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Le bâtiment dans la pénombre

Sorti le 14/05/2009, compilé dans le Volume 12

Histoire :

Opitz traverse un long et étroit couloir plongé dans la pénombre d’un pas calme et affirmé. Son expression ne reflète aucune forme d’inquiétude face au tumulte ambiant issu des affrontements qui se multiplient dans tous les coins du CREAE. Un brouhaha commence à se faire entendre de plus en plus nettement derrière lui, et pour cause : les soldats d’élite viennent de faire irruption dans le couloir et, l’apercevant, essaye d’emblée de le ramener à la raison.

(Gradé) : Monsieur Opitz, arrêtez vous je vous prie. Nous allons vous reconduire à l’extérieur.

Opitz hausse les sourcils et continue à avancer sans même se retourner, une expression blasée imprimée sur le visage. Le chef de la troupe de soldats se retourne vers ses hommes qui lui lancent des regards emplis d’incompréhension.

(Gradé) : Mais il est sourd ou quoi ?

(Soldat) : Mon lieutenant, il faudrait peut être se passer de son accord et le sortir d’ici par la force s’il le faut… sinon il va finir par se faire tuer… et nous aussi.

Le gradé hoche la tête et, d’un signe de la main, indique à la troupe d’aller en avant. D’un pas rapide, ils sont en quelques secondes à proximité d’Opitz qui leur tourne toujours le dos. Le chef du CRTN se tient à présent devant une large porte à double battant qui achève ce corridor. Il n’y a aucune autre issue aux alentours. Alors qu’il s’apprêtait à en agripper la poignée d’une main ferme, Opitz laisse retomber sa main le long de son corps et pousse un profond soupir de lassitude.

(Opitz) : Si vous ne déguerpissez pas dans la seconde, je vous assure que je vous tue tous de mes mains.

Sans qu’il ait besoin de se retourner, le ton sur lequel il a lâché ces mots suffit à faire naître un léger mouvement de panique dans le groupe de soldats dont certains font même quelques pas en arrière, redressant leurs armes vers Opitz comme des boucliers de fortune. Le Gradé lève cependant fermement le poing, leur intimant l’ordre de tenir leurs positions. Son visage à lui n’exprime aucune angoisse : son flegme est impressionnant.

(Gradé) : Selon les pouvoirs qui me sont conférés par mon statut de représentant de l’ordre et de la sécurité de l’Etat d’Eidolon, je vous arrête pour menaces et voies de fait. A présent vous allez nous suivre sans faire d’histoire.

(Opitz) : Vous êtes fatigants…

Opitz porte tranquillement sa main à la poignée de la porte qu’il s’apprêtait précédemment à franchir. Le Gradé redresse son arme dans le dos d’Opitz qui ne s’est toujours pas retourné, lui faisant bien sentir le mouvement et le fait qu’il ne plaisante pas.

(Gradé) : Vous croyez que c’est un jeu ? Lâchez cette poignée.

(Opitz) : Non… VOUS croyez que c’est un jeu. Essayez de m’en empêcher.

Ayant lâché ces mots, Opitz tourne la poignée d’une main assurée en affichant un petit sourire en coin, puis il ouvre grand la porte… et écarquille immédiatement des yeux en voyant ce qui se trouve de l’autre côté. Il entend derrière lui les cris de surprise et les mouvements de reculs des soldats, dont certains même tombent au sol sous l’effet de la surprise. Face à lui, là où devrait normalement se trouver un couloir, ou peut une salle, un accès, il n’y a qu’un abîme noir indicible bardé de vagues mouvements pulsatifs.

(Opitz) : Qu’est ce qu… ?!

Opitz n’a pas le temps de laisser parler sa surprise qu’une vague de tentacules noirs jaillit depuis l’ouverture et s’abat en sa direction… 

Zerkim a du mal à tenir sur ses jambes tant le sol tremble sans discontinuer. Dans sa main droite, il tient, sans même réellement s’en rendre compte, le poignet de Luna, qui s’agrippe de son autre main à l’épaule du mage. Les deux qui se battaient encore comme des chiffonniers une minute auparavant se soutiennent maintenant mutuellement face à une angoisse commune : celle de voir le bâtiment s’effondrer sur eux.

(Zerkim) : Bordel… mais qu’est ce qui se passe ?

(Luna) : Quelque chose a frappé le CREAE juste quelques étages en dessous… je sais pas ce que c’est… une sorte d’explosion…

(Zerkim) : Mais en largement plus fort. Et c’était chargé d’énergie magique ! C’est un miracle que tout ne se soit pas encore effondré !

Et comme pour répondre ironiquement à cette remarque, une large cursive de fissures se met à naître le long du mur où ils se tiennent appuyés, prenant pour base le sol et remontant d’un seul coup jusqu’au plafond, comme un éclair instantané qui se serait gravé dans la pierre. Le duo a un mouvement de recul tandis qu’un nuage de poussière tombe du plafond. Un grondement sourd provient juste d’en dessous tandis que le tremblement commence à s’atténuer doucement sous leurs pieds. Luna enfonce son cou dans ses épaules en serrant les dents, s’attendant à voir le plafond leur tomber dessus d’une minute à l’autre… puis plus rien.
Les bruits cessent, tout comme le tremblement.


(Zerkim) : Ah ben c’était pas si terrible finalement.

(Luna) : La structure a l’air de s’être stabilisée…

Les deux se regardent l’un l’autre pendant une demi-seconde. Ils se tiennent toujours enlacés comme s’il n’y avait plus de lendemain. Luna tord sa bouche en un petit rictus de circonstance avant de placer un bon coup de genou dans le ventre de Zerkim, le repoussant instantanément quelques mètres plus loin. Les deux hachoirs quittent soudainement leurs holsters avant de se retrouver une nouvelle fois dans les mains de leur maîtresse qui se replace aussitôt en position de combat. Zerkim pousse un gémissement de douleur en se tenant le ventre, mais affiche en même temps un sourire ironique face à la situation, se redressant pour reprendre le combat à son tour.

(Luna) : C’était pas désagréable comme situation. Dommage que les immeubles ne manquent pas de s’effondrer tous les jours.

(Zerkim) : Si ça veut dire devoir à chaque fois me manger… les effets de ta gratitude… je dis « joker ».

Luna éclate d’un rire franc et plaisant à l’oreille avant de lancer l’un de ses hachoirs en direction de Zerkim de toutes ses forces. Celui-ci redresse sa main d’un geste sûr en direction du projectile.

(Zerkim) : Del’Cinbell !! La valse d’Eole !!

La bourrasque tourbillonne légèrement sur elle-même avant de rencontrer le hachoir, l’englobant immédiatement dans sa rotation aérienne et lui faisant subir une sorte de balai momentané avant de le retourner à l’envoyeur. Luna se cambre alors en arrière, faisant preuve d’une souplesse ahurissante, le hachoir passant juste au dessus d’elle à la vitesse de l’éclair avant de se planter dans le mur. Sans un effort, la jeune femme se redresse, refaisant face à son adversaire.

(Luna) : Oh… tu sais faire ce genre de trucs.

(Zerkim) : Et tu n’as encore rien vu.

Luna affiche un petit sourire en coin avant de tendre son bras derrière elle d’un geste sec, agrippant immédiatement la poignée du hachoir enfoncé dans le mur et le retirant d’un geste sec. Presque immédiatement, elle se projette en avant les bras écartés, tourbillonnant sur elle-même à une vitesse effarante, tenant un hachoir dans chaque main. Son saut en rotation s’achève directement sur Zerkim qui tente de l’esquiver d’un pas en arrière. L’un des hachoirs lui déchire la veste et entaille légèrement sa chair. Le mage n’a même pas le temps de réaliser que Luna s’est déjà redressée et d’une nouvelle rotation du corps, abat une de ses armes mortelles directement sur la tête de son adversaire. Cette fois Zerkim prend les devants et arrête le coup en plaquant son avant bras à l’encontre de celui-de Luna. Le choc est assez violent, mais Zerkim est repoussé contre le mur qui se craquèle sous son poids, créant de nouvelles fissures affluentes à la principale. Le bruit de craquement calme immédiatement les deux combattants qui se figent sur place, la tête basse et l’oreille tendue. Cependant, au milieu du craquement, c’est une voix qui parvient à l’oreille de Zerkim… une voix qu’il l’appelle par son nom…

(Schaetz) : Zerkim ! ZERKIM !!

Schaetz fait son arrivée dans cette partie élargie du corridor, l’air paniqué, le teint pâle et la peau couverte de sueur. Son épaule est en sang, et il barre la blessure de sa main valide. Il a l’air sur le point de s’effondrer d’une seconde à l’autre. Luna s’est redressée, quittant sa posture combative à l’arrivée de ce nouvel intervenant.

(Zerkim) : Schaetz ? Mais qu’est ce que…

Le mage se dirige immédiatement vers le brigadier et le prend sous le bras pour le soutenir, l’aidant à avancer jusqu’au mur pour qu’il s’y soutienne. Schaetz a du mal à reprendre son souffle et il est visiblement à bout de force.

(Schaetz) : Il… il arrive… il arrive…

(Zerkim) : Qui ça ? Qui arrive ?

(Luna) : Willem…

Zerkim tourne la tête vers Luna qui se tient juste derrière lui, un léger sourire fantomatique imprimé sur le visage et qui n’exprime rien de moins que la plus profonde terreur. Schaetz pos sa main sur le poignet de Zerkim, tentant de rappeler son attention sur lui. 

(Schaetz) : N… non… c’est un monstre, Zerkim !! Un démon d’ombre !

(Luna) : C’est bien ce que je disais… c’est Willem.

Zerkim aide Schaetz à s’asseoir doucement au sol et retire sa veste pour la poser sur lui. Luna jette un œil en coin au brigadier, se rendant compte qu’il était vraiment torse nu sous sa veste d’officiel. Zerkim, n’ayant au dessus de la ceinture que sa longue écharpe rouge, se retourne alors vers Luna. La jeune femme distingue alors les nombreuses cicatrices et tuméfactions qui recouvrent son dos et son ventre, dont la plus récente –qu’elle lui a elle-même infligée- barre son torse, laissant encore s’écouler un petit peu de sang. Mais elle fait mine de ne pas en tenir compte.

(Zerkim) : Qu’est ce qu’on peut faire contre lui ?

(Luna) : Il n’y a rien à faire… il va nous tuer.

(Schaetz) : Ce… c’est faux.

Luna et Zerkim reportent leur attention vers Schaetz qui les regarder intensément, semblant retrouver quelque peu son souffle et ses forces maintenant qu’il est calmement assit.

(Schaetz) : La lumière du soleil… elle le tue. J’ai découvert ça… je l’ai vu de mes yeux.

Luna se cambre alors, vivement surprise par ce que vient de déclarer Schaetz avant de tourner ironiquement la tête de droite à gauche en haussant les épaules, semblant chercher quelque chose du regard.

(Luna) : Ca alors, c’est con, parce qu’on est à l’intérieur et il n'y a pas de fenêtre !!

(Zerkim) : Tu n’étais pas prompte au désespoir, tout à l’heure, quand tu t’amusais à me combattre !

(Luna) : C’est différent… je savais que je ne risquais pas de mourir.

(Zerkim) : Ca on pourra en juger une autre fois.

Zerkim, voyant qu’elle est à deux doigts de la panique, lui attrape doucement les avants bras et les ramène contre elle, pour calmer ses mouvements et la forcer à canaliser son regard vers lui. Il plonge alors ses yeux dans les siens et elle y lit une certaine forme d’assurance malgré l’angoisse qui y est également clairement visible.

(Zerkim) : Je vais avoir besoin de toi…

(Luna) : J’espère pour toi que ce besoin est immédiat…

En effet, par-dessus l’épaule de Zerkim, à l’embouchure du corridor par lequel Schaetz est arrivé quelques instants auparavant, la lumière commence à s’effacer de plus en plus vite. Zerkim a à peine le temps de se retourner pour distinguer de ses yeux ce qui fait naître la crainte dans ceux de Luna : les tentacules noires qui s’agitent autour de l’Ombre Willem sont en train de lécher les bords du mur et la masse de noirceur qui leur sert de nid obstrue déjà totalement le passage, le noyant dans une indicible obscurité…

C’est cette même noirceur qui fait à présent face à Rufus Van Reinhardt. Celui-ci l’observe, à quelques mètres seulement devant lui, tandis que la masse semble avaler goulûment le décor au fur et à mesure de son inaltérable progression. Au détour du couloir, juste un peu en arrière, Eliza fait son arrivée et se fige sur place face à cette vision. Elle qui pensait avoir échappé au monstre, le revoilà face à elle.

(Rufus) : Ne bouge surtout pas…

Eliza affiche une expression surprise en se rendant compte que Rufus s’adresse à elle alors qu’il ne s’est même pas retourné pour la voir arriver. Il savait visiblement que la brigadière était à sa poursuite.

(Rufus) : Ce que je craignais a fini par arriver… l’ombre a envahit tout le bâtiment…

Fixant toujours l’ombre droit devant lui, Rufus pose délicatement sa mallette au sol avant de se redresser et de lui faire fièrement face, n’affichant aucune expression d’angoisse ni même un soupçon de crainte…

Opitz est accroupi, la tête redressée vers le haut en direction de l’Ombre qui s’agite quelques mètres en avant, au-dessus de lui. Ses cheveux sont quelques peu ébouriffés et sa main est crispée contre son torse. Entre ses doigts s’écoule un peu de sang. Opitz, fixant toujours l’ombre intensément, affiche alors un sourire dément et carnassier.

(Opitz) : Y a pas à dire, je déteste toujours autant les imprévus !!

Chapitre 99 Chapitre 101

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