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Deux fusils croisés

Sorti le 30/10/2009, compilé dans le Volume 12

Histoire :

Almee avance parmi les décombres qui obstruent le couloir qu’il est en train d’emprunter. Sayam, le tenant par la main, se laisse presque traînée, visiblement épuisée par ses derniers affrontements. Le réploïde pousse finalement une lourde porte de métal qui débouche sur une rampe d’accès externe, à l’arrière du quartier du CRTN. Un long escalier de sécurité descend devant eux jusqu’à une ruelle pavée étroite, déserte de toute activité. Le nuage de poussière opaque provenant de la destruction de l’aile droite se répand jusqu’ici, piquant les yeux des deux acolytes. Almee lance un regard attristé en arrière, contemplant l’abîme noir dont il vient de sortir. Sayam pose sa main sur son visage, le forçant à la regarder dans les yeux.

(Sayam) : Nous devons y aller…

Almee hoche la tête, attend encore une seconde, et commence à dévaler les marches qui lui font face. Lorsqu’ils arrivent en bas, une ombre les surprend, se délogeant de l’espace sombre qui était crée sous l’escalier. Alucar apparaît devant eux, les effrayant quelque peu par la brusquerie de son mouvement.

(Alucar) : Je vous attendais. Raven m’a dit que vous alliez sortir par là.

(Almee) : Tout le monde est évacué ?

Alucar hoche gravement la tête, un fin liseré de sang s’écoule de son front, barrant son visage pâle de haut en bas.

(Alucar) : Scott restera jusqu’au bout. Tout comme Rufus… c’est ce qui était prévu. Tous les autres sont partis, il ne reste que nous trois.

Almee lève la tête vers le nuage de fumée qui stagne au dessus d’eux, transformant le ciel en un tourbillon grisâtre et sinistre.

(Alucar) : Ce n’était pas au programme, si c’est ce que tu te demandes. Tout ne peut pas toujours se passer comme prévu…

Le regard d’Alucar s’assombrit un peu plus, et semble se perdre au-delà de son interlocuteur.

(Alucar) : En réalité, je crois que beaucoup de choses imprévues se sont déroulées aujourd’hui… et certaines d’entre elles auront des conséquences que nous n’avions même pas imaginées. Que ce soit au sein de notre organisation, ou bien de ce monde…

(Almee) : Qu’est ce qu… ?

(Alucar) : Plus tard la parlote, ça commence à s’agiter là bas. Venez, Almee, Sayam… notre mission est terminée.

Le réploïde hoche la tête et, sentant que Sayam commence à perdre de ses forces, la saisit sous le bras pour la soutenir. Alucar fait un pas rapide en avant et se met à courir, bientôt suivit tant bien que mal par ses deux associés.

Le regard de Rufus se fixe sur le sas coulissant qui lui fait face. Son mouvement s’est subitement arrêté et un léger sourire se dessine sur son visage.

(Rufus) : Qu’est ce que tu crois faire, là ?

En arrière, Eliza vient de braquer sur le chef de l’Ordo Arakis le fusil à pompe que ce dernier lui avait précédemment donné pour se défendre contre l’Ombre-Willem. La jeune femme, le regard ferme, barré par ses mèches de cheveux en bataille, semble déterminé dans son action.

(Eliza) : Je fais ce que je peux.

Rufus se retourne vers elle, son énigmatique sourire toujours imprimé sur le visage.

(Rufus) : Et c’est tout ce que tu peux ?

Eliza secoue la tête de droite à gauche en signe de négation et d’une main leste, elle porte la main sous son veston en cuir. Rufus n’a pas même un mouvement de recul ou d’une quelconque tentative de défense face au mouvement de celle qui le tient à présent en joue. L’air détendu, il semble s’amuser de la situation. Cependant, lorsqu’il voit ce que la brigadière retire de sous son veston, ses yeux s’écarquillent dans une expression de surprise mêlée d’effroi. Entre les mains d’Eliza, il y a le vieux journal qu’elle avait récupéré dans le manoir des Van Reinhardt. Sans aucune sommation, et dans un mouvement tellement rapide qu’il semble invisible à l’œil nu, le fusil de chasse de Rufus se dresse de tout son long et se plaque entre les deux yeux de la jeune femme. Le regard de son possesseur est vide et froid, ses sourcils froncés témoignant d’une intense émotion de colère. Eliza ne se démonte pas, affirmant avec un léger mouvement du poignet la position de sa propre arme à feu. Ses doigts se resserrent sur le cuir marron usé du vieux journal. Un coup d’œil rapide de Rufus sur celui-ci témoigne de sa préoccupation à l’égard de l’objet.

(Rufus) : Tout devait avoir brûlé.

(Eliza) : Pas tout, non.

Un petit mouvement nerveux agite la tête de Rufus qui s’empresse de reprendre le contrôle de ses émotions.

(Rufus) : Tu l’as lu ?

(Eliza) : Oui. Mais je suis la seule.

(Rufus) : Tu as du cran pour l’affirmer de la sorte.

Un déclic se fait entendre. Le doigt de Rufus vient de glisser sur la gâchette. D’un millième de seconde à l’autre, tout peut s’achever dans une détonation infernale. Pourtant Eliza ne témoigne d’aucune affectation par rapport à la situation. D’un mouvement calme, elle tend le carnet vers Rufus qui recule presque face à cette avancée.

(Rufus) : Contre quoi ?

(Eliza) : Le remède au poison répandu par la faux de l’un de vos acolytes.   

(Rufus) : Amusant.

Le léger sourire de Rufus refait son apparition sur son visage, comme s’il venait soudain de se rendre compte que c’était toujours lui qui dominait la situation. Cependant, rien n’est moins sûr au regard de l’expression extrêmement ferme d’Eliza.

[Flashback]
Dans le véhicule d’intervention de la Brigade Inquisitoriale qui les transporte sur les lieux de la prise d’otages, le groupe du BAC semble anxieux. Davien, Eliza et Zerkim sont assis l’un à côté de l’autre et sont murés dans un silence de plomb. C’est finalement le chef de l’unité qui prend la parole, d’une voix sèche.

(Davien) : Soyons honnêtes, je ne suis pas sûr du tout que notre rôle dans tout ça aura une quelconque incidence sur les évènements…

Zerkim pousse un ricanement en haussant les épaules.

(Zerkim) : On sera un peu comme une épine dans le pied. Mais même si ce n’est pas plus que ça, c’est déjà une bonne chose, non ?

Eliza, assise entre les deux autres, pose sa main sur leurs épaules respectives et affiche un sourire rassurant et lumineux.

(Eliza) : Si on ne peut pas le faire pour le Monde, faisons le au moins pour Maximillien et Notgiel.

La même expression rassurée vient contaminer les visages de Davien et Zerkim qui hochent la tête de concert.

(Davien) : C’est sans doute une bonne chose, n’est ce pas ?

(Zerkim) : Ca ne fait aucun doute.

Eliza rabaisse ses mains en direction de ses jambes, et pose délicatement la droite sur le côté de son veston, à l’intérieur duquel dort un secret qui pourrait bien lui venir en aide le moment voulu.

[Fin du Flashback]

(Eliza) : C’est la seule chose positive que l’on pourrait retirer de tout ça. Il n’y a rien d’amusant là dedans.

(Rufus) : Soyons sérieux. Qu’est ce qui m’empêcherait de te tuer et de récupérer ce journal sur ton cadavre ?

Cette perspective macabre ne perturbe pas la jeune femme, qui reste campée dans sa position. Elle remarque d’un petit coup d’œil que Rufus a légèrement avancé sa main libre vers le journal qu’elle lui tend, mais n’a pourtant pas tenté de s’en saisir par la force.

(Eliza) : Le fait que je sache ce qu’il y a dans ce journal.

(Rufus) : Raison de plus.

(Eliza) : Vous savez que c’est faux.

Rufus agite son arme dans un geste d’impatience indiquant que le temps des pourparlers arrive bientôt à son terme.

(Rufus) : Je vais manquer de temps. Si tu continue sur cette voie, tu ne te laisse que peu de chances…

(Eliza) : Ce journal était destiné à être lu. Tout comme tous ces souvenirs qui étaient laissé à l’abandon dans le manoir. Si vous n’aviez pas voulu qu’ils soient découverts, vous auriez tout brûlé il y a longtemps.

La moutarde semble monter au nez de Rufus. D’un mouvement sec, son fusil se plaque contre le front d’Eliza, la froideur du canon lui forçant à froncer encore plus les sourcils. L’impatience du chef de l’Ordo Arakis se fait de plus en plus palpable, malgré le sourire forcé qu’il se garde de laisser retomber et qui joue faussement sur son visage, tel un masque tragique.

(Rufus) : Ce que pouvait représenter ce journal est mort il y a longtemps.

(Eliza) : Je refuse de le croire.

(Rufus) : ET QUI CROIS TU ETRE POUR PRETENDRE LE COMPRENDRE ??!

Rufus semble être le plus surpris face à sa propre colère qui vient subitement d’exploser face à lui comme une vérité indéniable. Il a un mouvement de recul et son arme s’abaisse presque automatiquement. Il tourne la tête sur le côté, tentant de masquer une ultime fois l’expression perturbée qui l’agite mais en vain. Eliza, saisissant dans ce mouvement sa victoire dans ce duel psychologique, abaisse son arme à son tour. La main vide de Rufus se tend vers elle, paume ouverte vers le haut. Les doigts se referment en un poing et se rouvrent lentement. Sans étonnement, Eliza constate alors la présence d’une petite fiole de cristal bouchonnée par un joli fermoir en argent au creux de la paume précédemment vide. A l’intérieur, un liquide vaguement violacé s’agite paresseusement. La brigadière porte alors sa main vers la fiole, tentant de masquer la pression qui se relâche de son corps en de petits tremblements incontrôlables. La main de Rufus a alors un léger recul, comme s’il venait subitement d’avoir un revers de position.

(Rufus) : J’applique néanmoins à ceci une condition.

(Eliza) : Laquelle ?

(Rufus) : Je ne veux plus jamais revoir l’un de vous sur mon chemin… et surtout pas toi. Si jamais j’apprends que vous avez ne serait ce que continué à enquêter sur moi ou sur mon organisation, j’enverrais mes tueurs les plus discrets et les plus expéditifs pour faire ce que j’aurai dû faire il y a quelques secondes. 

Eliza hoche doucement la tête.

(Eliza) : Je m’en tiens pour garante.

(Rufus) : Bien.

La main de Rufus s’ouvre alors à nouveau vers l’avant, laissant tout le loisir à Eliza d’en récupérer le contenu. Un soulagement sans égal illumine le visage de la brigadière alors qu’elle comprend qu’elle détient entre ses mains le salut de Notgiel. Rufus lui laisse cependant peu de temps pour profiter de ce moment d’extase car il continue à tendre vers elle une main vide qui attend d’être remplie par sa propre source de réconfort. Sans hésiter un seule instant, la brigadière dépose entre les mains de son mystérieux adversaire le vieux journal.
Au moment où Rufus pose la main sur lui, une foule de souvenirs qu’il partage à présent avec celle qui le lui restitue, lui jaillit en mémoire comme une vague inaltérable…

Chapitre 107 Chapitre 109

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