Ordo Xenos » Les Chapitres » Chapitre 103

.:: Chapitre 103 ::.
Immortelle?!

Sorti le 20/06/2009, compilé dans le Volume 12

Histoire :



Les yeux d’Engal grossissent de plus en plus jusqu’à être totalement écarquillés. Ce qu’il observe en ce moment doit être proprement incroyable, car son expression ébahie est à la limite du comique. Finalement, la pression qui règne autour de lui finit par lui faire tourner la tête. Ses yeux se plissent et roulent sous ses paupières. Le mage place un dernier geste pathétique pour tenter de conserver son équilibre et sa lucidité puis il s’effondre inconscient aux côtés su gradé de la brigade inquisitoriale, qui a résisté bien moins longtemps que lui.

Face à l’ombre, le sourire carnassier d’Opitz déchire l’atmosphère. Ses yeux écarquillés, emplis d’une folie meurtrière, sont braqués droit sur sa cible. Une véritable tempête tournoie autour de lui, plaçant son épicentre au niveau de la main du chef du CRTN. La puissance mystique qui se dégage du bras d’Opitz est telle que rien ne semble être en mesure de tenir face à elle : même l’air semble être aspiré par cette espèce de concentration psychique qui éclate tout le long de son bras en une sorte de flamme brûlant d’un éclat immatériel. L’Ombre elle-même semble frémir face à l’avancée affirmée d’Opitz droit vers elle. La distance réduite, des particules d’ombres commencent à se détacher de la masse principale, véritables petites gouttelettes roulant sur elles-mêmes pour prendre la forme de sphères qui se dirigent instantanément vers le bras d’Opitz où elles sont dispersées en minuscules particules qui se dissipent dans l’air à la vitesse de l’éclair. Il faut peu de temps à l’Ombre pour commencer à rouler sur elle-même, comme pour se densifier et chercher à compenser la masse perdue par cette étrange aspiration. Le sourire d’Opitz se fait tout à coup plus doux et il penche délicatement sa tête sur le côté.


(Opitz) : Ton cœur a beau être éloigné, je sens qu’il s’emballe.

Un énorme tentacule de près d’un mètre cinquante d’épaisseur jaillit alors de la masse principale avec une puissance colossale. Son embout acéré, assez large pour transpercer un cheval de part en part, fonce directement sur Opitz. Ce-dernier pousse alors un soupir amusé et redresse tranquillement sa seconde main, celle qui n’est pas entourée d’énergie psychique. Le tentacule percute la paume, mais en guise de choc violent, c’est un éclatement interne instantané qui se produit. La membrane explose littéralement de l’intérieur sans avoir pu porter son assaut à bien et toutes les particules qui la composaient sont immédiatement disloquées et absorbées par l’énergie qui pulse tout au long du bras gauche d’Opitz.
En réponse à ceci, la base déchiquetée du tentacule se scinde en une vingtaine d’appendices plus petits mais toujours tranchants, qui fondent à leur tour sur l’adversaire. Cette fois Opitz devance l’assaut, et produit un mouvement circulaire de sa main droite, juste devant lui. Au moment où les filaments noirs s’apprêtent à s’abattre sur lui, il déplie vivement sa main resserrée, comme s’il voulait évacuer de l’eau de ses doigts. Immédiatement les tentacules sont repoussés vers l’arrière comme si un souffle violent les avait évacués et elles se décomposent instantanément, leur matière noire disparate se faisant immédiatement aspirer par le bras gauche du chef du CRTN.


(Opitz) : Tu n’as pas encore compris ?

Opitz redresse ce fameux bras crépitant d’énergie, juste devant lui, arrachant et décomposant un gros morceau de mur par ce simple mouvement. Les gravats ne sont bientôt plus que poussière qui n’est elle-même bientôt plus que néant.

(Opitz) : Ce bras aspire ta composition, ton énergie…

Comme pour illustrer ses paroles, Opitz tend le bras vers l’Ombre dont de plus gros morceaux se détachent soudainement, avant de disparaître en centaines de petites particules qui vont nourrir ce-dernier. L’Ombre roule une nouvelle fois sur elle-même, densifiant sa masse, et opérant par là même un premier mouvement de recul, prenant une plus grande distance de sécurité par rapport à son mystérieux adversaire. Opitz, qui semble s’amuser de cette précaution, abaisse de nouveau son bras gauche et tend sa main droite, paume en avant, en direction de l’Ombre.


(Opitz) : …Et ce bras la repousse.

Opitz effectue un fort mouvement d’enfoncement vers l’avant à l’aide de cette main tendue, comme s’il cherchait à pousser le vide. A ce moment là, c’est la masse elle-même qui se met à vrombir avec force avant d’éclater soudainement de l’intérieur en un horrible bruit spongieux et dégoûtant. Un hurlement strident provenant des ténèbres témoigne enfin d’une véritable forme de douleur. Autour du point d’impact, qui a déstructuré l’Ombre sur près de dix mètres, redonnant à ce couloir un espace un peu plus acceptable, la matière noire continue de s’évaporer, comme rongée de l’intérieur par un fléau galopant que lui aurait transmis Opitz. Le bras gauche de ce-dernier semble d’ailleurs se régaler de ces émanations résiduelles.

(Opitz) : Énergie au point zéro, ça te dit rien je suppose ? J’ai transformé ta composition en « vide ».

Le regard d’Opitz se fait plus ferme et ses sourcils se froncent sur ses yeux fous, lui donnant un air impérieux et destructeur qui est à la limite de l’effrayant.

(Opitz) : J’ai quelqu’un d’important à voir alors dégage de mon chemin !!

L’Ombre, qui continue de se décomposer petit à petit, rongée par une sorte d’acide impalpable qui n’est en fait que sa propre déstructuration moléculaire décide d’elle-même de se séparer de la masse infectée, la décrochant nette et la laissant se dématérialiser entièrement. Il s’est creusé un écart de près de vingt mètres entre les deux monstres qui s’affrontaient jusqu’alors, espace précédemment occupé totalement par l’Ombre et qui a été rapidement vidé de sa présence. Il se passe un instant de flottement où Opitz semble attendre une réaction de la part de son adversaire, après quoi il semble perdre patience et redresse une nouvelle fois sa main droite, prêt à lâcher une nouvelle salve de vide. A ce mouvement, l’Ombre roule finalement sur elle-même, et s’enfonce dans les tréfonds du couloir, restituant petit à petit la lumière naturelle du lieu. Elle disparaît de la vision d’Opitz lorsqu’elle prend le tournant du couloir. Le chef du CRTN abaisse tranquillement sa main droite et craque sa nuque d’un geste sec, après quoi il secoue mollement son bras gauche. L’énergie qui pulse tout au long de celui-ci commence à s’atténuer doucement avant de réduire son volume et de finalement disparaître à l’intérieur de la paume de sa main gauche. Opitz jette un œil à ce bras et affiche une expression désolée.

(Opitz) : Mon costume est foutu.

Une poutre d’acier se détache du plafond instable avant de s’abattre juste devant Vulcan qui opère un léger mouvement de recul témoignant de sa surprise. Sphinx, toujours callé sous son bras, une expression blasée imprimée sur le visage, pousse un ricannement face à la maladresse de son acolyte. Raven s’avance sur le côté droit du colosse, tenant fermement le manche de son katana d’une main nerveuse.


(Raven) : Soyons prudents… tout peu s’effondrer d’une minute à l’autre.

Un bruit sourd se fait entendre juste au dessus d’eux, comme un craquement interne qui se répercute tout au long de la structure. Tous plissent les yeux, s’attendant à ce que tout leur tombe sur la tête d’une seconde à l’autre, puis finalement le bruit s’atténue à une vingtaine de mètres en avant, ne laissant que quelques débris de plâtre et de poussière tomber du plafond comme de véritables chutes d’eau.

(Vulcan) : Retrouvons Cendar et fichons le camp d’ici !

(Sphinx) : Rufus saura se débrouiller pour la fin, non ?

Raven hoche la tête en direction de ses compagnons.

(Raven) : Etant donné notre état, je doute que nous puissions encore lui être d’une quelconque utilité.

Le trio s’avance un peu plus dans la structure en branle : tout autour d’eux, ce n’est que chaos. En lieu et place d’un endroit où se trouvaient apparemment autrefois des bureaux, il n’y a plus qu’un capharnaüm sans nom rempli de débris à moitié calcinés. Face à eux, un immense trou en forme de cercle semble transpercer le bâtiment de part en part, traversant murs et cloisons comme s’ils avaient été composés de papier mâché. Sphinx pousse un sifflement admiratif, empli d’ironie.

(Sphinx) : C’est un miracle que ce bâtiment tienne encore debout.

(Raven) : Si Cendar a été pris dans le cône de l’attaque, il y a peu de chance pour qu’il ait survécu.

(Cendar) : Tu sais que c’est de moi que tu es en train de parler ?

La voix de Cendar, venant d’au-dessus d’eux, les rassure tous instantanément. Les trois membres de l’Ordo lèvent un regard soulagé en direction de leur allié qui se tient tranquillement à l’étage d’au dessus, se tenant à la rambarde de ce qui fut autrefois un escalier de service mais qu’il n’est plus aujourd’hui qu’un champ de ruines dont les marches sont éparpillées ça et là, certaine ayant même été enfoncées dans le mur adjacent sous la force du souffle.

(Cendar) : Je vous avais à l’œil, tu t’en doutes. Lorsque j’ai vu l’attaque qui se préparait ainsi que la direction dans laquelle elle allait partir, j’ai pris mes jambes à mon coup… je n’ai pas fuis assez vite pour quitter cette portion du bâtiment, mais j’ai au moins évité de passer au statut de grillade.

(Sphinx) : Et tu m’en vois ravis.

Vulcan lâche son partenaire à l’audition du ton ironique de sa voix, le laissant s’écraser au sol. Sphinx pousse un ricanement strident avant de se redresser sur ses jambes, légèrement tremblant.

(Vulcan) : C’est un soulagement de te voir entier.

Cendar hoche la tête en signe de remerciement.

(Raven) : Bon… et comment tu compte descendre maintenant ?

Alors qu’il lâche ses mots, Raven sent quelque chose glisser entre ses pieds et a un mouvement de recul, visiblement effrayé. Lorsqu’il porte son regard sur ce qui vient de le frôler, il ne peut réprimer un cri de surprise qui se répercute chez ses compagnons lorsqu’ils voient à leur tour ce dont il s’agit : une pièce métallique complexe d’environ vingt centimètres d’envergure est en train de rouler sur elle-même et de se recomposer petit à petit dans de petits bruits de cliquetis assourdissants et stridents. Sa propre matière semble se reconstituer de l’intérieur, comme si elle était en train d’éclore et de reprendre volume. La pièce, qui grossit au fur et à mesure de son avancée, poursuit son chemin en ignorant totalement le quatuor de l’Ordo, rejoignant un tas de gravats très dense à une vingtaine de mètres en avant.

(Cendar) : Tu ne crois tout de même pas que…

Coupant à court l’interrogation de Cendar, la pièce métallique, qui fait à présent près de cinquante centimètres et prend de plus en plus la forme de l’embout d’une patte arachnide mécanique disparaît sous le tas de gravats qui se met à remuer à son tour, comme si une étrange transformation était en train de se produire à son couvert. Raven porte la main à son sabre et n’a même pas le temps de le dégainer que le tas de gravats vole en éclats, dévoilant toute l’horreur d’une Oy-01 reconstituée et dans un état presque neuf. A certains endroits, sa mécanique continue son auto-régénération, reconstituant jusqu’au plus petit écrou composant sa structure. Sphinx part d’un rire nerveux et incontrôlable que lui seul est capable de produire en une pareille situation.

(Vulcan) : Comment est ce possible ? Quelle machine diabolique est-ce là ?

(Cendar) : C’est… de la nanotechnologie ou bien… ?

Raven hoche la tête, dégainant son sabre et se plaçant immédiatement en position de combat.

(Raven) : Oui, je l’ai senti moi aussi… c’est de l’énergie magique…

Les pattes d’Oy se plantent violemment dans le sol et son hurlement est puissant et sauvage, témoignant de son nouveau retour à la vie. Sa tête se tourne immédiatement vers le groupe qui se trouve à une vingtaine de mètres d’elle, et la colère est quasiment lisible sur sa carcasse monstrueuse et métallique.

(Vulcan) : Immortelle… elle est immortelle…

(Sphinx) : Raconte pas de connerie ! Pour être immortelle, faudrait déjà qu’elle soit vivante.

Ne perdant pas une seconde supplémentaire, Oy campe ses pattes dans les gravats qui compose le sol, et ses deux mitrailleuses latérales, à présent reconstituées entièrement, se mettent à vrombir, prêtes à libérer un tonnerre de feu sur leurs cibles…

La vitesse de l’assaut de Blackheart est encore plus impressionnante que lors de sa première approche. Cette fois-ci, il n’a même pas besoin de répondre aux assauts des différents tentacules qui tentent de lui barrer la route, la puissance et la vélocité de sa foulée distançant sans difficulté la moindre de leurs approches. D’un nouveau bond éblouissant, il atteint le cœur sans mal, dégainant son énorme épée de toute sa longueur et tranchant immédiatement, sans même tourner un regard vers lui, un ultime tentacule tentant de barrer son assaut. Le cœur pulse d’une nouvelle vague spasmodique, prêt à repousser une nouvelle fois son adversaire à l’aide de sa puissante onde de choc, ultime rempart face au secret qui fort au creux de ce cocon : la vague est expulsée immédiatement, forte d’une puissance encore plus importante que la première fois. Toujours en l’air, barrant son approche de sa lame, Blackheart tente de trancher au travers de l’onde qui s’abat sur lui. Son épée semble passer au travers du souffle, parvenant à trancher un sillon où il peut s’engouffrer, mais l’onde éclate sous la pression, précipitant le Templier au sol dans un choc effroyable.

(Blackheart) : Urgh !!

Son épée s’enfonce dans le sol comme dans du beurre, à environ deux mètres de lui. Blackheart n’a pas le temps de se redresser qu’une véritable jungle de membranes sombres s’abat sur lui de tous les côtés en un véritable dôme circulaire prêt à le réduire en charpie. La masse sombre se referme sur le Templier, effaçant son image…
Puis la lame passe au travers et découpe une ouverture dans les ténèbres comme dans du beurre. Un filet de sang s’écoulant de son front blessé, Blackheart se jette avec rage sur le cœur qui ne dispose plus d’assez de temps pour produire une nouvelle onde de choc à cette distance. Un nouveau dispositif de sécurité se met alors en marche : le cœur devient un véritable oursin, faisant jaillir à une vitesse folle une quantité d’épines noires d’environ deux mètres tout au long de sa structure. Blackheart se fige sur place. Une épine passe à un centimètre de son nez, une autre à cinq centimètres de sa nuque. Sa position est parfaite, son bras tendu avec force maintient son épée… qui s’est enfoncée à l’intérieur du cœur.


(Blackheart) : Laisse moi voir ton véritable visage…

Le Templier bondi d’un geste puissant, remontant sa lame de bas en haut et tranchant le cœur sur toute sa hauteur. Un véritable sifflement de douleur quasiment insupportable se fait entendre, tandis qu’une masse de liquide noir se déverse de la blessure béante en une véritable cascade sombre et fumante. Les deux parties du cœur s’écartent alors violemment l’une de l’autre, laissant voir son funeste contenu. Willem, les bras écartés et englués dans la masse, le visage bas, le crâne engoncé dans la composition-même du cœur, se tient face à Blackheart qui se signe alors de son épée et baisse la tête dans une expression désolée. La moitié du corps du pickpocket lié à l’ombre par des membranes qui se joignent à sa peau de toute part : les deux entités ne semblent faire qu’une. Soudain, le visage de Willem se redresse, sa pâleur excessive marquant un contraste effroyable avec l’organisme noir qui l’entoure. Ses yeux s’ouvrent alors… et leur couleur est plus rouge que celle du sang…


(Willem) : Est il possible… de souffrir plus ?

Chapitre 102 Chapitre 104

- Haut de la Page -

Valid XHTML 1.0 Strict