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Ceux qui survécurent à l'Enfer

Sorti le 16/07/2009, compilé dans le Volume 12

Histoire :


Almee et Sayam se tiennent serrés l’un contre l’autre, les yeux fermés et le visage crispé. Le grondement sourd qui résonne tout autour d’eux commence peu à peu à s’atténuer, les laissant se remettre doucement de leurs émotions. Lorsque le sol s’arrête enfin de vibrer, c’est Sayam qui s’écarte la première, jetant des coups d’œil furtifs de droite à gauche. Almee, quant à lui, a du mal à calmer ses tremblements.

(Almee) : J’ai bien cru que tout allait s’effondrer sur nous cette fois… qu’est ce qui s’est passé ?

Sayam pose son regard vers l’Ouest, comme si elle semblait capable de juger de la situation au travers des épais murs du bâtiment.

(Sayam) : Je ne suis pas sûre… mais quelque chose de grave est arrivé.

La tête d’Almee pivote dans tous les sens tandis qu’il scrute les environs d’un air surpris.

(Almee) : En tout cas, cette Ombre semble avoir disparue… tu vois ?

Sayam hoche la tête sans pour autant porter son attention sur Almee. Ce-dernier fait une petite grimace de désapprobation et reprend son inspection. A la recherche de leur dernier assaillant qui s’est volatilisé au moment de ces puissantes secousses, il s’approche de l’angle d’un couloir et penche sa tête sur le côté pour voir un peu plus loin tout en restant à couvert. Il sent alors la main de Sayam se refermer sur la sienne. Il se retourne vers la jeune femme qui plonge son regard dans le sien.

(Sayam) : Pas le temps de s’occuper de ça, Almee… on doit partir. Rufus y est presque à présent.

Almee hésite un instant puis finit par opiner du chef. Sayam lui offre alors un sourire charmant avant de l’attirer dans la direction opposée qui mène sans doute vers une quelconque sortie. Tout au fond du couloir qu’Almee s’apprêtait à inspecter, une forme sombre et massive se disperse dans l’ombre. La masse sombre qui composait le pouvoir de Willem semble lutter contre une finalité qu’elle ne peut plus éviter : sa composition se détériore de manière inaltérable, de légères volutes cotonneuses s’envolant dans l’air avant de retomber au sol comme une fine couche de suie sombre. La propagation de cette décomposition se fait de plus en plus rapide : la masse complète se replie sur elle-même, disparaît peu à peu en rejoignant un épicentre qui s’avère être le cœur même de Willem.

Ce-dernier, agenouillé au sol, la peau recouverte de sueur, le souffle court et le regard écarquillé, subit cette douleur terrifiante qui lui transperce la poitrine : toute la masse est en train de regagner son corps en se concentrant en un point unique situé au centre de sa poitrine. L’Ombre y pénètre avec une affluence et une vitesse ahurissante, contractant les muscles et la peau tout autour de ce siphon. De grosses veines battent tout autour. Willem serre les dents, étouffant un hurlement de douleur. Insensible à ce spectacle, l’épée au fourreau, Blackheart scrute le sort de son ancien allié et adversaire d’un air froid et détaché, patient. Lorsque le plus gros de la masse arrive, passant par toutes les portes, les conduites d’air, les canalisations, se concentrant en cet unique point central, Willem finit par lâcher un hurlement de douleur salvateur qu’il ne peut plus contenir. Son visage se redresse vers le plafond et ses yeux se révulsent sous ses paupières. Enfin tout est absorbé. Le corps pâle et tremblant, parcouru de spasmes, s’effondre en arrière, rattrapé d’un geste sûr par le gantelet de Blackheart, qui a daigné se déplacer pour empêcher la chute. D’un geste sec et précis, il fait passer un Willem inconscient sur son épaule, et le maintenant ainsi, se dirige d’un pas lent et ferme vers la sortie de la salle…


(Blackheart) : Tu avais raison Willem… Rufus aura ce qu’il désire…

Dans la salle où sont retenus prisonniers les otages, ces-derniers sont toujours retenus attachés, les yeux bandés et l’expression livide. Ils ne savent même pas qu’ils ne sont plus sous surveillance. La plupart d’entre eux sont parcourus de tremblements tandis que d’autres s’abandonnent aux sanglots. Les récents tremblements qui ont parcouru le bâtiment ont généré un nouveau mouvement de panique et de pression parmi eux.
Soudain, la porte de la salle s’ouvre et toutes les têtes se tournent vers ce bruit, même si personne ne peut rien voir. Un grand silence parcourt toute l’assemblée avant que le nouvel arrivant n’avance de quelques pas claudiquant à l’intérieur de la pièce. Toutes les attentions sont tournées vers lui, car personne n’avait rien entendu depuis un long moment.


( ??? ) : D… détendez vous… tous… je suis venu… pour vous sortir de là…

Tandis que les sirènes des services de secours et de lutte contre les incendies commencent à se faire de mieux en mieux entendre au loin, c’est un silence de mort qui règne sur les décombres de l’aile Ouest du CREAE. Au milieu de ce champ de ruines où flotte encore un âcre et épais nuage de poussière, une masse sombre et inquiétante se tient fermement campée sur ses quatre pattes métalliques. Oy-01 ne semble pas avoir particulière souffert de l’effondrement du bâtiment qu’elle a en grande partie provoquée. Son œil mécanique fendu de haut en bas, encore crépitant d’énergie plasmique, balaye le paysage apocalyptique qui lui fait face sans témoigner la moindre émotion. Finalement son œil se braque vers le reste du bâtiment qui se tient toujours fermement droit et imposant, dominant de toute sa hauteur l’ancienne partie qui lui était auparavant racolée mais qui fait à présent office de véritable gravière. Les capteurs de la machine sont en effervescence : visiblement, elle vient de repérer une chose de grande importance. Sans mot dire, l’imposante machine de mort se campe sur ses pattes et se projette avec une puissance terrifiante en direction du CREAE, défonçant le mur qui lui fait face comme s’il avait été constitué de papier mâché.

A quelques mètres de l’endroit où se tenait à l’instant même le robot tueur, une pile de gravats se soulève lentement dans un bruissement caractéristique. Des pierres s’effondrent ça et là sous l’impulsion d’une masse qui soulève les débris qui l’ensevelissent. Bien vite, c’est la peau sombre et rugueuse de Vulcan, recouverte de tatouages mystiques, qui transparaît au travers des décombres. En un cri de rage, le colosse finit par soulever l’entièreté de la masse qui le maintenait vouté sous les ruines. Son corps est recouvert d’hématomes et d’équimoses diverses, mais il ne semble pas avoir souffert outre mesure de l’effondrement. Il porte son regard de gauche à droite, cherchant visiblement Oy du regard. Son poing est serré, comme s’il était prêt à faire usage de ses pouvoirs à la moindre menace. Finalement, il semble se détendre un peu et reporte son attention sur le trou dont il vient de sortir. C’est une sorte d’alcôve chaotique qui se trouve là, et au fond se tiennent les acolytes du géant : Sphinx, Raven et Cendar semblent tous entiers… même s’ils sont dans un piteux état. Malgré qu’il soit sans doute le plus blessé de tous, Sphinx est le premier à se remettre sur pied, ébouriffant sa tignasse grise pour en détacher la masse de poussière qui s’y était déposée.

(Sphinx) : Non de non, tu es vraiment solide Vulcan. BWAHAHAHA !!

Un grognement sourd suffit de réponse au colosse qui se détourne du trou où se terrent encore ses associés. Cendar, soutenu par Raven, fait à son tour son apparition dans une grimace de douleur. Sa jambe cassée lui fait visiblement très mal.

(Cendar) : Sans toi, on finissait écrasés je pense, alors ne joue pas le modeste.

(Raven) : Quand même… nous servir de bouclier en nous protégeant de ton corps… je sais que tu es fort, mais… t’es pas allé un peu loin quand même ?

Vulcan finit par se retourner vers le trio de l’Ordo qui le comble de gratitude, et malgré son visage dur, il est clair que le colosse feint son insensibilité.

(Vulcan) : Le Seigneur sait reconnaître la valeur du Sacrifice. Même si cet acte charitable m’avait été fatal, il n’y aurait pas pu avoir plus belle fin pour moi.

(Sphinx) : Pfff et blablabla… le voilà repartir dans ses bondieuseries !

Alors qu’il lâche ces mots, Sphinx ne se rend même pas compte que ses jambes cèdent sous lui et il s’effondre au sol, l’air surpris et hagard. D’une main ferme, Vulcan le soulève et le calle sous son bras, laissant à son allié le loisir d’exprimer son appréciation par une magnifique grimace de dégoût.

(Raven) : Je crois qu’on a tous un peu trop forcé…

Soudain, un nouveau bruit de caillasse qui s’effondre se fait entendre un peu plus loin, attirant l’attention de Vulcan. Il dépose délicatement Sphinx au sol avant de se diriger en direction de ce bruit incongru. L’expression qu’affiche Vulcan est à la hauteur de sa surprise : Deux paires de jambes dressées vers le ciel dépassent des ruines et s’agitent de manière frénétique et paniquée, comme prises dans une course effrénée pour la survie. Avec chacune de ses énormes mains, Vulcan agrippe une cheville de chaque paire de jambes et tire d’un coup sec vers le haut, délogeant ses prises comme on tire des carottes du sol. Au bout de ses bras pendent misérablement Zerkim et Schaetz, les yeux écarquillés, la peau tellement noire de poussière qu’on dirait qu’ils se sont roulés dans la suie. Ils s’immobilisent complètement à la vue du colosse qui les scrute d’un air sérieux et dur. Zerkim reconnaît immédiatement Vulcan, qu’il a déjà combattu une fois au manoir des Van Reinhardt et son teint pâlit tellement qu’il transparaît au travers de la crasse qui recouvre sa peau. Un long silence de près d’une minute s’écoule dans cette situation incongrue sans que personne n’ose esquisser le moindre geste ni prononcer le moindre mot. Finalement, Vulcan ouvre ses mains et laisse lourdement retomber les deux brigadiers au sol comme de vieilles ordures.


(Schaetz) : Outch !!

(Zerkim) : Heu… merci ?

Vulcan fronce les sourcils, prenant une expression terrifiante qui pousse les deux autres à se coller l’un à l’autre dans une attitude terrifiée.

(Vulcan) : Tu es un miraculé. Par deux fois. C’est pour ça que je t’épargne alors ne vas pas t’imaginer que c’est de la charité.

Zerkim hoche la tête d’un air paniqué sans ajouter le moindre mot.


(Vulcan) : Si je te retrouve encore une fois sur ma route, je t’écrase, compris ?

Nouvel hochement de tête frénétique, cette fois-ci imité par Schaetz qui se joint au mouvement plus par réflexe qu’autre chose. Soudain, Zerkim semble penser à quelque chose de grave, car il se redresse immédiatement en jetant des regards paniqués à droite à gauche.

(Schaetz) : Qu… quoi ?!

(Zerkim) : Luna !! Où est Luna ?!

Le regard de Zerkim se fige alors sur la droite. A quelques mètres de là, sous un tas de décombres, seule une fine main pâle et inerte dépasse sur le côté. Le mage serre les dents et se jette littéralement à l’encontre des blocs de pierres qui ensevelissent la jeune femme. Il soulève des roches de plusieurs kilos, les faisant basculer à gauche et à droite de manière paniquée et désordonnée jusqu’à déloger une colonnade qui semble appuyée de travers sur un bloc de pierre, juste au dessus de Luna dont il peu à présent apercevoir la chevelure. Visiblement, cette colonne a créé un espace suffisant pour empêcher que la jeune femme se fasse écraser, mais elle est tout de même coincée en dessous et visiblement inconsciente… ou pire. Zerkim essaye par tous les moyens de faire basculer la colonnade, il la tire vers lui, la pousse sur le côté, essaye de la soulever d’un côté et de l’autre, mais rien n’y fait : elle est bien trop lourde.


(Zerkim) : Merde !! MAIS MERDE !! TU VAS BOUGER, OUI ??!!

Soudain, la colonnade pivote sur elle-même et commence à rouler lentement sous la pression qu’exerce le mage. Celui-ci, surpris, redresse la tête pour constater que Vulcan et Raven sont en train de l’aider à pousser et que leur force conjuguée est suffisante pour déloger l’espace où se trouve Luna. D’un geste paniqué, Zerkim agrippe la jeune femme par les épaules et l’extirpe du trou où elle se trouve engoncée. Il n’y a aucune résistance : le corps bascule vers l’avant et fait perdre l’équilibre à Zerkim qui s’écroule en arrière, Luna entre les bras. Cette-dernière, les yeux clos, est en piteux état : du sang s’écoule de sa tempe et son corps a été très malmené. Raven se penche sur le mage et prend immédiatement le poignet de la jeune femme entre ses doigts.

(Raven) : Elle est vivante.

Zerkim pousse un soupir de soulagement en serrant Luna contre lui sans même s’en rendre compte. L’ombre de Vulcan apparaît au dessus d’eux, les surplombant de sa hauteur.

(Vulcan) : Je vais la prendre.

(Zerkim) : Les… les secours vont arriver, c’est inutile.

Raven pose sa main sur l’épaule de Zerkim, d’une manière assez ferme qui lui fait comprendre que c’est plus un avertissement qu’un geste de compassion.

(Raven) : Elle est un membre de l’Ordo Arakis. Nous nous chargeons de nos blessés. Vulcan va la prendre.

Zerkim a un mouvement de recul, ses mains se resserrent inconsciemment contre le corps de Luna dont il sent la chaleur sous ses doigts. Il porte son regard sur le magnifique visage de la jeune femme, avant de le reporter sur le samouraï en combinaison cybernétique.

(Zerkim) : Elle… elle est dans un état trop critique. Vous ne la soignerez pas à temps ! J’entends déjà les sirènes approcher. Si… si je la garde, elle sera sauvée ! Il n’y a pas d’autre solu…

L’énorme poing de Vulcan percute la mâchoire de Zerkim dans un bruit terrifiant, mettant un poing final à sa tirade. Le mage roule sur près de deux mètres, abandonnant Luna au sol, devant les pieds du colosse, qui la saisit délicatement entre ses bras gigantesque et surpuissant. A moitié sonné, Zerkim n’a même pas la force de se redresser.

(Raven) : Qu’est ce que tu t’imaginais ? Luna est une hors la loi… c’est la voie qu’elle a choisit. Et c’est ainsi que ton monde la considère, comme une « criminelle ». Que peut-elle représenter aux yeux d’un brigadier inquisitorial ? Tu es la « justice », n’est ce pas ? Nous sommes sa famille… tu es notre ennemi. Tu es son ennemi ! Alors oublie ça et estime toi déjà  heureux que nous te laissions la vie.

Le regard perdu dans le ciel qui lui fait face, Zerkim n’entend plus alors que les bruits de pas qui s’éloignent sur les graviers, et celui des sirènes des secours qui se fait de plus en plus proche. Il serre si fort des poings que du sang s’écoule d’entre ses doigts.

Chapitre 104 Chapitre 106

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