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Le treizième membre

Sorti le 18/04/2007, compilé dans le Volume 2

Histoire :

      Dans une chambre de l’hôpital Saint Regus d’Eidolon, Eliza est allongée dans un lit, les yeux mi-clos, une minerve autour du cou et un bras dans le plâtre. À ses côtés, Telziel est assis sur une chaise retournée, le dossier reposant contre son torse nu. Un gros bandage lui enroule l’épaule et la moitié supérieure du bras. Il regarde sa compagne d’un air triste.

(Telziel) : Je suis désolé, Eliza… j’aurai dû me montrer plus prudent. Maintenant, notre petite visite à Hydrapole va devoir être remise à plus tard.

     Eliza tourne deux trois fois la tête de manière lente en signe de dénégation. Chacun de ses mouvements a l’air de la faire souffrir, mais elle tente de le masquer au mieux en affichant un fin sourire de circonstance.

(Eliza) : Tu n’y peux rien.

     Telziel baisse la tête, un peu honteux, mais surtout très inquiet. Un peu plus et Eliza aurait pu y laisser la vie. Il en est parfaitement conscient, et cela semble le travailler à l’extrême. Eliza tend son bras valide afin de venir chercher la main de son compagnon, qu’elle sert entre ses doigts avec tendresse. Elle semble hésiter un instant, puis se décide finalement à parler.

(Eliza) : Maximilien…

(Telziel) : Oui ? Tu veux quelque chose ?

     Eliza fait signe que non en souriant, puis affiche de nouveau un air pensif l’espace d’un instant, comme si elle essayait de se remémorer clairement un détail.

(Eliza) : Non… je… la femme qui m’a agressée à l’auberge… je crois que c’était la fille du Seigneur Louis Laderton. Tu sais, celle qui avait disparue.

     Telziel affiche une mine surprise à cette nouvelle, son corps se retrouvant sous tension d’un seul coup.

(Telziel) : Tu es sûre de toi ?

     Eliza hausse les épaules en affichant une mine dubitative.

(Eliza) : Non, pas sûre… mais elle lui ressemblait traits pour traits.

(Telziel) : À vrai dire, je pensais à un simple règlement de compte entre gangs magiques et technologiques, à cause de la présence de ces deux magiciens dans l’auberge, tu sais, ceux qui ont pris la fuite… mais au final, ça ne m’étonnerait pas que l’Ordo Arakis soit mêlé à tout ce bordel.

(Eliza) : Tu crois ? Mais pourquoi la fille Laderton serait-elle leur complice ?

     Telziel baisse la tête et regarde ses mains, semblant chercher une réponse. Il pousse un soupir, frustré de ses propres incertitudes.

(Telziel) : Je ne fais que des suppositions… je n’ai pas encore pu prouver que l’attaque du manoir ait réellement été commanditée par l’Ordo, alors mes théories sont cousues de fil blanc, évidemment. Après, si on se permet des largesses… on ne connait rien du comportement psychologique de la fille Laderton, après tout.

Eliza affiche un léger sourire, ses yeux se perdant dans le vague.

(Eliza) : En tout cas, si c’était bien elle… le profil psychologique me semble clair : psychopathe.

     Ils rient tous les deux légèrement, profitant de cet instant d’accalmie après la tempête qu’ils viennent de traverser. La porte de la chambre s’ouvre au même moment, laissant entrer  Notgiel. Il a l’air légèrement affolé, ce qui provoque un contraste étrange avec le bouquet de fleur qu’il a dans les mains et qu’il vient déposer entre les bras d’Eliza sans même prendre le temps de lui souhaiter un prompt rétablissement.

(Eliza) : Heu… merci… ?

     Le brigadier ne prend même pas le temps de noter l’intonation de désarroi dans la voix de la jeune femme et se retourne directement vers Telziel en affichant une mine désemparée. L’inspecteur, qui n’est pas dupe, comprend vite que quelque chose de grave est sans doute arrivé.

(Telziel) : Mais enfin, qu’est ce qui se passe ?

     Notgiel semble hésiter quelques instants, comme s’il cherchait ses mots. Telziel a la politesse de ne pas le pousser trop vivement à s’exprimer, mais l’impatience se ressent dans chacun de ses battements de sourcils.

(Notgiel) : Patron… les trois gars que j’ai envoyé à la poursuite des fuyards…

     Voyant la mine complètement perdue de Notgiel, et saisissant immédiatement la gravité potentielle de la situation, Telziel se lève de sa chaise, ne faisant plus preuve d’aucune retenue, et agrippe son homme de main par les épaules avant de le remuer légèrement pour le forcer à le regarder dans les yeux.

(Telziel) : Quoi ? Qu’est ce qu’ils ont ?

(Notgiel) : Ils sont morts, patron.

     Eliza laisse tomber le bouquet de fleurs par terre en se redressant vivement, la bouche entrouverte.

(Eliza) : Quoi ?

     Telziel incline la tête en fermant les yeux. Les mains crispées sur les épaules de Notgiel, il se retient pour ne pas lui faire mal en les serrant plus fort qu’il ne le fait déjà. L’inspecteur pousse un profond soupir avant de reprendre la parole.

(Telziel) : C’est une plaisanterie ?

(Notgiel) : Non, malheureusement… ils ont abattus un des magiciens, mais… ça leur a coûté la vie… à tous les trois…

     Telziel, complètement bouleversé, relâche finalement son subalterne en affichant une mine déconfite. Perdant légèrement l’équilibre sous le coup de la surprise, il retombe assis sur sa chaise et laisse tomber sa tête entre ses mains. Eliza, totalement choquée par la nouvelle, garde les yeux écarquillés, ne trouvant rien à dire. Notgiel, quant à lui, se met à faire les cent pas au milieu de la chambre, de manière nerveuse. Un grand silence s’installe dans la pièce et c’est finalement Telziel qui le brise, au bout de plusieurs longues secondes.

(Telziel) : Notgiel, tu vas me faire un rapport détaillé. J’ai pas le temps d’entendre les faits de ta bouche, désolé.

     Il se lève, prenant une chemise de patient sur la commode de la chambre avant de commencer à l’enfiler dans des mouvements nerveux. Eliza l’observe sans rien dire, ne comprenant pas ce qu’il veut faire. Alors qu’il va franchir la porte, Notgiel le retient par l’épaule, une expression inquiète imprimée sur le visage.

(Notgiel) : Patron, qu’est ce que vous faites ?

(Telziel) : Tant pis pour le reste… je vais à Hydrapole. Sur le champ. Et j’y vais seul.

(Notgiel) : Quoi ??!

     Eliza, partageant la surprise de son camarade, tend fébrilement la main pour retenir son compagnon, mais celui-ci a déjà quitté la pièce, sans se retourner.
   
     L’aéroplaneur de l’Ordo Arakis survole les steppes marécageuses du Nord-est d’Eidolon. C’est un itinéraire habituel et un détour obligatoire pour tous ceux qui veulent se rendre discrètement à Hydrapole depuis la cité du partage. À l’intérieur, dans un étroit corridor donnant sur une porte-sas, Sayam et Willem semblent attendre quelque chose ou quelqu’un. Soudain, un vocodeur, placé à droite de cette porte, se met à grésiller avant de s’adresser directement à eux.

(Vocodeur) : Vous pouvez entrer.

     La porte-sas glisse alors automatiquement, ouvrant l’espace confiné du couloir sur un petit salon aménagé de façon assez luxueuse, fort bien éclairé par une large baie vitrée teintée. Rufus les attend, assis sur une confortable banquette en cuir blanc. Il y a deux autres fauteuils faits de la même matière qu’il indique d’un geste de la main aux deux nouveaux arrivants afin de les inviter à y prendre place. Willem va immédiatement s’installer dans celui de droite, tandis que Sayam se place plus timidement dans celui de gauche. Rufus laisse un petit temps s’écouler avant de rompre le silence.

(Rufus) : Alors, tout s’est bien passé ?

     Willem, naturellement enthousiaste, se penche en avant, joignant ses mains entre ses genoux avant de prendre la parole.

(Willem) : Pas dans la plus grande des discrétions, mais c’est pas grave. Tout a été fait sans bavure.

     Rufus affiche un léger sourire satisfait à l’audition de cette nouvelle.

(Rufus) : Parfait.

     Sur la table basse séparant les sièges, une bouteille de whisky et deux verres sont disposés, bien en évidence. Rufus dévisse le capuchon de la bouteille d’un geste calme avant de verser l’alcool dans les deux verres.  Il offre le premier à Willem avant de se saisir de l’autre, se doutant bien que ce n’est pas le genre de breuvage qui plairait à Sayam. Le chef de l’Ordo Arakis boit une gorgée avant de reprendre la parole.
   
(Rufus) : Donc, vous avez récupéré la disquette ?

     Sentant que c’est le moment d’intervenir, Sayam sort la disquette de sa poche et la pose délicatement sur la table. Rufus considère l’objet d’un œil vif avant de reprendre une gorgée de whisky. Un sourire énigmatique s’imprime sur son visage.
   
(Rufus) : Vraiment parfait… eh bien Sayam, il faut croire que tu as été brillante.

     Un petit sourire s’affiche sur le visage de la jeune fille, et ses joues rougissent légèrement. Elle baisse humblement la tête, camouflant son visage derrière sa masse de cheveux bruns. Willem sourit également, mais d’un air plus malicieux.

(Willem) : Je crois que vous l’intimidez, boss.

     Rufus paraît étonné par cette remarque et se tourne vers celui dont elle émane, toujours souriant.

(Rufus) : Allez, fais moi ton rapport, Willem.

     Le sourire légèrement moqueur de Willem s’efface et le rouquin reprend immédiatement son sérieux sous les ordres directs de son chef. Se laissant retomber au fond du fauteuil de cuir blanc, il commence à relater les évènements d’un air calme et détendu.

(Willem) : Richard Burks a été liquidé… notre nouvelle amie a des talents surprenants pour tourner la tête aux hommes… dans des angles que j’aurai cru improbables, d’ailleurs. Manque de bol, il y avait deux agents de la Brigade Inquisitoriale d’Eidolon dans le restaurant… j’en ai blessé un, mais j’ai raté mon coup. Je visais pour le tuer, manque de chance. Sayam a failli tuer l’autre, qui n’a été sauvée qu’in extremis par son collègue. On a préféré fuir après ça, ils avaient appelés des renforts.

     Rufus, qui est resté des plus attentifs pendant tout le récit de Willem, considère à nouveau Sayam d’un œil vif avant de retourner son visage vers son homme de main.

(Rufus) : Bien, bien… je vois… alors, que penses-tu de cette petite ?

(Willem) : Franchement, boss… une fille avec de telles aptitudes est une perle pour un groupe comme le nôtre.

     Les yeux de Rufus s’assombrissent et son sourire de bonhommie disparaît. Cependant la déclaration de son subordonné a l’air de parfaitement lui convenir.

(Rufus) : C’est ce que je pense aussi… J’ai bien fais de l’emmener avec nous, finalement. Elle nous sera fort utile pour ce genre de missions…

     Willem, qui était en train de boire son verre, affiche une mine étonnée.

(Willem) : Comment ? Vous voulez dire que vous pensez à l’intégrer comme notre treizième membre ?

     Le regard de Rufus se tourne alors à nouveau vers Sayam, qui bien qu’absente par les paroles, ne semble pas avoir raté une miette de ce qui vient d’être dit.

(Rufus) : Ça, ça dépendra de ce qu’elle veut, elle. Qu’en penses-tu, Sayam ?

     Sayam regarde tour à tour Rufus et Willem, qui ont tous deux les yeux rivés sur elle. Sa décision est déjà prise, de toute manière. D’une manière tout à fait imperturbable, elle répond sans marquer un grand temps de réflexion.

(Sayam) : Je suis d’accord.

     Rufus retombe au fond de son fauteuil, et vide son verre de whisky d’un coup. Ses yeux semblent devenir moins perçants, plus naturels que lors de la discussion qui vient de précéder.

(Rufus) : Parfait… Absolument parfait…

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