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Blackheart

Sorti le 29/05/2009, compilé dans le Volume 12

Histoire :



Almee, supportant toujours Sayam par les épaules, traverse en trombe un couloir à moitié plongé dans la pénombre. Sayam est pâle, mais sa marche est assez solide, tant et si bien qu’elle ne ralentit que très peu l’avancée de son ami.

(Sayam) : Nous n’aurions… pas dû laisser les otages…

(Almee) : C’est trop tard maintenant… et puis il faut que tu vois un médecin au plus vite !!

Ayant lâché ces mots, Almee franchit une double porte à bâtant et se fige soudainement sur place, les yeux écarquillés. Voyant son expression abasourdie, Sayam redresse à son tour sa tête et plonge son regard dans ce qui anime la terreur de son compagnon : l’Ombre se tient juste en face d’eux, dense, légèrement mouvante, comme prise dans un mouvement de somnolence.

(Almee) : Qu’est ce qu…

Sayam lui plaque une main tremblante sur la bouche, l’empêchant de parler. Elle approche sa bouche de son oreille et lui murmure.

(Sayam) : Je sens le mal… un mal invincible… retourne en arrière…

Le long d’un couloir d’accès à de nombreux bureaux ouverts recouverts de paperasse et d’ordinateur, du sang jonche les murs et le sol. Un tumulte aigu se fait entendre tandis qu’un flot continu de rats énormes aux yeux fous se jette en masse à l’encontre de l’Ombre gigantesque qui occupe la moitié de la pièce et progresse visiblement, grignotant le décor de ses longs tentacules. Les cris de souffrance et de panique des rats ne parviennent pas à dissimuler les bruits de déchiquètements, d’éclatements et de brisements qu’ils subissent. Leurs cadavres s’amassent sous un flot de sang, bordant le périmètre d’avancée de l’Ombre et disparaissant petit à petit dans sa masse. A quelques mètres de là, un genou au sol, le corps recouvert de sueur, et le souffle court, Alucar observe de ses yeux perçants l’opacité impalpable de l’Ombre qui se dirige droit sur lui.

(Alucar) : Aucune de mes attaques ne passent… il n’y a rien à faire…

Luna tient fermement ses lames dans chacune de ses mains et son regard est ferme et assuré, plongé sur le bloc de glace qui se trouve face à elle. Zerkim l’observe d’un œil fatigué, accroupi au côté de Schaetz dont il vérifie l’état de la blessure en même temps. Luna lance un regard derrière elle en direction de ses improbables alliés et s’arrête finalement juste à un mètre de la calanque de glace à l’incroyable épaisseur. Elle ne voit même pas le noir sous cette coquille fumante. Elle brandit alors ses lames au-dessus d’elle prête à les abattre avec violence sur la glace pour la faire voler en millier d’éclats.

(Luna) : Je suis désolée, Willem…

(Zerkim) : LUNA !! ATTENTION !!

Immédiatement, l’attention de Luna se concentre sur la conque glacée, l’origine logique d’une possible contre-attaque de l’Ombre, mais malheureusement, là n’est pas la source de l’avertissement de Zerkim. La jeune-femme a à peine le temps de se rendre compte que la coquille gelée est intacte qu’une vague de fines tentacules fondent sur elle de chaque côté de son corps, lui coupant toute retraite possible.

(Luna) : Qu’est ce qu… ?!

Depuis les fissures du mur provoquées par l’effondrement des niveaux inférieurs du bâtiment, l’Ombre s’est infiltrée et a trouvé un nouvel accès jusqu’à ses victimes. Les fins liserés d’à peine quelques millimètres d’ouverture suffisent à laisser entrer dans la pièce un nouveau flot de ténèbres. Les tentacules sombres commencent à s’enrouler autour des jambes et de la taille de Luna, resserrant leur étreinte jusqu’à lui couper le souffle.

(Luna) : Zerkim !!

Le mage se redresse d’un bond pour venir au secours de son alliée, mais une membrane plus épaisse lui coupe le chemin, se redressant d’un seul mouvement brusque depuis les gravats qui jonchent le sol. Zerkim est percuté en plein ventre et se retrouve plongé au sol en un impact d’une grande violence. Zerkim porte la main à son ventre meurtri en reprenant appui sur un genou, relevant la tête vers Luna dont les bras sont à présent également ficelés par les tentacules. Plus par reflexe que par anticipation, il esquive un nouvel assaut de la membrane principale en se jetant sur le côté. Les débris ravagent son torse nu, lui faisant de nombreuses nouvelles coupures.

(Zerkim) : *Merde… dire que j’ai bloqué notre seul accès de fuite par ma magie de glace…*

Zerkim sent la membrane glisser sur son dos, le recouvrant quasi-entièrement. Son contact est froid et désagréable, comme s’il était enterré sous une couche de brume dont l’opacité serait devenue palpable et étouffante. La lumière baisse de plus en plus dans la pièce et la membrane commence à peser sur le dos du mage, l’écrasant littéralement. Zerkim hurle de douleur, sentant deux de ses cotes céder sous la pression. Son regard se tourne vers Luna dont seule la tête est encore visible, figée dans une expression de terreur et d’étouffement…

(Zerkim) : *On… on va mourir…*

Eliza laisse son dos retomber contre le mur, le visage décomposé en une expression d’effroi mêlé d’incompréhension. Une volute de fumée noire déchiquetée retombe mollement devant son visage comme une draperie que l’on aurait réduite en lambeau. Partout dans le couloir flottent ces particules sombres qui étaient encore, quelques secondes auparavant, des tentacules noirs s’apprêtant à lui ôter la vie. Son regard se retourne vers Rufus, qui se tient tranquillement de dos en face d’elle, lui servant d’écran de protection. Le fusil qu’il tient dans sa main est encore fumant, son regard toujours fixé sur la masse principale de l’Ombre et son comtalk plaqué sur son oreille. C’est à peine s’il semble avoir bougé au moment de cet assaut.

(Eliza) : Co… comment avez-vous fait ça ?

Rufus ne lui prête pas la moindre attention, reprenant sa discussion avec Scott.

(Scott) : Je vous mets en contact avec lui, boss.

(Rufus) : Bien…

Au niveau A3 de l’aile Nord du CREAE, une sorte de renflement opaque semble ressortir de la masse de ténèbres qui a envahit la pièce : c’est un large stock d’équipements sidérurgiques et de machines de découpage des alliages. Il ne reste quasiment plus aucune luminosité et les engins ressemblent plus à une sorte de relief acéré découpant un paysage apocalyptique plongé dans une indicible noirceur. Le « cœur » est semblable à une étrange protubérance organique, autour de laquelle s’articule un fluide noir plus dense que la « fumée » qui compose la masse habituelle de l’Ombre. Ce liquide épais parcourt la sphère comme une multitude de courants contradictoires qui se croisent, se mêlent et repartent dans des directions opposées. Le tout est encore parcouru d’arcs de magie sombre qui grésillent et crépitent à la surface, semblant réagir au battement régulier qui pulse sous la croûte noirâtre et mouvante. Des tentacules sombres s’attèlent à grignoter la rare lumière qui subsiste encore dans la pièce. Soudain, un courant d’air semble passer sur une partie d’entre elles qui se figent sur l’instant, comme si le temps c’était arrêté… puis elles éclatent violement de l’intérieur, se déchiquetant en une multitude de particules aériennes qui retombent paresseusement en direction du sol comme d’épais moutons de poussière.
Une lame épaisse, large et noire est dressée au milieu de ces résidus, son tranchant encore brillant du coup qu’elle vient de porter. Sa taille est inhabituelle pour un sabre, tout comme sa largeur et son pommeau est richement ouvragé. Malgré son poids qui semble conséquent, cette épée est tenue d’une seule main gantée de métal, au bout d’un bras fort et assuré, lui aussi recouvert de diverses plaques d’armures composées d’un étrange alliage, assemblées entre elles dans une grande complexité. Le torse est un plastron, véritable armure semblant aussi résistante que légère et soulignant une taille svelte et musclée, s’achevant en un gorgerin épais et haut qui protège l’intégralité du cou et de la nuque de ce véritable chevalier. Son visage est blafard, maigre et émacié, terrifiant de par sa pâleur extrême qui semble littéralement briller au milieu de cette épaisse pénombre. Ses yeux encadrés de noir sont blancs et vides, il y brille cependant une certaine forme de noirceur et de connaissance de la mort. Ce long visage fantomatique est encadré par une cascade de cheveux d’un noir de geai qui provoque un saisissant contraste. La coupe est taillée de manière anarchique, les cheveux partant en tout sens et se terminant en mèches folles flottant au dessus du crâne. Blackheart se tient ainsi devant le cœur, l’épée tendue droit devant lui d’une seule main ferme. Ses yeux fixes sont braqués sur sa cible et il n’y a aucune forme d’hésitation dans son expression ou son attitude.


(Blackheart) : Et tu prétends sentir le spectre ?

Quelque chose semble attirer son attention et il porte sa main libre à une petite oreillette fixée au niveau de son lobe, sous sa masse de cheveux.

(Blackheart) : Blackheart.

C’est la voix de Rufus qui sort du comtalk.

(Rufus) : La situation est assez complexe… Scott m’a dit que tu étais en présence de cette Ombre qui a envahit le bâtiment. Mais ce que tu as face à toi, c’est…

(Blackheart) : Je sais déjà tout, Rufus. Willem est en ce moment même enfermé dans un cercueil de ténèbres qui dévore son âme pour élargir son potentiel de destruction. Je vais piller sa tombe et ramener son esprit à la lumière.

(Rufus) : Attends, ce n’est pas aussi simple ! Tu…

D’un geste rapide, Blackheart décroche l’oreillette de son comtalk et tire d’un geste sec dessus, amenant avec lui le corps de l’appareil, qui était accroché à sa ceinture, à son bout. Il juge l’engin d’un œil détaché, entendant encore vaguement la voix de Rufus l’appeler depuis l’embout rond qu’il maintient entre ses doigts cerclés de métal. Le combattant laisse alors tomber le comtalk au sol et l’écrase négligemment de sa botte en acier, le réduisant en bouillie sans la moindre difficulté.

(Blackheart) : Désolé Rufus, mais cette lutte dépasse de loin la simple mission de l’Ordo Arakis. C’est l’héritage de l’ordre des Templiers, gravé en mon âme, qui commande mon épée à l’encontre de cette abomination… et pas tes directives.

Blackheart se poste alors en position de combat. De nouveaux tentacules émergeant des restes déchiquetés des premiers commencent à danser nerveusement juste en face de lui. Le templier ferme calmement les yeux et prend une ultime aspiration avant de se propulser vers l’avant, directement sur l’écran sombre qui lui barre le chemin. Son impulsion est énorme et surpuissante, le projetant à une vitesse ahurissante au travers de l’écran de membranes qui s’apprêtait à passer à l’assaut et qui n’a même pas le temps d’esquisser le moindre geste d’attaque. L’énorme lame de Blackheart tournoie autour de lui, véritable tempête déchiquetant tout sur son passage. Les tentacules sont tranchés nets et éclatent sous la force des impacts. Le templier touche le sol cinq mètres plus loin, ne laissant qu’hécatombe en guise d’adversaire. Sa course reprend farouchement. Un tentacule plus épais jaillit sur sa gauche, un autre sur sa droite. Il ne tourne même pas la tête : son épée parle pour lui. Un moulinet complet réduit  les deux assaillants à l’impuissance, leur implosion libérant une nouvelle et épaisse volute sombre de dépôts volatiles. Blackheart passe à travers cet écran de fumée, poursuivant sa course. Il n’est plus qu’à quelques mètres du cœur. Le liquide qui le compose semble se condenser, roulant sur lui-même de manière abrupte, comme si quelque chose se préparait à l’intérieur et remuait la surface, prêt à s’extraire. Le chevalier bondit, saisissant sa lame des deux mains au dessus de sa tête, prêt à l’abattre verticalement, droit sur le cœur, pour le trancher de haut en bas. Le liquide qui recouvre ce-dernier cesse alors tout mouvement et laisse jaillir une énorme vague d’ombre qui prend une forme sphérique grossissante, à la manière d’une onde de choc qui se répercuterait tout autour de lui. Blackheart est percuté de plein fouet par la vague et refoulé sur plusieurs mètres, virevoltant violemment en l’air comme une poupée désarticulée. Il semble cependant retrouver ses esprits et en un élégant salto-arrière et retombe sur ses pieds, sa lame à nouveau pointée en direction de son adversaire, comme si de rien n’était.

(Blackheart) : Voilà un système de défense bien rodé…

Sans perdre un instant, Blackheart se relance à l’assaut, toute lame en avant, prêt à retenter l’attaque de front en toute connaissance de cause.

Engal arrive en titubant dans le couloir d’accès par lequel s’étaient précipités le groupe de brigadiers qui était parti à la poursuite d’Opitz. Il se tient les cotes, grimaçant de douleur, la peau recouverte de sueur et le souffle court. Ses précédents combats contre Oy et l’Ordo Arakis l’ont apparemment laissé quelque peu sur le carreau. Arrivant au détour d’un virage, il écarquille les yeux : en lieu et place de la troupe qui était parti à la recherche d’Opitz, il ne reste qu’un amoncellement de cadavres démembrés et horriblement mutilés, baignant dans une mer de sang qui recouvre autant le sol que les murs. Seul le gradé se tient encore debout, visiblement blessé à la jambe, mais encore prompt au combat. A ses côtés se tient Opitz, qui pour sa part ne semble pas avoir subit de nouvelle blessure.

(Opitz) : Amusant… cette Ombre semble s’auto-régénérer de manière continue et régulière.

(Gradé) : « Amusant » ? Tous mes hommes se sont fait tués !! Et pourquoi vous obstinez vous à me protéger moi alors que vous les avez tous laissé mourir ?

Opitz hausse les épaules, visiblement détaché du sort qu’ont pu subir les soldats. L’Ombre a avancé de plus de dix mètres par rapport à sa position première, ayant visiblement poussé Opitz et les autres combattants à reculer. Engal s’avance prudemment le long du couloir, les yeux rivés sur les ténèbres mouvantes et agressives qui s’agglutinent quelques mètres plus loin. Le gradé remarque sa présence et tourne un visage surpris vers lui.

(Gradé) : Ne restez pas là, vous tenez à mourir ou quoi ?

Opitz lance un regard amusé au mage qui ne semble pas vraiment le remarquer, trop absorbé par son admiration paniquée pour l’Ombre terrifiante qui continue son avancée vers les combattants.

(Opitz) : Engal Cipheri, je présume ? Votre performance contre Oy-01 était absolument superbe.

(Engal) : Comment connaissez vous mon nom ?

Opitz détourne son attention du mage pour la reporter sur l’Ombre dont de nouveaux tentacules noirs commencent à s’extraire. Engal affiche une grimace de terreur et ne peut réfréner un mouvement de recul : dans son état, il n’est pas en mesure de lutter contre un tel adversaire. Mais il sent quelque chose d’étrange parcourir son organisme : la chair de poule le gagne et ses cheveux se dressent sur sa tête. Il sent la magie affluer tout autour de lui et ses yeux se mettent à le brûler atrocement. Il porte ses mains contre eux en poussant un cri de douleur et se rend compte que le gradé opère la même gestuelle. Entre ses doigts, les yeux à moitié plissés, il voit l’air se condenser autour du bras tendu d’Opitz qui lui tourne toujours le dos. Son rythme cardiaque s’accélère et bien vite il a du mal à respirer. Une sorte d’aura brûlante se met à onduler au niveau du bras d’Opitz et la matière se désagrège tout autour. La manche du chef du CRTN vole en lambeaux et se décompose littéralement en l’air. Une partie du sol et du mur alentour subit le même sort, se désagrégeant visiblement en petits morceaux qui tournoient un moment en l’air avant d’imploser en une volute de poussière. L’atmosphère devient lourde et intenable. Le gradé s’effondre, visiblement inconscient, ne pouvant plus supporter cette aura étrange. Engal, pour sa part, tombe à genoux au sol, la tête entre les mains et les dents serrées. Le visage d’Opitz se redresse vers l’Ombre et la toise d’un air détaché et coléreux.

(Opitz) : Tu as réussis à me lasser…

Chapitre 101 Chapitre 103

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