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Effondrement

Sorti le 01/07/2009, compilé dans le Volume 12

Histoire :



Le regard de Blackheart se fait plus ferme. Il sent flotter autour de lui les résidus d’ombres agités et le mouvement oscillant des tentacules noirs prêts à s’abattre sur lui d’une seconde à l’autre. Ses yeux sont rivés sur ceux de son ancien camarade de l’Ordo Arakis, qui est à la limite du reconnaissable. Willem paraît extrêmement affaiblit, amaigri et pâle.

(Blackheart) : La souffrance… ne devrait pas être celle que l’on s’inflige.

Un léger sourire apparaît sur le visage de Willem, preuve qu’il reste encore une part de conscience, quelque part au fond de son esprit.

(Willem) : Je ne respecte pas les règles, dans ce cas.

C’est au tour de Blackheart de sourire, mais la fermeté de son expression rend claire la fausseté de ce mouvement et ne parvient en rien à diminuer sa froideur réelle.

(Blackheart) : Après tout, tu es un pickpocket non ? Dis toi que c’est pour ça que Rufus t’as recruté.

(Willem) : Non… c’est faux.

Le sourire de Willem disparaît et ses yeux d’un rouge de sang se plissent en une expression mêlant la haine à la tristesse. Son regard se tourne de gauche à droite, se posant sur ses bras disparaissant dans la masse sombre puis sur le bas de son torse, englué de la même manière dans l’amalgame de ténèbres.

(Willem) : C’est pour « ça » qu’il m’a recruté.

(Blackheart) : Mensonges…

Blackheart redresse sa lame et la saisit cette fois-ci à deux mains, ce qui lui donne un air encore plus effrayant et combatif qu’à l’accoutumée.

(Willem) : Tu le sais bien, toi aussi… nous ne sommes que des outils à ses yeux.

Blackheart semble ne plus pouvoir supporter ce qu’il entend et bondit d’un seul coup, le visage toujours figé dans cette expression immuable et froide, sa colère ne pouvant se lire que dans ses gestes plus secs, précis et violents. La lame s’abat droit sur Willem, mais deux appendices sombres jaillissent de chaque côté de son visage et percutent le Templier au niveau des épaules, le repoussant sur la droite et le forçant à retoucher le sol. D’un violent moulinet de son énorme épée, Blackheart tranche ces éphémères opposants, redressant dans un même temps son visage vers celui de Willem, qui l’observe avec une sorte de fascination macabre.

(Willem) : Tu n’as pas encore compris ? Il n’a qu’une chose en tête… c’est Opitz qu’il veut. Et il nous sacrifiera s’il le faut, pour accomplir son objectif.

(Blackheart) : Et c’est pour cela que tu te retourne contre l’Ordo Arakis ?

Willem tourne la tête de gauche à droite en signe de négation.

(Willem) : Je ne suis qu’une batterie pour ce pouvoir… je n’ai aucun contrôle. Je l’ai fais pour lui. Tu comprends ? Pour Rufus… C’est lui qui m’a ramené en ce monde, et je n’en ai jamais compris la raison. C’est pour cela que je suis prêt à tout pour défendre son but… parce que moi, je n’en ai aucun. Ca fait longtemps que tout est fini pour moi.

Blackheart pousse un soupir et relâche sa position de combat. D’un geste sec et précis, il fait passer sa lame dans son dos, et celle-ci se fixe alors à l’armure par de petites encoches précisément placées pour l’accueillir et la soutenir. Willem semble surpris de cette perte visible de combativité de la part de son adversaire, mais ne dit mot. Le Templier redresse alors son bras droit vers Willem, son gantelet d’acier imposant s’achevant par une main crochue, gantée de métal.

(Blackheart) : Lorsque je t’aurai extirpé de cette mélasse, je te ramènerai moi-même vivant auprès de Rufus et tu t’expliqueras avec lui.

Le visage de Willem affiche cette fois-ci une surprise réelle.


(Blackheart) : Peut être que tu as raison… peut être que pour Rufus nous ne sommes que des pions. Peut être que tu veux vraiment me faire croire que tu acceptes cette situation et que tu es prêt au plus grand des sacrifices pour lui, simplement parce que tu n’as plus rien à perdre. Ou peut être que tu te trompes complètement et que tu fais tout ça pour rien. Mais pour moi, c’est pareil : tout ça, ce n’est que des balivernes, de la poudre aux yeux.

Le gantelet de Blackheart se referme dans un cliquetis métallique et une sombre énergie commence à s’en dégager petit à petit, comme une impalpable vapeur violacée et crépitante. Pour la première fois l’expression de Blackheart se fend d’un sourire sournois et carnassier qui représente une émotion réelle.

(Blackheart) : Parce que pour moi, le dernier représentant de l’Ordre des Templiers, vous n’êtes tous effectivement que des pions.

Zerkim, complètement submergé par l’Ombre qui pèse sur son dos de tout son poids, n’arrive quasiment plus à respirer. Il utilise ses dernières forces pour tenter de se dégager en rampant à bout de bras, de toute la maigre puissance qu’il lui reste, mais il ne parvient même pas à bouger d’un centimètre. Son visage cramoisi laisse augurer du manque d’air qui commence à le peser sérieusement et ses dents sont serrées sous l’impact de la douleur due à la pression continue qui le maintient au sol et l’écrase littéralement. Quant à Luna, il ne reste plus d’elle qu’une vague silhouette humaine statique, complètement recouverte d’une épaisse ombre noire qui s’écoule sur elle comme un fluide épais semblable à du pétrole.

(Zerkim) : Bon sang… ce… ce n’est pourtant… qu’une ombre…

Soudain, la pression sur son dos se fait moindre, et la force de ses bras lui permettent d’avancer d’un bon mètre sans même qu’il ne s’en rende compte. L’impression de légèreté qui lui vient à cet instant et sans doute la plus jouissive qu’il a ressentie de toute sa vie. Dans le même temps, la voix de Luna parvient à ses oreilles, faible d’abord, puis de plus en plus claire et forte. Elle crie de terreur… ou de douleur… mais le fait de l’entendre crier prouve au moins qu’elle est en vie.

(Zerkim) : Qu… que se passe-t-il ?

Le visage de Zerkim se retourne presque instinctivement vers Schaetz qui tient dans ses deux mains les lampes torches puissantes qu’il avait déjà utilisées précédemment pour contenir l’Ombre. L’un des faisceaux est braqué sur la membrane qui maintenait Zerkim au sol, tandis que l’autre est pointé sur Luna, dont le corps apparaît progressivement au travers du voile noir. L’expression du brigadier est radieuse et surprise, comme s’il n’en revenait pas de ce qu’il était en train de faire.


(Zerkim) : Pfiou… bien joué Schaetz !!

(Schaetz) : Ca… ça… je ne suis pas sûr que ça ne vient que de moi… L’Ombre semble s’affaiblir !! C’est pour ça que la lumière a de nouveau de l’effet !

Alors qu’il lâche ces mots, Luna tombe violemment au sol, complètement débarrassée de l’Ombre qui la maintenait prisonnière. Elle tousse violemment, semblant reprendre son souffle et ses esprits, et recule comme elle peut en rampant de manière désordonnée et paniquée sur le sol, le regard toujours braqué sur la masse principal de l’Ombre qui occupe toujours une grande majorité de l’espace. Bien vite, les membres du trio se retrouvent collés les uns aux autres, adossés au mur et assis à même le sol, tous dans un état pitoyable, le regard rivé sur leur ténébreux adversaire.


(Luna) : Qu’est ce qu’il lui arrive ? Pourquoi elle n’attaque pas ?

Zerkim fronce les sourcils et serre les poings, visiblement frustré par la situation.

(Zerkim) : Il se passe quelque chose que je ne comprends pas mais… si on l’attaquait maintenant de manière directe et violente… je suis sûr qu’elle disparaîtrait. Hélas la lumière de ces lampes torche n’est pas assez puissante…

Le cri d’Oy est puissant et terrifiant, même s’il provient d’un vocodeur électronique. Il pousse les membres de l’Ordo Arakis à se boucher les oreilles tant son volume est élevé. Cendar voit tomber devant lui des débris accompagnés de grosses volutes de poussière. Le cri est si puissant qu’il endommage à lui seul la structure instable du bâtiment. Quand enfin la machine s’arrête, le quatuor de combattants est vacillant. Raven tourne son regard vers Cendar, toujours coincé dans les hauteurs.

(Raven) : Tu ne peux pas sauter ? Il faut qu’on fiche le camp immédiatement.

Cendar n’a pas le temps de répondre qu’un tonnerre de feu s’abat soudainement sur ses acolytes, les forçant à se jeter à couvert des divers décombres qui jonchent leur périmètre proche. Oy pousse un nouveau cri, c’est véritablement la rage qu’on peut y entendre. Sphinx, accoudé à Vulcan derrière les restes d’un mur de bureau complètement dévasté, plisse les sourcils, sensible au volume de ces hurlements.

(Sphinx) : Bwahahaha !! Elle a l’air sacrément en pétard.

(Vulcan) : Y a de quoi, vu ce qu’on lui a mit.

Raven, caché de l’autre côté de la même manière leur intime l’ordre de se taire en diverses gesticulations paniquées.

(Sphinx) : Ben quoi ? C’est jamais qu’une machine : la rancune, elle devrait pas connaître !

Alors qu’il termine sa phrase, un sifflement strident commence à lui bourdonner dans les oreilles. Il plaque immédiatement ses mains contre celles-ci, plus par réflexe qu’autre chose, et se met à hurler de panique.

(Sphinx) : Merde !! Ca marche même au travers des murs ?!! Aaaaargh !!

(Vulcan) : Le canon à ions !!

Un coup puissant retentit soudainement alors que Sphinx sent sa tête prête à exploser. Le canon à ions d’Oy vole littéralement en éclats, ses débris allant rejoindre ceux du bâtiment en ruines. Cendar se tient fermement posté, un genou au sol, son fusil à lunette ajusté contre son œil valide, le canon de l’arme encore fumant. Cinq secondes. Cinq secondes pour comprendre la situation, se poster, viser et tirer. Il n’en faut pas autant à Oy pour visualiser d’où est provenu le tir qui vient de la priver de son arme la plus redoutable. Son œil électronique se tourne vers Cendar et la machine repart dans un hurlement rageur qui fait trembler les murs.

(Oy) : VOUS VOULEZ ME TUER ?!!

(Cendar) : Qu’est ce qu… ?

L’œil de la machine se met soudainement à briller d’une manière presque palpable, une sorte de courant électrique survolant sa surface de verre et la teintant d’un bleu écarlate synonyme de mort imminente.

(Oy) : JE DOIS VIVRE !!

La condensation électrique se précise nettement en un rayon bleutée qui fuse à une vitesse plus vive que l’éclair en direction de la balustrade où se trouve Cendar. Le tireur d’élite se dégage comme il peut en se jetant sur le côté, le laser frôlant de près son visage, lui laissant une nouvelle cicatrice tout le long de la joue. La salve énergétique traverse le mur adjacent comme un bâton passe au travers de l’eau, et remonte plus haut dans un mouvement en arc de cercle, tranchant carrément le plafond sur plus de dix mètres…

Zerkim, Luna et Schaetz ferment les yeux d’un air désespéré. L’Ombre s’est à nouveau condensée, regagnant de maigres forces qu’elle semble avoir du mal à contenir mais qu’elle est bien prête à mettre à profit pour les anéantir avant de disparaître. Soudain, un vrombissement parcourt toute la pièce et sans même qu’ils ne comprennent ce qui se passe, une espèce d’arc énergétique de couleur bleue traverse le sol sur toute sa longueur, remonte le long des deux murs et disparaît au niveau du plafond, ne laissant derrière son passage que la marque nette et précise d’une tranchée au travers de la matière, et un léger résidu plasmique synonyme d’une intense chaleur. Le regard de Luna et de Zerkim se croisent, l’un lisant dans les yeux de l’autre la même expression d’incompréhension totale. Quelques secondes s’écoulent ainsi, sans qu’un seul bruit ne vienne perturber l’atmosphère lourde qui s’est instaurée dans la pièce… puis soudain, un long et pénible craquement provient d’en dessous d’eux, semblant durer une éternité avant de finalement faire silence. Zerkim, les dents serrées, les yeux fermés, la tête enfoncée dans les épaules, semble surpris de ce seul bruit sans suite.
Il s’apprête à ouvrir la bouche lorsque la pièce se met à trembler de haut en bas avec une violence quasi sismique, les rainures dans les murs éclatant littéralement en d’énormes morceaux de bétons qui se décrochent de toute part, accompagnés de tant de poussière que l’atmosphère devient rapidement irrespirable.


En dessous, les membres de l’Ordo Arakis sont sujets aux mêmes tremblements, et font preuve d’une chance effrontée en ne s’étant pas encore faits écrasés par les énormes blocs de pierre qui s’abattent sur eux, véritables morceaux de plafonds, de murs et de toits, certains aussi larges qu’épais. Cendar, ne semblant plus prendre mesure d’une quelconque notion de risque face à cette situation chaotique, se jette du haut de la balustrade pour retomber en contrebat. Il s’effondre au sol, sa jambe droite brisée par la violence de l’impact. Le tireur d’élite ne pousse même pas un cri de douleur, son attention concentrée sur Oy-01 qui semble trépigner de plaisir ou de peur face à l’effondrement inévitable de toute l’aile Ouest du bâtiment, prête à leur retomber, à tous, sur le coin de la figure. Un tremblement encore plus violent que le précédent se fait entendre. Raven se jette aux-côtés de Cendar d’un mouvement vif, cherchant encore à lui venir en aide dans cette panique inexorable. Une sorte d’ombre massive chute au dessus d’eux dans un bruit tonitruant qui ne saurait être décrit.

A l’extérieur, le regard du général Berg est vide. Ses yeux sont secs, son teint est blême. La poussière, âcre et répugnante, vient lui piquer la peau et la cornée alors qu’il se trouve à plus de cinq cent mètres du lieu du sinistre. Le grondement sourd et obscur, se répercute encore en échos tout autour de lui. Sous son regard aussi ébahi que terrifié, il constate qu’il ne reste plus rien de l’aile Ouest du CREAE qu’un champ de ruines éparses au dessus duquel flotte un nuage sombre qu’il ne saurait identifier. Celui-ci étant l’Ombre dont il n’avait jusqu’alors même pas connaissance.
La chute du bâtiment a mis une grande partie de celle-ci a nu, la lumière du soleil lui offrant alors tout à la fois son baptême et ses obsèques : l’inondant directement et de toutes parts, l’effet est immédiat. Une sorte de gargouillement atroce, semblable à un mugissement de douleur qu’aurait pu pousser un animal sauvage à l’agonie, s’élève dans les airs, accompagnés de la décomposition de ces ténèbres, qui se détachent en milliers de petites particules volatiles. Il ne reste bientôt plus de l’Ombre qu’une sorte de vapeur sombre et disparate survolant un champ dévasté et méconnaissable : une véritable vision apocalyptique qui ne laisse aucun des spectateurs en présence insensibles, qu’ils soient mages ou technopartisans.


(Berg) : Ma carrière… est finie.

Chapitre 103 Chapitre 105

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