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Le croissant rouge

Sorti le 27/08/2009, compilé dans le Volume 12

Histoire :



A l’extérieur du CREAE, la stupéfaction a laissé place à l’effervescence et à la panique. Les soldats encore en vie courent de droite à gauche, transmettant des ordres venant de différents chefs d’unité qui, dans leur précipitation, semblent se contredire eux-mêmes. Au sein de ce chaos, les secours ont finit par faire leur arrivée. Leurs sirènes se sont tues, mais leurs gyrophares continuent de tournoyer, balayant les acteurs de cette scène rocambolesque de lumières rouges et bleues. Zerkim, assit à l’arrière d’un des fourgons d’assistance médicale d’urgence, est en train de se faire raccommoder une large entaille qui lui barre le dos, tandis qu’un autre médecin tâte ses côtes, tentant de déterminer lesquelles sont cassées. Bien que la douleur de ces manipulations soit insoutenable, le mage ne laisse rien transparaître. Le visage neutre, les yeux perdus dans le vide, il semble loin de toute cette agitation. Couché dans un brancard à l’intérieur du véhicule, Schaetz semble être dans le même état d’apathie, un médecin contrôlant la gravité de ses blessures et commençant à donner ses instructions au conducteur du fourgon.

(Médecin) : Il va falloir conduire celui-ci au bloc, son épaule est dans un sale état.

Au même moment, une masse sombre tranche l’éclairage qui dominait à l’intérieur du fourgon, forçant Zerkim à relever ses yeux fatigués vers elle. Todd se tient juste au dessus de lui, une expression à la fois peinée et sérieuse imprimée sur le visage.

(Zerkim) : On devrait peut être attendre les autres avant de faire un quelconque débriefing, patron…

(Todd) : Quand je pense qu’Eliza, Davien, Embert et Daron sont toujours là-dedans… bon sang, qu’est ce qui m’a pris d’envoyer le BAC dans cet enfer ? Je suis vraiment désolé, Zerkim.

Le mage hausse les épaules, indiquant par ce simple geste à son supérieur qu’il n’a pas à faire d’excuses.

(Zerkim) : On était tous conscients des risques et volontaires… on l’a fait pour Notgiel…

Une remontée de culpabilité obstrue la gorge de Schaetz à l’audition de cette phrase. Ses mains se resserrent sur les bords du brancard et il a du mal à retenir les larmes de honte qui lui piquent les yeux.
Au même moment, un groupe de militaires resserré fait une percée remarquée au travers de la foule chaotique, la traversant comme une lame de fond. Au passage de cette troupe, tous les autres militaires semblent soudainement s’arrêter, figés sur l’instant en une expression d’hébétude extrême. Finalement, comme si leur vie dépendait de ce réflexe, ils se mettent absolument tous en position de salut martial commun, un salut qui n’est ni celui de l’ADT, ni celui de l’ADM. Les militaires qui ont fait leur apparition sont tous vêtus d’armures énergétiques légères et résistantes et portent au dessus une longue veste en cuir noir. Les galons sur leurs épaulettes avancent le fait qu’ils sont tous au moins colonels, mais ils ne portent l’insigne d’aucune des deux factions en présence. Au milieu de ce cortège de gradés, un homme se démarque par son allure et le charisme dont il fait preuve. Il a des cheveux blancs assez longs qui retombent en mèches éparses sur son visage long et acéré. L’un de ses yeux est barré d’un cache œil noir, tandis que l’autre, rivé en une expression d’analyse, est d’une étrange couleur grise. L’air détaché et légèrement négligé, il est torse nu sous un manteau noir de cuir. Le nombre d’étoiles sur ses galons ne saurait être compté. A sa ceinture, il porte quatre fourreaux contenant chacun des épées de différentes tailles et de différents styles. Entre ses lèvres fines et sèches, une cigarette très nettement entamé diffuse une fumée éparse qui brouille ses traits.


(Zerkim) : Est-ce que… c’est bien… ?

Todd hoche la tête, l’air grave.

(Todd) : Oui, c’est bien lui… le généralisme Yuri Whyze, chef des armées et président du Sénat d’Eidolon.

Todd ne peut s’empêcher de saluer à son tour le généralissime, bien qu’il soit très nettement hors de portée de son champ de vision, faisant preuve d’un respect hiérarchique que le mage ne lui connaissait pas. Zerkim l’imite d’une main hésitante, fixant l’avancée du généralissime au travers de la troupe de soldats.

(Zerkim) : ADT ou ADM… pour lui, c’est pareil.

(Todd) : Il est le chef de l’Armée Sénatoriale… l’ADT et l’ADM n’en sont que deux branches distinctes. C’est lui qui détient le pouvoir militaire total à Eidolon. Il détient Eidolon tout court, d’ailleurs.

Zerkim avale à sec à l’audition du ton légèrement angoissé avec lequel Todd a prononcé cette dernière phrase. Il concentre alors son attention sur cet individu étrange à la posture courbée, à la vision duquel personne ne penserait qu’il est à la tête du pays tout entier. Le généralissime se dirige droit vers le général Berg, qui s’est figé depuis son arrivée en la position de salut qu’on opéré tous les autres soldats. Lorsque Yuri arrive à son niveau, il s’arrête, sans toutefois prendre la peine de le regarder. Le fait que le général fasse quasiment une tête de plus que son supérieur a quelque chose de légèrement cocasse qui fait naître un demi-sourire sur le visage de Zerkim. Yuri prend une dernière bouffée de sa cigarette avant de la jeter au sol et de l’écraser de sa botte noire méticuleusement cirée.

(Berg) : Général Berg, au rapport, généralissime Whyze !!

Yuri redresse son œil gris vers lui d’un air détaché presque insultant avant de le tourner vers les ruines du CREAE. Marquant bien son geste pour que le général le constate, il reporte finalement son œil sur ce-dernier tout en lui expulsant la fumée de sa cigarette en plein visage. Finalement il lui offre un léger sourire.

(Yuri) : Vous pouvez répéter ? Je crains de ne pas vous avoir bien compris…

Berg écarquille légèrement les yeux et blêmit, le visage tremblotant.

(Berg) : Heu… à… à vos ordres… Général Berg, au rapport, généralissime Whyze.

Malgré le monde en présence, pas un bruit n’émerge de la foule. Tous les regards sont braqués sur le généralissime et celui à qui il s’adresse… le contraste avec le chaos régnant encore cinq minutes auparavant est saisissant.

(Yuri) : Ah… alors j’avais bien compris, finalement.

Yuri redresse très légèrement sa main et fait un signe des doigts tout aussi léger. Immédiatement, le militaire qui se trouvait juste à sa droite, un peu en retrait, s’avance, retourne son fusil d’assaut et frappe violemment de la crosse, directement dans le sternum de Berg, qui tombe à genoux sous le choc, le souffle coupé. L’arme se retourne, braquant son canon menaçant entre les yeux du général. Todd se fige à la vision de cette attaque, les poings serrés. Zerkim voit se dessiner sur son visage tout un panel d’expressions successives, passant de l’indignation à la rage pour se conclure par une résignation douloureuse. Todd détourne le regard et s’éloigne de quelques pas, visiblement nauséeux. Zerkim, quant à lui, ne peut détourner son regard.

(Yuri) : Je peux ordonner au commandant Spengler de vous abattre sur le champ, « Général Berg ». A moins que vous ne repreniez votre phrase en y retirant ce qui m’a visiblement… irrité. C’est à vous.

Yuri pointe Berg de son doigt ganté de cuir pour l’inviter à prendre la parole. Ce-dernier avale à sec, reprenant son souffle, la tête basse et le teint pâle. Il inspire et expire avec force, comme si ce qu’il avait à dire était encore plus douloureux que le coup qu’il venait de prendre. Finalement, eu bout de quelques secondes, il redresse un visage faussement digne vers le généralissime, tentant d’ignorer l’arme qui est toujours braquée sur lui.

(Berg) : … Berg… au rapport… généralissime… Whyze…

Yuri frappe vivement ses mains l’une contre l’autre d’un air ravis, affichant un sourire enchanté.

(Yuri) : Exactement, monsieur Berg. Car c’est ainsi que nous vous appellerons maintenant, n’est ce pas ?

Berg baisse honteusement la tête, n’osant plus soutenir le regard glacial de Yuri ni son air faussement enchanté mais clairement sadique. Ce-dernier pose finalement une main conciliante sur l’épaule de l’ex-général.

(Yuri) : Mais vous êtes néanmoins aux arrêts.

Des regards surpris s’échangent de partout dans la foule tandis qu’une rumeur se propage à la vitesse de l’éclair telle une vague de fond, faisant renaître le son dans un monde qui en avait été subitement privé. Au milieu de ce chahut, Yuri brandit les mains en l’air pour regagner l’attention et se met à parler d’une voix forte afin d’être entendu de tous, arborant toujours un magnifique faux-sourire.

(Yuri) : Et tous les membres de l’ADT, qu’ils soient présents ici, ou ailleurs, ou bien au chaud devant leur télévision, sont aux arrêts. Peu importe leur grade ni leur position. Soldats, déposez vos armes et rendez vous sans faire de résistance.

Mais aucune résistance ne se fait. Les soldats de l’ADM pointent leurs mains crépitantes de magie en direction de chaque soldat de l’ADT qu’ils peuvent avoir sous les yeux. Ces-derniers, devenus aussi pâles que l’a été Berg quelques secondes avant, laissent choir leurs armes au sol et placent docilement leurs mains derrière leurs têtes.

(Yuri) : Votre leader de parti, Alec Windermal, va être jugé par le tribunal militaire sénatorial. Le mouvement technologique est reconnu comme parti hérétique à daté de ce jour et jusqu’à nouvelle décision de la cour de justice des armées du Sénat d’Eidolon. De ce fait, l’ADT est dissoute et ses membres officiellement mis aux arrêts, selon la décision du conseil suprême et de son président, votre serviteur loyal... Yuri Whyze.

Zerkim reste bouche bée face à ce qu’il vient d’entendre et ne peut contenir son émotion qui se manifeste par de légers tremblements et une irrésistible chair de poule. Todd revient vers lui, l’air détaché, tentant de masquer la fureur qui lui empourpre le visage.

(Todd) : Voilà le pire dénouement possible à cette histoire…

(Zerkim) : Un dénouement ? Mais la prise d’otages n’a pas été résolue et nos gars sont toujours là bas !! Qu’est ce qu’ils vont faire maintenant ? Le bâtiment est à moitié en ruines, Nysen est mort… A quoi peut donc servir cette mascarade ? Windermal n’était qu’un pion : l’Ordo Arakis a déjà gagné.

(Todd) : Ils avaient gagné depuis le départ…

Une expression de surprise s’affiche sur le visage de Zerkim qui penche la tête sur le côté, attendant la suite des explications.

(Todd) : Ca a dû barder au Sénat. Le généralissime a demandé la destitution totale de l’ADT. L’implication de Windermal n’a pas été remise en question et il va être mis aux arrêts, ainsi que tous les membres de son parti. Van Reinhardt est un fin limier… il recherche quelque chose, et il est sûr à présent, quoiqu’il arrive, qu’il l’obtiendra… ce salaud avait raison.

(Zerkim) : Qui donc ?

Todd tourne un visage sec et désincarné vers le bâtiment qui s’élève toujours au milieu d’un âcre brouillard de poussière.  

(Todd) : Opitz…

Le salaud en question s’époussette la veste d’un geste las, soulevant de petits nuages de poussière. Autour de lui, le couloir dans lequel il a affronté l’Ombre de Willem n’est guère plus qu’une vaste ruine. Les murs semblent avoir été déchiquetés et leurs restes sont éparpillés de partout aux alentours, recouvrant la quasi-totalité des soldats mutilés que l’Ombre avait précipité dans une mort violente et douloureuse.

(Opitz) : J’ai perdu trop de temps… Rufus va avoir une large avance sur moi. Nos retrouvailles risquent d’être sabordées, c’est dommage.

L’attention du chef du CRTN se porte alors d’un mouvement lent sur le corps d’Engal, toujours adossé au mur, inconscient. De petits gravas ont recouvert ses vêtements, mais malgré sa visible fatigue extrême, il semble avoir été assez préservé lors des différents affrontements auxquels il a fait part.

(Opitz) : Mmmh… ce serait vraiment bête si je loupais l’occasion de montrer à mon vieil ami toute l’affection que j’ai pour lui.

Opitz s’approche alors doucement d’Engal et s’accroupit juste devant lui, semblant vouloir le regarder dans les yeux malgré qu’il les ait fermé.

(Opitz) : Que dirais tu d’accepter de me servir de roue de secours au cas où je le raterai, mon cher Engal ? Tu pourras lui porter mon message en différé…

La main d’Opitz se tend doucement vers le cou du mage qu’elle finit par enserrer délicatement, se refermant finalement sur le côté droit, en arrière, presque au niveau de la nuque. Le chef du CRTN pousse un léger soupir et laisser une sorte d’aura rougeâtre se diffuser tout au long de son bras jusqu’à se concentrer dans sa main. Un léger liseré de fumée grise émane de sous la paume d’Opitz, comme si quelque chose brûlait. Puis soudain, l’aura disparaît et Opitz se redresse, visiblement satisfait.

(Opitz) : Bien. Assez perdu de temps en mesures de sécurité.

Ayant lâché ses mots, il se détourne d’Engal et s’éloigne, le laissant reposer parmi les décombres comme s’il n’était qu’un objet brisé au milieu des autres.

Sur le cou du mage, là où Opitz a déposé sa main, un croissant de lune rouge est apparu.

Chapitre 106 Chapitre 108

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