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A propos de Rufus

Sorti le 19/11/2009, compilé dans le Volume 13

Histoire :


[Flashback]
Dans une cellule miteuse et à moitié délabrée, qui ne laisse supposer de sa fonction que par la grille rouillée et sale qui la sépare du couloir sombre auquel elle est rattachée, un jeune homme amaigri, visiblement faible, se tient assit sur une sorte de matelas à moitié éventré, jeté de travers sur le sol, l’un de ses côtés chevauchant quasiment une cuvette de toilettes tellement répugnante qu’elle donnerait envie de se faire dessus plutôt que de s’y asseoir. Le jeune homme aux longs cheveux gris et au torse nu et musclé, malgré les os saillants qui le parcourent, se tient calmement, les bras et les jambes croisés, le regard vide, fixé sur la grille, dans une immobilité totale. Ses yeux d’un bleu glacial ne vacillent pas d’un yota, d’ailleurs ils ne clignent même pas. Devant lui, posé sur le matelas dans un air presque cérémonial, il y a un journal noir à la couverture usée. Ce jeune-homme d’une vingtaine d’années environ, c’est Rufus, le futur chef de l’Ordo Arakis. Le journal qu’il tient devant lui est celui qui causera sa défaite psychologique face à une femme de la Brigade Inquisitoriale une dizaine d’années plus tard.

(Rufus) : Tu es là ?

Sa voix ne semble s’adresser à personne et il n’a pas opéré le moindre mouvement lorsqu’il a prononcé ces mots. Pourtant une réponse s’élève dans les airs, parvenant de la cellule voisine. Visiblement le mur, en bien piteux état, laisse sans soucis passer les sons.

(Voix) : Evidemment, que je suis là… où voudrais tu que je sois ?

(Rufus) : Tu pourrais être mort, Cendar…

La voix d’à côté, qui est donc celle de Cendar, pousse un ricanement sourd entrecoupé d’un toussotement fatigué.

(Cendar) : Ca t’arrangerait bien, non ?

(Rufus) : Pas tant que ça.

(Cendar) : Tu ne devrais pas t’inquiéter, on s’assure bien qu’on ne puisse trouver le repos éternel ici… je me demande toujours comment ils font pour savoir si bien stabiliser notre état entre la vie et la mort sans qu’on puisse réellement statufier de l’un ou de l’autre.

Rufus ne répond rien, fixant toujours droit devant lui.

(Cendar) : Mouai… tu n’es toujours pas devenu sensible à mon humour ravageur depuis le temps… je devrais me faire à l’idée. Tu veux pas continuer à me raconter l’histoire qui t’a mené ici, histoire que je puisse me rassurer en entendant le doux son de ta voix ?

(Rufus) : Ce soir je veux remonter plus loin.

Grand silence entrecoupé d’une respiration forte et visiblement intriguée. La voix de Cendar se fait plus proche, comme s’il venait de coller son visage contre le mur pour se rapprocher au maximum de Rufus.

(Cendar) : Tu « veux » ? Je crois que c’est bien la première fois que je te vois exprimer un quelconque désir… tu n’es pas une machine finalement ?

(Rufus) : Je ne l’ai pas toujours été… mais mon cœur était déjà froid et desséché à l’époque…

[Flashback]
(Adernate) : Souriez les enfants, le petit oiseau va sortir.

Un flash clair jaillit de l’appareil photo que tient entre ses fins mains Adernate Van Reinhardt. Face à elle se tient une balançoire et deux enfants. L’un d’entre eux, aux cheveux noirs et au large sourire, bien vêtu et à l’air noble, se tient assit sur le siège de la balançoire, observant la femme qui lui fait face avec une expression ravie. Le second, habillé banalement, est assit au sol, la tête entre les genoux, l’air absent, et ne regarde même pas en direction de la femme, faisant abstraction de la photo.

(Adernate) : Allons Rufus, tu pourrais faire un petit effort, non ? Tu n’as pas envie d’être photographié avec Ikher ?

Le jeune garçon aux cheveux noir, qui est donc Ikher Van Reinhardt, tourne un regard triste vers son frère et essaye de lui offrir un sourire de consolation qui n’est même pas perçu.

(Ikher) : Tu veux t’asseoir à ma place sur la balançoire ?

Aucune réponse de Rufus, même pas un mouvement de la tête. Son regard d’azur est vide et fixe, pointant dans le vide, rappelant avec une étrange similitude l’état dans lequel il stagnera, en cellule, bien des années plus tard. Soudain, un homme massif fait irruption derrière Adernate, attrapant avec force vive l’appareil photo qu’elle tient entre ses mains. Le visage dur et imposant, la carrure imposante, il présente un homme de forte musculature qu’une vie bourgeoise a partiellement engrossé par endroits. Les cheveux foncés, les yeux marron, il a une certaine ressemblance abstraite avec Ikher, mais n’a aucun point commun avec Rufus. Cet homme est Peter Van Reinhardt, le père des deux enfants et l’époux d’Adernate.

(Peter) : Qu’est ce que ceci, ma chère ?

Adernate affiche une expression peinée et vire à l’écarlate en deux secondes. Ses mains se tordent l’une dans l’autre, laissant clairement apparaître l’état de confusion et de stress dans lequel elle se trouve.

(Adernate) : Oh, Peter… je me disais que… avec ce beau temps…

Peter vire à l’écarlate, emprunt d’une rage féroce qui ne demande qu’à éclater en un tonnerre de hurlements, mais il semble vouloir se contenir.

(Peter) : Vous savez très bien que je ne veux pas que cette… chose…

Son regard se tourne vers Rufus, qui n’a pas bougé d’un cil depuis son arrivée.

(Peter) : … puisse être rapproché d’une quelconque manière à ma famille !

(Adernate) : Mais Peter, il est notre enfant !

Peter ne peut alors réprimer toute la colère qu’il a essayé de dissimuler jusqu’alors. D’un geste sec et ferme, sa main part et dans un puissant arc de cercle, vient percuter le visage d’Adernate qui est projeté au sol sous la puissance du coup. Rufus ne tourne même pas la tête vers la scène, son regard vide restant fixé sur le point inconnu qu’il n’a pas quitté depuis un long moment déjà. Les yeux écarquillés, Ikher ne peut, quant à lui, empêcher ses larmes d’enfants de couler.

(Ikher) : Maman !! Maman !!

Il se précipite à ses côtés, mais la jeune femme, un sourire forcé aux lèvres, barré d’un fin liseré de sang s’écoulant de son nez meurtri, est déjà en train de se redresser.

(Adernate) : Tout va bien, Ikher, maman va bien.

Mais le jeune garçon ne l’entend pas de cette oreille. Se plaçant entre sa mère et son père, barrant le passage de ses petits bras écartés, il affiche un regard haineux rempli de larmes.

(Ikher) : Tu es un monstre ! Un monstre ! Tu déteste maman, tu déteste Rufus !! Je te hais !!

Bien qu’il ne le laisse pas transparaître, Peter semble touché par les réprimandes entrecoupées de sanglots de son fils. Malgré tout, il redresse sa main pour lui adresser à son tour une correction. Ikher ne bouge cependant pas d’un pouce, gardant son regard fixé sur les yeux de son père. Alors que la sentence est prête à s’abattre, la voix froide de Rufus, presque irréelle dans ce contexte, semblant sortir de nulle part, vient paralyser le geste de Peter, figeant la scène sur place.

(Rufus) : Arrête.

L’enfant aux cheveux gris s’est relevé, et fixe son père de son regard vide à l’azur glacial. Peter serre les dents de colère à la simple vu de ce-dernier. Cependant, très lentement, sa main s’abaisse, tandis que ses yeux ne quittent pas ceux de son fils aîné.

(Rufus) : Tu n’as pas de haine contre Ikher. Et tu ne voudrais pas qu’il te haïsse. C’est lui ton seul héritier.

Peter vire à l’écarlate, visiblement troublé par les paroles que vient de prononcer Rufus sur un ton complètement détaché. La bouche entre-ouverte par la surprise, Ikher jette un regard curieux à son frère, ne semblant pas comprendre ce qu’il vient de dire.

(Peter) : Cette fois c’en est trop.

En deux pas, Peter est sur Rufus. Deux coups tombent sans prévenir, comme une tempête imprévue. La tête du jeune garçon se retourne de chaque côté sous la puissance des coups, mais son expression est inchangée, et son regard se replace de lui-même dans celui de son père, le toisant d’un mépris glacial camouflé derrière une impassibilité presque morbide. La grosse main du père agrippe le fils par le collet et le soulève du sol, rappelant par une tournure presque ridicule qu’il ne s’agit bien là que d’un enfant, chétif et léger. Sa prise en main, Peter se retourne vers la maison et s’y dirige d’un pas rapide et féroce. Adernate se redresse, l’air légèrement paniquée.

(Adernate) : Peter… que faites-vous ?

(Peter) : Si je dois tolérer la présence de cette chose sous mon toit, alors je le ferai selon mes propres règles. Il restera enfermé dans sa mansarde et je ne veux plus qu’il en sorte… mes yeux ne doivent jamais plus recroiser les siens.

Adernate tend une main pathétique vers son mari, comme si elle voulait le retenir à distance.

(Adernate) : Si Monsieur Opitz l’apprend il va…

Peter se fige alors sur place. Le feu de colère qui bouillonne en lui semble se transformer en un intense et incontrôlable torrent de lave explosant en un volcan tonitruant. Le visage écarlate, la sueur au front, il se retourne en trombe vers sa femme.

(Peter) : MONSIEUR OPITZ ?!! QU’IL AILLE AU DIABLE !! En serions nous là, avec cette chose, si ce… ce monstre n’était pas intervenu dans notre vie ?! Qui qu’il soit, tout est de sa faute, et peu importe son rang et la toute puissance de son entreprise !! Ce gamin bouffi, cet être ignoble… je le…

(Adernate) : Vous le quoi ? Vous savez bien ce qui arrivera si jamais vous le mettez en colère. Rufus est très important pour lui.

(Peter) : Car il EST lui.

Adernate serre les poings, affirmant sa position, semblant retrouver un semblant de courage malgré la blessure qui lui macule le visage.

(Adernate) : Rufus est notre fils !!

Se retournant d’un air calme derrière lequel se cache toute la froideur de sa haine, Peter tourne le dos à sa femme, et lâche dans un souffle.

(Peter) : Non… jamais.

[Fin du Flashback]

Rufus fixe toujours le journal qu’il a devant lui, sur ce matelas miteux, dans cette cellule humide et insalubre. Il semble chercher en sa mémoire les mots adaptés pour continuer son récit, mais Cendar semble s’impatienter derrière son mur.

(Cendar) : Et après quoi ? Il t’a vraiment enfermé ?

(Rufus) : Il s’en est tenu à ce qu’il a dit. Pendant deux ans ma chambre a été mon seul lieu de vie. J’avais mes propres sanitaires, un lavabo pour mon hygiène. Une petite trappe avait été aménagée sur la porte pour me faire passer mes repas ou ce dont je pouvais avoir besoin…

(Cendar) : Ouai… décidemment, tu es fais pour vivre en cellule… quelle vie pourrie.

Un léger sourire s’affiche sur le visage de Rufus.


(Rufus) : Cette époque… ou même ma vie ici, dans cette cellule… tout ça sont des bons moments par rapport à ce qui m’est arrivé par la suite.

Un blanc gêné de presque une minute s’instaure entre les deux cellules voisines, le fin mur de pierres froides ne parvenant à masquer l’hésitation que ressent Cendar à ce moment précis. Finalement, il rompt le silence de lui-même, attisé par une curiosité qui semble presque regrettée, dans le ton de sa voix.

(Cendar) : Qu’est ce qui pouvait être pire que ça ?

(Rufus) : Je te raconterai ça plus tard. Pour l’heure, nous avons de la visite.

(Cendar) : Hein ?

Alors qu’il lâche ses mots, le mur arrière de la cellule de Rufus explose dans une détonation impressionnante, emportant dans son éclat une bonne partie de la cloison qui séparait les deux geôles. Cendar est renversé en arrière, pris par la surprise, une expression étonnée imprimée sur le visage.


(Cendar) : Qu’est ce qu… ?

Au milieu du nuage de fumée résiduel de l’explosion se tient un homme entièrement vêtu de noir, arborant un masque blanc à l’expression étrangement enjouée. Il tient entre ses mains une longe lance qu’il ne tarde pas à pointer sur la nuque de Rufus, qui lui tourne le dos, toujours assit sur son matelas, à présent recouvert de poussière et de gravats. Une voix sombre, semblant partagée par la colère et l’amusement, s’écoule de derrière le masque, figeant Cendar sur place dans son expression hébétée.

(Homme masqué) : Tu détiens quelque chose qui m’appartient, Van Reinhardt.

(Rufus) : Je t’attendais plus tôt… Mortis.

Chapitre 108 Chapitre 110

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