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La naissance d'Elven

Sorti le 30/12/2009, compilé dans le Volume 13

Histoire :

Rufus, vêtu d’une simple chemise blanche et d’un jeans noir, les cheveux détrempés, est assit sur un tapis rapiécé d’une couleur rougeâtre délavée, en face d’une cheminée dans laquelle brûle de faibles flammes. Cendar est assit à une table basse à proximité, dévorant une cuisse de poulet recouverte d’une épaisse sauce blanche. Il a l’air tellement ravit de déguster un tel plat qu’on comprend qu’il n’a rien dû manger de correct depuis un long moment. La pièce est délabrée, poussiéreuse, à l’abandon. Des poutres ont cédé face au poids du temps et créées des miens tentaculaires entre sol et plafond. Il y a beaucoup de bazar, de vieilleries, de meubles anciens recouverts de bibelots. Adossé contre un mur craquelé, Mortis bat un étrange jeu de tarot, son masque inexpressif semblant fixé sur la lecture de ces cartes.

(Mortis) : Tu as bien fais de me l’avoir rendu… j’ai du mal à croire que tout ce temps tu l’avais caché ici.

Rufus hoche calmement la tête, ses yeux bleus fixés sur le feu de cheminée. La bouche pleine, Cendar prend part à la conversation.

(Cendar) : Merci de nous avoir libéré en tout cas… comment vous connaissez vous tous les deux ?

(Mortis) : Ce n’est pas comme si on se connaissait beaucoup… et ce n’est pas très intéressant.

Rufus tient entre ses mains le journal noir qu’il avait déjà avec lui en cellule. Il pousse un profond soupir et tourne la tête vers Mortis d’un air las. Celui-ci semble remarqué l’attention que lui porte le futur chef de l’Ordo Arakis, mais fais semblant de rien, continuant à manipuler ses cartes.

(Mortis) : Le tarot de Gilgamesh est un objet dangereux. Passé, présent, avenir… il dépasse tout ça. Il le sublime. Mais le prix à payer est lourd… très lourd… tu en as fais les frais, n’est ce pas ?

Rufus détourne son regard de Mortis et le repose sur le feu. L’assassin hausse les épaules.

(Mortis) : Depuis combien de temps n’as-tu pas dormi ?

(Rufus) : Douze jours.

(Mortis) : Quelle carte ?

(Rufus) : Le stratège à la cape.

Mortis hoche la tête tout en cessant de battre les cartes. Il les range calmement dans le paquet et fait disparaître celui-ci dans un petit étui de cuir accroché à sa ceinture.

(Mortis) : Encore trois jours à tenir alors.

Rufus est comme parcouru d’un tremblement mais ne témoigne aucune autre affectation face à ce que vient de lui apprendre son interlocuteur. Le regard intrigué, Cendar ne semble pas comprendre le sens du dialogue auquel il vient d’assister. Rufus tourne soudain son attention sur lui. D’un regard froid presque dédaigneux, mais marqué d’une profonde fatigue, il le sonde de la tête aux pieds.

(Rufus) : Voilà donc à quoi tu ressemble…

(Cendar) : Ouai… y a toujours eu un mur entre nous, pas vrai ?

Un faible sourire vient déchirer le masque d’imperméabilité émotionnel qui marquait le visage de Rufus jusqu’à présent.

(Cendar) : Je veux savoir la suite de ton histoire.

(Rufus) : Ca tombe bien… je voulais justement te la raconter…

[Flashback]
Rufus, enfant, est assit sur le lit qui occupe quasiment tout l’espace de sa mansarde. En face de lui, un lavabo et des toilettes occupent quasiment tout le mur. Des piles de livres trainent ça et là, un petit bureau dans un coin est enterré sous les papiers griffonnés, le journal noir y est posé en travers, un stylo callé sous sa couverture, comme un marque page improvisé. Le visage du jeune garçon est triste. Une larme amère s’écoule de son œil gauche, presque imperceptiblement. Soudain, quelqu’un frappe à la porte de la chambre, attirant l’attention de Rufus.

(Rufus) : Mère ? Il est déjà l’heure du repas ?

La petite trappe destinée à faire passer les repas s’ouvre alors, et une petite main s’agite par celle-ci.

(Ikher) : Coucou grand frère.

Un léger sourire s’affiche sur le visage de Rufus, qui semble alors presque serein. Il s’approche de la porte et serre les doigts de son frère entre ses mains, s’agenouillant devant la porte.

(Rufus) : Bonjour, petit frère…
[Fin du flashback]

(Rufus) : Ma mère ne m’adressait quasiment pas la parole lorsqu’elle me portait mes repas… mon frère venait tous les jours. Il me parlait. Parfois pendant plusieurs heures. Il était mon seul ami, mon seul réconfort. Plusieurs fois il s’est fait battre par notre père à cause de cela, mais il revenait toujours. Un vrai entêté… mais il m’aidait à tenir.

(Cendar) : Ah, tu n’as donc pas toujours été seul, pas vrai ? Un frère sur qui on peut compter, c’est bien.

Le regard de Rufus se fait soudainement plus sombre, faisant comprendre à Cendar que tout n’a pas dû se passer aussi bien.

(Rufus) : Ikher a lui aussi changé, le temps passant…

[Flashback]
(Ikher) : Je pourrais le tuer… ce serait facile. Un accident de chasse… ou une chute dans les escaliers.

Rufus, adossé à la porte de sa chambre, fronces les sourcils et pousse un soupir de désapprobation.

(Rufus) : Je t’ai déjà dis de ne pas penser à ce genre de choses.

(Ikher) : Mais pourquoi ? Il est notre père, certes… mais il ne mérite pas de vivre. Il me considère comme son seul héritier, il me gâte, essaye d’acheter mon amour… mais comment pourrais je jamais l’aimer alors qu’il te traite de cette manière ?

Rufus ne répond d’abord rien, pinçant ses lèvres dans une expression de culpabilité presque déplacée.

(Rufus) : Ikher… il y a longtemps que je pense que… que…

Les mots veulent sortir mais il n’y a rien à faire, la gorge nouée, Rufus reste coincé dans une expression de peine qui semble étrange sur son visage habituellement si détaché. Une espèce de tension émane de l’autre côté de la porte, comme si Ikher avait compris ce à quoi Rufus venait de penser.

(Ikher) : Je t’interdis de dire ça.

Des larmes amères coulent abondement des yeux de Rufus.

(Rufus) : Il ne faut plus que tu viennes me voir, Ikher… ce sera mieux. Pour toi. Pour tout le monde.

(Ikher) : Tu as tort.

Ikher semble attendre une réponse mais Rufus est incapable de prendre la parole ni même d’esquisser le moindre mouvement. Un grand choc frappe soudainement la porte : Ikher tape du poing avec une violence presque inouïe.

(Ikher) : TU AS TORT !!

Rufus se recroqueville sur lui-même, se bouchant les oreilles et fermant les yeux. De nombreux chocs viennent faire trembler la porte, parfois si violents que des morceaux de peinture s’en détachent.

(Ikher) : PARLE !!! PARLE MOI !! DIS QUELQUE CHOSE !! TU AS TORT ! TU N’AS PAS LE DROIT !! RUFUS !!
[Fin du Flashback]

Cendar semble quelque peu surpris. Mortis s’est assit au sol, toujours adossé au mur. Son masque est tourné vers le plancher, mais tout porte à croire qu’il écoute l’histoire de Rufus avec attention.

(Cendar) : Pourquoi l’avoir ainsi rejeté si tu avais tant besoin de lui ?

(Rufus) : Pour l’empêcher de gâcher sa vie… d’haïr mon père… de compromettre son avenir. Mais je ne m’étais pas rendu compte à l’époque qu’Ikher était seul lui aussi, et qu’il n’avait personne d’autre que moi.

Un silence gêné s’établit autour de Rufus, que seul vient perturber le craquement du feu dans la cheminée. Celui-ci, ayant dévoré une buche entière de bois, a gagné en force au fur et à mesure que Rufus a raconté son histoire. Finalement, ce-dernier reprend la parole, faisant fi de rien.

(Rufus) : Au final, il m’a écouté… il n’est plus revenu. Je ne l’ai plus vu ni entendu pendant plusieurs mois. Jusqu’à ce jour…

[Flashback]
Rufus est allongé sur le sol, de nombreuses feuilles recouvertes d’écritures, de calculs, de graphiques, sont éparpillés tout autour de lui, certaine recouvrant son torse. Un crayon à moitié mâchonné entre les dents, le jeune garçon contemple le plafond dans une expression détachée, semblant y chercher une quelconque vérité cachée. Soudain, le bruit grinçant de la trappe se fait entendre. Rufus tourne la tête vers elle pour voir la masse noire d’un gros bouquin la traverser avant de retomber de son côté, atterrissant sur le sol dans un bruit plat et bref.

(Rufus) : Ikher ?

Il n’y a pas de réponse pendant un instant. Puis finalement, après un soupir, une voix d’enfant, mais que l’on aurait assombrit pour en faire une parodie macabre se fait entendre.

(Ikher) : Père m’envoi vivre ailleurs, dans une autre famille. Pour ma sécurité. On m’a coupé et teint les cheveux, on m’a habillé plus pauvrement. On fait de moi quelqu’un d’autre.

Rufus se sent profondément triste pour son frère, mais ne trouve rien à répondre. Lorsqu’il entrouvre la bouche pour essayer de parler, Ikher lui coupe l’herbe sous le pied.

(Ikher) : Ce n’est rien. Ce n’est pas grave. Ikher est mort… il restera un fantôme hantant cette maison. Je ne reviendrai pas. Tout cela sera derrière moi, n’est ce pas ? Car qui se souviendra ? Ceux qui ne savaient pas qui je suis ou celui qui a décidé de l’ignorer ?

Les pas d’Ikher s’éloignent, et Rufus se redresse vivement sur son séant avant de se jeter sur la porte, soulevant la trappe comme il peut depuis son côté. Il voit Ikher s’éloigner de dos, mais ne peut pas distinguer son visage, seulement ses jambes.

(Rufus) : Ikher, attends ! Ikher !

Ikher se fige alors, tournant toujours le dos à la porte, à cinq mètres de celle-ci.

(Ikher) : Désolé, tu dois faire erreur. Je m’appelle Elven.

Ayant lâché ces mots, Ikher disparaît au détour du couloir, laissant Rufus plus seul qu’il ne l’a jamais été… Entre ses jambes, ce-dernier constate alors la présence du livre noir qui avait premièrement attiré son attention. C’est un journal. Le même que celui de Rufus. Il est remplit d’une écriture fine, celle d’Ikher… Rufus le feuillette jusqu’à la dernière page où il est écrit, de manière sèche et précipitée :

« Tu le verras mon frère…. Ideus Ombra. »
[Fin du Flashback]

(Cendar) : Et tu ne l’as jamais revu ?

Rufus affiche un sourire énigmatique en tournant sa tête sur le côté, semblant chercher la meilleure manière d’exprimer son impression sur la question.

(Rufus) : Je n’ai jamais revu Ikher. Mais j’ai revu le dénommé Elven… qu’il porte ce nom ou un autre. Ca n’avait plus d’importance pour lui…

(Cendar) : Il a mal tourné ?

(Rufus) : Tout le monde tourne mal… mais ce n’est pas si important. Ce qui suit l’est bien plus.

L’intérêt de Mortis semble tout à coup revigoré, son masque se tournant vers Rufus. Ce-dernier se rend compte de ce mouvement et porte son attention sur l’assassin en retour.

(Mortis) : C’est à ce moment là que…

(Rufus) : Oui… c’est à ce moment là qu’est entré dans ma vie. Celui qui me force à vivre chaque jour, chaque instant, à chaque heure, chaque minute, chaque seconde… car je ne trouverai pas le repos tant qu’il vivra…

Cendar se fige, pendu aux lèvres de Rufus. L’expression de celui-ci s’assombrit, ses sourcils se plissent, son regard se ferme, sa bouche se tend, sa respiration s’accélère.

(Rufus) : Opitz.   
Chapitre 109 Chapitre 111

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