sur d’autres couloirs où sur de grandes salles remplies d’ordinateurs et de scientifiques afférés. Seulement, il y a quelque chose de différent chez Rufus ce jour là : il a les yeux grands ouverts, le visage fermé mais clair, le regard mobile. Il semble qu’il soit pleinement conscient de son environnement, de ce qui se déroule, pleinement conscient de son corps et de la situation. D’un rapide coup d’œil sur ses poignets, Rufus constate qu’il ne porte même pas de menottes. Un léger sourire se marque sur son visage. Visiblement, au cours de toutes ces années, la vigilance de la sécurité est bien retombée. Ni les gardes, ni les scientifiques ne semblent prendre conscience que l’effet des sédatifs ne fonctionne pas sur Rufus cette fois-ci.
Nouveau coup d’œil de Rufus, à la ceinture du garde cette fois ci. Avec un plaisir quasiment palpable, il constate que celui-ci est armé.


(Rufus) : *Un T-11 automatique. J’en connais tout le fonctionnement sans même en avoir jamais manipulé un.*

Rufus relève la tête pour jeter un regard à ceux qui l’accompagnent. Les deux scientifiques sont plongés dans une conversation qui semble houleuse. Ils ont la face pâle et une allure déprimée. Le garde de sécurité est bien en chair, trop ventripotent pour paraître en forme. Son page est, de surcroît, assez avancé. Une sorte de frisson traverse le corps de Rufus, faisant trembler chacun de ses muscles, et une chaleur intense lui brûle le visage, battant à ses tempes.

(Rufus) : *Je n’ai qu’une envie : les tuer.*

Un nouveau regard de Rufus en direction de la ceinture du garde, ses yeux se fixant sur le T-11. Tout s’enchaîne ensuite à la vitesse de l’éclair. La main de Rufus plonge sur l’étui, y pénètre et en retire l’arme, en un seul mouvement rapide. Le premier scientifique n’a même pas le temps d’entendre le déclic de l’arme qu’une détonation claque dans le couloir et qu’une balle lui traverse la tête, répandant le contenu de sa boîte crânienne sur le mur adjacent.

(Garde) : Qu’est ce qu… ?

Plus ou moins remis de sa surprise, le garde se retourne ver Rufus dans le but de le maîtriser. Il n’a même pas le temps de finir son mouvement qu’un premier coup de crosse vient lui éclater le nez dans un craquement sinistre, et tendis qu’il se penche en avant, portant par automatisme la main à son visage meurtrit, un second coup vient le briser la nuque avec une précision diabolique. Le corps charnu s’étale pathétiquement au sol. Pendant ce temps, le second scientifique tente de prendre la fuite le long du couloir. Un sourire diabolique imprimé sur le visage, Rufus tend son arme et met le fuyard dans sa ligne de mire. Deux tirs résonnent dans l’air, atteignant chacun leur cible. La première balle perce le foie du scientifique, la seconde va se loger entre ses omoplates. Il termine dans une lamentable chute tandis que sa blouse immaculée prend par deux endroits une teinte rougeâtre.
Rufus laisse retomber son bras et pose sa main libre contre le mur, prenant appui le temps de calmer son rythme cardiaque qu’il craint de voir élevé. Cependant, il est d’un calme olympien alors qu’il vient de tuer trois hommes. Il n’a pas le temps de s’en inquiéter.


(Rufus) : Il faut que je fuis cet endroit.

Rufus ferme les yeux et presque immédiatement, sans qu’il sache réellement comment ni pourquoi, les plans complets du bâtiment lui viennent en mémoire. Il rouvre les yeux, un sourire narquois imprimé sur le visage. Il n’a qu’à avancer de quelques pas pour déboucher sur une conduite d’aération dans laquelle il s’engouffre sans hésitation. Le labyrinthe qui se présente face à lui est d’une limpidité sans pareille et il s’y dirige sans la moindre difficulté jusqu’à atteindre son but : une échelle de service desservant la totalité des étages, destinée à l’entretien des cages d’ascenseur. Il débouche finalement sur un petit hangar de secours où sont stockés d’anciens modèles de véhicules antigravs. Sans la moindre hésitation, Rufus pénètre dans l’un deux et se met immédiatement aux commandes, pianotant sur la console comme s’il était habitué au pilotage.

(Rufus) : *Je sais manipuler cet engin…*

Quelques manipulations d’usage plus tard et les réacteurs latéraux se mettent à ronronner, propulsant la navette vers l’avant. Quelques secondes plus tard, Rufus se retrouve plongé dans le trafic aérien tumultueux d’Hydrapole et se mêle habilement à la masse de véhicules volant qui fusent de toute part. Une fois qu’il s’est suffisamment éloigné du complexe dont il vient de s’évader avec une facilité presque insolente, Rufus sur une petite place et souffle un coup. Son regard se pose sur un calendrier affiché sur le côté du cockpit, recouvert de femmes nues posant dans des positions douteuses. Il ne peut empêcher ses yeux de verser des larmes lorsqu’il lit la date.

(Rufus) : J’ai… j’ai… vingt deux ans ?

Les deux poings de Rufus s’abattent avec une violence inouïe sur le tableau de bord et il pousse un hurlement de rage. Se redressant, il agrippe le calendrier, le déchire en morceau et l’envoi voler aux quatre vents.

(Rufus) : ONZE ANS !! TU M’AS VOLE ONZE ANNEES DE MA VIE !!

Le poing de Rufus s’encastre dans le pare-brise et le fait voler en éclats. Il ne ressent même pas la douleur alors que des bouts de verres se sont plantés un peu partout dans sa main. La rage qui le consume semble presque palpable. Les dents serrées, le regard emplit de haine, Rufus tourne son visage vers la ville qui lui fait face, scrutant sa suractivité dans la nuit tombante. Un sourire diabolique et empli de folie s’affiche sur son visage, le déchirant de part en part.

(Rufus) : Opitz… je te tuerai !!

Chapitre 111 Chapitre 113

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