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Bataille dans les égouts

Sorti le 11/04/2007, compilé dans le Volume 2

Histoire :

      La vision d’Halton se brouille, embuée par les larmes qui lui montent aux yeux. Son torse se soulève avec difficulté pour laisser passer l’air. Il suffoque bruyamment. Sa bouche s’entrouvre pathétiquement, tentant de prononcer des mots sans qu’aucun son ne parvienne à s’en extraire. Engal, immergé jusqu’aux cuisses dans l’eau croupie de l’égout, lui prend la main, ne sachant que faire d’autre. Il semble chercher quelque chose à lui dire, mais l’amertume étouffe ses paroles. Halton, malgré ses effroyables blessures, tourne vers lui un regard empli de douceur et lui offre un demi-sourire sincère. Une désagréable boule vient nouer l’entrée de l’estomac d’Engal, qui tente de montrer un visage rassurant à son ami. Mais les trois brigadiers ne semblent pas avoir envie de patienter plus longtemps. Ils pointent leurs armes de manière agressive en direction des deux fuyards encore en état de leur poser des problèmes.

(Brigadier) : Allez, relève-toi !

     Engal s’exécute. Au moment où il retrouve sa position initiale, Halton pousse son dernier soupir. Son visage retombe mollement sur le côté, ce sourire serein figé sur ses lèvres dénuées de vie. Les yeux du jeune magicien se ferment doucement et il ne bouge bientôt plus. Un tremblement incontrôlable secoue l’ensemble du corps d’Engal. Farouchement, il tourne un regard empli de fureur vers les brigadiers, tentant de contenir les larmes qui lui piquent les yeux.

(Engal) : Ce n’était qu’un enfant !

(Brigadier) : Enfant ou pas, il a tenté de nous agresser.

     Le brigadier le pointe de son arme de manière plus insistante, afin de l’inciter à se dégager du fond de l’impasse. Engal ne réagit pas à cet ordre gestuel, continuant à observer le trio armé, la rage au ventre.

(Engal) : C’était un innocent.

(Brigadier) : J’en ai assez…

     Le brigadier pointe le canon encore fumant de son arme contre la tempe d’Engal, dans un mouvement aussi précis qu’impatient.

(Brigadier) : Maintenant tu t’avances vers nous, tu te mets à genou et tu plaques tes mains derrière la tête. Exécution !

     Mortis, qui jusqu’à présent était resté d’un silence de marbre, observant la scène sans ressentir le besoin d’intervenir, lève alors son index de manière tout à fait calme et respectueuse, dans le seul but d’attirer l’attention sur lui.

(Mortis) : Je suis d’accord avec cet hurluberlu. Vous êtes des salauds. Et je n’aime pas beaucoup les salauds, surtout quand ils veulent me forcer à m’agenouiller dans la crasse.

     Un mouvement vif de Mortis, quasiment imperceptible à l’œil nu, et le soldat qui menaçait Engal se retrouve avec une dizaine de Shurikens plantés dans le visage et dans le torse. Son corps inanimé tombe en arrière, crispé sous le choc et la rapidité de son trépas. Ses doigts se resserrent machinalement sur la gâchette de son arme, qui ouvre le feu en continue, produisant un boucan et un chaos indescriptible. Les balles se mettent à ricocher de partout dans l’étroite impasse, projetant moultes étincelles. Engal saisit Mortis par les épaules et se jette sous l’eau avec lui, plus par réflexe qu’autre chose, cette précaution ne les mettant que très partiellement à l’abri.
     Lorsqu’ils perçoivent que le chargeur s’est enfin totalement vidé de son contenu, ils se redressent tous les deux, souillés de la tête aux pieds, mais très étonnés de ne pas avoir été touchés par une balle perdue. Un des soldats se tient la cuisse en hurlant de douleur, tandis que l’autre vérifie l’état de celui qui a servi de cible au tir de shurikens de l’assassin.

(Brigadier blessé) : Argh, ma jambe !!

     Le brigadier valide ignore les supplications douloureuses de son confrère, prenant le pouls du corps inanimé de son autre collègue, horriblement mutilé.

(Brigadier) : Merde, Gin est mort !

     Voyant Mortis se redresser, il tourne immédiatement son arme vers lui sans faire la moindre  somation, prêt à l’abattre sur le champ, emporté par la fureur et la peur. Mais c’est au tour d’Engal de faire une démonstration de force : sous l’eau, il a visiblement pris le temps de dégainer sa large épée, et d’un puissant moulinet, il tranche le canon de l’arme sous les yeux ébahis de son agresseur.

(Brigadier) : En… enfoiré !

     Le brigadier ne se démonte pourtant pas pour si peu, lâchant son arme avant de faire quelques pas en arrière. Il se baisse rapidement afin de saisir le fusil de son collègue blessé à la jambe, qui ne semble même plus pouvoir tenir debout. Le brigadier pointe cette arme de rechange sur le duo imprévu, s’apprêtant à faire feu. Malheureusement pour lui, une chaîne, sortie de nulle part, s’enroule autour de sa nuque. Lançant un regard étonné à cette étrange apparition, le brigadier n’a même pas le temps d’ouvrir la bouche que sa nuque est brisée dans un odieux craquement. Le corps, encore agité par quelques spasmes musculaires, s’effondre dans l’eau croupie, laissant apparaître Sayam derrière lui. Le dernier brigadier encore en vie, blessé, lance un regard affolé à la jeune femme, tentant de s’éloigner d’elle en glissant le long du mur. Tout ce qu’il parvient à faire, c’est à s’effondrer dans l’eau. Sayam lui lance un regard froid, dénué de sentiments.

(Brigadier blessé) : Pi… pitié !

     Engal pousse un soupir, tentant visiblement de contenir sa colère. Au bout de quelques instants d’hésitation, il n’y tient plus, et pousse un hurlement véhément, empoignant son épée d’une main tremblante.

(Engal) : De la pitié ?! Vous en avez eu pour mon compagnon, de la pitié ?

(Brigadier blessé) : Je ne voulais pas… je… j’ai tiré par reflexe… pitié !!

     Les larmes qu’Engal est parvenu à retenir jusqu’à présent s’écoulent finalement de ses yeux emplis de rage. Comme si son corps était commandé par une force impétueuse qu’il était incapable de contrôler, il donne un violent coup de pied dans la mâchoire du brigadier, l’envoyant une nouvelle fois à terre. Ne lui laissant pas le temps de se ressaisir, Engal hurle toute sa haine en levant son épée qu’il abat violemment dans le dos de sa cible, l’empalant définitivement. Le brigadier meurt sur le coup, une gerbe de sang giclant de sa bouche. Son corps tordu sous le choc de l’attaque retombe platement dans l’eau, y disparaissant presque totalement. Le magicien tombe alors à genoux devant le cadavre de l’homme qu’il vient de tuer, et baisse humblement la tête, honteux. Des larmes coulent le long de ses joues et son corps est prit de tremblements incontrôlables.
     Sayam, sans même prendre en considération ce qui vient de se dérouler sous ses yeux, envoie ses chaînes en hauteur, vers la bouche d’égout surplombant l’impasse, à laquelle elle se hisse gracieusement jusqu’à disparaître aussi subrepticement qu’elle est apparue. Mortis jette un coup d’œil étonné à la jeune femme et hausse finalement les épaules d’un air dédaigneux. L’assassin s’adosse contre le mur recouvert de sang, avant d’épousseter sa tenue quelque peu salie par les derniers événements. Il pousse finalement un soupir en voyant Engal toujours figé dans la même position.

(Mortis) : Désolé pour ton pote.

     Engal ne répondant rien, Mortis se baisse pour ramasser sa lanterne, s’avance vers l’entrée de l’impasse et disparaît à nouveau dans les galeries, sans ajouter un mot de plus. Engal se redresse quelques instants plus tard. D’un geste sec, il déloge son épée du dos de sa victime, la récupérant dans une gerbe de sang. S’apprêtant à la ranger dans son fourreau sans même prendre la peine de la nettoyer, il tourne la tête vers le corps inanimé et paisible d’Halton et bloque son mouvement. Il pointe alors son arme souillée vers son ancien compagnon.

(Engal) : Je te jure, Halton… je te jure d’attraper Vladimir Morlan et de nous faire entendre. Je vais le faire pour toi. Pour ta mémoire !

     Une fois ces paroles prononcées, il range l’épée dans son fourreau et lève la tête vers la bouche de sortie qui le surplombe, à travers laquelle resplendit un éblouissant rayon de soleil.

     À l’extérieur, Sayam, complètement trempée, ignorant totalement les regards surpris des passants, tourne au coin d’une ruelle déserte avant de déboucher dans une grande cour aux murs sales et décrépis. Là, elle se laisse tomber au sol, comme si les récents évènements venaient finalement d’avoir un impact sur elle. Dans ses yeux habituellement si froids apparaît une étrange lueur de crainte, lui donnant l’apparence d’un petit animal perdu. Une main maigre aux doigts longs se tend vers elle pour l’aider à se relever. Elle lève un regard surpris pour constater la présence du rouquin, qui semblait l’attendre ici, mais qu’elle n’avait pourtant pas remarqué à son arrivée.

(Rouquin) : Hey, gamine, tu aurais pu choisir un autre chemin pour t’enfuir. Te voilà complètement trempée. Tu veux attraper la mort ?

     Sayam, un léger sourire imprimé sur le visage, se saisit tout naturellement de la main de son compagnon qui l’aide à se remettre sur pieds. Elle détourne le regard, frissonnant légèrement sous un courant d’air.

(Sayam) : Merci, Willem… Ne… ne t’en fais pas pour moi… j’aime l’eau, alors…

     Le dénommé Willem affiche une expression de surprise et tape dans ses mains d’un air jovial, visiblement enchanté des paroles prononcées par la jeune femme.

(Willem) : Hey, ça me fait super plaisir ! Toi qui parle d’habitude si peu, tu as réussis à retenir mon prénom du premier coup, je suis content.

     Sayam se contente d’esquisser un sourire, reprenant un peu son souffle. D’un mouvement machinal, elle commence à ré-enrouler ses chaînes autour de ses poignets. Willem la regarde faire d’un air dubitatif.

(Willem) : Ce serait plus simple de les transporter, ou même de les utiliser, sans qu’elles entravent tes poignets, non ?

     Sayam se contente de répondre négativement en hochant la tête de gauche à droite, sans prendre la peine de regarder son interlocuteur ni de marquer le moindre arrêt dans sa manœuvre. Willem hausse les épaules et reprend la parole.

(Willem) : Au fait, tu as pu récupérer ce qu’on t’avait demandé sur ce Richard Burks au moment de le tuer?

     Sayam hoche légèrement la tête, relâchant la chaîne qu’elle était en train d’enrouler. Celle-ci retombe lourdement au sol, libérant les mains de la jeune femme qui se met à farfouiller dans la poche ventrale de sa robe avant d’en sortir une disquette bleue uniforme emballé dans un petit étui en plastique transparent. Willem hoche alors la tête en affichant un léger sourire, visiblement satisfait. Laissant Sayam reprendre le court de ses occupations de rangement, il sort une espèce de petite télécommande munie d’un unique bouton rouge en son centre. D’un geste rapide, il presse dessus. Un petit bruit de confirmation se fait entendre.

(Willem) : C’est le point de rendez vous… maintenant qu’on est tous les deux là et que la mission est un parfait succès, il n’y a plus qu’à attendre notre carrosse.

(Sayam) : Oui.

     Le rouquin lui lance un regard ambigu, comme s’il essayait de la sonder de ses yeux verts émeraude. Sayam ne semble pas le remarquer, ou tout de moins ne pas y porter une attention quelconque.

(Willem) : Tu n’es pas très bavarde, pas vrai ?

     Sayam ne répond rien, regardant dans une direction opposée. L’eau croupie qui souille ses vêtement s’égoutte au sol, formant de jolies flaques tout autour d’elle.

(Willem) : Ouai, ça c’est clair.

     Un léger bourdonnement se fait entendre, attirant l’attention des deux associés. Sayam lève machinalement les yeux vers le ciel pour voir arriver un aéroplaneur de taille moyenne, tout de même assez impressionnant par ses reflets chromés et son aspect très lisse au design futuriste. L’appareil se pose à une dizaine de mètres du duo, au beau milieu de la cour. Les moteurs cessent immédiatement de faire du bruit, afin de ne pas attirer l’attention. Willem offre un clin d’œil complice à Sayam.

(Willem) : Eh bien, ils n’ont pas trainés.

     La surface complètement lisse de la coque se fend alors pour laisser sortir une petite passerelle donnant sur un intérieur plongé dans l’obscurité. Willem s’avance vers l’appareil, Sayam à sa suite, et ils pénètrent à l’intérieur tous les deux en même temps. La passerelle se referme sur l’ouverture, redonnant à la coque son aspect totalement lisse et uni. Un léger bruit se fait entendre et les moteurs de l’appareil redémarrent immédiatement dans un ronronnement discret. L’aéroplaneur s’envole alors à une vingtaine de mètres au-dessus du sol et disparaît à l’horizon, prenant la direction d’Hydrapole…
Chapitre 9 Chapitre 11

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