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Au cœur des ténèbres

Sorti le 21/05/2009, compilé dans le Volume 12

Histoire :


Opitz se redresse sans un mal, la main souillée de sang, sous le regard paniqué du chef d’équipe des soldats de l’ADT qui était venu le secourir. Sans attendre un instant, il se place aux côtés d’Opitz, déversant une salve de tirs sur la masse noire qui ne réagit même pas aux balles, les laissant passer au travers de son étrange composition ténébreuse. Il est bientôt imité par deux autres soldats du peloton qui se placent respectivement de l’autre côté d’Opitz et devant lui, le couvrant du mieux qu’ils peuvent. Opitz jette un regard en coin à ces intervenants qui hurlent de peur en même temps que leurs chargeurs se vident dans le marasme sombre, ne semblant avoir absolument aucun effet.

(Opitz) : Qu’est ce qu’il y a ? Vous êtes pressés de mourir ?

Répondant à cette question, une colonne de tentacules sombres émerge soudainement du corps principal, se scindant presque immédiatement en une corolle de multiples membranes qui s’agitent frénétiquement. Le soldat qui s’est placé devant Opitz n’a même pas le temps de s’en rendre compte que six de ces petits appendices lui traversent le corps, l’un passant au travers de son crâne, transperçant son casque comme s’il avait été fait de papier.

(Gradé) : On se replie !!

Tandis que le corps du soldat mort est ramené à l’ombre et disparaît immédiatement à l’intérieur de celle-ci, le gradé et son compère reculent de quelques mètres, continuant à tirer sans impact. Soudainement, le chef d’équipe remarque qu’Opitz n’a pas suivit le mouvement et serre les dents face à son immobilisme.

(Gradé) : Monsieur Opitz !!

Dans un bruit d’éclatement, une nouvelle série de tentacules émergent de l’ombre, fondant à toute vitesse sur Opitz comme une vague noire et tranchante. Le chef du CRTN se contente de faire un pas sur le côté et de se baisser au moment où les excroissances s’abattent sur lui, les esquivant toutes sans autre forme de procès. Il est à présent encadré par l’ombre, mais il ne s’est même pas fait égratigner. Les mains d’Opitz se redresse, paumes vers le haut, droit en direction des tentacules qui sont passées au dessus de lui et se sont plantées un mètre derrière son dos. Une sorte d’impulsion jaillit alors de ses mains, comme une force invisible qui exploserait entre ses doigts. Les tentacules subissent le même principe d’éclatement et la matière qui les compose est littéralement déchiquetée, se dissipant en une sorte de poussière impalpable dans l’air. Opitz braque ensuite ses mains des deux côtés de son corps et laisse jaillir la même explosion invisible dans leurs creux. Les tentacules situées sur les côtés volent à leur tour en éclats et sans perdre un instant, les deux mains sont jointes, pointées vers l’avant, et libèrent une nouvelle vague dans cette direction, dont la détonation est nettement supérieure aux précédentes : la corolle et la membrane principale se désintègrent en un instant et la matière noire et dense composant le corps principal semble subir un impact de désagrégement qui creuse une sorte de trou sombre à l’intérieur même de l’ombre. Le gradé laisse tomber sa mâchoire inférieure, n’en revenant pas de ce qu’il vient de voir, lui qui voyait encore Opitz, quelques secondes auparavant, comme un jeune bureaucrate capricieux et suicidaire.

(Gradé) : Mais qu’est ce qu… ?

Opitz se redresse, un énigmatique sourire imprimé sur le visage, tandis que le trou qu’il a creusé dans la masse obscure se referme progressivement sur lui-même, remplit petit à petit par la matière noire et vaporeuse environnante.

(Opitz) : Mmh… comme je le pensais, c’est de la Magie Ancienne… extrêmement puissante…

(Gradé) : Ce… ce qui veut dire… ?

(Opitz) : Ce qui veut dire qu’il est possible de le tuer.

Zerkim atterrit violemment dos au mur, tenant fermement Schaetz entre ses bras. Le choc violent lui fait serrer les dents et plisser les sourcils. Il se laisse glisser jusqu’au sol, déposant son collègue sur le côté. Ce-dernier pousse un grognement de douleur avant de s’adosser, le souffle court.

(Zerkim) : Ca va aller ?

(Schaetz) : Merci, Zerkim… je m’étais trompé sur toi… sur tant de choses…

(Zerkim) : T’auras tout le temps pour les excuses quand on se sera sorti de ce pétrin.

Luna agrippe Zerkim par l’épaule, le poussant à se redresser. Elle lui lance un regard indirect empli de craintes qu’elle essaye de masquer.

(Luna) : Parce que tu crois qu’on va s’en sortir ?

Presque pour répondre à cette interrogation, la masse d’ombre s’enfonce avec plus d’impact dans l’ouverture du corridor, commençant à sinuer au plafond pour grignoter les sources de lumière.

(Zerkim) : Schaetz, donne nous un peu de temps !!

Schaetz hoche la tête et décroche sa lampe torche de sa ceinture à matériel avant de se saisir de celle de Zerkim. Il allume les deux en même temps d’un geste sec et les braque en direction de la masse d’ombre qui se fige soudainement sous l’impacte de la lumière. Légèrement tremblante, sa composition s’épaissit, commençant à avaler l’éclairage de l’environnement qui se fait de plus en plus sombre, allant même jusqu’à obscurcir les faisceaux eux-mêmes.

(Luna) : Elle va nous submerger !!

(Zerkim) : Tiens toi prête alors !

Zerkim tend le bras droit devant lui, la main refermée comme sur un objet invisible. Il ferme les yeux lentement, semblant se concentrer. Une vague de magie commence à émerger autour de lui, se concentrant de plus en plus nettement le long de son bras avant de se mettre à crépiter dans sa main tendue. Les pulsations se font plus intenses et l’espace d’un instant tout semble se calmer avant de violemment éclater en un flash de lumière qui pousse même l’Ombre à reculer de quelques mètres. Dans sa main, Zerkim tient à présent un magnifique bâton noir. D’une longueur d’environ un mètre cinquante, il semble lustré et poli et de composition extrêmement simple, sans atours ni gravures, ni pommeau : c’est une simple tige noire. Luna lance un regard torve à son compagnon d’infortune, un éclat moqueur au fond des yeux.

(Luna) : C’est ça qui est sensé nous sauver ?

(Zerkim) : J’avais déjà invoqué Diablotin aujourd’hui… c’est difficile pour moi de faire venir plusieurs fois des entités du monde des Esprits dans un laps de temps aussi court… mais oui, le bâton de Lagar Zeneor risque fort de nous être utile, même s’il ne paye pas de mine.

Au même moment, le bâtiment se met une nouvelle fois à trembler d’une manière impressionnante, vibrant violemment sous les pieds des combattants en présence. Luna pousse un cri de surprise tandis que Schaetz ferme les yeux, croyant sa dernière heure arrivée. Zerkim enfonce sa tête dans ses épaules, s’attendant à tout instant à voir la structure complète s’effondrer sur eux. Finalement, la secousse semble se calmer et seuls quelques morceaux de plâtres se décrochent des murs aux alentours des multiples fissures qui continuent à se creuser lentement mais visiblement. Profitant de la panique ambiante et de la dérive des faisceaux de lumière de Schaetz qui en a découlé, l’Ombre a récupéré tout le recul que lui avait fait subir l’apparition du bâton de Zerkim.

(Luna) : Donc soit on se fait avaler par l’Ombre, soit on se fait écraser par une tonne de béton.

(Zerkim) : En gros, c’est ça.

(Luna) : Charmant programme.

Les deux haussent les épaules et affichent un sourire complice et détaché qui semble exaspérer Schaetz au plus haut point étant donné la situation d’extrême danger.

(Schaetz) : C’est quand tu veux, Zerkim !

Zerkim hoche la tête, détournant son regard de Luna et le reportant sur l’Ombre que les faisceaux ne semblent quasiment plus ralentir tant l’environnement s’est obscurci et leur luminosité s’est affaiblie. Le bâton de Lagar Zeneor est immédiatement braqué en direction de l’Ombre.

(Zerkim) : Ok… essayons déjà directement sur lui… Ervania Maz !!

La magie polaire de Zerkim se concentre, comme à l’habituelle, dans sa main. Mais soudain, elle semble se faire aspirer par le bâton, dont le noir de geai se colore d’une magnifique teinte bleutée. Sa température semble devenir si froide que de la vapeur s’envole de sa surface. La magie tournoie le long de son manche avant d’en atteindre le bout où elle éclate avec une puissance inouïe. Le rayon qui jaillit du bâton est tellement glacial qu’il fait baisser la température de toute la pièce, laissant apparaître une couche de givre sur le sol et les murs et cracher de la fumée à toutes les personnes en présence. Lorsque le sort glacial entre en contact avec la masse noire qui compose l’Ombre Willem, Zerkim a d’abord l’impression que sa tactique vient de tomber à l’eau et que son sort passe au travers de la matière sombre. Mais bien vite une réaction se produit : la densité de noirceur semble se recroqueviller sur elle-même et rouler en son centre, comme si une douleur interne la tenaillait. L’accumulation de glace commence alors à apparaître depuis cet épicentre pour se répandre alentour sur l’ensemble de la surface noire, la clouant sur place sous une couche de glace d’une épaisseur impressionnante. Toute l’embouchure du corridor est scellée sous la magie polaire, emprisonnant la matière sombre et volatile dans une calanque arctique. Le bâton explose alors entre les mains de Zerkim et se dissipe pour retourner au monde des esprits, laissant son invocateur retomber à genoux sur le sol givré de la pièce, le souffle court, visiblement à bout de forces. Deux mains se posent alors sur chacune de ses épaules : d’un côté celle de Luna et de l’autre celle de Schaetz. Zerkim avale à sec et reporte son regard sur la prison gelée de leur adversaire. Il semble alors rassuré et satisfait.

(Schaetz) : Ca va aller ?

(Zerkim) : Le bâton de Lagar Zeneor est un instrument interdit condamné par la chambre de l’Archimage… il pompe la totalité de l’énergie du mage pour optimiser un seul de ses sorts dans des proportions normalement inconcevables… Mons sort de glace est devenu si puissant qu’il a dû tout congeler, la matière comme l’air… et cette masse d’ombre avait beau être impalpable, elle était forcément composée de quelque chose.

(Luna) : Beau travail, petit joueur.

Zerkim tourne la tête vers Luna et affiche un léger sourire fatigué.

(Zerkim) : A ton tour maintenant.

Luna hoche la tête avec conviction et tourne un regard assuré vers la masse de glace, resserrant son emprise sur les manches des deux hachoirs qui ornent sa ceinture…

Rufus, reculant doucement, pas à pas, pour s’éloigner de l’Ombre Willem, arrive au niveau d’Eliza, qui est restée figée sur place depuis son arrivée. D’une main ferme et assurée, le chef de l’Ordo Arakis saisit le poignet de la brigadière pour lui intimer l’ordre de reculer avec lui. Sans un bruit, ils s’éloignent encore de quelques mètres de la masse sombre qui s’écoule en vrombissant le long du couloir.

(Rufus) : Pas un mot.

Eliza le regarde d’un air apeuré, la sueur lui coulant du front, le souffle encore saccadé par sa précédente course. Rufus porte la main à son oreille et déroche le comtalk qui se situe à l’intérieur, provoquant la surprise d’Eliza.

(Eliza) : *Je suis certaine que lorsqu’il a redressé sa main, celle-ci était vide !!*

(Rufus) : Scott, tu me reçois ?

(Scott) : Oui, boss. Je vous ai en visuel depuis le panneau de contrôle.

Depuis la salle de contrôle, Scott s’affère sur les différents claviers qui se trouvent face à lui, la tête relevée vers les multiples moniteurs qui font écran tout autour. Sur la quasi-totalité d’entre eux, seule une épaisse masse noire obstruant tout objet visuel est présente.

(Scott) : Cette chose semble avoir envahi le bâtiment à 87%...

(Rufus) : Il s’agit de Willem…

(Scott) : QUOI ?!

Rufus n’est pas étonné de la surprise qu’il perçoit dans la voix de son acolyte, puisque peu de monde dans l’organisation était au courant des réelles capacités de Willem jusqu’à présent.

(Rufus) : Il n’y a qu’un seul moyen de reprendre le contrôle de la situation. Recherche une espèce de renflement sur tes écrans. Une masse encore plus dense que les autres, qui devrait avoir une forme sphérique et nébuleuse…  préviens moi lorsque tu l’as trouvé.

Rufus cale alors le comtalk entre son oreille et son épaule pour libérer sa main qu’il dirige vers l’arrière en direction d’Eliza. Celle-ci baisse alors les yeux et constate que le chef de l’Ordo Arakis lui tend en fait un fusil à pompe. Elle croit d’abord qu’il vient de lui donner son fusil de chasse mais elle se rend compte qu’il le tient toujours dans son autre main. La brigadière écarquille les yeux et réceptionne l’arme, estomaquée.

(Eliza) : Mais… d’où est ce que vous sortez ça ? Vous ne l’aviez pas aupara…

(Rufus) : Silence.

Rufus tend la main vers elle dans un geste brusque pour lui intimer l’ordre de se taire : l’Ombre semble s’être figée lorsqu’Eliza a haussé la voix, comme si elle l’avait soudainement entendue. La voix de Scott jaillit à nouveau du comtalk. Son ton enjoué semble être porteur de bonnes nouvelles.

(Scott) : J’ai trouvé ce que vous vouliez, boss.

(Rufus) : Parfait. C’est le « cœur »… c’est là où se trouve Willem et où l’ensemble de son pouvoir est concentré. Il faut le défaire en ce point précis… toute autre approche est vouée à l’échec !! Est-ce qu’il est près d’ici ?

(Scott) : Non, pas du tout… il est au niveau A3 dans l’aile Nord… vous êtes à l’opposé.

Rufus serre les dents, visiblement mécontent de l’apprendre, mais il ne perd pas plus de temps.

(Rufus) : Est-ce qu’il y a un membre de l’Ordo à proximité du cœur ?

(Scott) : Heu… affirmatif.

(Rufus) : Bien… mets moi en contact avec lui…

A cet instant, l’Ombre Willem quitte son immobilisme pour éclater en une multitude de tentacules acérés qui tournent leurs pointes directement vers le duo qui leur fait face. Un instant de flottement s’opère où Rufus et Eliza retiennent leurs souffles, observant fixement ces excroissances mortelles qui fondent alors sur eux à la vitesse de l’éclair…

Chapitre 100 Chapitre 102

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